ENSEIGNEMENT COLLECTIF
Quand les élèves sont réunis en un cours plus ou moins nombreux, la marche que je viens d'indiquer pour l’enseignement individuel n’est plus applicable d'une facon absolue, ou tout au moins son application entraîne une certaine complica- Lion.
Le principe général, la règle unique qui doit guider dans le choix des exercices reste invariable, mais il faut alors considèrer l’ensemble des élèves qui forment le cours comme un être collectif, et déterminer la direction à suivre d'après les besoins du plus grand nombre.
Sans doute, il est impossible d'arriver ainsi à une gradation aussi ralionnelle et surtout aussi personnelle que précédemment, mais on trouve une large compensation dans l’émulation, l'entrainement causé par l'exemple, et tous les avantages inhérents à l’enseignement collectif.
De plus, il y a là une économie de temps tellement considérable, qu'elle sufhrait à elle seule pour rendre ce procédé préférable à tout autre en matière de dictée. En effet, et cela quel que soit le nombre des élèves, le temps matériel nécessaire pour la leçon reste sensiblement le même, surtout si l'on substitue à la correction par le professeur la correction par l'élève lui-même.
Dans un cours quelque peu nombreux, il est généralement nécessaire de diviser les élèves en deux ou trois groupes, qui deviennent alors autant de petits cours séparés momentanément, mais destinés à se mélanger, à se fusionner perpétuellement pour former de nouveaux groupes en raison des progrès individuels de chaque élève et des nouveaux besoins qui résultent de ces progrès même.
Pour la répartition des élèves dans ces petits cours partiels, constamment remaniables, il est plus utile de tenir compte de la nature de chacun d'eux, de ses défauts eL de ses aptitudes, que du degré d'habileté acquis par le travail ou résultant de l'organisation.
Ainsi, pour un cours de douze élèves, par exemple, un groupement dans le genre de celui-ei :
12 GROUPE 2° GROUPE 3° GROUPE Trois élèves plus faibles Cinq élèves plus faibles Quatre élèves commettant pour l'intonation que pour le pour le rythme que pour l'in- des fautes de notation en tout rythme. tonation. genre, des inadvertances.
me parait plus logique que cet autre :
1 GROUPE 2° GROUPE 9° GROUPE Les quatre élèves les plus Les quatre élèves qui vien- Les quatre élèves les plus forts. nent en seconde ligne. faibles.
dans une branche quelconque.
Ce dernier groupement rendrait à peu près inapplicables tous les procédés qui font l'objet de cette étude. Il faut donc s'arrèter à celui indiqué en premier, ou à d’autres procédant de la mème idée, c'est-à-dire la réunion des élèves selon la similitude de leur tempérament musical.
Cela fait, envisageant l’ensemble des élèves qui constituent un groupe comme on le ferait pour un individu isolé, il ne reste plus qu’à procéder comme sil s'agissait d'enseignement individuel.
Une objection très naturelle se présente ici.
Un mème groupe, une même division du cours général pourra donc contenir des élèves de force très différente ? — Oui, et il n'y a pas à cela grand inconvénient, à moins d’une disproportion par trop exagérée.
Il est d'ailleurs très facile pour le professeur d’atténuer cette inégalité en compliquant le travail pour les uns et en le simplifiant pour les autres. En fait de rythme, on peut augmenter la difficulté en imposant aux élèves les plus forts un dénominateur peu usité, tandis qu'on laisse aux autres le choix de celui qui leur est le plus familier (voir page 73); en fait d’intonation, en exigeant que l'élève écrive de suite la leçon dans un ton autre que celui dans lequel on chante (cette transposition instantanée entraine une gène d'autant plus grande que l'élève est mieux organisé); en fait de notation, en obligeant l'élève à écrire une octave plus haut ou plus bas que ce qu'il entend, dans la région des lignes supplémentaires, ou en faisant mettre la leçon, du premier jet, en changements de clefs, etc.
Ce serait se faire illusion que de croire à la possibilité, dans un cours où la pratique joue le plus grand rôle, de faire constamment marcher les élèves de front; l’enseignement a beau être collectif, les progrès restent individuels, et un groupement basé sur le degré de force de chacun ne pourrait Jamais être absolu, il y resterait toujours des inégalités. Cette objection n’a done qu'une importance très contestable.