DE L'ERGOT DE SEIGLE
Sous le titre de poudre obstétricale, pulvis ad partum, secale cornutum, l'ergot de seigle a longtemps été employé comme un secret par les sages-femmes. Vers la fin du siècle dernier seulement il est entré dans le domaine de la science quoique Camerarius, (fin du 17* siècle) eut signalé déjà ses propriétés. Les uns l'ont vanté à outrance ; d'autres ne lui ont pas accordé une grande confiance (Désormeaux); d'autres enfin, (Lachapelle et Capuron) lui ont dénié toute propriété. Aujourd'hui il n'est plus personne qui conteste son efficacité, et s'il est des praticiens qui ne l'emploient point, c'est parce qu'ils ont peur de son action et non pas parce qu'ils en doutent. En réalité il n'est guère d'agent thérapeutique dont Faction soit plus évidente.
L'ergot de seigle est abondant, les années pluvieuses, sur les épis de seigle, où il occupe la place d'un ovaire et plus tard
l6 ANOMALIES DES FORCES EXPULTRICES
d*une graine. L'ergot ne se rencontre pas seulement sur le seigle, mais encore sur la plupart des graminées et même sur quelques cypéracées. L'ergot de seigle est la partie végétative ou le mycélium d'un champignon appelé claviceps pur pur ea. Il doit ses propriétés thérapeutiques à l'ergotine (B o n j e a n) ; — à l'ecboline (Wenzel); — à l'acide phosphorique (G. Levi) (i) ; à l'ergotinine (Tanret) (2). L'ergot de seigle, comme l'ergot de froment, doit avoir été cueilli sur pied en plein champ, et non ramassé dans une grange. Le médecin qui veut le récolter lui-même doit rejeter également les grains trop lisses et les grains trop gercés, pour conserver ceux dont la surface est entière mais terne, comme poudreuse, et d'une couleur violette sale. Ils donnent à Teau une couleur de chair et une saveur acre, nauséabonde. On doit les conserver à l'abri de l'humidité et de la lumière et ne les pulvériser qu'au moment de les employer. Le benjoin ajouté à la poudre, dans la proportion de 5 grammes pour 100, l'empêcherait de se gâter. Un meilleur moyen encore de la conserver serait de la placer dans les flacons dessicateurs, remplis aux deux tiers de chaux vive, imaginés par M. Corn élis.
Action physiologique. L'ergot a une action bien marquée sur les fibres musculaires lisses : il produit ainsi la dilatation de la pu pille ; le resserrement des artérioles (3) avec ses conséquences qui sont le ralentissement de la circulation, la petitesse et la dureté du pouls ; — et des contractions utérines d'autant plus énergiques que les fibres de la matrice sont plus développées et la grossesse plus proche de son terme (4).
(1) Le D'* C. Levi conclut des expériences qu'il a instituées : i» Les effets thérapeutiques retirés de l'ergot sont dus à Tacide phosphorique qu*il contient ; 2'^ dans les maladies où Tergot est utile, l'acide phosphorique rend des services identiques ; 3^ l'acide phosphorique agit avec autant d'intensité et de rapidité que Tergot de seigle ; 4*^ la quantité d'acide soluble que l'analyse révèle dans l'ergot récemment pulvérisé, est proportionnelle à l'activité de ce médicament. (Lo Sperimentale, 1875, n^* 8 et 9).
(3) L'ergotinine à été expérimentée par le D' Mole (de Troyes) à la dose de 4 milligrammes dans les 24 heures.
(3) Holmes, en 1869, a constaté au microscope ce resserrement des vaisseaux capillaires.
(4) Beaucoup de praticiens croient que si l'ergot de seigle active les contractions existantes, il est incapable de les provoquer quand elles ne se sont pas déjà manifestées spontanément. Dan y au pense (Encyclogr. t. 218) qu'îj peut très-bien déterminer l'expulsion de l'œuf dans la dernière moitié de lu gestation mais non dans la première. D'après Giacomini, ce médicament