DE QUELQUES ÉPIPHÉNOMENES DES PERTES DE SANG
La femme atteinte d'hémorrhagie éprouve assez souvent des troubles des sens, des dispositions à la syncope, des nausées ou des vomissements.
Ces phénomènes sont inquiétants quand ils dépendent de l'abondance de la perte et, dans tous les cas, c'est à arrêter celle-ci qu'il faut spécialement s^attacher. Mais, nous Tavons dit déjà en parlant de Tavortement, ils ont assez souvent un caractère purement nerveux, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas en rapport avec la quantité de sang perdu ; ils se manifestent à l'occasion du retour des douleurs et, dès qu'ils sont calmés, le pouls reprend un degré de force et une largeur qui indiquent que l'épuisement, n'est pas réel. Ils se rattachent quelquefois à un état spasmodique de la matrice, caractérisé par une douleur continue dan$ le dos ou dans le ventre, et par une prostration que la perte n'explique pas suffisamment.
Au moment de leur manifestation la femme doit être tenue dans une position horizontale , la tête peu élevée , et entourée d'un air frais et libre. On lui lave la figure et les mains avec du vinaigre, de l'eau-de-vie, de l'eau de Cologne ; on lui donne quelques cuillerées d'une potion aromatique ou de vin chaud. Pour prévenir le retour des phénomènes lipothymiques, on administre une potion anodine, et, de préférence, l'opium en pilules quand il y a de la disposition aux vomissements.
A la suite des pertes de sang, les femmes présentent souvent, parfois pendant un temps plus ou moins long , une grande fréquence du pouls et des phénomènes hystériques : la boule, un sentiment de suffocation , des palpitations , des éructations gazeuses , des maux de tête. On calme ces troubles par les antispasmodiques associés à l'opium , par les laxatifs et parfois par l'application d'un emplâtre camphré à l'épigastre.
DES HÉMORRHAGIES INTERNES.
Des hémorrhagies peuvent se produire sans qu'il se fasse d'écoulement à l'extérieur, le sang sorti des vaisseaux se trouvant retenu : î<* entre le placenta seul et la paroi utérine corres-
pondante ; — 2^ entre le placenta et les membranes d'une part, Vutérus d'autre part ; — 3° entre le placenta et les membranes du côté fœtal (fait rare de Cazeaux) ; — et 4° peut-être, à Fintérieur du sac amniotique.
HÉMORRHAGIES EXRTA-PLACENTAIRE ET EXTRA-MEMBRA- NEUSE. Quand les membranes sont rompues et que la tête ou un tampon bouche le col de la matrice, on comprend que, si rhémorrhagie survient ou continue, le sang puisse s'accumuler en assez grande quantité pour épuiser la femme et mettre ses jours en danger.
Exemple : une femme, à son sixième accouchement, devient tout à coup très-pâle et très-faible, sans qu'il y ait cependant aucun écoulement de sang. La nature du mal reste méconnue; la malade succombe et la sage-femme se sauve. Un chirurgien arrive, fait l'opération césarienne et trouve le placenta en partie décollé, la matrice remplie de sang et son col bouché par la tête du fœtus (i). Nous avons vu un cas de ce genre.
Lorsque les eaux ne sont pas écoulées, l'épanchement interne ne peut certes pas être aussi considérable ; mais il peut l'être assez cependant, quoiqu'en disent M°« Lachapelle, Capuron, Velpeau, etc., pour devenir funeste.
Une femme, à sa 14^ grossesse, éprouve une grande frayeur, puis des douleurs sourdes dans le bas-ventre. Le lendemain, ces douleurs augmentent et l'accoucheur appelé trouve la femme pâle et son ventre tellement développé que la respiration en est gênée, surtout quand la malade essaye de se coucher. Les membranes sont résistantes, dures et tendues. Il ne s'est écoulé qu'une très-petite quantité de sérosité rougie par un peu de sang. L'accoucheur embarrassé consulte Baudelocque qui lui conseille de terminer l'accouchement. Il rompt donc les membranes et des eaux claires d'abord, puis du sang s'échappent en grande abondance.
Le sang peut aussi s'épancher entre l'utérus et le centre du placenta, tandis que la circonférence du gâteau reste adhérente. Au 8^ mois de sa grossesse , à la suite d'un accès de toux , une femme éprouve de la douleur dans le bassin. Elle fait venir
(1) Celui qui rapporta ce fait à la société de médecine de Paris, en avait observé un semblable à peu près en même temps (Voir Journal général de médecine); mais Baudelocque, nommé rapporteur, n*en avait pas vu d'analogue.
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une sage-femme qui attend vainement Taccouchement. Dans Tentretemps la malade pâlit, s'affaiblit et meurt. On fait Topération césarienne et Ton voit que . le placenta n'adhère plus que par sa circonférence. Environ i 1/2 livre de sang se trouvait épanchée entre le gâteau et la paroi utérine. L'orifice utérin était à peine entrouvert.
Denman cite un fait sembable et Albinus en a fait représenter un dans ses admirables planches.
Il est donc prouvé que, même avant la rupture des membranes, une hémorrhagie interne peut se produire et devenir fort grave. Les faits de ce genre sont très-rares, heureusement, mais l'accoucheur doit se rappeler qu'ils sont possibles.
DIAGNOSTIC. L'hémorrhagie interne se décèle par trois signes principaux : la douleur ; l'augmentation plus ou moins rapide du volume de l'utérus ; l'affaiblissement de la malade et ses conséquences.
I® La douleur est plus ou moins forte, tensive, circonscrite et continue, ou rémittente au lieu d'être intermittente. Elle est plus intense quand l'œuf est encore entier que lorsque les membranes sont rompues. Le signe douleur n'est cependant pas constant, surtout quand les eaux sont écoulées.
2® L'augmentation du volume de la matrice n'est pas toujours bien apparente surtout lorsque les membranes sont rompues. Mais si la- poche est intacte et si elle se tend d'une manière continue, c'est un signe d'une certaine valeur.
30 Les deux phénomènes dont nous venons de parler deviennent spécialement significatifs, quand ils coïncident avec les signes généraux des hémorrhagies : affaiblissement notable de la femme, pâleur du visage, petitesse du pouls, défaillance, etc.
Un léger écoulement de sang par la vulve, n'exclut pas la possibilité d'une hémorrhagie interne. Il doit plutôt en éveiller le soupçon , lorsqu'il coïncide avec les trois signes que nous avons indiqués.
Une rupture de matrice donne lieu à peu près aux mêmes phénomènes ; mais elle ne survient guère que dans le cours d'un accouchement difficile, à la suite de contractions violentes. Elle est bientôt suivie de la cessation complète du travail et la matrice est déformée plutôt que réellement augmentée de volume.
TRAITEMENT. Albinus déjà dit qu'il faut rompre les membranes et terminer l'accouchement le plus tôt possible.