Claudication
Peu ne voulut pas épouser une riche boiteuse, parce qu'il craignait qu'elle n'accouchât mal : Camper prétendait que les boiteuses accouchent plus facilement que les autres femmes. Nous croyons qu'en général Camper est dans le vrai. Mais il y a claudication et claudication.
Voyons un des cas les plus communs, celui d'une luxation du fémur en haut et en dehors ; qu'arrive-t-il ?
I" Au lieu d'une pression, l'acétabulum vidé éprouve une traction de la part des Ugamcnts coxofémoraux. Il en résulte un allongement du diamètre oblique correspondant, non seulement au détroit supérieur mais encore au haut de l'excavation.
2^^ L'ischion du même côté est tiré en dehors par les muscles jumeaux, par les deux obruiaicurs et par le carré de la cuisse ; d'où élargissement de l'arcade pubienne, agrandissement du diamètre bis-ischiatique et de l'oblique inférieur correspondant à la luxation.
On pourrait croire que la tète du fémur, remontée dans la fosse illaque externe, doit tendre à rétrécir le diamètre bis-iliaque; mais cette crainte est vaine parce que la pression, si elle avait lieu, s'exercerait au-dessus du niveau du détroit supérieur ; mais, en fait, elle n'existe guère parce que le bassin, au lieu d'appuyer sur le fémur, y est plutôt appendu.
Le seul inconvénient de cène espèce de luxation, c'est que la femme, reportant de préférence le poids du tronc sur la membre sain, l'espace sacro-cotylo'idien tend à se resserrer de ce côté ; mais si les os pelviens ne sont pas malades, le rétrécissement n'ira pas bien loin et il sera amplement compensé par l'élargissement du côté opposé. On ne doit cependant pas oublier que la luxation coxo-fémorale se complique assez souvent de l'atrophie de l'os iliaque correspondant.
Les variétés ischiatique, obturatrice et pubienne de la luxation fémorale pourraient modifier d'une manière fâcheuse la forme des détroits ou de l'excavation du bassin ; mais elles sont beaucoup plus rares et nous ne connaissons pas d'exemple où elles aient apporté un obstacle sérieux à l'accouchement.
La luxation, avec déviation considérable du fémur et soudure de sa partie supérieure avec Tacétabulum, a donné des dimensions énormes au bassin de la femme Wilke, décrit par mon père dans son mémoire sur le Mécanisme du développement du bassin et la production de ses principales anomalies. Ce bassin est la démonstration graphique de l'exactitude de ses observations. (Voir FIG. 74). (i)
Fig. 74-
Détroit supérieur.
Diam. Eacro- pubien ■ . i2( » oblique gauche . 13e i> oblique droil . . ibî
Détroit inférieur.
Diam. coccy-pubicn . . 117 millim.
H oblique gauche . 12G »
» oblique droit . . J17 i>
n bis-ischiacique ■ .133 »
un bassin à peu près identique à celui
La claudication résultant du raccourcissement d'un membre, à la suite d'une fracture ou d'une amputation par exemple, pourrait bien, surtout si elle datait de la première enfance, rendre le bassin oblique et rétrécir un peu l'espace sacro-cotylo'idien du côté sain ; mais, encore une fois, si les os pelviens n'ont pas été malades et s'ils se sont développés complètement, il n'y aura guère d'inquiétude à concevoir pour l'accouchement.
EN RÉSUMÉ : Postérieures à la puberté* les déviations du rachis et la claudication ont par elles-mêmes peu d'influence sur les dimensions du bassin; antérieures à la puberté, elles tendent à changer la forme du canal et elles la modifient réellement à des degrés divers. Mais si les os pelviens n*ont subi ni arrêt de développement (i), ni ramollissement, le bassin, quoique plus ou moins irrégulier, est assez large cependant pour que l'expulsion du fœtus puisse se faire naturellement et souvent même facilement.