‹ Cours d'accouchements professé à l'Université catholique de LouvainChapitre 49 sur 165 · A. AVANT TERME · texte numérisé non relu

A. AVANT TERME

Si la viciation pelvienne n'est pas trop considérable on pourra essayer, en débilitant la mère, d'enrayer le développement du fœtus, de l'atrophier et de le maintenir dans des proportions qui permettront son passage. Mais si le bassin a moins de 70 millimètres, l'enfant à terme ne pourra pas traverser vivant le rétrécissement et qu'il est perdu à moins que la mère ne veuille pour le sauver se dévouer et -courir les chances de l'opération cc«aricnne ou de la symphyséotomie. Dans ces conditions la femme a t-elle le droit de se faire avorter pour échapper aux périls des opérations graves qui s'imposeront au moment du travail 7

DE L'AVORTEMENT DIT MÉDjpVL Il5

De ravortement dit médical.

La question de Favortement a soulevé des débats passionnés dans les Académies de France et de Belgique (i) et sa solution a été abandonnée à la conscience des praticiens.

Nous ne voulons pas entrer ici dans une discussion qui nous mènerait trop loin et où la question médicale se trouve intimement mêlée à des questions morales, juridiques et religieuses, mais nous indiquerons sommairement, les points sur lesquels nous voulons attirer spécialement l'attention .

La question de Tavortement ne soulève aucun doute dans Tesprit du médecin chrétien : il a, dans la liberté de sa conscience, soumis sa raison à une autorité supérieure et cette autorité condamnant Tavortement, il ne peut le pratiquer sans rébellion ni sans remords. Au point de vue religieux, Tavortement est un crime.

Au point de vue médical, c est le sacrifice certain d'un individu à un autre auquel il reste des chances à peu près égales de vie et de mort (2). Au point de vue de la loi naturelle, c'est Imstinct de la conservation étouffant la voix de l'amour et du devoir maternels. Au point, de vue de la loi morale, c'est la violation des droits d'un tiers, c'est un mal positif qu'aucune considération de personnes, de circonstances ni de lieux ne peut justifier, la fin ne légitimant pas les moyens, la force ne primant pas le droit.

Toute l'argumentation par laquelle on a voulu légitimer l'avortement est spécieuse et peut, en dernière analyse, se ramener au syllogisme suivant : Tout ce qui est utile est licite ; — l'avortement est utile ; — donc l'avortement est licite.

lo Mais il est faux que tout ce qui est utile soit licite et une mauvaise action, quelque bénéfice qu'elle procure, n'en demeure pas moins une mauvaise action. On oublie trop que

(1) Voyez bulletin de lacad. royale de méd. de Belgique i852. — L. J. Hubert de Tavortement et du fœticide médical.

B^^ Dunot de S^ Maclou, du fœticide médical, Caen 1860.

(2) Vlus de chances de vie, d'après les statistiques de Kayser, puisque lopération césarienne, faite à temps, (dans les 6 premières heures du travail), sauve 52 femmes sur ic^ et 92 enfants : donc sacrifice certain de Tenfant à une femme qui a 52 chances sur 100 de survie.

Il6 DIFFICrLTKS PRO\ KNANT I)i; CANAL A PARCOURIR

c'est le bien cl non Yiitilc, qui doit ctrc la règle de notre vie si nous voulons que notre vie ait quelque valeur morale (i). Il peut être utile au soldat de déserter devant l'ennemi pour échapper à la mort, mais de quel nom tous les peuples He'trissent-ils son utilitarisme !

2*' A n'examiner que le côté matériel, l'avortement est-il bien d'une utilité telle que pour certains esprits, elle doive primer toute autre considération ? Dans l'avortement il succombe 5 femmes et loo enfants p. o o ; par l'opération césarienne faite â temps, on perd 8 entants et 48 femmes p, 00 (Statistique de Kayser). Donc, sur 200 existences en jeu, l'avortement en sacrifie io5 et l'opération césarienne, qu'on appelle une barbarie d'un autre âge, 5ô seulement ! — Pour montrer à quel point le système utilitaire est inadmissible, il suifit d'indiquer les conséquences monstrueuses auxquelles il conduit logiquement.

En elfet, si vous croyez pouvoir faire avorter la femme pour lui sauver un bien précieux, la vie, à plus forte raison devrez-vous la faire avorter lorsqu'un bien, parfois beaucoup plus précieux encore à ses yeux que la vie, la réputation ou l'honneur, est compromis par la grossesse. VS utilitarisme, on le voit, aboutit à la cour d'assises.

L'avortement médical écarté, il ne nous reste que deux ressources : tâcher de modérer le développement du fœtus et de le retenir dans des dimensions qui lui permettent de franchir le rétrécisscnient pelvien ; — provoquer son expulsion à une époque où il n'a pas encore acquis ce volume disproportionné, mais où déjà il est viable.

I. ENRAYER LE Dl':VELOPPEMENT DU FŒTUS. On a proposé, pour atrophier l'enfant, d'affaiblir la mère ou de lui administrer certaines substances médicamenteuses.

lo Affaiblissement de la mère, c En général, dit Moreau, les femmes qui se nourrissent bien, qui sont fortes, sanguines, mettent au monde des enfants vigoureux, tandis que celles qui sont faibles, chétivcs, ne donnent le jour qu'à des enfants peu volumineux. Les faits contraires ne sont que des exceptions. »

(1) Voir \\ CouM'n : Du \'rai. du Beau et du Biea. — Mgr. Laforêl : Philosophie morale, Chapitre m. Des faux systèmes sur la loi morale.

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