‹ Cours d'accouchements professé à l'Université catholique de LouvainChapitre 53 sur 165 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

l3o DIFFICULTÉS PROVENANT DU CANAL A PARCOURIR

Le laminaria n'est cependant pas à Tabri de tout reproche :

a] La lenteur avec laquelle il se ramollit expose plus ou moins à la rupture pre'niaturée des membranes, surtout si le cylindre est d*un petit volume. C'est là un inconvénient que mon père a été le premier à signaler.

Pour Téviter il a conseillé : 1° d'adapter la longueur des bâtonnets à celle du col de la matrice ; 2^ d adapter également leur volume à la dilatation et à la perméabilité du canal qui doit les recevoir, ce qui est toujours possible, puisqu'on peut en réunir plusieurs en un seul de grosseur suffisante. A ces deux recommandations il en ajoutait une troisième, celle de ramollir préalablement l'extrémité du cylindre, en l'immergeant pendant quelques heures dans une couche d'eau de 3 à 4 millimètres d'épaisseur. Cette extrémité se gonfle et forme une petite boule souple, élastique, qu'on amincit ensuite à volonté et qui, portée dans le col de la matrice, n'agira plus comme une pointe et ne pourra rompre que des membranes exceptionnellement fragiles.

b) Comme l'éponge préparée, et plus qu'elle peut-être, le cylindre de laminaria doit être soutenu et il exige un repos plus ou moins prolongé. Une boulette d'ouate, grosse comme un œuf, qu'on enduit de glycérine et qu'on renouvelle deux fois par jour, suffit pour le maintenir en place et elle n'irrite ni le col ni le vagin. Le laminaria est donc le meilleur dilatateur du col : il est le moins irritant et il agit lentement et graduellement,

50 DOUCHES VAGINALES. Elles sont d'une application si facile et si simple, elles semblent devoir être si inoffensives que du moment où leur efficacité était démontrée, elles devaient se faire adopter sans opposition et c'est, en effet, ce qui est arrivé.

On remarqua bien qu'elles restaient parfois sans action ou qu'elles agissaient trop tardivement, mais c'était là le seul grief qu'on leur reprochât au début. Cependant Kiv^isch lui-même, leur promoteur (1848), n'avait déjà pas été très-heureux, puisque sur 10 cas il n'avait obtenu que 5 succès complets. Une femme était morte de hernie étranglée; quatre avaient été prises de métro-péritonite et deux y avaient succombé. Il est vrai que ces métro-péritonites étaient mises sur le compte d'une fièvre puerpérale régnante. Mais quelques autres faits malheureux ne lardèrent pas à être signalés en Allemagne , en Angleterre , en

DE L'ACCOUCHEMENT PRÉMATURÉ ARTIFICIEL l3i

France (i) et, dans un mémoire publié en 1864, 1^ professeur Lazzati,* de Milan, fait le rapprochement que voici : sur 36 cas où les douches furent employées, soit à Fhôpital, soit en ville, 12 femmes succombèrent (= 33,3 pour cent), et il y eut i3 mort-nés (= 36 pour cent) ; tandis que sur 14 cas où Ton eut recours à d'autres procédés : à la ponction de Fœuf (six fois) , à Téponge préparée (six fois) , à la bougie élastique (deux fois) , toutes les femmes se rétablirent et il n'y eut que 3 mort-nés (=21,4 pour cent).

Les douches vaginales sont donc loin d'être aussi inoffensives qu'on l'avait cru de prime abord et quelques nouveaux cas d'accidents suffiraient peut-être pour les faire abondonner complètement. La réaction existe et elle n'est probablement pas étrangère à l'empressement avec lequel on accueille en France le procédé de MM. Mattei et Tarnier.

Cependant avant de les proscrire , ne conviendrait-il pas de se demander si les accidents qu'on leur attribue n'auraient pas pu être évités et s'ils n'ont pas dépendu du modus faciendi, si important en toute chose.

Pour répondre à cette question, on doit se rappeler que les douches agissent : 1° en raison de leur température ; — 2^ en raison de leur fréquence et de leur durée ; — 3° en raison de leur force de projection.

On ne comprend guère qu'elles puissent donner lieu à des accidents par leur température, aussi longtemps que celle-ci ne s'écarte pas trop de la chaleur naturelle du corps.

Par leur fréquence et leur durée, elles peuvent sans doute exciter plus ou moins vite les contractions utérines ou les rendre plus actives lorsqu'elles se sont déjà déclarées; mais, comme nous en avons déjà fait la remarque, si on leur adresse un reproche, c'est au contraire celui d'agir trop lentement et trop faiblement. Ce n'est donc pas encore là que gît la cause du danger.

Reste le troisième élément : la force du jet. Lorsque le liquide, s'échappant librement, peut bientôt se diviser et s'épar-

(1) M. Van Leynseele a vu une femme mourir subitement d'une rupture utérine au moment où elle allait accoucher, et dans lune des obscn'ations qu'il a communiquées à lacadémic [Bulletin^ 1867), il fallut suspendre les douches au bout de six minutes parce que la femme éprouvait un grand malaise et quelle commençait à perdre du sang. Ses couches furent cependant heureuses.

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piller sur les surfaces qu'il va frapper, il faudrait une force de projection excessive , ou une fragilité bien exceptionnelle des organes, pour qu'une déchirure pût en résulter. Mais si le bout de la canule est porté au fond de la rainure utéro-vaginale et si son ouverture se trouve exactement bouchée par la paroi du vagin, les conditions changent, car le liquide, incompressible de sa nature, agit alors sur un point trés-circonscrit, comme le ferait un instrument aigu poussé sur ce même point, avec toute la force employée pour surmonter la résistance. Au lieu de cela, supposons la canule introduite dans le col même et sa circonférence exactement embrassée par un canal qui va se rétrécissant de bas en haut, de manière que Tinjection ne puisse refluer. Quarrivera-t-il? Si Torifice interne résiste, leffet que nous venons de signaler se produira sur le col, comme il se produisait tantôt sur le vagin. Mais si Torifice interne est ouvert, ou s'il cède, tout le liquide injecté pénétrera dans un utérus déjà exactement rempli par l'œuf et produira une distention douloureuse, peut-être une éraillure qui deviendra le point de départ d'une déchirure ; peutêtre même pénètrera-t-il dans une trompe ou dans quelque vaisseau déchiré par le décollement de l'œuf.

Si telles sont les causes du danger, et nous n'en voyons pas d'autres, on comprend que pour les éviter il suffit de tenir toujours le bout de l'instrument à quelque distance du point que l'on veut percuter et de ne pas le diriger dans le col même.

Grâce à ces précautions, nous n'avons jamais vu les douches utéro-vaginales produire le moindre accident. Nous préférons d'ailleurs les rapprocher et les prolonger que les rendre plus stimulantes par l'élévation de leur température ou par la force de leur jet.

Si les douches sont parfois impuissantes à provoquer franchement les contractions utérines, c'est que souvent on ne les rapproche pas assez et qu'on laisse ainsi la matrice rentrer dans un repos vers lequel elle n'a que trop de tendance aussi longtemps que la grossesse n'est pas à terme.

Les douches vaginales se font au moyen d'un seau d'eau & 3()"-35" R., suspendu à une muraille, ou reposant sur un meuble élevé, et muni d'un siphon. On peut aussi employer un irrigtttcur d'Kguisicr de la contenance d'une dizaine de litres, l*ftpporcil de M. Mathieu (FIG. 96), un clyso-pompe ou le

Fig. 96.

tube en caoutchouc qu'une poche élastique et une soupape transforment en pompe aspirante et foulante. La douche se pratique 3 à 4 fois par jour, pendant 20 à 3o minutes. Nous l'employons à 35° C, plutôt qu'à 35o R., et nous aimons mieux la prolonger ou la répéter que lui donner trop de force. Le liquide doit toujours être bien purgé d'air et dirigé sur le col mais non dans le col même.

6<> DOUCHf:s D'ACIDE CARBONIQUE. Scanzoni a réussi deux fois, et échoué souvent, paraît-il, à provoquer le travail au moyen de l'acide carbonique dégagé dans le vagin. Cinq séances de 20 à 3o minutes lui ont suffi. Nous n'avons pas d'éléments suffisants pour nous prononcer sur la valeur de cet agent.

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