‹ Cours d'accouchements professé à l'Université catholique de LouvainChapitre 56 sur 165 · POUR L ENFANT : POUR LA MERE · texte numérisé non relu

POUR L ENFANT : POUR LA MERE

de 8 p 0/0 de 48,72 si Ton opère de 1 à 6 h. après récoulcmcnt des eaux

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Les femmes ostéomalaciques sont assurément dans les pires conditions de santé et cependant c'est pratiquée sur elles que l'opération a donné les plus beaux résultats. C'est que l'ostéomalacie produit des déformations pelviennes telles que la nécessité de la gastrotomie étant d'emblée évidente, l'accoucheur se décide à temps et ne gâte pas le cas par des tergiversations ou des essais de délivrance inutiles. Notre compatriote Hoebeke, de Sottegem, a sauvé 11 femmes sur 16 (i). Citons quelques autres opérateurs heureux : Maslieurat-Laguémard a sauvé 6 femmes sur 6; Decœne 5 sur 6; Bosch 4 sur 5; Stoltz 4 sur 6; Kilian 4 sur 7 . Le D^ Oetteler a opéré avec succès Louise Fischer quatre fois!

La gravité de l'opération dépend encore des procédés opératoires mis en usage et la mortalité, dit Gérard, va sans cesse en diminuant à mesure que la chirurgie progresse :

Ainsi de lySo à 1800 : Sy succès* 80 revers — mortalité de 1801 à i832 : 54 » ()4 » »

de i833 à 1839 : 37 » 36 » »

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INDICATIONS. L'opération césarienne se trouve indiquée : i^ Dans certains cas de rupture utérine, avec passage do l'enfant dans l'abdomen ;

(1) La statistique de M al ga igné indique une mortalité de sS p o n pour l'amputation de lavant-bras.

(3) Faits constatés par deux membres de la commission médicale. MM- Vcrbcek et Lutens, professeurs à luniversité de Gand.

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2® Dans certains cas de grossesse extra-utérine ;

30 Quand des tumeurs inopérables ou irréductibles s'opposent au passage du fœtus ;

40 Quand la femme est morte sans être délivrée et que Tenfant vivant ne peut être extrait, sans trop de difficultés, par les voies naturelles;

5^ Dans les cas de vice extrême du bassin. Mais ici il y a, daprès nous, une distinction importante à établir :

Si fenfant est mort, il faut recourir à Tembryolomie toutes les fois qu'elle est suffisante — parce qu'elle est moins meurtrière pour la mère que Thystérotomie. Par son procédé de transforation mon père a élargi les limites de l'embryotomie et reculé d'autant celles de l'opération césarienne — mais jusqu'où? Nous ne pourrions pas encore le préciser.

Dans certains cas extrêmes nous nous demanderions si la transforation, même précédée de la symphyséotomie , n'est pas encore préférable à l'hystéro-gastrotomie.

Si Venfant vit et s'il ne peut pas être extrait par le forceps ou le levier, les Anglais et aujourd'hui la plupart, il faut bien le dire, des accoucheurs allemands, français et belges, veulent qu'on le mette en pièces sans tarder, et pour eux l'opération césarienne doit être proscrite toutes les fois que l'embryotomie est praticable.

Nous nions qu'on ait le droit de mettre à mort un être humain innocent pour éviter un danger, ce danger fût-il celui de l'opération césarienne : « insontem et justum non occides » la légitimité de la peine de mort est aujourd'hui discutée, même lorsqu'il s'agit de l'appliquer à des assassins.

Qu'on nous permette une comparaison : comparer n'est pas prouver, sans doute, mais les comparaisons justes éclairent. Supposez deux naufragés accrochés à une planche de salut, assez forte seulement pour en soutenir un sur les eaux, mais incapable de les porter tous les deux. Tous les deux cependant, usant du même droit , s'y cramponnent avec une égale énergie. Du dvage vous assistez impuissant à cette lutte désespérée; vous n'avez pas de corde ou de perche à tendre à ceux qui vont sombrer ensemble mais vous avec un fusil à la main : avez-vous le droit de tirer sur l'un de ces malheureux , qui pourtant va mourir , pour essayer de sauver l'autre ? Vous croirez-vous ce droit et tirerez vous, si vous n'êtes pas même sûr en abattant l'un de sauver l'autre, et surtout si vous n'êtes pas certain de ne pas les tuer tous les deux ?

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Dans Fart vétérinaire la question de savoir si Ton peut tuer le poulain dans le ventre de la jument, ne soulève pas de difficultés : il est évident que le propriétaire d une écurie peut choisir ranimai dont la conservation lui est la plus précieuse, ou même la plus agréable, et désigner à lartiste vétérinaire la victime — parce qu'il est le maître de ses chveaux et qu'il a le droit d'en disposer à sa fantaisie. Mais nous ne sommes pas les maîtres de la vie humaine et un commandement formel nous défend d'y toucher : non occides vous ne tuerez pas... iussiezvous médecin ! Si l'opération césarienne tuait sûrement la mère, elle serait interdite au même titre que l'embryotomie : « Sicut mater morti proxima non débet occidi ut servetur vita prolis, ita nec proies occidi débet, ut salvetur mater » (i).

En principe, l'opération césarienne est indiquée d'après nous, non pas seulement dans les vices extrêmes du bassin, mais toutes les fois que l'enfant ne peut pas être extrait vivant par les voies naturelles, c'est-à-dire chaque fois que l'enfant, vivant et à terme, se trouve en présence d'un rétrécissement de moins de 70 millimètres. Mais, .nous dit-on, la femme peut refuser de se dévouer jusqu'à l'héroïsme en se soumettant à cette terrible, opération ! Certes elle le peut en droit naturel , en morale et même aux yeux de l'Église, puisque l'enfant peut être baptisé , mais elle n'a assurément pas le droit d'exiger en sa faveur le meurtre de son enfant et « le médecin ne peut pas se faire, dit Bégin, l'exécuteur de l'arrêt inacceptable d'une mère sans entrailles. » Que faire donc? S'adresser à ses sentiments de mère et de chrétienne pour obtenir son consentement, sans lui exagérer, mais aussi sans lui cacher, les périls de l'opération. La crainte de la douleur ne doit pas l'arrêter, le chloroforme supprime la douleur... que ne supprime-t-il aussi le danger ! La femme refuse-t-elle absolument la seule opération qui puisse sauver son enfant, il n y a pour le médecin chrétien qu'un parti à prendre : baptiser l'enfant et attendre qu'il soit mort pour le mettre en pièces. Le résultat final est le même, nous dit-on, et par Texpectation nous nous exposons à voir des accidents survenir du côté de la femme. Cela est vrai mais c'est celle-ci qui le veut, et, quoiqu'on dise, quand elle n'est pas tenue de sauver et quand l'accoucheur ne peut pas sauver légitimement, laisser mourir ou tuer directement

(\) Qucstiones, in confercntiis ecclcsiasticis diocescos Mcchliniensis, agitât» anno 1874.

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seront toujours deux choses distinctes, en français, en logique et en morale (i).

Sans doute, en présence d'un accouchement impossible et d'une femme qui refuse de subir l'opération césarienne, la position du médecin est cruelle et son cœur est douloureusement ému — mais il n'a pas plus le droit, pensons-nous, de sacrifier l'enfant à la mère — que celui de sacrifier la mère à l'enfant — la femme et l'enfant fussent-ils sa femme et son enfant. Ses efforts tendront à empêcher le développement des accidents inflammatoires par des bains, des injections émollientes et, au besoin, par des sangsues. Devra-t-il attendre la certitude physique absolue de la mort de l'enfant, avant d'agir sur lui? — Non, la certitude morale suffit et elle existe, pour celui qui est exercé à l'auscultation, dès que le bruit cardiaque, cherché consciencieusement et à plusieurs reprises, a cessé de se faire entendre.

CIRCONSTANCES. L'opération césarienne pçut se trouver indiquée dans des circonstances que nous diviserons en 3 groupes principaux.

i**" CAS. La mère est morte et Venfant vivant. L'enfant succombe le plus souvent avant la mère, mais il est bien .constaté et bien certain qu'il peut aussi lui survivre. Si tous les

(i) Est-il un médecin qui consentit, pour un motif quelconque, à abréger, par une opération ou un médicament, ne fût-ce que de quelques heures, Vexistence d'un malade.

Il est vrai quen portant Tinstrument meurtrier sur un fœtus in utero, on ne voit pas la victime, on n'entend pas ses cris, ,on n'est pas témoin de ses con\'ulsions ; mais en quoi ces conditions changent-elles la nature de Tactef

On nous dit : cet enfant na pas de vie indépendante aussi longtemps qu'il n'est pas né. Est-il moins dépendant immédiatement après sa naissance! Et avons-nous droit de vie et de mort sur tout individu incapable de se suffire à lui-raémeî

Tuer par commission ou tuer par omission, n'est-ce pas la même chose, nous demande-t-on ? C'est à la femme et non à l'accoucheur que cette question doit s'adresser ; car c'est elle qui refuse la seule opération capable de sauver son enfant. Elle use, nous le reconnaissons, d'un droit naturel incontestable. Mais si elle peut laisser mourir son enfant, ou le tuer par omission, s'en suit-il qu'elle puisse nous imposer l'obligation de le tuer par commission^ Toute la question est là.

M. Pajot fait un tableau dramatique des dangers qui vont résulter de lexpectation. S'il fallait l'en croire la statistique des accoucheurs catholiques Krait efirayante ^ nous répondrons par des chiffres à ces exagérations.

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médecins sont unanimes à reconnaître la possibilité de la survie, ils ne sont plus d'accord lorsqu'il s'agit de fixer les limites extrêmes de sa durée. Combien de temps l'enfant peut-il luiier contre l'asphyxie ou la mort, qui l'enveloppe pour ainsi dire de tous côtés î Une heure seulement, d'après De Paul; beaucoup plus longtemps, d'après Devergie, et de Kergaradec cite des faits d'où il semble résulter que la survie peut durer jusqu'à 34 heures, La princesse de Schwartzemberg pérît des suites de brûlures contract<fes à l'incendie de l'ambassade d'Autriche, et l'enfant fut retrouvé vivant à l'autopsie pratiquée le lendemain du décès (Gardien). Cangiamila, dans son Embryologie sacrée, rapporte un grand nombre d'exemples du même genre. Mais ces faits extraordinaires ont-ils les caractères de la certitude scientifique î Certains médecins les tenant pour bien observés, affirment que la survie peut s'étendre h 24 heures, puisque, passé ce temps , on a trouvé des enfants encore vivants. D'autres, plus nombreux, répondent aux premiers : puisque les enfants vivaient encore, c'est que le décès de la mère ne datait pas d'un jour. Or, aussi longtemps que l'on ne pourra pas déterminer d'une manière indiscutable l'instant précis de la mort, l'argumentation, manquant d'une prémisse scientifique, tournera dans un cercle vicieux, dont les expériences physiologiques ne pourront pas la luire sortir. En effet, Haller et Buffon ont constaté que des chiens naissants plongés dans de l'eau ou du lait succombent au bout d'une demi-heure ; Legallois et Flourens ont aiiphyxié des lapines à terme et trouvé que les jeunes ne survivent que 18 minutes à leur mère : une demi-heure d'un colé, iK minutes de l'autre, voilà chez des mammifères de même mille, des différences assez remarquables et assez profondes pour qu'on ne puisse pas, au sujet de la durée de la survie, conclure rigoureunement de ce qui se passe chez certains animaux, à ce qui doit arriver chez l'homme.

I.u liiit suivant démontre que, dans certaines conditions, un L'uliinl peut survivre deux heures à sa mère. Le 24 novembre 1K1.H , prcM de Jodoigne , une pauvre femme, enceinte de huit iti'ii». lut iittcintu au moment où elle traversait la voie ferrée, pur une locomotive lancée à toute vapeur. Elle eut la tète fraiiiMt'f it lis deux jambes coupées. Des passants relevèrent les uiiii iiiiuiiinéi de cette malheureuse et les transportèrent dans la iiiiiitoji lu plus proche ; il était six heures du soir. Notre Conlittu M Durtu, arrivé deux heures après l'accident, pratiqua

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l'opération césarienne et eut le bonheur d'extraire du cadavre un enfant vivant.

M. Puech est parvenu à réunir un total de 453 opérations césariennes pratiquées post-mortem : dans quelques uns de ces cas la grossesse était multiple : 357 enfants ont été amenés morts et loi, dans Tétat de mort apparente. De ces derniers 36 ont vécu quelques minutes, 22, d'un quart d'heure à un jour, et 43 ont été mis en nourrice : 9,49 p. 0/0.

A la suite d'une intéressante discussion, l'académie de Paris, conclut en ces termes : « le médecin qui a l'espoir d'extraire du corps de la femme décédée un enfant dans les conditions de l'aptitude à la vie extra-utérine, peut, et doit même, médicalement parlant, pratiquer l'opération césarienne en observant les préceptes de là science et les règles de l'art. »

« Nous croyons également, dit M. Hyernaux, de Bruxelles, quand d'ailleurs on a pris l'avis de la famille, qu'on ne peut pas descendre dans la tombe une femme enceinte, sans lui extraire son enfant, si celui-ci est arrivé à l'époque de la viabilité. » Pour les chrétiens qui attachent le plus grand prix au salut spirituel de l'enfant, le devoir est clairement indiqué et ils feront l'extraction du fœtus toutes les fois qu'il restera quelque espoir de pouvoir le baptiser : si mater praegnans mortua fuerit fructus quam primum caute extrahatur, dit le Rituel romain..

La fenmie étant morte, ou supposée morte, comment faut-il venir en aide à l'enfant? On ne doit procéder à l'opération césarienne que dans le cas où la version ou l'application du forceps ou du levier ne présentent pas des chances suffisantes de succès.

On était depuis longtemps d'accord sur ce point, mais le professeur Rizzoli a le premier démontré la possibilité et les avantages de Y accouchement forcé post mortem, alors même que la femme n'est pas parvenue à terme. Pour le pratiquer , on opère la dilatation graduelle du col et pour faciliter celle-ci, on recourt, au besoin, à des incisions superficielles et multiples.

La main étant parvenue dans la matrice, on tâche de fixer la tête et, si elle n'est pas trop mobile, on la saisit avec le forceps et on l'entraîne peu à peu à travers le col et le vagin ; au cas contraire, on va chercher les pieds et on termine par la version.

Cette manœuvre réussit souvent dans des conditions où on ne pouvait guère l'espérer a priori. La main a pu ainsi pénétrer dans la matrice d'une femme morte à 7 mois et même dans

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