III. Utérus
Placé à ■ la partie supérieure du petit bassin , à peu près dans Taxe du détroit supérieur, en arrière de la vessie, au-devant du rectum, au-dessous des intestins, au-dessus du vagin, V organe gestateiir présente à la puberté la forme dune poire aplatie.
On a divisé la matrice en 3 parties : le fond, le corps et le col.
Le fond, ou le bord supérieur de Futérus, s'étend d'un oviducte à l'autre : à peu près rectiligne chez la femme vierge il est bombé chez celle qui a conçu.
Entre le fond et le col se trouve le corps de la matrice (FIG. 23).
Fig. 23. Fig. 24.
1° Fonds de Tutérus.
2° Corps et cavité utérine.
3° Col et canal cervical.
4' Portion sous-vaginalc du col.
6° Cnl-de sac vésico- vaginal.
7° Cul-de-sac reçto-vaginal.
Chez la femme vierge le col est long de 26 à 3o centimètres Le corps offre : une hauteur de 32 à 34 millimètres une largeur de 35 à 40 »
une épaisseur de 22 à 23 »
Tout l'organe pèse de 29 à 36 grammes et mesure 6 centimètres de longueur.
202 CANAL MUSCULO-MEMBRANEUX
Chez la femme mère le col est raccourci , e'paissi , et élargi. Le corps est allongé et porté à 48 millimètres élargi » » à 48 »
épaissi » » à 26 n Le poids total est augmenté et porté à 45 grammes, sa longueur est de 68 millimètres (Sappey)
Le col proémine dans le vagin mais incomplètement et beaucoup moins en avant qu'en arrière; ce qui dépend de ce que les parois vaginales ne l'embrassent pas horizontalement mais très obliquement et de telle façon que le cul-de-sac antérieur n'offre que i3 millimètres de profondeur, tandis que le postérieur en a au moins 20.
Le col est donc divisé en une portion sous-vaginale ou vaginale, libre dans le vagin et une portion sus-vaginale, située plus haut.
Chez la femme vierge la portion sous-vaginale du col est presque cylindrique et ferme comme du tissu fibreux ou cartilagineux ; son extrémité inférieure , grosse comme le pouce , est légèrement acuminée, tout à fait lisse et d'une consistance partout uniforme : elle ressemble au gland de l'homme. On l'a comparée à un museau de tanche, ce qui suppose une lèvre antérieure un peu plus grosse, un peu plus longue que la postérieure, et une fente transversale en forme de croissant. Cette disposition se rencontre quelquefois ; mais plus souvent les deux lèvres se continuent sans limite précise et elles circonscrivent une petite ouverture circulaire qui donne au doigt la sensation d'une dépression ou d'une fossette.
La grossesse et l'accouchement apportent dans cette partie de l'organe des modifications considérables. La grossesse l'assouplit, la ramoUit, et l'enfant, la tête surtout, en la traversant la distend, l'éraille et souvent la déchire. Il en résulte des scissures ou des cicatrices qui rendent les lèvres du col inégales. Ajoutez à cela que ces lèvres conservent un volume qu'elles ne présentaient point chez la femme vierge, et qu'elles ne se réappliquent pas exactement l'une contre l'autre. D'où il suit que tout le museau de tanche est plus gros, son ouverture plus large, souvent transversale, et son pourtour irrégulier. Il n'est pas rare non plus que l'une des lèvres, l'antérieure surtout, soit à la fois plus grosse et plus molle que l'autre, ce qui peut dépendre d'un peu de boursoufïîement et de relâchement de la muqueuse ou de l'assouplissement du tissu sous-jacent.
CANAL MUSCULO-MEMBRANEUX
Les rainures et les cicatrices du col siègent plus particulièrement sur les côtés, et plus souvent à gauche qu'à droite. Peut-être cette dernière disposition dépend-elle de ce que l'occiput, la partie la plus grosse du crâne, est plus souvent dirigé à gauche, et de ce que l'effort de la matrice, par suite de l'obliquité droite du viscère, porte plus sur la portion gauche du col.
Chez les femmes qui ont eu un très-grand nombre d'enfants, non seulement le museau de tanche est couvert de cicatrices, mais toute la portion sous-vaginale du col est raccourcie, réduite à une sorte de mamelon quelquefois très-court.
Extérieurement, l'utérus est complètement revêtu du péritoine, excepté dans la portion sous-vaginale, de son col, sur ses bords au-dessous de l'origine des trompes, et en bas et en avant, dans le point qui correspond au bas-fond de la vessie.
Intérieurement, la matrice est creuse et sa cavité se trouve divisée en deux parties par un rétrécissement qui n'est autre que Vorijice intei-ne ou supérieur du col. La partie supérieure, cavité utérine, cavité du corps, est aplatie d'avant en arrière et présente trois angles qui correspondent, en bas, à l'orifice interne du col, en haut et sur les côtés, aux embouchures des trompes.
La partie inférieure est la cavité ou le canal du col, renflé vers son milieu et limité par l'orifice supérieur ou interne d'une part, par l'orifice inférieur ou exte7~ne d'autre part.
La face interne de la matrice est tapissée d'une muqueuse épaisse de 3 à 5 millimètres, mais qui s'amincit assez brusquement vers les orifices des trompes et vers l'orifice supérieur du col. Cette membrane, qui s'épaissit considérablement au moment des règles, est comme criblée de pertuis qui communiquent avec des follicules mucipares, espèce de petits tubes fluxueux, trèsserrés les uns contre les autres, et dont l'extrémité cœcale s'étend jusqu'au tissu propre de la matrice.
Au col, ces follicules sont plus larges , mais plus courts et plus droits. Ils se laissent quelquefois distendre par leur produit de sécrétion et constituent alors de petits kystes qu'on a appelés œufs de Naboth.
La muqueuse utérine est recouverte d'un épithélium à cils vibratiles.
Le tissu propre de la matrice est d'un blanc grisâtre, serré et ferme comme du tissu fibreux. Il est formé de fibres musculaires organiques dont nous dirons la disposition lorsque nous aurons à étudier le muscle en action, au moment de l'accouchement.
CANAL MUSCULO-MEMBRANEUX
L'utérus s'appuie sur tous les organes situe's autour et audessous de lui et est maintenu dans sa situation par un système de suspension fort compliqué. Dans sa portion sus-vaginale « le « col de l'utérus » dit M. Gallard, « est embrassé par une « véritable zone de tissu connectif condensé, de tissu véritablement « fibreux, qui forme autour de lui un anneau plus épais à sa « partie antérieure.... C'est ce que Aran a fort judicieusement « appelé Vaxe-suspenseur de V utérus , parce que tous les liga- (( ments qui soutiennent l'organe, viennent prendre leur insertion « sur cette zone de tissu fibreux. »
Nous empruntons à notre éminent collègue M. Van Kempen la description de l'appareil ligamenteux de la matrice (î).
LIGAMENTS LARGES. Le péritoine, après avoir tapissé le fond et les deux faces du corps de la matrice, forme de chaque côté un repli transversal, qui rattache les bords de cet organe au péritoine qui revêt les côtés de l'excavation pelvienne. Entre les deux feuillets séreux de ces replis sont logés : en haut, dans le bord libre, la trompe utérine; au-dessous et en avant, le ligament rond, dans un petit repli nommé aileron antérieur; et en arrière, l'ovaire, dans un autre repli, nommé aileron postérieur. Plus bas , les ligaments larges donnent passage aux vaisseaux et aux nerfs de l'utérus et renferment du tissu cellulaire rarement envahi par la graisse.
LIGAMENTS RONDS. Les ligaments ronds sont deux cordons qui, nés de la portion latérale supérieure et antérieure de Tutérus , au-dessous et au-devant de l'insertion des oviductes , se dirigent vers le canal inguinal, le traversent et se terminent en s'épanouissant dans le tissu cellulaire des aînés, du mont de vénus et des grandes lèvres. Ils sont accompagnés dans le canal inguinal, par un prolongement péritonéal, qui leur forme une gaîne connue sous le nom de canal de Nuck. Ces ligaments sont composés de tissu cellulaire condensé et renferment un grand nombre de fibres musculaires organiques et des veines qui deviennent facilement variqueuses.
(i) Traité d'anatomie descriptive et d'histologie spéciale par E. M. Van Kempen. — Louvain, 1854.
CANAf. MlJSCULO-MKMIJIUNICnX
1.h;aMKNTS ANTI'RIKI;)- , u I'0STI':KIKUK.S, Le pcritoinc, 011 se portant de la face antérieure de l'utéru» à la face postérieure de la vcKsie, forme deux repli» antéro-postérieurs , un de chaque côté, nommés lifçamenls anlcrieurs ou vésico-utérim.
Les ligaments postérieurs de l'utérus, naissent de la région médiane et postérieure du col dans la substanee duquel ils prennent naissance, s'écartent, se portent en arrière, en soulevant le péritoine, et vont se fixer sur les bords latéraux de la région moyenne du sacrum, lis sont arrondis, très-puissants et, lorsqu'ils sont tendus, ils forment une grande ouverture ovale, qui conduit h. la fosse péritonéale située entre le vagin et le rectum. Ces ligaments retiennent donc le col utérin en haut et en arrière et la chute de l'utérus ne peut se faire que par leur relâchement. Les ligaments antérieurs, les ligaments postérieurs et les ligaments larges renferment des fibres musculaires organiques qui partent de la substance utérine.
ARTKRES et veines. Les artères de la matrice proviennent des hypogastriqucs et des ovariques. Les veines aboutissent aux troncs correspondants,
NERFS, D'après Frankcnhâuscr, le ganglion solaire est la source des nerfs génitaux. Les ganglions catliaques fournissent en partie directement, en partie par les ganglions rénaux, des branches aux organes génitaux; mais la source principale des nerfs génitaux est le plexus aortique que Frankenhauser divise en plusieurs parties. La supérieure, plexus méscntérique supérieur, envoie des branches nerveuses au j^r, et 3^ ganglions spermatiques. Les deux ganglions qui se trouvent placés de chaque côté de l'artère mésentrique inférieure doivent être considérés comme des ganglions spermatiques ou génitaux. Avec eux s'anastomosent deux fortes branches des et 3^ ganglions lombaires du grand sympathique.
Les branches efférentes du plexus mésentérique supérieur, ainsi que les quatre ganglions génitaux, se rencontrent à la bifurcation de l'aorte et s'y réunissent en un large cordon nerveux, le grand plexus utérin, qui reçoit de fortes branches du 4« ganglion du cordon sacré du sympathique. Environ un pouce et demi au-dessous de sa bifurcation, le plexus se divise de nouveau, ses deux branches forment les plexus hypogastriqucs et, à droite et à gauche, elles embrassent le rectum jusqu'à la
partie supérieure du vagin et jusqu'à l'utérus. Sur. leur chemin se joignent à elles de nombreuse branches du i^r ganglion lombaire et du 3^ sacré du sympathique. Sur le côtés du rectum, le plexus hypogastrique, qui se divise en deux parties dont l'une, la plus petite, va directement à la partie postérieure et latérale de l'utérus; la plus grosse aide en partie à former le gros ganglion du col, en partie se réunit avec les nerfs sacrés.
Le ganglion cervical est, chez les femmes enceintes, un gros plexus long de deux pouces, large d'un pouce et demi, qui se trouve le long de la paroi postérieure du vagin et à la formation duquel concourent les deux plexus hypogastriques, les trois premiers ganglions sacrés du sympathique et les 2^, 3^ et 4^ nerfs sacrés. C'est ce ganglion qui fournit à tout l'utérus, et en particulier au col, des nerfs très-nombreux.
Nous reviendrons plus loin sur le col et le segment inlérieur de la matrice, considérés comme parties intégrantes du canal musculo-membraneux que le fœtus doit traverser.
ANOMALIES DES ORGANES GÉNITAUX
L'appareil de la reproduction, nécessaire à la conservation de l'espèce, ne l'est pas à la conservation de l'individu et son peu d'importance relative explique pourquoi les anomalies des organes génitaux, et même l'absence complète de ces organes, ne sont pas incompatibles avec la vie ni même avec la santé. Certaines anomalies, trop peu profondes pour empêcher que la fécondation ait lieu, peuvent cependant, après avoir livré passage au liquide fécondant, apporter des obstacles à la sortie du produit. Mais les difficultés qui résultent de ces vices de conformation des parties molles, sont en général beaucoup moins sérieuses que celles apportées par les vices du canal osseux. Nous allons les passer rapidement en revue.
Anomalies des organes sexuels externes.
VULVE. Borelli dit avoir vu, à l'hôpital de Castro, une petite fille qui avait deux vulves superposées.
On a observé beaucoup plus souvent l'extrophie de la vessie,
anomalie dans laquelle manquent : la paroi antérieure de la
vessie, les pubis, le pénil et une partie plus ou moins considérable de la vulve et du conduit vaginal.
GRANDES LÈVRES. Elles peuvent manquer complètement ; elles peuvent être soudées dans un point, ou dans toute leur longueur. Leur réunion peut être immédiate ou constituée par une membrane. Elle peut être congénitale ou accidentelle. Lorsqu'elle est accidentelle, elle reconnaît pour cause une inflammation, comme chez cette jeune fille dont parle Amand, et qui dans une course à âne s'était froissé les parties : une fausse honte l'avait empêchée de consulter un médecin et lors du mariage, le mari trouva la voie impraticable. Quoiqu'il ne restât qu'un petit pertuis pour le passage des règles, la fécondation eut lieu et au moment de l'accouchement, il fallut recourir aux ciseaux.
Uinfibiilation, pratiquée par les maris jaloux en Perse, en Egypte, en Turquie et en Afrique, devait rendre l'agglutination des grandes lèvres assez commune dans ces contrées.
Les grandes lèvres peuvent offrir une infiltration considérable qui les expose aux déchirures et à la gangrène lors de l'accouchement. Elles peuvent être le siège de tumeurs sanguines, de varices, de kystes, de lipomes, de hernies, etc.
M o r e a u a vu l'œdème suivi de gangrène et celle-ci donner lieu à de vilaines cicatrices. Il a vu une tumeur enkystée se rompre sous ses yeux et lui causer de vives inquiétudes. Il a vu un lipome des grandes lèvres, du poids de 5 livres, et un autre du volume d'un rein. (Leçons orales).
PETITES LÈVRES. Mayer les a vues manquer. Par contre, Neubauër en a vu trois sur un même sujet et une femme, accouchée à la maternité de Louvain, en présentait deux paires superposées et comme imbriquées.
Quelquefois elles sont développées au point de gêner le coït ou la marche et il peut devenir nécessaire de les exciser. L'excision se pratique fréquemment, assure-t-on, en Perse, en Turquie, chez les Cophtes, les Maures, et en général dans les contrées très-chaudes. C'est à un prolongement excessif des nymphes, peut-être dû à des tractions répétées, qu'il faut rapporter ce que l'on a désigné sous le nom de tablier des Hottentotes ou des femmes Bochismanes.
CLITORIS. Il acquiert parfois des dimensions telles qu'il simule un pénis : on en a vu de 32 centimètres de longueur.
M or eau dut un jour désabuser des parents sur le sexe de leur enfant. Nous avons vu à la maternité une petite fille que toutes les femmes de la salle prenaient pour un garçon.
Le clitoris peut, par sa longueur et sa nature érectile, gêner le coït, ou devenir cause de nymphomanie. Br o wn-S equar d en a fait l'excision plus d'une fois. Il pesait neuf livres dans l'exemple cité par Molinetti et l'opération eut un plein succès.
On dit généralement que les femmes dont le clitoris offre un excès de développement ont de la propension aux plaisirs illicites, aux jouissances avec des personnes de leur sexe. Mais les recherches de Parent-Duchâtelet ne sont nullement d'accord avec cette assertion. On comprend toutefois que cet organe, n'étant plus abrité par les grandes lèvres et se trouvant plus exposé aux frottements, puisse devenir la cause d'un orgasme vénérien et le point de départ d'habitudes vicieuses.
L'extrémité du clitoris peut se transformer en une masse fibreuse ; ses enveloppes peuvent se laisser pénétrer de phosphates calcaires et chez une courtisane vénitienne, dont parle Th. Bartholin, l'organe était réellement osseux.
URÈTHRE. Le méat de l'urèthre peut être bouché par une membrane ; son canal peut manquer en totalité ou en partie. De là la rétention d'urine, à moins que par une autre anomalie ce liquide ne trouve une voie insolite, pai- exemple, celle du canal de l'ouraque resté perméable, comme dans les cas observés par Cabrol, Littre , Dupuytren, etc.
Flamant a vu l'urèthre dilaté au point de permettre l'introduction du doigt. La femme était enceinte quoique le vagin fut fermé par l'hymen. Le canal urétral avait permis le coït chez une femme qui manquait de matrice et qui fut disséquée par Meyer. Morgani et Gruner citent des faits analogues.
Anomalies du vagin.
a) Absence, état rudimentaire. Le vagin peut manquer en totahté ou en partie seulement. Il peut n'être représenté que par un cordon fibreux, dense, plein, ou par une simple trame celluleuse.
L'absence totale du vagin n'est pas très-rai^e : elle coïncide assez souvent avec l'absence ou avec l'état rudimentaire de l'utérus
ANOMALIES DES ORGANES GÉNITAUX
et dans ce cas, la menstruation n'ayant pas lieu, il ne survient pas d'accidents. Mais si la matrice existe, si elle fonctionne et si elle n'a pas de communication avec la vessie ou le rectum, il se manifeste, à la puberté, des accidents dûs à la rétention du fluide menstruel.
Qiielquefois la partie inférieure du vagin existe, mais ce canal est borgne et se termine en cul-de-sac à une hauteur plus ou moins considérable. Dans d'autres cas , c'est la partie supérieure du vagin qui existe, tandis que l'inférieure fait défaut. Willaume, de Metz, Amussat et le Dr Houzé sont parvenus à compléter le canal chez des femmes ainsi conformées (i).
b) Occlusion. Quelquefois le vagin existe, mais il se trouve fermé par une cloison transversale qui intercepte toute communication entre l'utérus et l'extérieur. Cette occlusion, le plus souvent produite par l'hymen, n'est pas rare. Une jeune fille de province est crue enceinte par ses parents qui la chassent de chez eux pour ce motif. Elle entre à l'Hôtel-Dieu , où Pelletan l'examine et reconnaît une imperforation de l'hymen donnant lieu à la rétention des règles.
Une cloison analogue à la membrane hymen peut exister plus ou moins haut dans le vagin et le diviser en deux étages superposés. Le plus souvent ces cloisons transversales sont incomplètes : dans les cas cités par Ruysch et M. Hyernaux, il fallut faire l'incision de cet espèce de diaphragme pendant l'accouchement. Nous avons vu des faits analogues.
Quelquefois la membrane hymen forme une véritable cloison, mais elle est percée de petits trous qui permettent aux règles de s'écouler, et parfois à la conception de s'opérer bien que le coït soit très-incomplet. Une jeune fille vient consulter M or eau et lui présente tous les signes rationnels de la grossesse. Néamoins elle affirme qu'elle a conservé le caractère de la virginité. L'accoucheur demande à s'en assurer et reconnaît, en effet, que l'hymen forme une cloison qui n'est percée que d'une ouverture fort étroite. La soi-disant vierge était enceinte cependant. Ce fait est loin d'être unique. F. de Hilden parle d'une femme dont l'hymen criblé de trous avait permis la grossesse, quoique le
(i) Atrésie congénitale vulvo-vaginale, compliquée d'absence du vagin inférieur, d'imperforation du vagin supérieur, ainsi que d'imperforation de lutérus, avec hématomètre, hématosalpinx et hématoposthé — par le D"" Houzé, père, — Compte-rendu du congrès international de Bruxelles, iSyS, p. 410.
ANOMALIES DES ORGANES GÉNITAUX
mari eût demandé le divorce pour cause de coït impossible. Dans l'observation de Viardel, il fallut fendre l'hymen lors de l'accouchement quoiqu'il offrît quatre petites ouvertures. Il en fut de même chez cette femme dont parle Flamant et dont l'urèthre était si largement dilaté. L'hymen n'offrait qu'un pertuis chez deux femmes en travail observées par Peu : il fallut l'inciser.
c) Ag-g-lutmation, adhérences des parois du vagin. A la suite d'inflammations de diverse origine , les parois du vagin peuvent contracter des adhérences et se souder de manière à rétrécir le calibre du canal, ou même à le fermer complètement. L'inflammation peut être le résultat de manœuvres, innocentes ou criminelles , faites pendant la grossesse , pendant l'accouchement ou en tout autre temps. Une allumeuse de réverbères, de Génève, s'injecte de l'acide sulfurique dans le but de se faire avorter; le vagin s'enflamme et s'oblitère au point de ne pouvoir livrer passage au fœtus lôrs de l'accouchement; des accidents graves surviennent et la mort s'ensuit.
La coarctation du vagin est souvent la suite d'accouchements laborieux. Une dame de Louvain avait le vagin tellement rétréci par un anneau fibreux situé à 6 millimètres de la vulve que Je ne pus d'abord y introduire que l'extrémité du doigt. Ce rétrécissement était la suite d'un premier accouchement, dans lequel on avait successivement employé le forceps , le perce-crâne , les crochets aigus et le céphalotribe. Appelé pour les couches suivantes je dus pratiquer le débridement.
d) Vagi}! double. Nous avons dit que le vagin pouvait être fermé ou rétréci par une sorte de diaphragme transversal, complet ou incomplet. Dans d'autres cas, il rapelle la disposition d'un fusil à deux coups et est formé par deux canaux parallèles et séparés par une cloison médiane , longitudinale , complète ou incomplète. Cet état coïncide souvent , mais non toujours, avec un utérus biloculaire (j).
e) Déviations. Le vagin peut s'ouvrir dans la vessie ou dans le rectum, et le coït pratiqué par des voies insolites, être suivi de conception. On a vu le rectum s'aboucher dans le vagin et celui-ci dans la vessie. Chez une fille, dont M. Ricord a pubhé l'observation, l'utérus manquait et le rectum au lieu d'aboutir à l'anus s'ouvrait au haut du vagin.
(i) Cazeaux rapporte un cas de dystocie curieux, dans lequel la tête de l'enfant passa au-dessus d'une bride vaginale, longitudinale, tandis que le tronc se dégageait au-dessous ; l'enfant, arrêté par le cou, demeura suspendu à la bride et succomba.
ANOMALIES DES ORGANES GÉNITAUX
Anomalies de Vutérus.
a) Absence, état rudimentaire, absence de cavité. On a constaté plusieurs fois l'absence complète de la matrice ; on Ta trouve'e à l'état rudimentaire ou représentée par un tubercule plein. Il serait superflu de dire que ces dispositions entraînent nécessairement à leur suite l'absence des règles et la stérilité.
Demi-iité)'iis. Chaussier a fait l'autopsie d'une femme chez laquelle la trompe, l'ovaire et la moitié gauches de l'utérus manquaient, bien qu'elle eût donné le Jour à plusieurs enfants des deux sexes, contrairement à l'opinion d'Hippocrate et au système de Mi Ilot.
b) Déviations. On a vu plus d'une fois l'utérus s'ouvrir dans le rectum. Barbeau rapporte deux cas d'accouchement par l'anus. Louis en cite également un où il n'y avait aucun vestige de vulve ni de vagin et où les règles avaient coulé par le rectum. Le sphincter anal se déchira lors du passage de l'enfant qui était bien conformé.
Pendant les guerres d'Allemagne, dit Gardien, un soldat se présenta dans un hôpital, pour une tumeur considérable qu'il portait dans l'abdomen et dont on méconnut la nature. A l'autopsie on tut fort étonné de voir qu'elle était formée par la matrice contenant un fœtus. Il n'existait aucune ouverture antérieure et l'orifice utérin s'ouvrait dans le rectum.
c) Divisions : 1° cloison intérieure. Quelquefois une cloison intérieure divise la cavité utérine en deux moitiés latérales symétriques. C'est ce qu'on peut désigner sous le nom d'utérus biloculaire ou cloisonné.
Quelquefois cette cloison est percée, de sorte que les deux cavités latérales communiquent entre elles, ou bien elle se borne à une sorte d'éperon ou de faulx qui divise seulement le fond de la cavité en deux sinus. Dans d'autres cas, au contraire, cette cloison ne se borne pas à la cavité utérine : elle s'étend aussi au col et même au vagin.
2° Division extérieure portant sur les parois elles-mêmes. Quelquefois une dépression se montre extérieurement vers le fond de la matrice et donne à celle-ci la forme d'un cœur de carte à jouer. Si cette division est plus profonde, elle peut s'étendre au corps .de l'utérus et même au col. D'après son étendue, l'organe est bilobé, bicorne, bifide ou double. Toutefois chaque
ANOMALIES DES ORGANES GÉNITAUX
moitié ou, si Ton veut, chaque utérus n'a qu'une trompe et un ovaire : ce qui ne l'empêche pas d'être apte à la génération. Une femme est en travail à la maternité de Paris : les élèves sages-femmes touchent et les unes trouvent que le col est dilaté et souple, les autres que le travail n'est pas même commencé. Les premières avaient raison et malgré la complication de convulsions, l'enfant fut extrait vivant par le forceps. Deux ans plus tard cette même femme accouche spontanément à huit mois d'un enfant qui meurt peu de temps après sa naissance. Elle est prise de péritonite au second jour des couches et elle succombe. A l'autopsie, on trouve le col double et le vagin divisé en deux par une cloison longitudinale qui n'avait été rompue ni par le coït, ni par le fait du premier accouchement. L'utérus lui-même était partagé en deux moitiés ou en deux cornes, ayant chacune une trompe, un ovaire et un ligament rond. Le système de Mi Ilot s'est encore trouvé en défaut ici : car la corne gauche, siège de la première grossesse, avait contenu un enfant mâle, tandis que la corne droite avait renfermé le second enfant qui était du sexe féminin.
Les deux orifices utérins peuvent s'ouvrir dans un vagin double , comme dans l'exemple que nous venons de citer ; mais ils peuvent aussi aboutir à un vagin simple et commun. L'on a vu aussi l'un d'eux s'ouvrir dans le vagin et l'autre dans le rectum.
Quelquefois une sarte de sac est surajouté à l'utérus, et les deux cavités communiquent entre elles ou sont complètement séparées.
Col de la matrice. — Nous avons dit que le col de la matrice peut s'ouvrir dans un ■ vagin borgne , c'est-à-dire , sans communication soit avec l'extérieur, soit avec les organes voisins; qu'il peut s'ouvrir dans la vessie ou le rectum ; qu'il peut être cloisonné ou réellement double.
11 peut aussi être oblitéré, rétréci, ou fermé par une membrane et l'oblitération être complète ou incomplète, congéniale ou accidentelle.
Lorsqu'elle est incomplète, elle peut gêner l'écoulement menstruel et la fécondation, sans toutefois y mettre obstacle d'une manière absolue. Lorsqu'elle est complète et congéniale , les accidents ne se manifestent qu'à l'époque de la puberté. Lorsqu'elle est accidentelle, elle survient avajit ou après la fécondation. Dans le premier cas, les accidents commencent à l'époque menstruelle qui suit l'occlusion; dans le second, ils se manifestent au moment de l'accouchement, comme cela a eu lieu dans les seize observations que Naegelé fils a consignées dans sa thèse.
ANOMALIES DES ORGANES GÉNITAUX
L'occlusion accidentelle succède ordinairement aux lésions du vagin et à celle des lèvres du col, produites par des accouchements antérieurs ou par des inflammations , des ulcérations, de nature diverse. Dans un cas rapporté par M. Gaffe, l'occlusion du col était la suite d'injections faites avec une solution de cendres de foyer.
Le col peut être dévié de manière que son orifice soit appliqué contre une paroi du vagin (déplacements utérins). Cette déviation peut être l'effet ou la cause d'adhérences.
Le col peut présenter une longueur et un volume insolites. L'excès de longueur peut être réel ou seulement apparent. Lors, qu'il n'est qu'apparent, il est l'effet d'une descente de matrice : il disparaît , en conséquence , momentanément du moins , quand on réduit l'organe et cette réduction se fait sans difficulté et sans douleur.
Anomalies des trompes et des ovaires.
Les trompes ne manquent que lorsque les ovaires et l'utérus manquent en même temps. Elles peuvent s'oblitérer et être rendues plus ou moins immobiles par suite d'adhérences contractées avec les organes voisins.
Les ovaires manquent parfois tous les deux. Quelquefois ils sont atrophiés ou réduits à l'état rudimentaire ; ils peuvent aussi être dépourvus d'ovules. D'autres fois il n'en existe qu'un seul. On les a vus faire hernie aux aînés , comme dans le cas cité par Percival Pott; ou à l'échancrure ischiatique, comme dans celui observé par Camper; ou bien encore dans les grandes lèvres. Nous croyons avoir trouvé un ovaire dans la fossette recto-vaginale.
Baudelocque neveu, a décrit un canal partant delà trompe droite, à un centimètre de distance de son extrémité interne, et parcourant la paroi latérale de la matrice pour se rendre dans la cavité du col près de sa partie inférieure. Cette disposition rend possible la superfétation et la grossesse interstitielle.
Mme Boivin fait mention d'une sorte de canal irrégulier qui semblait faire communiquer l'ovaire avec la partie supérieure du vagin. Gartner, de Copenhague, prétend qu'une disposition semblable est constante chez les grands quadrupèdes; mais les anatomistes l'ont cherchée vainement chez la femme. Le fait de Mme Boivin est une anomahe qui, si elle était plus fréquente, pourrait servir à expliquer certains cas de superfétation.
ANOMALIES DES ORGANES GÉNITAUX