‹ Cours d'administration et de droit administratif professé à la Faculté de droit de Paris (volume 2)Chapitre 25 sur 71 · PÊCHE · texte numérisé non relu

PÊCHE

force et surtout son adresse ont été bientôt victorieuses dans cette lutte ; la pèche est devenue un art véritable^ et son exercice s'est souvent même transformé en une persistante passion. Cet exercice n'eùt-il que le gain pour mobile 9 les gouvernements sages , qui doivent toujours s'occuper des besoins sociaux et rechercher les moyens d'y satisfaire 9 ont dû porter leur attention sur la possibilité du dépeuplement des eaux et de la diminution de cette portion des subsistances publiques : de là les règlements qu'ils ont portés sur la pêche (1),

(i) Le gouvernement n'intervient pas seulement par des prohibitions dans la conservation et la multiplication des moyens sdimentaires que nous fournissent les eaux ; il y travaille d'une manière plus directe par la pisciculture, c'est-à-dire par la fécondation artificielle des œufs de poisson.

Pour se procurer des œufs destinés à être fécondés artificiellement, on presse légèrement d'avant en arrière, de la tète à la queue, l'abdomen d'une femelle prêle à pondre; ces œufs sont reçus dans un vase plein d'eau. Ensuite on fait la même opération à un poisson mâle, la laite tombe dans l'eau, qu'elle blanchit; et, au contact de l'eau ainsi spermacée, les œufs changent de couleur : ce qui annonce qu'ils sont fécondés.

Des traités spéciaux indiquent les procédés très-ingénieux à suivre pour conserver, transporter ces œufs ainsi fécondés et les amener à éclosion. Le gouvernement a créé un établissement de pisciculture à Huningue , où on féconde les œufs des poissons de toutes les espèces ; ils sont envoyés à Paris à M. Coste, membre de l'Institut et professeur au collège de France, et envoyés dans les divers départements, soit pour être donnés aux particuliers qui veulent repeupler leurs étangs , viviers et réservoirs , ou les cours d'eau qui traversent leurs héritages, soit pour être remis aux ingénieurs chargés des divers services de navigation, et être versés dans nos rivières et nos fleuves navigables et flottables, dans lesquels la pèche est afi'ermée au profit du trésor public.

Ce moyen artificiel de féconder les œufs de poisson , inventé par Jacobi en Allemagne, et publié, en 4773, dans le Traité général des pêches de Duhamel du Monceau , a été de nouveau inventé par deux humbles pécheurs des Vosges, MM. Géhin et Remy, qui, étant illettrés, ont ignoré la pubHcation de 4773; ils ont passé des mois entiers à observer les règles de la reproduction des poissons , et , ayant surpris les secrets de la nature , ils se sont étudiés à les reproduire , de manière à les faire tomber dans le domaine des faits. Aussi la France doit-elle de la reconnaissance à ces hommes obscurs , qui , avec nos savants et nos ingénieurs , ont travaillé puissamment à lui procurer un jour la vie à bon marché.

166 TITU I. BÉGOiE »E L*I5DCSTB1E .àfiEICOLE.

Sekm les lieox où elle s'exerce ei rimmineDce do danger 8odal qoi vient d'être «gnalé , ces règlements sont partout et nécessairement plos on moins sévères. La pèche ao milieu des mers n'a pas les mêmes inconvénients soeianx que sur les côtes et dans les rivières; on peot même dire qu'elle u'ea offre ancon. Toutefois , les rivages de la mer sont ordinairement, dans de certaines limites, considérés comme faisant partie da territoire national; la pèdie y est plos facile, et les moyens d'alimentation qo'dle y troove sont plos abondants qo'en pleine mer. Les fleoves et rivières navigables et flottables sont partoot considérés comme des dépendances do domaine poblic ; et, comme ils sont encore plos à la portée des habitants, les ressoorces alimentaires qo'ils peovent offrir exigent des dispositions plus restrictives. Les petites rivières ont beaocoop moins d'importance soos ce rapport ; et, leor nombre fàt-il très-étendu, la législation les déclarât-elles aussi dépendances du domaine public , il n'en serait pas moins vrai qu'elles s'incorporent à tel point avec la propriété privée, qu'il serait très-difficile de dénier aux riverains le droit exclosif de la pêche. Enfin la prudence législative n'a pas à s'inquiéter, sous le rapport des subsistances générales, de la pêche exercée dans les étangs et les viviers; les efforts de l'industrie humaine sont nécessairement bornés ; et il est d'ailleurs parfaitement équitable que les moyens employés par tout propriétaire pour élever et multiplier le poisson, à ses frais et par le légitime usage de sa propriété y ne profitent qu'à lui seul.

Telles sont 9 en abrégé^ les considérations générales qui me paraissent dominer cette matière, et qui doivent servir de guide an législateur^ Elles se résument en ceci : un bon gouvernement, qui doit favoriser sans cesse le développement des moyens de subsistance publique , a le devoir

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