I. Les approvisionnements sont généralement com
(1) L'instraction du 16 ventôse an m, art. 3, proclame < comme une
< maxime certaine, en fait d'approvisionnements pour la guerre, que
< Ton est censé ne rien avoir, si Ton n'a pas U double de ses besoins, puis-
< qu'un de ces événements que la guerre fait naître, et qu*on ne saurait
< ni prévoir ni empêcher, peut en un moment vous priver d'une partie
< de vos moyens» »
Cette instruction va plus loin. Elle dit expressément qu'on ne peut se croire assuré de la subsistance en pain d'une armée, si l'on n'a pas devant soi un approvisionnement de trois ans ou pour le moins de deux ans.
De telles doctrines nous paraissent à juste titre erronées ; mais elles sont faciles à comprendre, et même à justifier. D faut se reporter à cette époque de l'an m, déjà si éloignée de nous, où nos nombreuses armées, concentrées presque toutes encore sur le territoire de la République, gémissaient sous le poids des plus cruelles privations, du dénûment le plus absolu. Cependant, quelques hommes supérieurs et généreux (les ordonnateurs MaluSy Pétiei (*), Villemanxyy Blanchard, Dubreton, Denniée, Daru) venaient d'être placés à la tête de l'administration des armées. Frappés des imprévoyances du Gouvernement et de tant de fautes dont les efifetsavaient élé si funestes, spectateurs eux-mêmes de tant de soufifrances, ils
(*] Pétiet fut Ministre de la guerre dans les années iv ei v de la Républiqae. Son administration probe, éclairée, ferme et prévoyante, forma le plus admirable contraste avec les désordres de ce temps.
196 Tlï. ni. — ADMIN. PARTIC. DES ARMÉES ACTIVES.
posés avec les espèces de denrées dont les règlements prescrivent la distribution habituelle, et dans les proportions qui résultent des tarifs. Toutefois, Tabondance, la rareté, la valeur ou le manque absolu de telle ou telle denrée, et les circonstances statistiques particulières du pays sur lequel on veut ou doit opérer, peuvent faire plier ces règles, et contraindre l'administration, soit à substituer entièrement une denrée à une autre, soit à forcer l'approvisionnement pour celle-ci en la réduisant pour celle-là.
IL La force des approvisionnements dépend essentiellement :
1* De reffeclif en hommes et en chevaux à nourrir;
2« De la durée du temps pour lequel on veut se mettre en mesure d'y pourvoir ;
3® Du nombre de rations que chaque espèce de denrées peut rendre.
La prudence, d'accord avec les traditions d'une vieille expérience, conseille d'ajouter au chiffre total de l'effectif, pour les officiers sans troupe et autres parties
purent être entraînés à exagérer les précautions nécessaires pour en éviter le retour.
Dans les Mémoires que le maréchal Gouvion-Saint-Cyr a publiés sur nos premières campagnes de la Révolution, on trouve un fidèle et a£Qigeaat tableau des misères que les troupes eurent alors à souffrir, et des extrémités inouïes où le besoin de leur subsistance les précipita. Ce tableau est peint à larges traits, et avec de vives couleurs qui rappellent le pinceau de Tacite. {Mémoires sur les campagnes des armées du Rhin et de Rhin^ ei-Moselle^ depuis Mdi jusqu'à la paix de Campo-Formhy tome II, campagne de 17i)*i, chapitre vi, p. 148 à i54.]
prenantes isolées, ainsi que pour les besoins imprévus ;
En ce qui concerne les vivres, un quart en sus ;
En ce qui concerne les fourrages, un sixième en sus (1).
Depuis que, par l'effet de la distribution de l'avoine au poids, l'administration a dû abandonner l'ancien système de rations de convention, autrement dites rations complètes de fourrages (2), qu'elle pratiquait dans ses marchés de fournitures, et, le cas échéant, dans ses ordres d'achat pour formation d'approvisionnements, on ne saurait suppléer mieux aujourd'hui au défaut de cette base, qu'en calculant d'après les fixations réglementaires relatives aux approvisionnements de siège, qui accordent par cheval et par jour :
7 kilogr. 5 décagr. de foin; 5 — » — de paille; 3 — 6 — d'avoine.
111. Le principal mérite d'un approvisionnement est dans l'opportunité de sa formation. Si les mesures n'ont
(1 j L'instruction dn i6 ventôse an m calcule sur une moitié en sus ; mais, à cette époque, les équipages de rartillerie, du génie et de Tadministration n'étaient pas encore organisés militairement, et leurs chevaux, fort nombreux, se trouvaient ainsi en dehors de l'effectif des chevaux de troupe. Un sixième en sus a paru suffisant depuis lors , et cette base est actuellement adoptée.
(2) On était convenu d'appeler ration complète :
Soit 15 kilogrammes de foin; Soit 30 kilogrammes de paille ; Soit 18 litres d'avoine.
198 TIT. III. — ADMIN. PÂRTtC. DES ARMÉES ACTIVES.
pas été prises et exécutées à propos, aux époques con* venues et prescrites, pressé que vous êtes par le temps^ contrarié par les menées des vendeurs, par le renchérissement des denrées et des transports, par les intempéries de la saison, par le mauvais état des routes, etc., il vous faut subir tous ces effets de votre imprévoyance ou de vos lenteurs. Souvent même, par cela seul qu'elle aura été tant soit peu retardée, votre opération ne remplira plus l'objet pour lequel elle avait été conçue. D'autres combinaisons deviendront nécessaires, et, avec elles ou pour elles, naîtront d'autres difficultés, d'autres, charges plus fâcheuses encore.
Un approvisionnement est, au surplus, une chose fort chère, et son utilité répond rarement à l'importance de la somme qu'il a coûtée. Des accidents et des pertes de plus d'un genre en sont inséparables. L'administration ne saurait donc être trop attentive à en assurer la prompte et bonne composition, comme aussi à en réduire les embarras et les frais, selon que les circonstances le comportent, dussent-ils même peser sur le pays ennemi, qu'il y a d'ailleurs toujours convenance et intérêt à ménager.