‹ Cours d'administration militaire (volume 3)Chapitre 68 sur 100 · DE L'ADMINISTRATION EN ALGÉRIE · texte numérisé non relu

DE L'ADMINISTRATION EN ALGÉRIE

NOTIONS PRËUMINAIRES (2).

Voîcî ce que nous écrivions en 1847, en tête de ce même titre, peu de temps après nous être démis des fonctions de Directeur des affaires de l'Algérie, c'est-à-

(i) Oq a reproduit le titre spécial et final tel qu'il a été rédigé en 1854, sauf les modifications qui ont trait àl'administration militaire proprement dite. (Note de 1860.)

(2) Gomme l'administration civile n'a point de place marquée dans cet ouvrage , ceux de nos lecteurs qui seraient désireux de l'étudier, pourront consulter les actes ci-après, insérés, pour la plupart, wi Journal militaire :

Ordonnance du 26 septembre 1842, 2< sem., p. 147 (organisation judiciaire) ;

— du 16 décembre 1843^ 2* sem, p. 461 (droits de navi-

gation, — douanes);

— du !•' octobre 1844, 2« sem., p. 381 (droit de pro-

priété) ;

— du 17 janvier 1845, l** sem., p. 9 (recettes et dé-

penses);

— du 15 avril 1845, 1'' sem., p. 193 (réorganisation de

l'administration générale);

dire à une époque où la situation de notre colonie était encore parfaitement présente à notre mémoire.

Si, malgré sa longueur, nous reproduisons ici le texte des indications générales qui avaient alors pour but de faire connaître cette situation, c'est moins pour nous prévaloir des vues qui y étaient exposées, et dont la plupart aujourd'hui sont passées dans le domaine

Ordonnance du 15 avril 1845, i*' sem., p. 219 (personnel administratif);

— du 21 juillet 1845, 2* aem., p. 53 (concessions) ;

— du 31 octobre 1845, 2* sem., p. 385 (séquestre) ;

--* da 9 novembre 1845, 2* sem., p. 396 (organisation du culte Israélite) ;

— du 2 janvier 1846, l*" sem., p. 13 (comptabilité des

finances);

— du 22 avril 1846, 1«' sem., p. 197 (création d'une di-

rection des travaux publics) ;

— du 21 juillet 1846, 2« sem., p. 47 (propriété rurale) ;

— du 13 décembre 1846, 2' sem., p. 639 (douanes) ;

— du 5 juin 1847, 1" sem., p. 290 (concessions) ;

— du 1*' septembre 1847, 2* sem., p. 201 (réorganisation

de l'administration civile) ;

— du 28 septembre 1847, 2« sem., p. 257 (organisatkm

municipale) ; Arrêté du 9 décembre 1848, 2« sem., p. 261 (administration générale) ; — du 16 décembre 1848, 2" sem., p. 338 (règlement d'attribo* tiens) ; Décret du 26 avril 185i [non inséré] (concessions de terres) ; Loi du 16 juin 1851, 1*' sem., p. 597 (constitution de la propriété);

Décret du 23 avril 1852 [non inséré] (actes de notoriété à produire

par les demandeurs de concessions).

Nous conseillons surtout d'étudier la situation générale de TAlgérie

dans le Tableau de nos établissements : travail considérable où tous les

services publics peuvent être facilement passés en revue.

Aux termes de la Constitution de 1848, toutes les matières qui sont en

(les faits, que pour offrir à nos lecteurs des termes intéressants de comparaison , et pour les aider à apprécier les remarquables progrès dus à la sollicitude du Gouvernement, à l'énergie de l'armée et à l'intelligence éclairée de l'administration, pendant les années écoulées depuis lors.

« Une armée française, disions-nous ;

« Des troupes indigènes ;

« Une population civile européenne ;

« Une population indigène ;

a Une administration militaire ;

« Une administration civile ;

a Une justice militaire ;

« Une justice civile ;

a Une justice indigène ;

« Deux religions ennemies en présence;

« Des établissements de tout genre imités de la métropole, « avec le nombreux cortège de ceux que comporte en « particulier, pour Tarmée, l'état de guerre où elle vit ;

tt Des circonscriptions territoriales qui, selon les lieux et « leur système d'administration, prennent le nom :

« De division ou de subdivision militaire; « De province ; « De cercle;

France du domaine de la loi, devaient être également pour l'Algérie réglées par des lois.

Aujourd'hui, d'après les Constitutions de l'Empire, ce sont àessénatusconsultes qui les doivent régler.

La conséquence à tirer des nombreux actes que nous venons de citer est fort simple: c'est que tout ce qui se fait pour l'Algérie est étalement condamné à n'être bon que pour un certain temps, que pour peu de temps ; c'est que si la recherche des principes et des règles qui doivent la régir ouvre un champ vaste et attrayant aux théories ou aux systèmes, elle n'en est que plus exposée k conduire à des erreurs et à des déceptions. (Note de 1854.)

«i De commune; 0 De khulifal; « De kaïdat ; « De cheïkhût.

« Au sommet de tout cela, un gouverneur général, « militaire et civil, exerçant une autorité à peu près « absolue.

« Voilà, en peu de mots, ce que nous avons en Algé- « rie, ce que nous sommes obligés d'y avoir, c'est-à- « dire la charge tout entière d'un grand et difficile gmi- « vernement{{).

« Et avec des éléments si divers, avec des moyens « d'action si compliqués, que fait-on en Algérie?

« On se bat, on plante, on cultive, on trafique.

(( On se bat et on élève des fermes, des hameaux , « des villages et des villes; on ouvre des routes, on c< creuse des ports , on assainit de vastes plaines , on « repeuple et aménage des forêts , on exploite des « mines.

« On se bat , et chacun , enfin , dans sa sphère, tra- « vaille et s'agite sans relâche : les uns, qu'animent le c( saint amour de la patrie et la noble ambition de la « gloire, soutenant le vieil honneur de nos armes par

(i) En 1829, faisant allusion à la possibilité d'expéditions telles que serait celle d'Alger, dont on commençait à parler vaguement (voir le volume III de notre première édition, p. iO), nous exprimions Topinion qu'il faudrait, dans une pareille éventualité, organiser un gouvernement lout entier t et recourir à des règles différentes, en beaucoup dépeints, de celles qui régissent les armées actives. (Note de 1847.)

« leur courage et leurs succès (1); les autres, spécula- « teurs intrépides, poursuivant la fortune sur les mille « chemins ouverts à leur activité, et au mépris des « écueils contre lesquels plus d'un imprudent vient se « briser sous leurs yeux; d'autres encore, et c'est le « plus petit nombre, moins ambitieux et plus patients, « demandent à des entreprises qui n'excèdent pas leurs « forces; à un travail consciencieux et persévérant, un « sort plus modeste et plus sûr.

« Déjà des hommes de science et de cœur, se livrant « aux investigations les plus hardies, ont signalé à « notre commerce des voies jusqu'alors inconnues, et « dérobé au pays le secret des richesses qu'il retenait (^ cachées dans son sein (2).

« Déjà, de riches capitalistes, émus à leur voix, se « sont engagés dans des exploitations dont sans doute « ils espèrent recueillir de grands avantages, mais qui « doivent en môme temps affranchir la France de tri- « buts onéreux qu'elle paie depuis des siècles à l'étran- « ger, soit pour l'entretien de sa marine, soit pour les « besoins de sa propre industrie.

(J) Ponr peu qae notre sujet eût comporté que nous parlassions des opérations militaires, nous n'aurions pas manqué de payer le tribut d'admiration dû à l'habileté et à la vigueur du commandement du maréchal duc d'Isly, aux talents et à Ténergie de ses lieutenants, au courage et au dévouement que son armée n'a cessé d'opposer à tous les périls de la guerre, à toutes les intempéries du climat. (Note de 1847.)

(2) Nos colonnes ont récemment visité le Sud jusqu'à Ouargfa, et vérifié de vim les renseignements fournis sur ces contrées. (Note de

isrii.)

« Déjà aussi, et avant ces capitalistes dont bien peu, « hâtons-nous de le dire, ont réussi à faire agréer leurs « offres, sont venus des diverses contrées de l'Europe « des colons de deux catégories différentes, dignes à « tous égards du plus vif intérêt : les uns industriels <c ou agriculteurs, porteurs d'un médiocre pécule ; les « autres, ouvriers de toute profession, possédant pour « unique avoir leur état et leurs bras*

« Ala faveur de concessions gratuites de terres et « de matériaux, et avec d'autres secours dont l'admi- « nistration et l'armée ne furent certes point avares, « ils devaient être le principal moyen, la base fonda- « mentale de la colonisation ; mais ils s'épuisèrent en « de vains efforts. L'argent, ce nerf essentiel , in- « dispensable à toute grande entreprise ; l'argent, qui « seul crée et solde le travail, manquait à côté d'eux ; « il manquait par l'effet de la répulsion systématique « des nombreux capitaux qui étaient venus s'offrir à « leur aide.

« L'espoir de fonder ainsi de premier jet , et avec le seul « aiuviliaire de colons militaires (1), la petite propriété « en Algérie, était une illusion qui paraît aujourd'hui « dissipée ou bien près de l'être. C'est surtout par la « grande et par la moyenne propriété que l'on peut es- « pérer d'y parvenir. Le temps, qui fait tout vite de « nos jours , les aura bientôt et plus promptement

(i) Gomme mesure subsitiiaire, Tinstitiition des cotonies milHaires eût été une excellente chose. (Note de 18a4.)

<( qu'ailleurs morcelées en Algérie, et Tîntéfêt même (( des grands propriétaires en facilitera et hâtera la (( division.

« Si rapide et incomplète que soit l'esquisse que « nous venons de tracer , elle représente néan- « moins avec fidélité les traits les plus saillants de « l'état des choses en Algérie ; état spécial, anormal « même, mais qui, s*il n*est pas encore l'ordre, n'est « plus le désordre des premiers temps, et dont les im- « perfections, maintenant connues et jugées, dispa- « raitront, espérons-le, devant les sages résolutions et « le ferme vouloir du Gouvernement. Regardons, en « attendant, au point de départ de 1830 ou même de « 1841, et reconnaissons franchement, loyalement, les « immenses et admirables progrès qui nous en séparent « aujourd'hui.

« Nous assistons à un grand et beau spectacle, au « spectacle d'une nation, et cette nation est la France, « qui, placée par ses lumières, ses arts, ses lois et ses « mœurs, à la tête de la civilisation moderne, dépense « généreusement son sang et ses trésors, pour faire « pénétrer chez un peuple barbare les bienfaits de l'é- « tat social dont elle jouit : noble et sainte mission, « que nous avons reçue de notre situation élevée en « Europe et de l'esprit libéral de notre siècle.

« Ne perdons pas de vue qu*il nous faut convaincre « les Arabes de la supériorité de notre administration « et de notre justice, tout autant que de la force de a nos armes, non-seulement pour les maintenir dans « la soumission, mais encore pour triompher des pré^

« jugés religieux qui les éloignent de nous, et de cette « haine de tout joug étranger dont le sentiment pro- « fondement entré dans leurs cœurs remonte aux siè- « clés les plus reculés.

« Songeons à nos propres concitoyens, qui, attirés (( en Algérie, les uns par l'appât du gain, les autres par « la recherche d'un meilleur sort ou par un devoir « public, aspirent à y retrouver Timage de la patrie, (( et demandent la même sollicitude, la même protec- (• tion pour leurs intérêts.

« Souvenons-nous , enfin , que l'Europe nous rea garde, et que nous devons un éclatant démenti à celle (( ancienne et malveillante opinion qui nous proclame (( inhabiles à fonder un grand établissement colonial.

(< La tâche est de longue haleine et difficile, sans (( doute, mais elle ne dépasse point nos forces, si nous (( savons en faire un bon et intelligent usage, si nous « sommes persévérants et résignés aux sacrifices long- (( temps encore nécessaires.

« Chacun, dans sa position, à côté de ses moyens, de « ses talents et de son zèle, y a mis sa part d'erreurs. :t Qu'il y ait louange et indulgence pour tous.

« Ce sont les idées trop absolues, c'est le défaut « d'unité dans les vues et d'ensemble dans les efforts, u qui, bien plus que les vices dételle ou telle organi- '< sation administrative, ont créé la situation contre « les embarras de laquelle nous nous débattons aun jourd'hui.

a Ainsi donc, plus de système exclusif en matière de (( colonisation, plus de centralisation excessive.

« Ayons grande, moyenne et petite propriété.

« Menons de front la colonisation civile et la coloni- (1 sation militaire. Quelle qu'elle soit, la colonisation a « besoin A'écus et de bras. Acceptons les uns et les au- « très, n'importe d'oti, comment ni pourquoi ils vîen- « nent, et ne craignons pas de faire concourir à ce « grand travail les indigènes eux-mêmes, qui, comme « le prouvent déjà quelques exemples et des autorités « respectables, sont, plus qu'on ne le croit générale- « ment, disposés à s'y associer. Il y a du soleil en « Afrique pour nous et pour eux.

« Tout presse et a le droit d'être pressé en Algérie. « La première de toutes les réformes à introduire doit « avoir pour but d'attribuer à chaque degré de Té- « chelle administrative, depuis le maire jusqu'au gou- « verneur général, dans des limites graduées, un droit « de solution, de manière que le colon, ancien ou nou- (( veau, n'ait plus à subir, à chacun de ses pas et dans « toute affaire oti ses intérêts s'engagent , les intermi- « nables et ruineux retards auxquels il a été trop souci vent exposé : réforme qui aura pour effet non moins « utile de réduire l'action centrale d'Alger et de Paris à « de justes proportions, c'est-à-dire, d'après un pre- « mier et simple aperçu :

« Celle d'Alger :

« A l'initiative de toutes les propositions d*un intérêt gêné-

« rai pour la colonie; « Aux décisions qui ne seront ni attribuées aux autorités

« provinciales ni réservées à la métropole; a A la décision de tous les cas majeurs^ imprévus et urgents ; ni. 29

<K A }a préparation et à la réanion des résultats généraux « qui doivent être transmis ou déférés au Ministre de la « guerre.

<( Celle de Paris :

a A la solution des grandes questions d'organisation, d'ad-

« ministration générale, de travaux publics, de justice et

« de culte; «i A la distribution des crédits entre les divers services pu-

« blics; « A la sanction des mesures pour lesquelles les autorités

«r locales n'ont que le droit de proposition; « Au contrôle définitif des dépenses et à l'établissement des

«i comptes généraux.

« Notre opinion peut se compléter et se résumer « dans les termes suivants :

a A Paris, la pensée gouvernementale, la direction souve- « raine et la responsabilité constitutionnelle ;

a A Alger, une administration fortement constituée et pou- « vaut beaucoup par elle-même et à elle seule, mais dont a le cbef, si baut placé qu'il soit, s'inspire avant tout c( de la pensée du Gouvernement, qu'il représente, et « respecte et féconde la direction supérieure qu'il en « reçoit.

« Cependant, loin de nous la pensée que l'on doive « se flatter de poser dès aujourd'hui des règles défi- « nitives pour la conduite ded affaires en Algérie. Alors (( que tout change presque instantanément dans ce « paySi il fâ^ut q^® l^s règles suivent le mouvement et « se modifient ou se renouvellent, afin de répondre « aux exigences de la nouvelle situation qui vient de (( se faire. Aussi ne prendrons-nous pas au sérieux, « pour notre compte du moins , l'opinion entrée dans

« quelques esprits , que l'Algérie puisse et doive être « gouvernée par des lois (1). Nous concevrions tout au « plus que l'application en fût tentée pour les territoi- « res civils seulement, et seulement pour le très-petit « nombre de graves matières qui présentent un certain « caractère , disons plutôt une certaine apparence de « fixité.

« Pour tout le reste, le régime des ordonnances doit « être expressément maintenu. Il est, et sera pendant « de longues années encore , la condition indispensa- « ble de l'existence et du développement de notre éta- « blissement. Telle est notre propre et intime convic- « tion, et tout observateur judicieux la partagera avec « nous. Il n'y a pas en Algérie un colon, si ardent qu'il « se soit montré à réclamer le droit commun, qui « veuille, qui puisse sincèrement vouloir, pour les con- « cessions de terres, de forêts et de mines, pour les « acquisitions de domaines appartenant à l'État, pour « les autorisations de construire, pour l'obtention de « secours, etc., l'application rigoureuse et lente de nos « formes métropolitaines. »

On vient de voir quelle était, en 1847, la situation de l'Algérie, considérée sous les points de vue les plus importants.

Examinons ce qu'elle est en 1854.

A la bataille en permanence a succédé une surveil-

(i) Telle esl encore notre opinion. (Note de 1854.)

lance armée, le plus souvent exercée par l'intermédiaire des seules forces indigènes.

On se bat sans doute encore ; mais à part les agitations qui viennent de prendre fin dans le Sud , il n*y a véritablement combat que lorsque la nécessité politique nous le commande. C'est ce qui est arrivé et ce qui arrive encore à cette heure pour la Kabylie, dont l'insoumission , plus longtemps tolérée , semblerait limiter notre domination et laisserait douter de notre puissance.

La fin de ce que l'on pouvait appeler la guerre active date, à vrai dire, de la soumission d'Âbd-el-Kader, en novembre 1847.

Depuis cette époque, plusieurs grands faits se sont produits, qui ont sensiblement contribué à modifier la situation, savoir :

1* L'impulsion donnée aux travaux de la paix dans les tribus, tels que constructions, plantations et autres travaux d'utilité publique (1);

2^ La fondation des colonies agricoles, œuvre mal combinée, dispendieuse, malheureuse même pour la première géné-

(1) Il existe déjà un certain nombre de maisons de commandement, aux frais de la construction desquelles les Arabes ont concouru par des souscriptions volontaires.

En 1852, on en comptait six, dont une dans la province d'Oran et cinq dans celle de Constantine.

Dans ces dernières, figurait l'établissement d'Aïn-Beïda, qui a coûté au delà de 126,000 francs.

Parmi les actes les plus importants qui intéressent la colonisation, et dont nous avons dû nous abstenir d'entretenir nos lecteurs, comme trop étrangers à notre sujet, nous citerons exceptionnellement l'arrêté ministériel du 21 janvier 1853, portant réorganisation des médecins de co^

ration des colonsi mais qai, en définitive, a fourni an accroissement notable à la population agricole; 3* L'extension donnée, grâce à l'initiative hardie et aux encouragements incessants du Gouvernement, aux cultures industrielles, notamment du tabac, du mûrier et du coUm,

Sans se laisser dominer par aucun système exclusif, ladministration de la guerre poursuit ainsi avec succès

lonUation, dont le service n'avait été jusqu'alors réglé que d'une manière imparfaite.

Les principales dispositions de cet arrêté sont les suivantes :

1** Les territoires livrés à la colonisation (territoires civils et militaires) sont divisés en circonsoriptions médicales ;

2^ Un médecin (autant que peut se faire, docteur) réside au cheflieu de chaque circonscription ; il y tient gratuitement un bureau de consultation;

3^ Ces médecins doivent gratuitement les soins et les secours de leur

* art à toute personne indigente de leur circonscription ;

4** Us ont la direction médicale des infirmeries civiles qui se trouvent dans leur circonscription, dont ils sont tenus de visiter, dans des tournées périodiques, les centres ou groupes de population ;

5^ Un tarif arrêté pour chaque circonscription, détermine les honoraires dus pour les visites et les opérations faites aux personnes non indigentes;

6^ Dans les localités où il n'existe pas de pharmacie, les médecins de colonisation délivrent les médicaments, gratuitement, aux indigents^ et au pi:ix fixé par l'administration aux autres personnes;

7* Le traitement annuel des médecins de colonisation est fixé à 2,000 francs ;

8^ Lorsque l'étendue de la circonscription nécessite l'emploi habituel d'un cheval, le médecin obligé d'en entretenir un a, pour ce fait, droit aune indemnité spéciale.

Voir au BuUetin officiel des actes du gouvernement de V Algérie, année 1853, n«450, p. 303et307:

L'arrêté ministériel du 21 janvier 1853 ;

L'arrêté du gouverneur général du 5 décembre suivant.

Toauvre difficile et lent de la colonisation. Éclairée par Texpérience des colonies agricoles créées en 1848, elle a, sinon renoncé au bénéfice de la petite propriété, pris au moins le très-sage parti de ne plus admettre les individus complètement dénués de ressources. Aussi exige-t-elle que, pour obtenir une concession de huit à dix hectares, le demandeur justifie de la possession d'au moins 2,000 francs : somme absolument indispensable pour que le colon, qui ne doit plus compter sur les secours de l'État, soit à même de s'installer, de créer son habitation, et de se nourrir, lui et sa famille, jusqu'à la première récolte.

D'un autre côté, le Gouvernement, persuadé qu'il ne pouvait seul suffire à l'œuvre de la colonisation, ne négligea pas de faire appel aux capitaux privés, ofirant des concessions plus ou moins considérables, à la charge de placer et d'installer sur le sol un nombre déterminé de familles d'agriculteurs; mais, faute de capitaux ou d'intentions sérieuses, nul ne répondit à l'attente du Gouvernement.

De semblables appels furent faits à l'industrie privée pour la création de villages. Pour en mieux assurer le succès, le Gouvernement prenait à son compte certains travaux d'utilité publique dont la charge , laissée aux particuliers, eût pu être un obstacle. Une des conditions du cahier des charges rédigé pour servir à la mise en adjudication, consistait à établir sur les territoires adjugés un certain nombre de familles d'agriculteurs, à les pourvoir d'habitations, de bestiaux et d'instruments aratoires, et à leur attribuer la propriété de quatre hec-

tares de terres défrichées, aussitôt qu'elles auraient accompli leurs obligations envers les concessionnaires. Aucun adjudicataire ne se présenta.

Après tant d'essais infructueux, ce dernier système a cependant trouvé et reçu une heureuse application par la concession de vingt mille hectares autour de Sétif (province de Gonstantine), faite à une compagnie de capitalistes suisses, dite Société genevoise^ qui s'est engagée à construire, dans un délai de dix années, dix villages , et à y installer cinq cents familles originaires de la Suisse et possédant chacune, en ressources réalisées, une somme d'au moins 3,000 francs.

C'est en vertu d'un décret impérial du 26 avril 1853 que cette concession a été faite , et en moins d'une année (en février 1854) un village, nommé A'm-Arwa/, était presque entièrement terminé. Trois cent soixanteun individus suisses y occupaient quarante-une maisons. Le Gouvernement, qui a pris à sa charge certains travaux d'utilité publique, avait déjà nivelé et empierré les rues, construit une fontaine, un lavoir public et un abreuvoir, procédé au lotissement des terres et remis à chaque colon, pour son lot de vingt hectares, six hectares de terre de première qualité , douze hectares de seconde qualité et deux hectares de prairies naturelles. Un maire provisoire, désigné par les habitants, venait d'être nommé.

La confiance, le zèle et le caractère des chefs de la société, le bon esprit des habitants, et les excellents résultats obtenus en si peu de temps, ne permettent pas le moindre doute sur le succès de l'entreprise; bien

plus, ils autorisent Tespoir de voir Texemple de la Société genevoise suivi par d'autres sociétés (1).

Plus que personne, nous applaudissons à cette heureuse issue et aux espérances qu'elle fait naître ; mais nous souhaitons que l'administration ne se fasse pas illusion sur l'importance du développement qu'elle s'efforce d'ailleurs, à très-juste titre, de donner à la colonisation européenne, car, bien évidemment, ce n'est ni avec nos cent quarante mille colons d'aujourd'hui, ni avec les faibles renforts qu'ils pourront recevoir plus ou moins lentement, que la France recueillera tous les fruits de sa conquête.

N'oublions pas que l'Algérie renferme près de trois millions d'indigènes, et que son sol, merveilleusement fertile, se prête à toutes les cultures. Répandons et encourageons dans les tribus, celles du mûrier y du tabac et du coton surtout. Couvrons-en leur vaste territoire. Déjà de nombreuses expériences ont établi la certitude du succès. Alors, et seulement alors, ces précieux produits viendront peser d'un utile poids dans la balance de notre commerce, et nous affranchiront des tributs onéreux que nous payons à l'étranger (2).

L'Algérie, qui a été pour la France un long embarras

(i) On lira avec un grand intérêt deux articles insérés dans le if onttewr universel à la date des 7 novembre 1853 el 24 février 1854, qui font connaître la situation de l'entreprise et les bases sur lesquelles elle est fondée. La société a tenu au delà de ses promesses.

(â) Entrée depuis quelques années, par les soins deFadministration, dans les habitudes des indigènes, la culture du tabac se développe en Al-

et une lourde charge, deviendra-t-elle pour son commerce une source abondante de prospérité, et pour sa politique un accroissement d'influence et de force? Toute la question est là. Hâtons-en la solution.

Les diverses cultures que nous venons de signaler, et sur l'importance desquelles il est juste de reconnaître que l'attention de l'administration ne cesse de se fixer, ne sont pas les seules sources de richesse qui appellent nos regards et nos soins. Les mines ^ et les forêts ellesmêmes, en dépit de Salluste qui, dans sa Guerre de Jugurtha^ qualifie l'Afrique « ager arbori infecundus^ » abondent dans les trois provinces.

On y trouve, en effet, des mines de fer d'une qualité souvent équivalente à celle des meilleurs fers de la Suède, de cuivre^ de manganèse^ de plomb ^ à^ plomb argentifère^ à* antimoine^ àepouzzolane^ de selgemme,etc. , les unes concédées et en pleine exploitation, les autres en cours d'exploration : toutes promettent aussi de satisfaire, dans un temps peu éloigné, aux besoins de notre industrie.

Enfin , dans cette Algérie réputée inféconde en arbres il y a dix -neuf cents ans, une exploration dont les

gérie d'une manière très-remarquable, avec grand profit pour eux et pour nous.

n y a un intérêt plus grand encore à leur faire adopter la culture du coUm,

Des instructions et des conseils, des encouragements donnés par le Gouvernement, et la certitude bientôt acquise d*un bénéfice important, ne peuvent manquer d'agir favorablement sur l'esprit des indigènes, qui ont d'ailleurs sous leurs yeux l'exemple des ^orts et des succès des colons européens.

458 TITRE SPÉCIAL BT FINALi — ÂDMIN. EN ALGÉRIE.

résultats étaient signalés dès 1850, faisait reconnaître Texistence d'tm million dhectares de terrains boisés^ répartis comme il suit :

Hectares.

l"" Dans la province d'Alger, quarante-une parties de forêts, contenant 185^646

2* Dans la province d'Oran , vingt-trois parties de forêts , contenant 278,761

3"" Dans ia province de Constantine, soixanteneuf parties de foréls, contenant 535.606

Sur ces parties explorées ou seulement reconnues, l'administration n'avait, il est vrai, levé et délimité que soixante mille cinq cent trente-^cinq hectares» On ne saurait donc espérer, d'ici à un demi-siècle peut-être, tirer un revenu appréciable des forêts de l'Algérie ; mais, enfin, la ressource existe. Des agents forestiers actifs et intelligents, suffisamment nombreux, soumis à des règles d'une application possible en Algérie, c'est-à-dire difiérentes de celles suivies en France, parviendront, sans nul doute, à l'aide du temps, à organiser un bon système de conservation, de reproduction et d'aménagement dont il faudra savoir attendre patiemment les fruits (1).

(i) Les chiffires et les autres indications ci-dessus données sur les /bréls sont empruntées k un rapport de M. l'intendant militaire baron Bat-lyet, membre rapporteur du tomilé coM^Uiiifde l'Algérie, établi auprès de S. Exe. le Ministre de la guerre.

Ce rapport, imprimé en novembre 1853 à Tlmprimerie impériale, est

Quoi qu'il en soit de nos réflexions précédentes, un fait récent, un grand fait subsiste, qui met en pleine évidence les importants progrès réalisés depuis quelques années. Ce fait, c'est TAlgérie prêtant à l'armée d'Orient ses soldats les plus aguerris, et lui fournissant des approvisionnements considérables, elle qui naguère était hors d'état de suffire à ses propres besoins.

Et, enfin, l'Algérie ne doit-elle pas voir avec un légitime orgueil, à la tête de l'armée d'Orient, un de ses anciens et plus illustres chefs, des officiers généraux formés sur son sol aux rudes travaux de la guerre, et ses propres enfants appelés à partager sous leurs ordres la gloire d'une grande et noble entreprise?

Nous demandons grâce pour cette digression, oîi de vives et fidèles sympathies nous ont, comme malgré nous, entraîné, et nous nous hâtons de rentrer dans notre sujet, qui, au point de vue où nous placent le plan et le but de cet ouvrage, se renferme naturellement dans les deux grandes divisions suivantes :

1^ L'administration de l'armée en Algérie;

2® L'administration des territoires militaires par Tarmée.

on des plus remarquables travaux dus à la science administrative^ à la haute expérience et à la plume exercée de son auteur.

Étudiée par lui sur les lieux mêmes, où il a, pendant plusieurs années, occupé l'emploi de membre rapporteur du conseil du gouvernement, la question si grave et si ardue de l'administration des forêts en Algérie, est traitée dans son rapport avec une élévation et une sûreté de vues qui font de ce travail une œuvre capitale.

Bref, le malheureux projet d'appliquer à l'Algérie notre Code forestier y est combattu par de si puissants arguments, que l'on doit espérer de le voir abandonné ou tout au moins très-modifié.

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