CHAPITRE PREMIER
DE l'administration DE LARHÉE EN ALGÉRIE.
NOTIONS PRËLniRAIBES.
Le pied de guerre domine la position de l'armée en Algérie, mais avec des modifications qui tendent de plus en plus, trop vite et en trop de choses, seloD nous, à se rapprocher de Vélat de paix.
Toujours est-il, nonobstant ces tendances, que toutes k'S fois qu'il y a absence de dispositions formelleti contraires, l'armée est régie, en Algérie, par les règles générales du service de campagne.
On conçoit aisément que le climat exige des prestations particulières ou exceptionnelles; on conçoit que la nature du pays et le genre de guerre qu'il comporte nmènent d'importantes dérogations aux règlements créés pour l'état de paix.
De là, pour nous, la nécessité de revenir sur ceux des services qui -fonctionnent en Algérie, dans des conditions qui ne sont ni ne peuvent être tout à fait celles de l'état de paix ni celles de l'état de guerre.
Ces services sont les suivants :
1' Les fonds ;
2° Les subsistances ,•
3° Le chauffage;
CHAP. l". — ADMINIST. DE l'aRMÉE EN ALGÉRIE. 461
4* L'habillement et le campemeni ;
6* Le couchage ;
6* Les traveports;
T Les ambulances ;
8° Les postes aux lettres.
Une section distincte et sépacée est consacrée à chacun de ces services.
Quant à la trésorerie, nous n'en faisons aucune mention particulière, attendu que son organisation en Algérie est entièrement calquée sur celle de l'intérieur de la France, et satisfait à tous les besoins, sans rien emprunter aux règles de l'administration militaire.
L'armée, en Algérie, comporte un commandant en chef, qui est le gouverneur général, un chef d'étatmajor général, des généraux de division, des généraux de brigade, un nombreux état-major et des troupes de foutes armes; mais son organisation n'admet, exceptionnellement, ni divisions actives ni brigades.
Tous les corps de troupe fournissent à tour de rôle les détachements de guerre nécessaires au maintien de l'efTectif essentiellement variable qui est assigné ù l'Algérie.
Quelques corps, néanmoins, les uns formés de Français en tout ou en partie, les autres étrangers ou indigènes, y servent habituellement à demeure ; tels sont :
Les régiments de zoaaves;
Les bataillons d'inruiiterie légère d'Afrique;
Les régimenls éfmnjiers;
Lesrét^iruenb de liraillears algériens;
Les régimenls de chasseurs d'Afrique ;
Jjfis régiments de spahis.
A ces troupes s'adjoignent accidentellement et temporairement, soit pour la police du pays, soit pour le combat, les goums fournis et conduits par les chefs indigènes qui nous sont soumis.
Enfin, des kialas (cavaliers à i franc par jour) et des a^A7zr5(fantassins à 50 centimes par jour) sont entretenus par nous auprès de certains chefs indigènes investis d*un commandement dans des contrées éloignées de nos centres d'occupation.
Le territoire occupé par l'armée, ou en d'autres termes, l'Algérie est partagée en trois divisions militaires territoriales qui correspondent exactement à chacune des trois provinces à! Alger ^ à!Oran et de Comtantine^ et en portent le nom (1).
Chacune de ces divisions, commandée par un général de division et administrée par un intendant militaire, se partage, comme en France, en plusieurs subdivisions, commandées par des généraux de brigade ou par
(i) La dénomination de promnce s'applique particulièrement à TAlgé^ rie, considérée au point de vue de l'administration générale.
Chaque province est divisée en territoire civil et en territoire militaire.
Le territoire civil de chaque province forme on département. Noos avons donc en Algérie trois préfectures : celle d'Alger, celle d'Oran et celle de Constantine; plus, des sous-préfectures^ des commissariats civils, espèce de demi-préfectures, etc.
Cette grave modification apportée à l'ordonnance royale du 15 avril 1845 est due à un arrêté du chef du pouvoir exécutif, en date du 9 décembre 1848.
En vertu d'un arrêté antérieur du 16 août de la môme année, tout le territoire civil de l'Algérie avait été érigé en communes.
De tels changements sont, à nos yeux, de véritables anachronismes.
CHAP. I*'. — ÂDMINIST. DE L*ARMÉE EN ALGËHIE. 463
des officiers supérieurs et administrées par des sousintendants militaires.
Le nombre des subdivisions est aujourd'hui de quinze, et celui des cercles^ espèce de sousHsubdivîsion spéciale à r Algérie, de trente-trois.
II y a, enfin, comme en France, des commandements et des états-majors de place.
Les troupes^ réparties dans les divisions militaires, fournissent, au jour du besoin, des détachements organisés sous le nom de colonne dtexpédition^ dont la composition et la force varient selon l'importance des opérations à exécuter, et dont le commandement, à raison de cette importance même, est exercé tantôt par de simples officiers supérieurs , tantôt par des officiers généraux, quelquefois même par le commandant supérieur en personne.
Le corps de l'intendance militaire et le personnel des divers services administratifs (subsistances, habillement et campement, hôpitaux, bureaux de l'intendance) fournissent, ainsi que les troupes de l'administration, à l'Algérie, un contingent d'autant plus considérable, qu'ils ont à pourvoir aux doubles nécessités de l'état de paix et de l'état de guerre :
De Vétat de paix, dans les divisions et subdivisions militaires et dans les places de garnison, pour le service territorial, qui y est organisé comme dans Tintéricur de l'empire et y comprend les mêmes établissements permanents ;
De VéUit de guerre ^ pour le service des colonnes d'expédition, et pour celui des établissements temporaires destinés, comme dans les armées actives, à ravitailler les
troupes militaules, et à recueillir leurs malades et leurs blessés.
Nous ferons connaître, à Toccasion de chaque service administratif, les moyens d'exécution en personnel et en matériel qu'il est appelé à fournir ; mais c'est ici le lieu d'indiquer, à cause de la généralité des attributions de l'intendance militaire, que l'intendant de la division dans laquelle un mouvement doit s'opérer attache à toute colonne d'expédition, suivant sa force, soit un sous-intendant militaire , soit un adjoint de première ou de deuxième classe, soit même, à défaut ou si la colonne n'est composée que de quelques centaines d'hommes, un officier que le commandant supérieur met à sa disposition et auquel il délègue temporairement les fonctions de sous-intendant militaire (1).
L'Algérie forme pour le service de l'artillerie^ personnel et matériel, un des arrondissements entre lesquels tout ce service est aujourd'hui réparti. On y trouve, comme en France, des directions, des sous-directions, des commandements particuliers de place, sous l'autorité d'un officier général de l'arme ayant titre de com-iruindant de l'artillerie en Algérie. Les directions d'artillerie qui ressortissent à ce commandement sont au nombre de trois (une par division militaire) et ont leurs chefs-lieux à Alger, Oran et Gonstantine.
(1) II y a là pour les officiers que leurs études et leur goût portent vers la carrière de Tintendance militaire, et auxquels les concours annuellement ouverts offrent le moyen d'y entrer, un apprentissage très-utile dont ils doivent rechercher et s'efforcer de saisir les occasions.
CHAP. l"^. — ADMINIST. DE L* ARMÉE EN ALGÉRIE. 465
Le service du géfiie, également organisé d'après les errements suivis dans Tintérieur de la France, compte des directions et des chefferies. Comme celles d'artillerie, les directions du génie sont au nombre d« trois et établies au chef- lieu de chacune des divisions militaires. Mais, en dehors des règles de l'état de paix et rentrant sous ce rapport dans celles de l'état de guerre, le commandement et la haute direction du service sont dévolus, en Algérie, à un officier général de l'arme ayant titre de commandant supérieur du génie.
Des bureaux, dits bureaux dès affaires arabes^ constituent, en Algérie, une très-importante spécialité qui n'a ni ne pouvait avoir aucun analogue dans l'organisation des armées actives. Ils sont notre* plus puissant levier pour agir sur la population indigène; et hâtons-nous de reconnaître qu'ils remplissent admirablement leur importante et souvent périlleuse mission.
Vienne le jour où nous comprendrons encore mieux qu'aujourd'hui ce que le travail encouragé et perfectionné des trois millions d'indigènes qui couvrent le sol de l'Algérie, et ce que leurs intérêts soignés et satisfaits doivent ajouter à notre influence commerciale, et l'utilité des bureaux arabes se montrera dans toute son évidence. Quelle meilleure école donnerait les sujets propres à l'administration d'un pays où la connaissance de la langue et des mœurs est la première de toutes les
conditions 7
L'organisation de ces bureaux comprend (1) :
Un bureau politique des affaires arabes, placé auprès du
gouverneur général ; Trois directions divisionnaires ; Douze bureaux de première classe ; Dix-huit bureaux de deuxième classe ; Neuf bureaux annexes.
Les bureaux de première classe sont placés aux chefslieux des subdivisions militaires; ceux de deuxième classe, aux chefs-lieux des cercles, et ceux annexes, dans les postes éloignés et temporairement occupés.
Composés d'officiers qui sont pris, sans distinction d'arme ni de corps, parmi ceux faisant preuve d'une connaissance suffisante de la langue arabe et d'une étude sérieuse du pays , les bureaux des affaires arabes ont pour mission spéciale :
(I) Voir au Journal militaire l'arrêté ministériel du 1" février i84i, l«r sem., p. 52, rendu sous radministration du maréchal duc de Dalmatie, auquel revient le mérite d'avoir donné une première forme régulière à l'institution des directions et des bureaux des affaires arabes.
C'est une décision ministérielle du 4 mai 1850, non insérée, qui a modifié l'organisation de 1844, telle que nous la rapportons ci-dessus, en substituant un bureau politique à la direction centrale, et en constituant plus largement le personnel des bureaux.
Voir également au Journal militaire le décret présidentiel du 19 février 185-2, !•' sem., p. 165, relatif au recrutement des officiers employés dans les bureaux des affaires arabes.
! Il n'est pas moins intéressant de se reporter à un décret antérieur du
11 juin 1850, qui, en prescrivant l'inspection annuelle de ces officiers, s'est sagement préoccupé de leur avancement. Il y avait là une très-fàcheuse lacune. (Voir au Bulletin dee actes officiels du gouvernement de VÀlgérie, n« 354, p. 125.)
CHAP. l". — ADMINIST. DE l'aRMÉE EN ALGÉRIE. 467
De diriger, comme intermédiaires et organes nécessaires des chefs militaires sons les ordres desquels ils sont placés, nos relations avec les indigènes ;
De surveiller les marchés, espèce de forum où se traitent toutes les affaires, où arrivent toutes les nouvelles, où se trament toutes les intrigues ;
De préparer et d'aplanir les voies à ouvrir à la colonisation européenne ;
D'encourager et de guider les indigènes dans des travaux de construction, de plantation et de culture qui tendent à les fixer au sol ;
D'établir les comptes périodiques ou accidentels à rendre sur la situation politique et administrative du pays.
Des officiers de santé et des interprètes attachés aux bureaux des affaires arabes en complètent l'organisation et leur prêtent un très-utile concours.
Indépendamment de cette institution, qui rend à notre cause des services de jour en jour plus importants et mieux appréciés, nous avons, en Algérie, un corps di^ interprètes militaires régulièrement constitué, dans lequel on ne peut être admis qu'à la suite d'épreuves sérieuses subies devant un jury d'examen , et qui fournît, tant aux chefs militaires qu'aux chefs des différents services publics, l'assistance qu'ils ont constamment besoin de tenir prête à leurs côtés, soit dans le cours de leurs marches et opérations, soit dans leurs bureaux : l'assistance d'hommes éprouvés, comprenant, parlant, lisant et écrivant couramment la langue arabe, et avant tout l'arabe vulgaire.
Le corps des interprètes de l'armée d'Algérie se
compose d'interprètes titulaires et d'interprètes awa:/liaires{\).
Le cadre des interprètes titulaires comprend :
Cinq interprètes principaux ; Hait interprètes de première classe; Douze interprètes de deuxième classe ; Quinze interprètes de troisième classe.
Il y a des interprètes auxiliaires de première et de deuxième classe. Le nombre n'en est pas limité; il s'é« lève ou s'abaisse, suivant les nécessités du service.
Les interprètes titulaires sont nommés par l'Empereur, et les auxiliaires par le Ministre de la guerre.
Avant d'entrer en fonctions, ils prêtent, les uns et les autres, entre les mains du général commandant la division ou de son délégué, le serment suivant :
« Je jure obéissance à la Constitution et fidélité à a l'Empereur; je jure également d'interpréter fidèle- (( ment les pièces ou discours que je serai chargé de « traduire, et d'en garder le secret. »
Un avancement équitablement réglé et un traitement convenable, permettent d'espérer une composition de plus en plus satisfaisante et des services meilleurs.
Quoiqu'il n'entre point dans notre plan de nous oc-
(i) Voir an JoumaX milUaire le décret de réorganisation du 4 février 1S54, i" sem., p. 102.
Consulter,, comme point de départ et de comparaison l'arrêté ministériel rendu parle maréchal duc de Dalmatie, sous la date du 3 novembre 1845 (BuUêlin officiel de V Algérie, n» 215, p. 246). C'était un premier et sensible progrès. Celui qui vient d'être fait est plus sensible encore.
CIIAP. I**. — ADMINIST. DE l' ARMÉE EN ALGÉUIE. 4C9
cuper de l'administration civile, nous devons mentionner, comme une très -bonne institution, les bureaux arabes départementaux ^ créés en 1849 près des préfets, pour leur servir d'intermédiaire et d'organe dans leurs rapports d'administration avec les indigènes qui occupent les villes et autres parties des territoires civils.
SECTION PREMIÈRE
DU SERVICE DBS PONDS (i).
Les seules circonstances qui méritent d'être remarquées à l'égard de ce service, dans l'intérêt particulier de l'Algérie, consistent en ceci :
lo Qu'au lieu d'être ouvert à.an seul intendant militaire (intendant en chef)» délégataire unique des crédits ministériels pour ious les services (i), ces crédits sont directement délégués par le Ministre^ contrairement à la règle observée dans les armées actives, à chacun des ordonnateurs secondaires de son département, savoir :
A chaque intendant divisionnaire; A chaque directeur d'artillerie; A chaque directeur du génie;
2* Que, contrairement à la règle observée dans l'intérieur de l'Empire, les crédits ministériels sont collectifs, c'est-*à*
(i) Voir le volume !•', livre IV, titre P'; voir le présent volume, livre VI, titre III, chapitre i*'.
(2) L'intendant de l'armée d'Afrique, qui jusqu'en 1842, avait fonctionné comme intendant en chef sans en avoir le titre, était le délégataire unique des crédits ministériels. La création qui eut lieu, à cette époque, de trois intendances divisionnaires indépendantes les unes des autres, est venue décentraliser l'administration militaire en Algérie pour la plupart des ser\ ices, et notamment pour celui des fonds*
dire ouverts in gloho, sans distinction de chapitres, sous l'obligation toutefois, pour les délégataires, d*en faire emploi par article, et de renfermer leurs dispositions^ le plus strictement possible, dans les limites des indications de détail qu'ils ont eux-mêmes consignées sur leurs demandes de fonds, lesquelles doivent toujours être établies par articles de chapitres;
S^ Que les sous-délégations aux sous-intendants militaires sont faites par article, à moins de. circonstances qui rendraient éventuellement nécessaire une dérogation à cette règle (1) ;
4« Que les intendants militaires ont seuls la faculté de sousdéléguer.
SECTION U
HOnONS PRÉUMIlfÀIRBS.
Le service des subsistances offrait en Algérie, il y a peu d'années encore, de sérieuses difficultés. L'administration devait tirer du dehors, et à grands frais, la
(1) Le règlement du 1*' décembre 1838 garde un silence complet sur ce point. U ne règle, par son article 77, que ce qui a trait aux délégations ; mais nous croyons être dans le vrai en posant comme principe que les sous-délégations doivent se faire par article, et en admettant la possibilité de circonstances extraordinaires qui obligeraient à y déroger.
Dans une armée qui aurait un intendant en cbef et plusieurs intendants de corps d'armée» les sous-délégations du premier aux seconds devraient être nécessairement collectives. Il y a également lacune pour ce cas dans le règlement du 1*' décembre 1838.
(2) Voir :
Volome II, livre IV, titre m.
Présent volume, titre III, chapitre ii.
CHAP. l". — ADMINIST. DE L* ARMÉE EN ALGÉRIE. 471
presque totalité des grains, des bestiaux et des fourra* ges nécessaires à l'armée.
Aujourd'hui, grâce à Tétat de soumission et de tranquillité qui s'est affermi, grâce au développement de la colonisation, et surtout aux relations de commerce et d'échange établies sur une échelle de plus en plus grande entre nous et les indigènes, l'Algérie suffit et au delà aux besoins du service.
Le vin seul continue à être demandé à la France.
Ainsi, plus de recours à l'étranger. Ce progrès est immense.
L'armée étant sur le pied de guerre, a naturellement droit aux vivres de campagne. Elle a, de plus, en considération du climat, pendant la durée des expéditions que les intérêts de notre domination rendent et rendront longtemps encore, quoique plus rarement, nécessaires, droit à des distributions de sucre et de café dont l'allocation, désignée sous le nom de ration mixte ^ est réglée comme il suit :
Café, seize grammes;
Sucre, vingt et un grammes (1).
Sauf les distributions exceptionnelles de vin qui peuvent être prescrites « ^«Vr^ hygiénique^ la ration mixte de café et de sucre est seule délivrée aux troupes en expédition^ sans exclure toutefois, bien entendu, les distributions accidentelles d'eau-de-vie.
(1) Voir au Joumalmililaire la décision ministérielle du 23 avril 1853, i«'sem., p. 301.
Il en est de même pour les troupes en gamisaii dam rintérieur des terres, auxquelles le gouverneur général juge à propos d'appliquer ce régime.
Dans toutes les autres positions, les distributions de vin sont alternées, de deux jours en deux jours, avec celles de sucre et de café.
A l'heureuse situation que nous venons d'indiquer, le Gouvernement doit de pouvoir substituer, pour les troupes sédentaires, une indemnité représentative en argent à la distribution en nature des vivres de campagne, distribution réservée uniquement aujourd'hui, et sous certaines conditions, aux troupes employées dans des expéditions ou occupant des postes isolés.
Les troupes en expédition sont l'objet de quelques autres dispositions spéciales, telles que l'augmentation du poids de la ration de biscuit, de riz et de viande. Ainsi, pour elles,
La ration de biscuit est de six hectogrammes quaraale-4rois
grammes, au lieu de cinq hectogrammes ; Celle de riz est de soixante grammes, au lieu de trente
grammes ; Celle de viande est de trois hectogrammes , au lieu de denx
hectogrammes cinquante grammes.
En cas d'insuffisance des moyens de transport, le biscuit est suppléé par le riz, dont la ration, fixée alors à (rois hectogrammes cinquante grammes, prend le nom de ration riz-pain, pour la distinguer de la ration ordinaire de riz. Il en résulte que le soldat reçoit quatre hectogrammes dix grammes de riz. Mais c'est une mesure dont la nécessité est devenue de jour en jour plus rare, et que l'on ne saurait trop s'eflbrcer d'éviter.
CIIAP. l". — ADMIiNIST. DE L* ARMÉE EN ALGÉUIE. 473
Dans les positions qui comportent la perception en nature des rations de vivres et de chauffage, les officiers et tous autres en ayant la qualité ont la faculté d'opter entre cette perception et celle de l'indemnité représentative en argent, laquelle est fixée à 44 centimes par ration (1); mais ce droit ne peut s'exercer qu'à partir du premier jour d'un trimestre. Ils ont également, et sous la même condition, la faculté de revenir de l'une à l'autre perception.
Quant aux sous-^fficiers et aux soldais, attendu qu'ils doivent toujours recevoir le pain en nature, l'indemnité représentative en argent s'applique seulement pour eux à la ration réglementaire de viande, de légumes secs et de sel, qu'ils se procurent directement. Le taux de cette indemnité est fixé à 18 cent. 5 mill., dont :
15 cenUmes poar la viande; 3 centimes poar les légumes secs ; 5 minimes poar le sel.
Sont toutefois maintenues les anciennes dispositions qui accordent, pour la viande, un supplément du cinquième aux troupes en expédition ou dans une position analogue. L'indemnité représentative est augmentée alors de 3 centimes, de sorte que 18 centimes représentent la valeur de la ration de viande. Ces fixations, soit de 18 cent. 5 mill., soit de 21 cent. 5 mill. ^ servent de
(I) Voir au Journal militaire la décision ministérielle du i5 mai 1847, l'^sem., p. 235.
base au remboursement des denrées qui, dans des cas exceptionnels, sont reçues des magasins de l*État (1).
Quant aux fourrages, la distribution en nature n*est d'obligation qu'envers les corps de troupe, y compris les spahis, les officiers des divers états-majors et autres sans troupe devant percevoir l'indemnité représentative en aident, sauf dans les expéditions : auquel cas les fourrages leur sont délivrés en nature, à charge de remboursement.
De la façon dont le pays est organisé et l'armée répartie, et eu égard tant au nombre des établissements entretenus dans les places de garnison qu'à la difficulté de faire vivre les troupes envoyées en expédition, le soin de pourvoir à la subsistance des troupes exige, en Algérie, un personnel administratif relativement plus considérable qu'en France, et des mesures qui varient selon que l'exécution s'applique au service territorial ou au service des expéditions.
§ I". — De r exécution du service territorial en Algérie.
Le service territorial en Algérie est celui des places principales et autres constamment occupées par des garnisons, et pourvues d'établissements manutentionnaires permanents.
(1) Voir au Journal militaire :
L'instruction ministérielle du 30 novembre 1849, 2* sem., p. 266 ; La décision ministérielle du 27 février 1850, l"*' sem., p. 61 ; — du 4 décembre 1S52, 2« sem. , p. 399.
Les deux premières de ces trois instructions doivent être consultées pour plusieurs détails de régularisation.
CHAP. l". — ADMINIST, DE l' ARMÉE EN ALGÉRIE. 475
Ces places sont :
Alger,
BUdah,
Orléansvilley
Médéah,
Tenès,
Milianah,
Dellysy
Aamale,
Boghar,
El-Aghouat,
Djelfa,
Cherchelly
Tizi-Ouzou,
DrA-el-Mizaii|
Fort NapoIéoDi
Oran,
Mostaganem,
Tlemcen^
Nemoarsy
Mascara^
Sidi-bel-Abbès,
Lalla-Maghrnia,
Saïda,
Daya,
Tiaret,
Sebdou,
GéryviUe,
Gonstantine,
Bdne,
Pbilippevilley
Sétif,
Djidjeli,
Ghelma^
Biskra,
Bathna^
Bougie^
dans la diyision d*Alger ;
dans la division d'Oran ;
dans la division de Constantine.
Suivant l'importance de ces places, la gestion des
diverses branches du service ( vivres - pain , vivresviande, liquides, fourrages et chauffage) y est partagée entre plusieurs officiers d'administration indépendants Tun de Tautre, ou réunie dans les mains d'un seul officier d'administration, adjudant en premier ou même en second.
Chaque place est pourvue d'approvisionnements de précaution que l'administration maintient à la hauteur fixée, eu égard à l'efl^ectif des troupes à desservir.
Il est pourvu au service courant au moyen de marchés passés par place ou petit arrondissement, à l'instar de ce qui se pratique en France, d'après les cahiers des charges rédigés par le Ministre de la guerre, et conséquemment par voie d'adjudications publiques.
On a aussi recours à des marchés de fournitures à la ration^ pour certaines localités qui ne comportent pas l'organisation d'un service manutentionnaire.
Ce simple exposé suffit pour faire comprendre que le service des subsistances en Algérie, sauf la circonstance exceptionnelle des vivres de campagne et celle des colonnes d'expédition qui font l'objet du paragraphe suivant, est régi d'après les mêmes principes et d'après les mêmes règles qu'en France (1 ).
(1) Voir les cahiers des charges publiés en 1853 :
Poar les fournitures de denrées à effectuer par marchù de livraison ; Pour les fournitures de pain | . , . . ,
Pour les fournitures de fourrages j ^ ^"''^ ^ '^ ''«''^'•' Pour les fournitures de vin en Algérie; Pour les mouturesi
CUAP. l". — ADMINIST. DE L* ARMÉE EN ALGÉRIE. 477
§ II. — De l'exécution du sef'vice dans les col of mes
d'expédition.
Ici, nous nous écartons forcément des règles de 1 état de paix.
D'un autre côté, les choses ne sauraient être disposées comme elles le seraient pour des divisions ou des brigades actives d'une armée, parce que la formation et les opérations des colonnes d'expédition sont toujours accidentelles et le plus souvent d'une courte durée, parce que ces colonnes agissent toujours dans des localités dénuées de ressources, ou, ce qui revient au même, tenant cachées avec tant de soin celles qui peuvent s'y trouver, que l'on ne doit faire habituellement aucun fond sur elles.
Il devient donc indispensable que toute colonne emmène avec elle un personnel et un matériel suffisants pour que sa subsistance soit assurée jusqu'au moment où les mesures prévoyantes de l'administration viendront la ravitailler.
Ce dernier cahier des charges est seul inséré au Journal militaire de i854, 1«' sem., p. 663. U porte la date du 3 mars i8S3.
Quand U y a lien de traiter par arrondissements, le gonvemenr général en désigne les chefs-lieux et délimite le rayon.
La désignation des places, là où il y a lieu de traiter par place, appartient aux intendants divisionnaires.
Se reporter au volume II, livre IV , titre III.
478 TITRE SPÉCIAL Et FINAL. — ADMIN. EN ALGÉRIE.
La règle est d'attacher à chaque colonne, pour le seul service des subsistances :
Un officier d'administration (adjadant en premier on en
second) faisant fonctions de comptable ; Un ou plusieurs adjudants d'administration ; Des ouvriers d'administration (boulangers, romainiers, tou-
cheurs, distributeurs), suppléés ou complétés, au besoin,
par des ouvriers civils; Des moyens de transport réguliers ou auxiliaires.
On fait suivre la colonne d'un approvisionnement de biscuit, de riz, de vin et d'eau-de-vie, de viande sur pied, d^avoine ou d'orge, proportionné à la force de l'effectif et calculé sur la durée présumée de l'expédition à entreprendre, en tenant compte, toutefois, des distributions anticipées faites à la* troupe avant son départ et des moyens de ravitaillement préparés pour elle.
Il est d'usage que les troupes emportent, quelle que soit la direction qu'elles doivent prendre, pour sept jours de vivres de campagne, y compris deux jours de pain et cinq de biscuit. Diverses circonstances peuvent conseiller d'y déroger.
G^est l'autorité militaire qui en décide, sous la condition de se concerter avec l'intendance, et de prendre en considération les ressources en denrées manutentionnées et en moyens de transport dont elle peut disposer.
Le biscuit et le riz jouent nécessairement un rôle important pour la subsistance des colonnes d'expédition.
Le pain au quart ou à demi-biscuité ne saurait y être
CHAP. l". — ADMINIST. DE L*ÂRMÉE EN ALGÉRIE. 479
employé, parce qu'il surchargerait Je soldat et exigerait des moyens de transport trop considérables.
Les silos parfois découverts offrent de précieuses ressources.
La cavalerie ne prend au départ, n*importe la direction à suivre, que pour trois ou quatre jours de vivres et de fourrages.
Les chevaux et les mulets vivent au besoin sur le pays, tantôt en mangeant le vert sur place, tantôt, et selon que les tribus sont amies ou ennemies, au moyen du dis ou dyss{\)^ de contributions, voire même d'achats sur place.
Lorsque la colonne opère à une distance de plus de dix jours de marche > des vivres extraits des magasins des postes les plus avancés sont transportés sur un point indiqué par le commandant, où Ton forme un dépôt nommé biscuit-ville^ établi qu'il est avec des caisses de biscuit rangées en carré et dans le centre duquel les autres vivres de campagne sont placés.
L'opération militaire venant à se prolonger, les mulets du train et autres bêtes de somme attachés à la colonne sont au fur et à mesure déchargés, et ceux disponibles dirigés sur le poste-magasin le plus voisin, pour concourir avec les convois arabes au transport des vivres destinés au ravitaillement direct de la coloiine ou à la formation du dépôt de biscuit-ville.
(i) Herbe qui croit par touffes dans le TeU^ et dont les indigènes nourrissent en hiver leurs mulets et même leurs chevaux.
Des barils d*eau-de-vie, portés à dos de mulet, doivent toujours suivre la colonne, pour ranimer les hommes fatigués par les longues marches.
Ceux des bestiaux qui, par Teffet des chaleurs ou des fatigues de la route, ne peuvent plus suivre le mouvement de la colonne, sont immédiatement abattus, coupés en quartiers et chargés sur des mulets conservés hautle-pied et disponibles à cet effet, pour servir aux premières distributions.
On se sert parfois de sacs pour les expéditions de biscuit, mais les caisses sont à beaucoup d'égards préférables.
Le sac offre un seul avantage, celui de ne peser qu'wi kilogramme, tandis que la caisse en pèse douze; il permet donc de charger sur un mulet un plus grand nombre de rations. Les inconvénients du sac sont que le biscuit se brise et se réduit en petits morceaux, en poussière même, par Teffet du frottement des cordes qui le lient sur le bât, ainsi que des chargements et déchargements répétés nécessairement pendant la marche : d'où il résulte d'inévitables déchets qui tournent en partie au détriment de la troupe.
La caisse^ au contraire, protège le biscuit contre la pluie; elle le préserve, au point de rendre les brisures moins nombreuses et moins considérables, les distributions plus exactes, et le transport plus commode au soldat.
De plus, la troupe a, dans les caisses vides^ un moyen tout trouvé, qui lui manquerait souvent sans leur secours, de faire cuire ses vivres.
CHAP. l". — ADMINIST. DE l'âBMÉE EiN ALGÉRIE. 481
Et, enfin, est-on dans le cas d'établir un four de campagne? les planches des caisses à biscuit servent à faire les pétrins : ressource opportune autant que nécessaire, lorsque la découverte de silos permet de faire du paiiT, pour reposer et fortifier les estomacs qu*uu usage prolongé du biscuit n*a pu manquer de fatiguer.
C'est dans cette éventualité assez fréquente, et surtout dans les expéditions de quelque durée, que des moulins portatifs sont mis à la disposition de la colonne. Un mulet de bonne force en porte deux.
A l'arrivée au bivouac, et lorsque des silos ont été découverts, les moulins sont posés à terre et mis en mouvement par deux hommes qui les tournent, pendant que deux autres les soutiennent fortement pour les empêcher de vaciller.
On a eu souvent recours à des moulins, dits moulins arabes^ qui se composent de deux pierres placées Tune sur l'autre, et qu'un seul homme suffit à mettre en mouvement. Manœuvres par des Arabes ou par des soldats, ils donnent promptement de bonne farine.
Ces diverses espèces de moulins ont été d'un grand secours, principalement pendant les expéditions de 1841, 1842 et 1843; mais l'usage en est devenu moins nécessaire et moins fréquent, depuis que notre position fortifiée dans le pays rend les approvisionnements plus faciles par le moyen de convois dirigés sûrement à de grandes distances. Il sera sage, néanmoins, de n'y pas renoncer tout à fait, surtout pour des expéditions de longues durée, telles qu'ont été celles A'El-Aghouat et d'Ouargla, afin de pourvoir la troupe d'un moyen
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prompt et certain d'utiliser les silos arabes qu'elle peut découvrir sur la route, de lui donner conséquem-ment une meilleure nourriture, et de ménager en même temps les approvisionnements de biscuit qui la suivent.
Les razzia^ véritables prises sur l'ennemi, doivent être, quoique dans une assez faible mesure, à cause des pertes et des distractions qu'elles subissent toujours, comptées au nombre des ressources qui viennent en aide au service des subsistances, et plus particulièrement à celui des vivres- viande. On les a jusqu'ici regardées comme le moyen le plus efficace que la guerre mit à notre disposition, pour châtier, réduire ou ramener à la soumission les tribus restées hostiles ou devenues infidèles ; mais elles deviennent de plus en plus rares, et nous devons nous en féliciter, car, si à les considérer sous le point de vue militaire et politique, elles ont produit de bons effets, nul doute qu'en appauvrissant le pays elles n'aient dû tarir les sources de ses principales productions, celles des bestiaux et des chevaux, et privé pour un long avenir notre établissement européen de ses plus essentiels éléments de développement et de prospérité*
Les denrées provenant des razzia sont acquises de droit au service des subsistances, à charge par lui d'en payer la valeur totale, d'après estimation approuvée par le sous-intendant militaire, de concert avec l'officier commandant la troupe qui a fait la prise, et la somme due est versée, à la diligence de ce fonctionnaire, par le comptable du service, dans la caisse du comptable le plus voisin.
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Il est fait deux parts du produit des razzia : l'une formée des deux tiers, qui reste acquise à l'État ; l'autre, formée du troisième tiers, qui revient aux capteurs.
C'est l'autorité militaire supérieure qui règle la répartition de ce dernier tiers, répartition qui donne lieu à l'établissement par l'intendant divisionnaire, d'états que ce fonctionnaire arrête, et au vu desquels le payeur paie aux ayants droit (1).
Les détails que renferme ce paragraphe auront suffi pour faire apprécier Timportante assistance que les approvisionnements rassemblés dans les postes permanents et dans les postes-magasins^ prêtent à nos colonnes pendant le cours de leurs expéditions. Ils auront fait comprendre aussi qu'il y a, en certaines circonstances et en certains lieux de l'Algérie, un très-utile parti à tirer des fours de campagne.
Les expériences auxquelles on continue de se livrer et les exercices imposés aux soldats d'administration finiront, nous n'en doutons pas, par donner de bons résultats pratiques.
Veiller à ce qae les distribations soient faites avec toute
rexaclitade et toute la régularité possibles \ Ménager soigneusement les approvisionnements ;
(i) C'est un aitèté ministériel du 26 avril 1S41 (AuUeltn officUl des acteê du gouvernement de V Algérie, i 842-1 843, p. 17) qui régit encore la matière, sauf la modification exigée par rordonnance du 17 Janvier 1845, c'est-à-dire par la suppression de la caisse coloniale, et saUf Taffectation au Trésor du tiers antérieurement assigné à cette caisse.
Voir au Journal militaire l'article 119 de Tordonnance du 3 mai 1832* avec laquelle l'arrêté de 1841 demanderait à être concilié.
Recueillir y pendant la marche , les ressources que peuvent offrir lès dépôts de denrées dans les postes intermédiaires, les silos découverts et les razxia effectuées ;
Acheter au besoin sur place, lorsque l'occasion s'en présente ;
Combiner l'emploi des équipages et autres moyens de transport, de manière à établir un va-etrvient entre la colonne et les lieux qui doivent la ravitailler;
Telle est, en ce qui concerne le service des subsistances, la tâche du sous-intendant militaire, de l'adjoint ou de l'officier désigné pour en remplir les fonctions, chargé de la direction des services administratifs dé la colonne d'expédition : tâche difficile et laborieuse, qui exige de l'intelligence, de l'activité et du dévouement, et un concours bienveillant de l'officier général ou supérieur investi du commandement.
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