DU SERVICE DU COUCHAGE DES TROUPES
De la façon dont le service du couchage est organisé, réglementé et exécuté en Algérie, et exception faite des cas où les troupes doivent camper ou bivouaquer, ce service n'est autre que celui des lits militaires^ tel qu'il existe et fonctionne en France : véritable service territorial qui ne touche par aucun côté à l'état de guerre (2),
Régi par entreprise, borné à l'usage des troupes qui
(i) Voir au Journal militaire:
Le règlement du 26 février 1846, i«' sem., p. 777; Le traité du 10 juin 1846, 1«' sem., p. 870.
Ces deux actes, bien que relatifs en fait au même objet, portent deux titres différents qu'il nous importe de faire remarquer :
Le premier, celui de règlement sur le service du couchage des troupes en Algérie;
Le second, celui de traité pour la fourniture et l'entretien du mobilier du service des liu militaires en Algérie.
Nous n'accusons que le premier, parce qu'il n'a pas dit tout ce qu'il devait dire. La dénomination de service du couchage n'aurait été exacte qu'autant que le règlement aurait compris, avec les lits militaires , qui seuls l'occupent, le campement, le baraquement, voire même le loge^ ment chez f habitant (non pas en Algérie, mais partout où il peut être mis en usage).
C'était dans cette pensée générale que nous avions proposé cette dénomination de service du couchage à M. le maréchal duc de Dalmatie, à Toccasion d'un travail dont il nous avait particulièrement chargé. Le ministre l'ayant agréé, on aurait dû en accepter toutes les conséquences. Qui dit couchage dit, ce nous semble, tout ce qui sert à coucher, aussi bien sous la tente et sur le sol que sur son lit.
(2) Voir volume II, livre IV, titre VII, chapitre ii.
m, lia
occupent les places de garnison, il offre d'abord une similitude parfaite avec les règles observées dans l'intérieur de l'Empire, en ce qui concerne ;
\^ Les diverses catégories de fournitures dont le mobilier se compose, et la détermination des places entre lesquelles il est réparti |
2<» La faculté réservée au Ministre de la guerre d'augmenter et de réduire la fixation, et d*en modifier la répartition;
3« Les livraisons, les entretiens et les manutentions ;
4* Les distributions, les réintégrations, les pertes et les dégradations ;
5* La fourniture des capotes de sentinelle et des mobiliers de corps de garde ;
6® Le personnel du service ;
?• Le principe d'un loyer éCentretiertf d'un loyer d'occupation, et d'un prix d'abonnement et de conservation des châlits et couchettes ;
S^ La comptabilité et l'ordonnancement.
Parmi les différences et les dispositions spéciales que commande l'état exceptionnel de l'Algérie^ on doit remarquer les suivantes :
1* Entretien d'une fourniture dite foumiture-hamae de soldat, avec matelas, qui n'existe point en France ;
S« Retranchement de Vameublem9nt de chambre d*emplayé militaire et d'adjudant sous-officier ;
3* Substitution d'un sommier en foin à la paillasse, tant pour la fourniture d'officier que pour celle de soldat;
&« Emploi unique de la laine-mère vivace dans la confection des matelas, à l'exclusion du crin^ qui y entre en France pour près du quart du poids total ;
h^ Poids supérieur des couvertures et des couvre-pieds;
6® Faculté accordée au gouverneur général d'autoriser, en cas d'urgence, le transport de fournitures d'une division dans une autre, sans préjudice de celle maintenue aux intendants divisionnaires, d'ordonner les déplacements
CHAP. I*'. — ADAfINIST. DE l'aRMÉE EN ALGÉRIE. 499
qu'ils jugent uécessaires^dansrintérieur de leurs divisions respectives;
7"* Tarif plus élevé pour l'Algérie que pour la France, daus les cas où la troupe doit payer les dégradations provenant de son fait (1) ;
8* Obligation imposée aux préposés du service des lits militaires, dans les places de fixation où il ne se trouve pas d'officier d'administration de rhabillement^ de conserver, distribuer ou recevoir les efifets de ce dernier service^ y eompris ceux de harnachement et de campement, qui pourront leur être temporairement confiés.
Le traité en cours d'exécution, cçlui de juin 1846, a été conclu pour quinze ans, à partir du V juillet de la même année, sous la condition, par le nouvel entrepreneur, de reprendre, d'après estimation contradictoire, le mobilier de la compagnie sortante et celui appartenant en propre à l'État.
A cette occasion, l'administration de la guerre s'est fort opportunément débarrassée des lits auxiliaires qui avaient été créés en 1840, pour suppléer à l'insuffisance des ressources ordinaires : opération qui a eu pour but et pour résultat :
De ramener les matelas et les traversins aux poids et dimen-
(1) Comparer le tarif du marché de 1842 (n*^ 9) et celui du marché de 1846 (n<* 12). Ce dernier est plus onéreux pour la troupe.
n semblerait juste que le soldat payât les dégradations moins cher en Algérie, où. les conditions de bon ordre et de surveillance du service intérieur ne peuvent être encore, à beaucoup près, aussi favorables que dans rintérieur de la France.
Quant aux perteg d^effbis, les chiflOres manquent au tarif du marché de 1846 (n^'ll), et l'on doit se reporter à ceux du tarif du marché de 1842 (ru* 8). Voir l'un et l'autre au /oumaJ militaire,
sions du tarif normal (n'' 3), à l'époque du premier reballagej D'en user de même à l'égard des autres efifels, au fur et à mesure de leur mise hors de service.
C*est un immense progrès dont on ne peut trop féliciter l'administration de la guerre, d'avoir procuré à l'Algérie les moyens de couchage qu'elle possède aujourd'hui, et qui, d'après les fixations actuelles (1), consistent dans les effets suivants :
Cinquante mille quatre cent quarante fournitures de soldats ; Quatorze mille quatre cent soixante fournitures-hamacs; Mille six cent trente fournitures d'infirmerie ; Mille six cents demi-fournitures; Mille deux cent dix capotes de sentinelle.
Il n'a fallu rien moins que le rapide et admirable développement donné par le service du génie à la construction et à l'appropriation des bâtiments militaires, pour amener ce progrès, qui exerce la plus bienfaisante influence sur l'état sanitaire de l'armée. Nous lui sommes, en effet, redevables de caserner et de coucher convenablement les troupes dans un grand nombre de places.
SECTION VI
Ainsi que toute armée active, l'armée d'Afrique a besoin de nombreux moyens de transports.
(1) Ces chiffres sont empruntés au budget de 1854.
CHAP. l". — ADMINIST. DE L ARMÉE EN ALGÉRIE. 501
Elle en exige même proportion nellement davantage :
1* Parce qa'à défaut de ressources certaines dans le pays, sa subsistance doit toujours dépendre d'elle-même, et lui être procurée par des envois faits souvent à de longues distances, sur les lieux où les opérations militaires l'appellent;
2* Parce que les événements qui agitent encore de temps à autre le pays, la vie nomade de la plupart des tribus et les défections auxquelles elles se laissent si facilement entraîner, rendent les moyens auxiliaires de transport trop précaires pour que l'administration de l'armée ne soit pas constamment tenue en mesure de se passer de leur secours, là et quand la libre et opportune disposition lui en échappe;
3<» Parce que les services des hôpitaux, de l'habillement et du campement, le premier surtout, donnent lieu à des besoins auxquels il importe de pouvoir satisfaire aussitôt qu'ils se manifestent.
De cette circonstance particulière que l'Algérie vit tout à la fois de l'état de paix et de l'état de guerre, et que chacune de ces deux positions a des nécessités qui lui sont propres, naît pour l'administration le devoir d'entretenir trois services distincts (1) :
Celui des équipages militaires; Celui des transports généraux de la guerre; Celui des transports intérieurs, pour le service des places et des forts.
Et ce, sans compter le recours, en certaines circon-
(I) Voir volume II, section ni du chapitre iv du livre IV, pour le service de la correspondance entre la France et l'Algérie.
La France étant le point de départ, nous avons cru devoir rattacher ce service au service général des transports.
502 TITBE SPÉCIAL ET FINAL. •— ADMINi EN ALGÉRIE.
stances), à un autre genre de transports désignés sous le nom de convois arabes.
A l'aide de ces moyens, Tadministration a pu supprimer les équipages auxiliaires dont elle avait dû longtemps se servir. C'est un progrès.
§ I". — Du train des équipages militaires.
Le service du train des équipages militaires est organisé en Algérie, de façon que chaque division militaire dispose de trois compagnies actives, dont :
Denx légères, poar lacondaite des mulets de bât; Une montée, pour la conduite des mulets de trait.
Ces compagnies sont celles des trois premiers escadrons du corps; elles représentent un escadron par division.
Chaque compagnie légère compte, indépendanmient des cadres déterminés par le décret de réorganisation du 29 février 1852, un efifeotif :
De deux cent cinquante soldats ; De deux cent cinquante mulets.
Chaque mulet est muni de son bât et d*une paire de cacolets.
La compagnie légère a en réserve, en outre, soixante paires de cacolets et soixante bâts.
Chaque compagnie won/^^ compte, indépendamment des cadres :
Trois cents cavaliers ^ Trois cents mulets.
GHAP^ l''.-— ADMINIST. DE l'aRMÉE EN ALOÉRIE. 503
Chaque mulet est muni de son bât et d'une paire de cantines.
La compagfuie montée a, de plus, en réserve soixantequinze bâts et soixante-^fuinze paires de cacolets, de telle sorte que le quart de son effectif peut être converti instantanément en compagnie légère^
En résumé, on compte en Algérie, par division militaire, huit cents hommes, cinq cents mulets de bât et trois cents de trait.
Le train des équipages militaires, lorsque Taccomplissement de son service normal^ tel qu'il est défini volume I"", page 85 (1), n'absorbe pas tous ses moyens, exécute dans les places les transporta intérieurs (2).
L'intendance militaire a la libre et entière disposition de cette troupe.
C'est elle qui détermine :
1<» La Datare des objets matériels à transporter;
20 i^ force des convois à diriger sur les points de ravitaillement on d'évacaation des malades \
3<» La force des détachements à fournir aux colonnes fxpéditionnaires; eu égard à leur composition et aux dislances à franchir ;
&« Et généralement tout ce qui tient à l'exécution du service.
11 nous serait impossible d'indiquer avec une certitude appuyée sur des actes officiels, anciens ou nouveaux, la force des équipages à attacher à chaque service dans une colonne expéditionnaire ; mais nous sup-
(1) Voir aussi au Journal militaire, i" sem. 1853, p. 892.
(2) Voir le g ui de la présente section.
pléons à cette absence de toute réglementation écrite, par des renseignements puisés sur les lieux mêmes, et qui, quoique anciens, peuvent tout au moins servir encore comme d'utiles données:
Une colonne d'expédition forte d'environ cinq mille hommes, et commandée par le gouverneur général (le maréchal Bugeaud), a employé six cent cinquante-un mulets, savoir ;
Pour le maréchal 26^
Pour le chef d*étal-major 4
Pour la topographie et l'interprète 2^
Pour les officiers d'état-major (à raison d*UQ
par deux officiers) 4) 41
Pour le grand-prévAU 1|
Pour le sousHutendant militaire, ses commis
et ses papiers 3
Pour les cadeaux 1
Pour le payeur (avec 40,000 fr.) (dont un pour
ses bagages) 3
Pour le matériel de Tambulance 4n
Pour les litières • • 12 > 63
Pour les cacolets (haut-le-pied) 10;
Pour le matériel des vivres (ustensiles] 14
Pour les cacolets chargés de denrées au départ
de la colonne
Pour le transport des vivres
capitaine commandant. ... V autres officiers (un mulet pour deux) 81
Pour le train • C^^^^^ d'attache, eto 9 .
bourreliers et maréchaux ferrants 12l
besoins imprévus 5
^haut-le-pied 2
Pour le port de haches et de serpes 8
Total 651
CHAP. l". — ADMINIST. DE l'aRMËE EN ALGÉRIE. 505
• Le chargement du mulet étant évalué en Algérie à cent kilogrammes, il faut compter sur quarante-cinq mulets pour porter cinq mille rations complètes de
vivres.
Quant aux ambulances, on peut évaluer comme il suit le nombre de mulets à leur affecter, selon la force des colonnes :
Pour une colonne de 1,000 hommes.
idem de 4,500 k 4,800 id
Idem de 3,000 à 3,000 id .
Idem de 4,000 à 5,000 id
Idem de 6,000 à 7,000 id
!dem de 8,000 à 9,000 id
Idem de 9,000 à 40,000 id