DES REVUES D'EFFECTIF
§ Ier. — Des revues des militaires sans troupe.
Les revues des militaires sans troupe sont passées individuellement ; elles résultent du fait de la présentation des militaires chez l'intendant ou le sous-intendant militaire chargé d'ordonnancer le paiement de leur solde, présentation qui, comme on l'a vu dans la section précédente, a lieu le premier jour de chaque
mois.
Il y a encore revue pour les militaires sans troupe, dans tous les cas de mutations, par l'obligation où ils
(1) Voir Tolnme I", p. 408 et suivantes.
sont de se présenter au sous-intendant militaire du lieu du départ et à celui du lieu d'arrivée, pour y faire viser leurs lettres de service ou autres ordres.
Toutefois, cette obligation de se présenter chez les fonctionnaires de l'intendance, ne s'étend pas au delà du grade de colonel. L'existence et les positions des officiers généraux sont donc constatées d'après la notoriété, soit de leur présence, qui est manifestée par les actes de leur commandement, soit de leur absence ou de leurs autres mutations, qui sont notifiées par le Ministre de la guerre. Les ordres de service et autres pièces sont d'ailleurs communiqués.
Les résultats des revues des militaires sans troupe sont mentionnés, à l'article de chacun d'eux, sur les contrôles annuels, ou servent à rectifier, le cas échéant, les inscriptions inexactes qui y auraient été faites.
§ II. — Des revues des corps de troupe.
Les revues des corps de troupe sont passées sur le terrain, par les sous-intendants chargés de la police administrative de ces corps.1
Les revues périodiques ont lieu habituellement une fois par mois.
Les revues accidentelles sont celles dites de départ et d'arrivée, pour les troupes en marche, qui servent ù constater leur effectif au lieu de départ, et dans chaque résidence de sous-intendant, pendant la route, jusqu'au Heu de destination.
Les revues i>ro/W'i 'il celles passées dans des cas
ou pour des circonstances qui sont de nature à faire juger nécessaire une vérification immédiate et imprévue, pour éclairer des doutes et des soupçons.
On peut ranger dans cette dernière catégorie, sans leur attribuer pourtant une autre cause que celle de la recherche du bon ordre, celles qui sont passées parles intendants généraux inspecteurs et par les intendants militaires pendant leurs tournées ou inspections administratives.
Les revues sur le terrain se font par appel nominal, au moyen de feuilles d appel dressées séparément pour r état-major et pour chaque compagnie, batterie ou escadron.
Il y a pour les chevaux et pour les voitures, des feuilles de contrôle séparées.
Toutes ces feuilles sont remises au sous-intendant militaire, au moment où il se présente sur le terrain, avec des états nominatifs particuliers des hommes de service, de ceux malades à la chambre, et de ceux punis du cachot ou de la salle de discipline.
Ces revues n'ont pas seulement pour objet de s'assurer de la présence effective de tous les hommes portés comme présents, et de reconnaître l'exactitude des mutations des absents; elles ont encore pour but, non moins essentiel, de vérifier si tout ce que les règlements attribuent aux soldats leur a été fidèlement distribué, et en quel état sont toutes ces choses ; de juger, à l'inspection des hommes et des chevaux, le degré d'habileté que l'administration des corps a déployé ; de recevoir les plaintes et les réclamations, quand tous les degrés de la hiérarchie militaire ont été épuisés ; d'examiner
les prétentions ; de faire droit aux unes, et de renvoyer les autres au Ministre, ou à l'inspecteur général s'il est présent, ou aux généraux commandants, selon les circonstances, avec un avis favorable ou contraire, suivant le vœu des ordonnances, décrets et règlements.
L'intendant ou le sous-intendant qui doit passer la revue d'un corps de troupe, s'adresse à l'officier commandant la place, et se concerte avec lui pour la désignation du lieu, du jour et de l'heure de la revue. Ce commandant ne peut refuser l'ordre qu'il est chargé de donner au chef du corps, pour le mouvement de la troupe, à moins de graves motifs dont il doit immédiatement rendre compte au Ministre.
Le sous-intendant militaire est, ainsi que la troupe, dans la plus grande tenue. Il doit à tous les membres du corps qu'il inspecte, égards, politesse et bienveillance. Il reçoit à son tour les marques de déférence dues à son caractère et à la magistrature qu'il exerce, au nom de l'Empereur, dans cette partie de ses fonctions (1).
Chaque homme de troupe a son sac ou portemanteau garni et son livret ; les sergents-majors et maréchaux des logis chefs sont porteurs des livres de compagnie ou d'escadron.
Toutes les compagnies (2) sont mises en haie et sur
(1) Voir la circulaire ministérielle du 2 juin 1840 (Journal militaire* lersem.,p. 248).
(2) H est bien entendu que tout cela s'applique non-seulement aux compagnies de troupes à pied, mais aux escadrons de troupes à cheval et aux batteries d'artillerie, considérés, les uns et les autres, comme unité administrât! Y6j
un rang, ayant en tête l'état-major; elles gardent cette position jusqu'à la fin de la revue, sans qu'aucun homme ni aucun cheval puisse sortir de son rang.
Les hommes sont placés , dans chaque compagnie, suivant leur grade, leur rang et leur numéro au contrôle annuel.
Tous les officiers et hommes de troupe, tous les chevaux et toutes les voitures pour ceux des corps dont l'organisation en comporte , doivent être présents à la revue. Les hommes de service et les travailleurs sont relevés par d'autres troupes ; à défaut de ces dernières, les compagnies d'élite sont passées en revue les premières et vont ensuite relever les postes occupés par les absents.
La revue commence par l'état-major ; le sous-intendant fait lui-même l'appel des officiers.
Lorsqu'il se présente à la tête de chaque compagnie, le commandant fait porter les armes, et la compagnie reste au port d'armes jusqu'à ce qu'elle ait été passée en revue. L'appel des sous-officiers et des soldats est fait par le sergent-major, en arrière du rang, pendant que le sous-intendant, muni de la feuille d'appel, passe sur le front de la compagnie, et reçoit la réponse de chaque homme, qui répond à son nom par le mot : présent.
Le sous-intendant se rend ensuite au quartier et aux infirmeries , pour vérifier l'exactitude des états particuliers dont il a été parlé plus haut.
La troupe ne doit rentrer au quartier qu'après que ces vérifications ont été faites (i).
(1) Voir, pour le défiler, le rapport du Ministre de la guerre Cubières, du 25 avril 1839, et la décision qui s'en est suivie (Journal mililair», i" sem., p. 167). — C'est par respect pour l'autorité, et non par aveu de la justesse des faits et des arguments invoqués à ce sujet contre le corps de l'intendance militaire, qne nous nous abstenons ici de les discuter. Toutes les fautes heureusement se réparent.
Nous transcrivons ci-après, comme devant donner un grand poids à ce que nous avons déjà dit à l'occasion des revues d'effectif, pour prouver leur importance, une circulaire adressée, le 20 avril 1X43, aux intendants et sous-intendants militaires, par le maréchal duc deDalmatie, alors Ministre de la guerre, circulaire lithographiée, et non insérée, nous ne savons pourquoi, au Journal militaire.
Parmi les causes du relâchement que le Ministre blâmait en des termes ai sévères, on doit sans doute compter le sentiment profond de la déconsidération dont l'intendance militaire s'était sentie frappée vis-à-vis des corps de troupe par la décision du 25 avril 1839 rendue sur le rapport du Ministre de la guerre Cubiéres; mais il est juste aussi de reconnaître que les revues trimestrielles des généraux de brigade, et que celles annuelles des intendants inspecteurs et des inspecteurs généraux, laissent bien peu de temps opportun aux sous-intendants militaires pour leurs revues mensuelles et inopinées. Nous devons ajouter qu'ainsi répétées, elles sont la cause d'un grand trouble pour les corps.
Quand l'obligation des revues mensuelles fut imposée aux commissaires des guerres, ensuite aux sous-inspecteurs aux revues, et finalement aux sous-intendants militaires leurs successeurs, on n'avait pas encore inventé les revues trimestrielles des généraux de brigade. Si ces dernières revues se bornaient à la vérification de l'instruction, du service intérieur des corps, et des catégories, réformes, etc., on n'aurait pas l'embarras d'un double contrôle administratif, et le véritable, le légitime contrôle resterait dans tonte sa force.
■ Paria, le 10 avril I84S.
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La revue terminée, le sous-intendant militaire vérifie la conformité de ses résultats avec ceux présentés par les contrôles annuels des corps , et , le cas échéant , d'après ses notes prises sur le terrain , il remplit les omissions ou rectifie les erreurs qu'il aperçoit sur ces registres ; il se fait, au besoin , représenter les pièces justificatives , pour préciser la date des mutations non
la présence des hommes et des chevaux , alors que les règlements leur en imposent la stricte obligation . J'ai lieu de croire aussi, je le dis à regret, que plusieurs de MM. les intendants divisionnaires tolèrent ce relâchement.
< Quel qu'en soit le molif ou le prétexte, il ne saurait se prolonger davantage. La constatation de l'effectif des corps et détachements est d'une importance majeure pour la régularité et la moralité des divers services administratifs ; elle offre la plus sûre de toutes les garanties pour le Trésor public, et la Cour des comptes ainsi que les commissions de finances n'apprendraient pas sans surprise qu'un contrôle aussi efficace tombât en désuétude. Je ne veux donc point que les règlements qui l'ont institué soient méconnus, et j'exige, au contraire, qu'ils soient ponctuellement exécutés.
« En conséquence, il est ordonné à MM. les sous-intendants militaires de se conformer avec la plus grande exactitude aux articles 519 et suivants de l'ordonnance du 25 décembre 4837, non-seulement en constatant une fois par mois, sur le terrain, l'effectif des hommes et des chevaux appartenant aux corps ou détachements dont ils ont la surveillance administrative, mais encore en procédant éventuellement & cette opération aussi souvent qu'ils le jugent utile au bien du service. Cette dernière obligation concerne également MM. les intendants divisionnaires, et j'entends que nul ne s'en affranchisse, c MM. les intendants divisionnaires m'adresseront, du 40 au 45 de chaque mois, et du 10 au 15 juin prochain, pour le mois de mai (bureau de l'intendance militaire), un rapport sommaire indiquant les corps ou détachements dont l'effectif aura été constaté dans le mois précédent, soit par eux, soit par les sous-intendants militaires, et la date précise à laquelle chacune de ces opérations aura eu lieu. S'il arrivait qu'une circonstance particulière en retardât l'accomplissement, cette circonstance serait mentionnée dans le rapport. >
inscrites ou inexactement rapportées , et il veille à ce que les mêmes rectifications soient effectuées sur les contrôles tenus par les corps.
C'est ainsi que les revues, les vraies revues, en constatant les positions d'où se déduisent les droits aux prestations, deviennent la base de toutes celles des dépenses du département de la guerre qui se calculent sur l'effectif des troupes, et qui se règlent par journée, telles que la solde, les subsistances et le chauffage.