DE L'ÉCOLE NORMALE DE TIR
Une École de tir, créée à Vincennes par décision ministérielle du 29 mars 1842, ne devait primitivement former des instructeurs que pour les dix bataillons de chasseurs à pied, munis d'armes rayées, et pour lesquels il importait surtout de donner par une instruction spéciale, plus de précision au tir individuel.
Les bons résultats obtenus de cette création déterminèrent bientôt à y faire participer les régiments d'infanterie, et le maréchal duc de Dalmatie, ministre de la guerre, décida, le 19 novembre 1842, que vingt-cinq régiments d'infanterie, pris parmi ceux de la garnison de Paris et des garnisons les plus rapprochées de la capitale, enverraient aussi des détachements à l'École de Vincennes.
Le nombre et la force de ces détachements furent successivement augmentés. Dès 1844, cinquante régiments d'infanterie prenaient part à l'enseignement spécial des principes du tir, et faisaient de plus en plus apprécier l'utilité de l'institution destinée à le fixer et à le propager.
Peu de temps après, l'École de Vincennes fut érigée
(4) La non-insertion an Journal militaire de la plupart des actes relatifs à l'École normale de tir ne nous permet pas de donner tontes les indications que nos lecteurs auraient pu désirer.
en Ecole noi%male> et destinée à former pour tous les corps de l'armée, des instructeurs qui y répandissent et appliquassent uniformément les principes reçus. Le Ministre préparait ainsi dans sa pensée la création d'écoles secondaires de tir dans certaines garnisons d'infanterie (1), et il confiait à un officier général (M. le duc d'Aumale) connu par l'intérêt qu'il portait au succès de l'établissement, et investi du titre d'inspecteur général des écoles de tir pour les armes à feu portatives, le soin d'en diriger les travaux.
Tels furent les motifs et le but de l'ordonnance royale du 2 février 1845 (2).
Les dispositions constitutives de l'École, revues et modifiées sous l'habile et active direction du prince, furent suivies d'un plan général qui régla la marche de l'instruction, de manière à en assurer la transmission fidèle et à rendre son application dans les corps de plus en plus uniforme et utile. Les principes généraux que le duc de Dalmatie avait exposés dans le rapport du 2 février 1845, qui précéda et motiva l'ordonnance précitée du môme jour, recevaient ainsi une première et importante consécration.
(4) Ces écoles secondaires de tir on! été, en effet, établies à Grenoble, à Saint-Omer et à Toulouse, mais elles ont cessé de figurer sur Y Annuaire militaire en 1850, sans qu'aucun acte officiel connu ait prononcé leur suppression. Une simple note dans les comptes généraux du Ministère de la guerre , pour l'exercice 1851 , en fait toutefois mention comme une cause «le diminution de dépense.
(2) Voir au Journal militaire, 1er iam. 1845, p. ai et 93, cette ordonnanc et le rapport qui la précède.
C'est par une conséquence de ces mêmes principes et du plan qui les mettait en action qu'une décision ministérielle du 29 août suivant (1) créait dans chaque régiment d'infanterie une école régimentaire de tir, et recommandait l'étude et la pratique d'une instruction spéciale rédigée sous la direction deM. le duc d'Aumale, en qualité d'inspecteur général.
Ces écoles, objet constant de l'attention du Gouvernement, ont justifié ses espérances, et se rendent de plus en plus utiles, grâce surtout aux habiles instructeurs que lui renvoie l'École normale de Vincennes.
Des prix et des mentions honorables, décernés chaque année aux tireurs qui se sont le plus distingués par la sûreté et la justesse du tir, excitent et entretiennent dans les corps une heureuse et profitable émulation. Les numéros des régiments et les noms des militaires qui ont obtenu ces encouragements sont insérés au Journal militaire.
Le perfectionnement, du tir n'est pas le stul but qui se poursuive à Vincennes. L'état-major de l'École normale, qui comprend un officier supérieur commandant et des professeurs et instructeurs, dont partie choisie dans l'artillerie, renferme ainsi les éléments nécessaires pour se livrer avec fruit aux diverses expériences que le Ministre de la guerre est dans le cas d'ordonner. Ces
(4) La décision est du 16 juillet ; elle se trouve mentionnée dans une circulaire du 29 août suivant, ainsi que l'instruction spéciale du 15 juillet (même année 1845), dont chaque régiment avait déjà reçu un exemplaire (Journal militaire, 2e sem., p. 214).
officiers forment, à cet effet, une commission mixte permanente, qui, placée à proximité des comités consultatifs des différentes armes et forte de l'expérience acquise, étudie et aide à résoudre toutes les questions relatives aux armes portatives.
De là, enfin, car tel fut le but essentiel de la création de l'École normale de Vincennes, cette précision du tir obtenue dans les corps, précision qui, en augmentant la juste confiance que nos troupes ont toujours eue en elle, doit réaliser cette prédiction du maréchal duc de Dalmatie, dont le rapport, déjà cité du 2 février 1845, concluait ainsi :
« Par elle (la précision du tir), nos fantassins se plaie ceront individuellement sur les rangs des meilleurs « tireurs de l'Europe, comme notre infanterie en masse « occupe déjà le premier rang parmi les troupes des « armées régulières. »
SECTION X