‹ Cours d'agriculture (volume 2)Chapitre 10 sur 105 · DC CALORIQUE · texte numérisé non relu

DC CALORIQUE

piiittfl dans la .soustraction rapide d'une grande quantité de calorique que la glace passant à l’état liquide enlève aux parties solides de la plante, modifiant ainsi profondément leur état moléculaire, et le privant de leur cohésion et de leur élasticité.

Les gros arbres, par celà même que leurs troncs et leurs branches font ombre sur une partie de leur pourtour, périssent plus rarement en entier que les petites plantes.

La partie frappée par le soleil est seule nécrosée; d’où résulte dans la suite un défaut dans leur bois; la couche annuelle manqae en cet endroit. BuObn et Duhamel en comptant, en 1737, les couches complètes d’un arbre qu’on avait abattu, constatèrent que la couche do bois imparfaite qu’ils appelèrent faux aubier, remontait à l’année 1709 si tristement célèbre dans les fastes météorologiques. Les arbres résineux, par là nature même de leur sève, sont beaucoup moins exposés que les autres aux effets delà gélivui^.

Quand la gelée a pénétré jusqu’à la racine des arbres etl’é désorganisée, on les voit néanmoins pousser avec assez de vigueur au printemps, mais ils se fanent et périssent au mois de mai suivant. La sève qui stagnait dans les vaisseaux du tronc, a sufG pour alimenter cette première végétation , qui ne se re nouvelle pas. C’est à la noirceur de la moelle qu’on reconnaît que les arbres ont souffert de la gelée.

Quelquefois les arbres sont plus fortement atteints dans les terrains humides, comme cela arriva l’an 1789* en Beaujolais; les vignes plantées dans les terrains humides périrent, tandis qu’elles n’éprouvèrent pas de mal dans les terrains secs. D’autres fois, on remarque, au contraire, que les arbres sont préservés dans les terrains humides, et qu’ils sont plus frappés dans les terrains secs*. On conçoit très bien qu’il y a ici des effets qui tiennent aux circonstances du dégel, et d’autres à la

(1) Journal de physique, t. XXXV, p, 392.

(t) Mémoires de l’auteur, t. II, p.

MÊTÉOROLOGIK AGRICOLE.

profondeur à laquelle est parvenue la gelée. Sur un terrain Luuiide, si le dégel est lent, l’eau à une basse température fiit sur les racines l’effet de la neige snr les membres d’un homne gelé. D’un autre côté , si la gelée est très profonde , si elle a enveloppé pendant longtemps les racines , elle peut les avoir frappées de mort avant même l’action du dégel.

L’état des cultures influe beaucoup aussi sur les effets que le froid produit sur les arbres. On a remarqué depuis longtemps qu’en rompant la liaison des particules du sol, en diminuant ainsi sa conductibilité, le travail fait avant l’hiver au pied des arbres, et l’amoncellement de la terre autour de leur tronc et sur leurs grosses racines, ce que l’on appelle en un mol chausser un arbre, les garantissent des fâcheux effets de rabaissement excessif de la température. En 1 830, notre plui grande perte en oliviers eut lieu sur les arbres que la précocité de l’hiver n’avait pas permis de chausser, elle fut inseasible sur ceux pour lesquels cette opération avait pu être terminée à temps. Le fumier déposé sur les racines et le bas du tronc avant l’hiver nous fit éprouver aussi de la perte. La litière forme autour des racines un corps spongieux qui se charge • i’bumidité, puis de glaçons qui font adhérence avec elles et y entretiennent longtemps l’action du froid.

Il résulte de tout ce que nous venons de dire, que nous aurons surtout à considérer relativement aux effets frigorifiques ,

1® l’intensité de l’abaissement de température; 2° sa durée;

3® l’époque où il arrive, comparé à l’état de la végétation.

L’abaissement de la température pendant la nuit ne provient pas seulement de l’absence du soleil , mais aussi du rayonnement de la terre vers les espaces célestes. Dans les pays où le ciel est habituellement serein , les minitna de température s’écartent plus des maxitna , que. dans ceux qui sont brumeux. Le rayonnement nocturne s’exerçant sans obstacle, y abaisse considérablement la température pendant la nuit et le

Dl' CALOBIQOE.

loleil lançant aussi directement ses rayons sur la terre et sur les plantes y élève la température diurne. La distribution des minima est donc loin de se faire sur le globe en raison de la latitude , mais dépend aussi des circonstances qui rendent l'atmospbère plus ou moins humide. La rigueur des hivers, les mtm'ma absolus, intéressent à un haut point l'agriculture, 1» en fixant une limite aux plantes à végétation continue ou très prolongée , à celles qui sont le plus sensibles à un froid intense ; 2° en obligeant à renfermer les bestiaux pendant la nuit dans des constructions coûteuses, en resserrant par là le cercle où l'on peut les faire paître , obligeant à leur attacher des gardiens plus nombreux, chargés de soins plus minutieux, en faisant disparaître de bonne heure les herbes frappées par la gelée , et réduisant les propriétaires à nourrir pendant l’hiver de fourrages secs, conservés à grands frais, enfin en bannissant cette facile administration des bestiaux qui , dans les pays brumeux , à température égale , à hiver doux, permet de laisser le bétail toute l’année aux champs et sans abri , comme cela a lieu dans les latitudes tempérées, et sous le climat des côtes occidentales et des lies, ainsi que nous le Voyons pratiquer en Angleterre, au grand profit des cultivateurs. Cette faculté n’existe que là où les mintma diffèrent peu des maxima , et où ils diffèrent peu entre eux; en un mot, dans ceux où la courbe que l’on tracerait pour représenter la marche de la température diurne se rapprocherait le plus possible de la ligne droite*. On conçoit

(1) C’est la première fois que nous parlons des courbes qui représentent les phénomènes météorologiques; il est bon d’avertir nos lecteurs que ces courbes se tracent sur un plan, d’après la méthode adoptée par les géomètres pour la construction des courbes. On mène deux droites o x, o y perpendiculaires entre elles, qu’on appelle axes ; sur l’un de ces axes on porte des longueurs qui représentent le temps, et par les différents points de division obtenus, on mène des parallèles à l’autre axe, lesquelles représentent l’intensité du phénomène à l’éjHique indiquée par la division. Ainsi, pour tracer une courbe qui i e-

MÉTÉOROLOGIE AGRICOLB.

dès lors toute l’utilité de l’observation des tninima absolus, c’est-à-dire de ceux qui indiquent la plus forte descente dtt Ihermomèlre.

< L’observation continue des tninima indique bien l’abaissement nocturne de chaque jour, mais ne dit rien de la coiftinuité des gelées, car les minima n’expriment que l’intensité de froid d’un moment , et il est utile de connaître sa durée. Le thermomètre peut descendre accidentellement bien audessous de zéro quelques moments avant le lever du soleil et

• produire une légère croûte de glace , et quelque fâcheuse que cette congélation subite, suivie d’un prompt dégel, soit pour les plantes , cette circonstance n’implique pas que les tissus ligneux ou animaux aient beaucoup à en souffrir ; mais le prolongement de cette même température pendant toute uné nuit, pendant plusieurs nuits consécutives, et pendant les jours qui les suivent , produit une épaisseur de glace plus considé-

présente la marche de la température diurne, on porte successivement l’anité de longueur sur l’axe o æ, à partir du point o, en marquant les points de division par les chiffres, 1, 2, 3, etc. Par les points de division,on mène des parallèles à l’axe o y, dont la longueur contienne autant • d’unités qu’il y en a dans la température observée à l’heure correspondante. On joint par une courbe continue les différents points obtenus, et on a la courbe des températures diurnes, c’est-à-dire que, si en un point quelconque on mène une parallèle à o y jusqu’à la ren- Contre avec o x, lu longueur de cette parallèle est la température à l’heure indiquée par le pied de cette parallèle. Exemple :

COURBE DES TEMPÉRATURES HOBAIBES MoTenne de Janvier i Padoue.

1 'j;, 5,4 i 6 7 5 9 10 J1 llj 1 1 1 * » * 4 » 7 • 9^ » 11 ,11

DO CALOaiQüE.

rablo} il en résalte que la profondeur à laquelle le froid peut avoir pénétré est plus grande, et l'impression qu’il a dû faire plus nuisible.

L’astronome Flaugcrgues, qui a si bien senti dans lecours de sa longue carrière tous les points par lesquels la météorol ogiese I iait à l’agriculture, a proposé de prendre l’épaisseur de la glace pour mesure de l’effet produit, et a inventé pour l’observer un instrument qu’il a nommé kruomètre. Nous arrivons bien plus simplement au même but au moyen d’un vase ouvert par le haut, rempli d’eau et abrité du rayonnement nocturne sur le* côtés par des matières mauvaises conductrices, telles que la paille, par exemple. Chaque matin, on rompt la couche de glace, et l’on en mesure l'épaisseur. On voit alors que cette épaisseur est loin d'étre toujours en rapport avec le chiffre dii ' minimum, mais qu’elle est une fonction de ce chiffre et de la . durée de temps pendant lequel a régné la basse température. Adanson se trompait donc en assignant l’épaisseur de 9 millimètres par 3°,75 d’abaissement au-dessous de zéro, 45 miU limètres par 15° et 54 millimètres par 17", 5; car la durée du froid devait aussi être prise en considération. En janvier 1778, Adanson trouvait que l’épaisseur de la glace formée du 4 jam> vier au 23 était de 170 millimètres-, mais, en recueillant la glace chaque jour, il avait trouvé 361 millimètres, et il observait judicieusement qu’il aurait obtenu un plus grand produit s’il l’eût recueillie d’heure en heure*.

L’observation de l’épaisseur de la glace formée de 24 en 24 heures nous a donné :

A Orange, moyenne de 17 années :

En automne 18 millim. pour 7 jours de gelée.

En hiver 846 — 47 • —

Total. . . 364 — 54 —

ou par jour de gelée 67 millimètres.

(1) Mémoires de l'Académie des Sciences, 1778, p. 4Î8.

<0 ' MÉTÉOROLOGIE AGRICOLE

A Middelbourg, moyenne de 4 ans :

En automne. 277 millimètres.

En hiver 1 ,220

1 ,497 millim. en 52 jours de gelée,

ou par jour de gelée 288 millimètres.

A Rome, moyenne de 6 ans (1784-89) :

En automne 16 millim. en 14 jours.

En hiver 250 — 1,6

OU par jour de gelée 139 millimètres.

Les diiïérences que l’on remarque ici ne pourraient sertir à établir correctement l’échelle de la rigueur des climats, parce que les observations de Rome renferment l’année 1789 dont rhiver fut très rude. Si l’on en faisait abstraction, l’épaisseur moyenne de la glace ne serait plus que de 141 millimètres; le nombre des jours degeléedelS et l’épaisseur delà glace par jour moyen de gelée del 1 7millimètres. On voit dans ces comparaisons que Rome a le quart seulement du nombre des jours de gelée d’Orange, mais que ces jours donnent une épaisseur de glace plus forte, qu’ainsi son climat est moins sujet aux gels et dégels successifs, et est sous ce rapport plus favorable à la végétation que celui d’Orange. Quant à Middelbourg, il est influencé par sa position insulaire qui ne lui donne qu’un petit nombre de jours de gelée, mais aussi par sa position septentrionale qui y cause des gelées bien plus fortes que celles de notre midi. Ce genred'observations peut devenir la source desconsidérations agricoles les plus importantes, et nous ne saurions trop le recommander aux agriculteurs intelligents.

Flaugergues ne s’est pas borné à observer l’épaisseur de la glace en rapport avec l’intensité et la durée du froid, il a encore cherché à les comparer avec la profondeur de la gelée en terre ; ses observations se faisaient sur un carré de jardin passé à la herbe et bien nivelé. Un premier tableau, continué pendent

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•' l>D CALOIUOI’E. 61

plusieurs années, nous donne seulement la profondeur de la gelée en terre pour la durée de chaque période de gelée *.

Anuée*.

ffdBibr* d« jour»

dogcléo.

Epo^ii* do fniDimum 00 Umpdnturo.

Minimum ob»olu.

Profondeur

de

la lerro gcld«.

Profonde nr de la gelée par jour.

10 janv.

466"'Ué"

• 11 janv.

S janv.

31 janv.

9 janv.

16 janv.

18 févp.

21 et 26 janv.

31 déc. 1788.

Pour tirer des conclusions numériques de ce tableau, il faudrait autre chose que la connaissance du minimum absolu ; celle delà température moyenne nous serait aussi nécessaire. Cependant Flaugergues observe que tant qu’il gèle dans l’air, la terre gelée, qui prend ce degré de froid, le communique à la couche immédiatement au-dessous, et ainsi successivement, quoique le froid ait diminué. Mais il est bien évident que, quoique la continuité de la gelée soit un des grands éléments de la question, la rapidité de la propagation doit tenir à l’intensité du froid reçu, d’où dérive une plus grande différence de température entre les couches successives de terre.

Cependant , si nous disposons ce tableau selon l’ordre du nombre de jours de froid, nous trouverons encore d’autres conclusions que celles énoncées par l’auteur. Nous avons alors :

jour».

millim.

31,0 de prof, de gelée en terre par jour de gelée.

(1) Journal de Phynique, 1820, i

6t UÉT^OROLOeiB AOaiCOLB.

On trouverait ici qu’en faisant la part du degré plus ou moins bas de la température , la gelée pénétrerait plus vite en terre les premiers jours que les jours suivants, que la température intérieuredu sol luiopposeraitdes obstacles toujours plus grands à mesure que la profondeur, augmente ; enfin, il paraîtrait que la durée a un effet bien plus marqué sur cette profondeur que l’intensité elle-même. On y voit, par l’exemple du grand hiver de 1789, que la gelée pénétrerait au plus dans le climat de la Provence à une profondeur de 0®,6 de terre soulevée, et moins encore si l’on interposait entre les couches de terre une couche de corps moins bons conducteurs, tels que les roseaux, . sans les mettre en contact avec les racines. ‘

Flaugergues nous donne une autre série d’expériences.

iMf.

Thermonèir*.

Mâtin. Soir,

îbeurei. S heur«f.

du cieL

B , Profoadtur

Epiiueur ^

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