CHAPITRE I
BépartUlen du calorique A la aurrace de la «erre.
Section Ir*. — Répartition de la chaleur moyenne. Lignes isothermes.
Quoique la connaissance de la chaleur moyenne d'un lieu soit un élément peu important pour la culture, cependant comme c’est celui qui a été le mieux étudié et que d'ailleurs il représente le résultat des pertes et des gains faits par les couches intérieures de la terre, nous ne devons pas le passer sous le silence. M. de Uumboldt a le premier imaginé de faire passer des lignes sur les différents points du globe qui avaient la même température moyenne, et il leur a donné le nom de lignes isothermes L Cette heureuse pensée a conduit les physiciens à mieux étudier l’état des températures extrêmes, et elle a produit des travaux du plus grand intérêt pour la météorologie.
(1) Mémoires de la société d'Arcueil, et 3® vol. de l’ouvrage de M- de Humboldt sur l’Asie.
RÉPARTIT. Dü CALORIQÜK A I.A SI7RF. DE LA TERRE. 307
Si l'on trace sur une carte des lignes entre les points qui sont indiqués dans les tableaux de M. de Humboldt et dans ceux de Mahlmann', on verra que les courbes qui en résulteront ne suivront pas la direction des parallèles, comme cela devrait être sur un globe dont la surface serait homogène, mais qu’elles s’infléchissent vers le pèle et vers l’équateur. L’Europe est un des points où elles remontent le plus haut; cette partie du monde a donc une température supérieure à celle des autres pays placés sous les mêmes parallèles. A l’extrémité orientale de l’Asie, il y a un autre point de maximum d’élévation des lignes isothermes vers le pèle. Les points les plus bas sont au centre de l’Amérique et do l’Asie. Ainsi, la ligne isotherme de + 10® passe par Ërasmus Hall (États-Unis) (40® 37'), Paris (48® 50'), Manheim (49® 27') et Bude (47® 30') ; elle est donc remontée de 9 degrés du nord des États-Unis à Manheim ; et puis elle est redescendue de 2 degrés de Manheim en Hongrie. Ces inflexions doivent être principalement attribuées à la direction des vents. Celui de sud-ouest, qui est le plus fréquent en Europe, traverse un océan échauffé par sa latitude et par les courants d’une haute température qui partent du golfe du Mexique. Ces vents se refroidissent en arrivant dans l’intérieur du continent, ou ils rencontrent d'ailleurs les vents polaires; ceux-ci dominent sur le continent de l’Amérique du nord.
En traçant les lignes isothermes, il faut avoir soin de réduire toutes les températures au niveau de la mer. Alors .Santa Fe de Bogota, qui n’a que 15® de température moyenne, mais qui se trouve à une altitude de 1,350 mètres, aurait au niveau de la mer une moyenne de 19® 07'; et nous trouverions que cette ville, dont la latitude est de 4° 36', se trouve sur la même ligne isotherme que Funehal (32® 38') et Messine (38® 1 1').
(1) Ils sont reproduits dans le traité de Kaemtz, p, 176.
Mér^OROLOfili: AGH1COLE.
Section U. — Ligne des^hivers d’égale intensité {isochimine).
Les lignes isothermes font un angle peu ouvert avec les parallèles, parce que la chaleur des étés sur les surfaces absorbantes des continents y compensent le froid des hivers. Il n'en est pas de même si nous considérons les hivers séparément des étés ; les lignes que nous tracerons entre les points où l’iiivcr a la même intensité, couperont les parallèles sur un angle très aigu, du nord-ouest au sud-est; et donneront des hivers d’autant plus rigoureux que l’on avancera sous le même parallèle, de l’ouest à l’est, sur notre continent. Prenons par exemple la ligne des hivers présentant une température moyenne de — 1° à -f- 1®. Si on la trace sur la carte en réduisant les températures au niveau de la mer, on trouvera qu’elle passe par IJleaborg (Norwége) 60° 19' de latitude, Berlin (52° 3l'), Bude (47® 30'), Sébastopol (Crimée) 44® 3G', Pékin (Chine) 39® 54' ; descendant ainsi de près de 21 degrés, de la Norwége à la Chine.
Nous avons indiqué de préférence la ligne isochimène de •*— J®à -f- 1®, parce que tous les pays qui sont situés è son nord sont sujets à éprouver des froids de — 25®. Elle est d’ailleurs caractéristique pour la végétation, en ce qu’elle est au nord la limite de la région du hêtre, que le mûrier ne la dépasse pas et quele chàtaigniernel’atteint jamais ; unfroidde — 20®lefitpérir dans les Cévennes, en 1709 ; ces deux derniers arbres ne parviennent même à cette limite que pour y vivre sans produire aucune utilité.
L’olivier ne dépasse pas la ligne isochimène de -f 5.
Nous avons dit que la rigueur des hivers était caractérisée non-seulement par le degré, mais par la fréquence et la durée des gelées ; on trouve dans la table qui suit le nombre moyen de jours de gelée dans un grand nombre de lieux de l’Europe.
RÉPARTIT. T>lt rAI.ORIOl’K A I.A •5( RF. I)E I..A TERRR. fîil'.l
MontLrc d« jauri.
T«nipérAtitr* ()• lliiiffr.
Saint-Golhard
Nijni-Taguilsk (Ourals)
Saint-Pétersbourg
Spyderberg (Norwège)
Stockholm
Sagan (Silésie)
Tegernsée (Bavière)
Ratisbonne ■
Munich
Metz
Prague
Copenhague
Berlin
Bade
Wurzbourg
Manheira
Genève
Erfurth
Bruxelles
Carlsruhe
Paris
Orange
Middelbourg
Padoue
Alais
La Rochelle
Rome
Marseille
l est facile de voir par ce tableau
que l’intensité
do
la lem-
pérature hivernale n’est pas toujours en rapport avec le nombre de jours de gelée. Il y a certaines expositions qui sont soumises à des brises descendant des montagnes ; il en est d’autres où l’air est plus constamment pur ; dans les unes et dans les autres on peut avoir de fréquentes gelées qui cependant u’abaissont pas assez la température pour produire des moyennes d’hiver très fortes. Ainsi nous voyons qu’Orange, avec une température hivernale de -f- 5,0 , a 54 jours de gelée , et que Midilelbourg , avec une température de -f- 2,6, n’en a que 11. 14
210 MÉTÉOROLOGIE AGRICOLK.
52. Cela lieut d’un c5té à la pureté de l’air de la vallée du Rhéne, et de l’autre aux brouillards des côtes de l’Océan. Il y a donc un fort rayonnement nocturne k Orange, tandis qu’il est très faible à Middelbourg. Ces circonstances méritent toute l'attention des cultivateurs, car elles influent beaucoup sur le succès des récoltes et sur le choix des plantes k introduire dans les assolements.
Section III. — Lignes éCété d’égale chaleur (isothires).
L’inégalité des jours, la direction des vents, l’état de la surface du sol , introduisent une grande complication dans la loi qui règle les lignes d'égale température de l’été que l’on appelle lignes isothères. Le long des côtes occidentales de l’Europe les étés ont une température sensiblement égale, puisqu’elle ne diminue que de deux degrés, de Mafra, près de Lisbonne (+ 18), à Christiania en Norvège (+ 16). Si l’on prenait les températures de l’air au niveau de la mer, la décroissance de chaleur des étés ne serait que de 0“,5 par degré de latitude.
Si nous faisons une première tranche des étés de + 17® en séparant, par une ligne tirée au pied des montagnes qui forment la vallée de l’Océan au couchant, les côtes de cette mer du reste du continent ; si, en partant de cette ligne qui va du nord au sud, nous supposons des lignes qui lui soient parallèles et qui forment des tranches dirigées dans le sens des méridiens, nous trouverons que la chaleur de l’été augmente dans chacune de ces tranches; ainsi, la température de l’été est de 24 à 25 degrés à Marseille, à Palerme, à Trieste, à Bologne; de 26 à 27 degrés, à Smyrne, à Catane, diminuant aussi dans chaque tranche d’environ 0®,5 par degré de latitude (Mï remontant vers le nord. Cette progression de chaleur des étés de l’ouest à l’est s’arrête vers le milieu du continent
RiÎPARTrr. nu cai.urujuk a la surk. ne la terre. 91 1 pour remonter ensuite de nouveau vers l’extrémité est de l’Asie.
Ainsi,' les lignes isothères semblent dépendre surtout de la position des lieux à l’égard des réservoirs de vapeur et de la direction des vents qui rendimt l’atmosphère plus ou moins transparente ou opaque, et permettent plus ou moins à la terre d’ètre échauffée par le soleil. Les lignes isothères CD, E F {fig. 7) qui sont presque parallèles aux méridiens, coupent à angle droit les lignes isothermes A B, et obliquement les lignes isochiménes K H .Sous la même latitude A B on se trouvera
' Fig. 7.
successivement en A ê où l’on aura des hivers doux et des étés tempérés; dans la partie 6 i' où l’on aura des hivers moins doux et des étés plus chauds; dans la partie b'ô'' où l'on aura de rudes hivers et des étés plus chauds encore. Ainsi, à La Rochelle (lat. 46®, 9), hiver 4®, 7, été -f- 19®, 2, diffé-
rence 14®, 5; à Paris (45®, 11'), hiver -j- 2®, 2, été -)- 22®, 8, différence 20®, 6; àBude (47®, 30'), hiver — 0®,6, été 4- 21®. 1, différence 21°, 7; à Micolaïef (Crimée, lat. 46®, 58'), hiver — 3®,4, été 21®, 8, différence 25“,2.
Slî MKTKOROI.OfllF. Af.RirOI.E.
La réunion Jt; la rhalour ot de l'humidilé étant la condition de la végétation, celle-ci étant d'autant plus riche et plusconaplète que leurs proportions sont mieux gardées , on ne peut établir aucune loi sur la répartition botanique et agricole des végétaux , fondée seulement sur la température des étés. Mais il n’est pas inutile de remarquer déjà que, quand la nature a fourni, ou que l'homme a su se procurer une humidité convenable, la richesse de la végétation a été en raison de la chaleur des été's. Ainsi, jadis la Mésopotamie était renommée par ses produits, aujourd’hui l’Egypte, malgré sa décadence, est encore un des pays les plus fertiles de la terre, la huerta de Valence, la Lombardie, les terrains arrosés du midi de la France sont célèbres par la beauté de leurs cultures ; dans ces pays, l’humidité a pu se proportionner aux besoins des végétaux que l’on y cultivait. Si la proportion est telle que la plante y trouve toujours les matériaux d’une abondante exhalation, la plante monte en herbe, fructifie mal et diflicilement ; on cultive alors de préférence les fourrages. Si l’humidité manque dans les couches supérieures pendant une partie de l’été, le pays se couvre d’arbres et d’arbustes ; enfin, si elle diminue progressivement, à mesure des progrès do la plante, mais sans s’annuler tout-à-fait, les plantes annuelles fructifient et mûrissent, et l’on s’adonne à leur culture. La chaleur peut donc augmenter beaucoup et assurer de plus en plus le succès des récoltes, c’est la proportion relative d’humidité qu’il faut maîtriser, selon les besoins de chaque plante. Nous dirons donc que, pour les succès de la culture, le climat est d’autant plus favorable que les étés sont plus chauds, l'humidité du sol étant d'ailleurs suffisante.
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