‹ Cours d'agriculture (volume 2)Chapitre 75 sur 105 · II · texte numérisé non relu

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La culture du mûrier et l’éducatien des vers à soie qui s’y rattache nécessairement ofl'rent encore un exemple frappant de la dépendance de la culture et de la population. Nous avons fait voir ailleurs* que chaque 100 kilogrammes de cocons prodûîts, est l’œuvre de 2 ouvriers, et que le département du Gard, pour fournir ‘2,700,000 kilogrammes de cocons, y employait la moitié de sa population au-dessus de douze ans. Il y a donc une limite naturelle de production pour chaque pays où l’on introduit cette culture. Elle est hahituellemént lixée par le chilfre des individus que l’on peut y employer pendant la huitaine qui termine l’éducation des vers à soie.

Section IV. — De$ limites agricoles.

Les limites agricoles dépendent des modes de tenure, du système de culture généralement adopté dans le pays, de la distrihution du temps des ouvriers employés à ce^cultures. Ainsi, quant au mode de tenure, on ne pourra pas faire faire de ces grands travaux qui augmentent le capital du fonds, aux fermiers dont les baux sont courts et chers, et (jui sont toujours dans l’incertitude de les voir prolonger à l’expiration; proposer à de tels tenanciers des plantations de pommiers, de vignes, de mûriers, d’oliviers, c’est s’exposer à un refus certain. Non-seulement ces fermiers ne feront pas à leurs Irais de nouvelles plantations, mais encore ils négligeront et dégraderont celles que le propriétaire fera lui-mème, si elles ne doivent produire^ que dans un avenir plus ou moins éloigné, et si elles • occupent un terrain dont il, jalouse la possession; mais ils se prêteront à l’introduction des cultures des plantes annuelles si elles doivent réaliser un produit immédiat en argent. C’est par eux que le lin, le colza, la betterave ont été introduits en

(i) Mémoires (l’agriculture, t. 111, p. 273 et suiv.

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France. Les métayers dont les baux se prolongent ordinairement pendant un temps indéfini sont plus susceptibles d’entreprises à résultat éloigné, "pourvu qu’elles ne leur coûtent pas d’argent dont ils sont généralement dépourvus, et que leur part de frais puisse se solder en travaux. Les petits propriétaires qui doivent vivre du revenu annuel de leur terre ne les consacrent à de nouvelles cultures, qui offrent toujours des cliances nombreuses de pertes, qu’aprés mûres réflexions, et quand ils ont l’exemple du succès sous les yeux; mais en qualité de propriétaires, ils ne répugnent pas à entreprendre des plantations pérennes. Alors, procédant par petits essais, ils finissent par doter le pays d’une culture qui aurait été longtemps à l’état d’enfance s’ils ne l’avaient pas adoptée. C’est la petite propriété qui a multiplié le mûrier dans le midi de la France et en Italie, et si l’on cherchait bien dans le passé, on trouverait encore que c’est à elle que l’on doit la naturalisation de la vigne dans ces deux pays.

Le genre d’assolement adopté dans une contrée peut aussi empêcher l’introduction d’une culture nouvelle , si les travaux qu’elle exige doivent se faire dans'Ic même temps que ceux des cultures en usage. Ainsi , dans les pays où la récolte du foin se rencontre avec le dernier âge des vers à soie, elle sera un obstacle à l’introduction du mûrier; dans ceux où les semailles des céréales doivent se faire de bonne beure en automne, on n’introduira pas la culture de la garance en grand, l’arrachage de cette plante se faisant dans cette même saison et à grands • renforts de bras, etc.

L’étendue et la distribution des bâtiments de ferme, la richesse du propriétaire qui lui permet de les modifier ou d’en construire de nouveaux, est aussi un élément qu’il faut faire entrer dans l’appréciation des facilités à l’introduction de certaines cultures. C’est le premier obstacle que l'on rencontre dans un pays où les bâtiments sont préparés pour l’assolement

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triennal, si l’on veut passer à un assolement avec fourrage et

bétail, etc.

Section V. — Conclusion.

Après avoir parcouru les différentes espèces de limites que rencontrent les cultures dans chaque situation, nous devons demeurer convaincus que les seules qui soient immuables, parce quelles tiennent è l’ordre de la nature, les seules que Pon puisse définir d'une manière un peu générale, sont les limites météorologiques. La nature du sol est variable dans l’enceinte du même horizon, les limites économiques changent avec les modifications de la législation, avec l’ouverture des nouvelles routes, avec un perfectionnement dans les méthodes de culture ; les limites statistiques, plus durables, parce (|ue hs progrès de la population et ses rapports avec le sol sont l’œuvre des siècles, ne sont pas i l’abri des révolutions, des guerres, des effets prolongés d’un mauvais gouvernement. La Sicile, jadis si riche en cultures et en habitants, ce grenier du monde romain, sullit à peine aujourd’hui à sa propre subsistance. Les limites agricoles tiennent à des arrangements intérieurs, à des pratiques susceptibles de se modifier instantanément. Mais l’atmosphère et les lois qui la régissent sont persistantes et nous montrent aujourd’hui les mêmes phénomènes que dans les temps les plus anciens, malgré quelques variations locales. L’olivier reçu en Provence de la main des ^irecs phocéens, y vit encore et n a pas dépassé ses anciennes limites ; la vigne plantée dans les Gaules peut produire ses fruits partout où l’iiistoire signale d anciennes récoltes de vin ; le palmier fructifère n’a pas franchi la Méditerranée ; toutes les grandes cultures ont trouvé successivement leurs limites, mais elles n’ont pas quitté les lieux où elles étaient établies; les convenances statistiques, économiques, agricoles, ont causé des oscillations, in>is point de grands

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