LIMITES IMPOSÉES A LA CI LTCKE
.thaiigemenls. CVst donc aux liiniles mélcorologiques seules que nous devons nous attacher pour décrire les régions culturales, tout en indiquant les anomalies amenées par Icscauscsqui leur sont étrangères. Les limites de ces régions tracées sur les cartes ne représentent que les faits qui se passent à peu d’élévation au-dessus de la mer-, lefe hauteurs ont aussi leurs régions qui répondent à celles qui dépendent des latitudes, mais leurs limites sont bien plus resserrées. La méthode que nous allons suivre permettra à chacun de déterminer la région culturale dans laquelle il se trouve, quand il aura détermine son climat, en recueillant un assez grand nombre de faits météorologiques d’après les principes et le plan que nous avons tracés.
CHAPIXRE X.
Détermination deo réglons agricole*.
Nous connaissons trop mal encore les circonstances atmosphériques qui s’adaptent le mieux au tempérament de chaque plante cultivée pour que- nous puissions, à priori, déterminer les régions agricoles 4’aprés les climats résultant de l’ensemhle des observations purement météorologiques; dans l’étal actuel de la science, c’est un ordre inverse de raisonnement qu’il faut suivre; nous devrons rechercher : lo quelle est la plante qui’, dans une région, donne les résultats les plus assurés, qui est cultivée de préférence, qui lui imprime pour ainsi dire son caractère principal; 2” les cultures accessoires qui ont pour objet des plantes qui vivent et prospèrent dans une contrée, sans y acquérir un développement assez riche pour y tenir le premier rang , parce que, appartenant à une autre région, elles éprouvent dans celle-ci certaines perturbations qui rendent leur réussite chanceuse, ou que des causes écono-
MÉTÉÜROLOGIK AGRICOLE.
miques, telles que Ja dilüculté des transports, compensent ceschances défavorables; 3® nous devons rechercher les limites géographiques qui indiquent l’enceinte dans laquelle la culture priiitipale conserve son ascendant et les degrés de cet ascendant à mesure que l’on approche des limites, signalées en général par l’admission ou le rejet de nouvelles cultures accessoires; 4* enfin, il faudra déterminer le caractère météorologique qui accompagne le caractère cultural, pour que nous puissions, dans d’autres lieux et dans d’autres circonstances, prévoir les plantes jfue l’(ÿi peut introtluire le plus avantageusement possible dans la culture.
En effet, plusieurs circonstances, mais surtout les différences d’altitude ou d’exposition constituent souvent des climats différents au centre des régions agricoles les mieux caractérisées ; ceux qui habitent ces positions exceptionnelles commettent une grande erreur, quand, entraînés par l’es|)rit d’imitation, ils adoptent la méme.culture que leurs voisins placés dans d’autres circonstances météorologiques; ainsi, dans les pays de vignobles, de mûriers, on voit ces cultures s’élever sur les flancs des montagnes, à des niveaux où leurs produits sont mauvais et chanceux; on voit ailleurs cultiver des céréales à des hauteurs où la maturité est tardive et douteuse, tandis que de bons pîUurages et la pomme de terre réussiraient bien et récompenseraient les travaùx des habitants. C’est ainsi que les mêmes pratiques se propagent autour des grands aliris en y trouvant des circonstances météorologiques différentes. Les cultures qui ne craignent pas l’ombre ne sont pas transportées sans dommages au sud de la montagne; celles qui exigent le soleil, au nord; et l’on ne récolte pas les mômes qualités de produit, de vin, par exemple, sur tout le pourtour d’un simple coteau. Le coteau de l’Ermitage en offre un exemple bien frappant, par les qualités que ses vins manifestent selon le point du ciel que regarde chaque segment de sa circon»
DÉTERMINATION DES RÉGIONS AGRICOLES. 327 fércncc; et cependant l’esprit d’imitation étend ces cultures sous l’empire des circonstances météorologiques les plus dilTérentes.
Si nous jetons les yeux sur l’Europe et les pays qui l’avoisinent de plus près, auxquels nous bornons à présent nos recherches, nous trouverons, en faisant abstraction des lieux élevés, ou de ceux dont le climat est modifié par l’irrigation, trois grandes divisions : au sud-est et au sud, ce sont des arbres et des arbustes qui tiennent le premier rang parmi les produits du sol, l’olivier, le mûrier, la vigne ; cette division est le siège des cultures ligneuses et frutescentes; au nord-est et au nord, on ne cultive plus que des plantes herbacées, jusqu’à ce que, plus au nord encore, on retrouve les forêts ou les végétaux ligneux, que l’on n’élève que pour leur bois. Du bas en haut des montagnes, on retrouve aussi le même ordre, les végétaux arborescents cultivés pour leurs fruits, puis les cultures herbacées, enfin les forêts.
La première division présente deux grandes régions bien distinctes par le climat comme par le genre et les procédés de culture : 1° celle où la culture de l’olivier est possible; 2° celle où cette culture n'étant plus possible par le manque de chaleur solaire de l’été, les cultures les plus riches des terres sèches sont alors la vigne et le mûrier. La seconde division, où domine la culture des plantes herbacées, se distingue par deux traits principaux ; dans une partie de cette division, la prédominance de la culture des céréales ; dans l’autre, celle des herbages et des racines alimentaires.
Enfin, la troisième division, celle des forêts, peut se diviser encore en deux régions bien marquées : l’une où se mêlent les arbres verts et les arbres à feuilles caduques, et l'autre où les arbres verts dominent, en n’admettant d’autre mélange que celui du bouleau qui termine la série des végétaux utiles dans le nord.
MÉTÉOROLOGIE AGRICOLE
Nous avons donc on Europe cinq régions agricoles, indiquées dans la carte ci-jointe (fig. 1 5) par les couleurs suivantes :
1® La région des oliviers, orangé ;
2® La région des vignes, rouge ;
3® La région des céréales, jaune;
4® La région des herbages, vert ;
5® La région des forêts, bleu.
Fig. 15.
Section Ir®. — Région des oliviers.
§ I. — Circonscription do la région.
On ne trouve par l’olivier aux Canaries, car l’Espagne n'en pcrnicttait pas la culture dans scs colonies; mais il n’est pas
DÉrBRUINATION DBS RÉGIONS AGRICOLES. 329 douteux que cet arbuste n’y trouvât un climat parfaitement convenable dans la zone que M. Buch a nommée sub-tropicale, et dans une partie xlc la zone méditerranéenne de ces lies. Les mûriers, les orangers et les figuiers se montrent dans la première de ces zones, qui a une température moyenne de 21 â 20°, un maximum de chaleur de 30°, et un minimum de 16°; le ciel y est presque toujours sans nuage et la terre n’y reçoit que quelques averses de novembre en janvier. Lâ seconde de ces zones est presque entièrement occupée par la vigne qui s’y associe aux figuiers et aux amandiers. La neige tombe quelquefois à sa limite supérieure, mais y fond presque aussitôt. Ces caractères annoncent un climat très propre aux oliviers. L’humidité de la terre est entretenue par la fonte des neiges de la région supérieure, car dans un climat aussi sec la culture deviendrait difficile sans le voisinage de hantes montagnes. On sait que l’olivier prospère, sur le plateau du Mexique, à 2274 mètres d’altitude.
La côte septentrionale de l’Afrique parait être la patrie de l’olivier. Cet arbre y serait le pivot principal de la culture, si le pays était suffisamment pourvu d’une population en rapport avec les nations civilisées. Cependant les terres non cultivées se garnissent spontanément, au printemps, de fourrages abondants parmi lesquels s’élève surtout le sainfoin d’Espagne, $ulla; on cultive avec fruit les céréales, et une légère culture y procure aux Arabes une moisson qui a lieu vers le 25 mai et qui leur donne de 5 à 9 fois le grain qu’ils ont semé ; mais la sécheresse de la terre ne leur permet pas, dès lors et jusqu’à l'année suivante, d’obtenir de nouveaux produits, si ce n’est par le moyen de l’irrigation, et alors les aurantiacées décorent la terre et enrichissent le colon. Ce long repos de la terre doit nécessairement leur faire préférer, tôt ou tard, les cultures arbustives comme le meilleur moyen de mettre leur terrain en plein rapport ; et parmi celles-ci, l’olivier, qui n’exige pas le concours
HKTÉOKOLOGIE AGBICOLB.
d’une population très nombreuse, doit l’emporter sur ses rivaux, le mûrier et la vigne, dont l’exploitation exige un nombreux personnel.
Les lies de la Méditerranée se trouvent à peu prés dans les mêmes circonstances que la Barbarie. Des cantons entiers de la Sardaigne, de la Corse, des lies Baléares, sont plantés en oliviers, et la vigne s’associe à cette culture. En Sicile, l’olivier n’a jamais occupé des espaces considérables ; il semble cantonné sur la côte orientale où il a une très belle végétation. Cela tient sans doute à l’impulsion qui fut jadis donnée à la culture des céréales dans cette lie qui était le grenier des Romains, et que l'antiquité faisait la patrie de Cérès. En effet, la fertilité de ses terres la rend très propre à la production du froment, dont elle fournirait, avec une meilleure culture, une immense quantité. Mais les lois et la répartition de la propriété, concentrée entre im petit nombre de mains sans capitaux, ont détruit l’agriculture de la Sicile. D’ailleurs, ici comme dans toute la région des oliviers, peut-on voir sans regret six mois de beau soleil rester stériles pour toute production? Quels sont les terrains qui y sont les plus productifs ? Ce ne sont pas les riches guérets de l’intérieur, mais les environs de Messine et de Catane, où se pressent les plantations d’oliviers, de mûriers, d’orangers ; le petit nombre de pays, tels que les environs de Syracuse et de Marsala, où l’on cultive la vigne; enfin ceux de Palerme, où l’irrigation fait cesser la cruelle interdiction de six mois que la sécheresse oppose à la culture des plantes herbacées. Les terres à blé, à égalité de surface, ne viennent évidemment qu’en seconde ligne auprès de ces points favorisés.
La Grèce, la Judée, l’Asie-Mineure sont couvertes de beaux oliviers. Le mûrier s’y montre partout où la population se condense. L’Égypte, avec son sol rafralcbi par les inondations du Nil et les irrigations, peut se passer des cultures arbustives ; le froment, le coton, le sésame, le millet, la fève occupent
• DÉTERMINATION DES RÉlilONS AUKICOLES. 331
Utilement son sol. L’olivier se montre encore en Crimée; c’est, • ' ^
dit-on, une variété plus robuste que nos espèces et que l’on a essayé de transporter en Europe. Sur la côte ouest de la péninsule Ibérique, il ne remonte pas au delà du Portugal; les . vents du sud-ouest commencent alors à souiller presque constainmcnt et amènent des nuages qui abaissent la température des étés. En revanche, la côte occidentale montre partout l’olivier au premier rang. D’abord, il est q.ssocié aux cultures plus méridionales, à la canne à sucre, vers Grenade, en Espagne, et à Vvola, au sud de la Sicile, puis à la vigne et au mûrier en avançant vers les Pyrénées. Au nord de cette chaîne de montagnes, cet arbre se rencontre au pied des Corbières. En partant de là, il no suit pas la ligne dfoito d’Arthur Young, mais contournant le fond des vallons, ses limites sont en France, à Arles (Ariége), Olette, Carcassonne, Sidobre, Saint-Chignan, Saint-Pohs, Lodève, Le Vigan, Saint-Jean-du-Gard, Aiais, Les Vans, Joyeuse, Aubenas,- Beauchàtel, Donzère, Montségur, Nyons, Villepcrdrix. Le Buis, Sisteron, Digne, Bargemont, etc. Dans les différentes vallées où il pénètre, il atteint les altitudes suivantes-: à Alais 300"', Saint-Saturnin 423*", Vieux- Beausset 365'“, Vialard 365™, Bargemont 602“*, Seillans61 1“, Fayence622“, Grasse 453*”, Vence 433*”*. Dans ces mêmes contrées le chêne blanc s’arrête à 1000“* d’élévation.
Traversant les Alpes pour gagner le pied méridional do l’Apennin, l’olivier pénètre jusque dans le royaume de Naples où on le trouve sur les deux pentes de la chaîne, puis sur le bord opposé de l’Adriatique en Dalmatie, et de là il gagne la Grèce. Nous avons déjà parlé de deux contrées détachées de la région des oliviers, comme des Iles le sont du continent, et dans lesquelles cette culture est établie , les bords des lacs de Guarda et de Côiiie. Il paraît qu’autrefois il en existait une autre de
(t) A Siales mienlifiiiues da Midi, mars ISaa, (>, Ï&7,
332 MÉTÉOROLOGIB AGRICOLE.
ppu (I étendue, près de Bex en Suisse *, mais l’olivier a disparu
de cette localité.
La région des oliviers peut se diviser naturellement en deux sous-régions : celle où l’olivier ne gèle jamais ; celle où il subit quelquefois la funeste influence des fùvers dans ses rameaux et dans son tronc. Dans la première, où la température ne descend jamais au-dessous de — 5" et qui n’a annuellement que 10 à 1 2 jours de gelées, on peut cultiver le coton herbacé, le caroubier, le sulla, le figuier d’Inde {cactus opuntia). L’agave, le styrax ollicinal et l’anagyris fétide achèvent de caractériser cette sous-région.
Dans la seconde sous-région, où l’olivier succombe souvent aux rigueurs du froid, cet arbre donne des récoltes qui, à égalité de surface, Iç disputent à celles de la première sous-région, parce qu’il y est mieux soigné, mieux traité, tenu plus bas et à portée de la main. Les hommes du midi ne peuvent revenir de leur étonnement en voyant les petits oliviers.de Provence et de Languedoc, et ne s’imaginent pas qu’ils puissent rivaliser de produits avec les leurs.
Celte seconde sous-région comprend le midi de la France, à l’exception de quelques petits cantons bien abrités au bord de la mer, la Toscane et une partie des Etals romains. On reconnaît que l’on sort de la première sous-région pour passer dans la seconde, à la disparition du caroubier, du figuier d’Inde, de l’oranger et des autres plantes qui lursonl spéciales. Mais on y voit encore le pin à pignon, le pin d’Alep, le genevriéfr faux cèdre et de Phénicie, qui ne sortent pas de la région des oliviers.
S if. — Caractères météorologiques de la région des oliviers.
La région des oliviers doit présenter nécess'airement deux caractères principaux ; une température flivcrnale qui ne com- (I) Société économique de Benu, 196.- *
promette pas trop fréquemment l’existence de l’arlire; une température d’été qui lui permette de mûrir son fruit. Pour remplir la première de ces conditions, il faut que la température minimum ne descende pas au-dessous de — 7 ou — 8 degrés, ou qu’une température plus basse ne dure pas plus de huit jours ; car, en cas contraire, l’olivier perd ses rameaux si le dégel est subit, ou s’il a lieu par un soleil chaud , et n’est pas ralenti par la pluie, ou par une transition graduelle de cette forte gelée au dégel. La seconde condition exige que, depuis le moment où le thermomètre a atteint au printemps la température moyenne de 19®, qui est celle de la lloraison de l’arbre, il puisse recevoir, avant les premières gelées, 1099® de chaleur solaire en sus do la température moyenne de l’air, ou en totalité, y compris la chaleur atmosphérique, 3978®. C’est aussi à cette somme de température, précédant les gelées, que mûrissent les espèces les plus liAtives d’olive. Quand on n’a pas les éléments numériques de ce calcul, on y arrive approximativemeqj en admettant que les jours sans nuage ont donné 11°, 2 de chaleur en sus de celle de l’atmosphère, et en inultiplianl par cette chaleur le nombre de jours qui s’écoulent depuis l’époque de la lloraison de l’olivier, jusqu’à celle des premières gelées probables. Si d’ailleurs la somme de la chaleur atmosphérique atteint pendant cpt intervalle de temps 2968®, et que le produit de l’opération dbnne 1099® de chaleur solaire, on aura lieu de croire que l’on se trouve dans un climat oû l’olive peut mûrir. Ainsi, à Toulouse, du 10 juin, époque où la température moyenne atteint -f- 19“, au milieu de novembre, où arrivent les premières . ^elSes, on n’a que 33 jours clairs qui, multipliés par lt®,2, ne donnent que 614®,4; or, la somme de la température atmosphérique de ce même intervalle n’étant que de 2670®, on voit*que l'on n’a en lotalité.que 3284®, chaleur insudisante pour permettre à l’olive (le mûrir, A Orange, qui est près do la limite de lu région, le total de la température atmosphérique
MKTKOROLOGIE AGRICOLE.
est (le '2878® J il y a 98 jours clairs qui donnent 1099®, 7 de chaleur, ce qui donne la somme de 3977®, 7 de chaleur totale pour rintervalle d6 temps indiqué. Milan nous donne 3019® pour la température de son atmosphère, 100 jours clairs, et par conséquent 1120® de chaleur solaire, ce qui donne 4139® de chaleur iotale, nombre qui surpasse celui qui est nécessaire pour mûrir l’olive. C’est donc ici la température des hivers, la prolongation des gelées et la nature des dégels par un temps clair qui ne permettent pas de cultiver l’olivier. Dès que les abris modifient ces circonstances, l’olivier se retrouve au bord des lacs qui sont au pied des Alpes.
Le nombre des pluies de l'été est faible dans ce climat, cette circonstance amène une atmosphère très claire dans cette saison. C’est dans cette région, où l’on soufl're tant de la séclieressp, que l’on a dû étudier surtout l’évaporation, et il n’est pas douteux que son énergie, qui est grande et qui s’élève jusqu’à 4,4 fois la quantité de pluies, ne joue un rôle important dans l’existence des arbres à feuilles petites et coriaces dont l’exhalation est peu considérable. La neige est presque inconnue dans la région des oliviers, même à sa limite ; elle se montre nu plus ô fuis par année moyenne sous forme de rares llocons, fond à mesure qu’elle tombe et dure rarement deux jours.
5 ni. — Agrieulluro do la région des oliviers. •
Le premier obstacle que rencontre le cultivateur dans la • région que nous venons de décrire, c’est la brièveté du temps qu’il peut consacrer aux cultures de la terre. Si la nécessilf de respecter en hiver le peu d’herbes qui viennent sur les jachères, dans un pays où les fourrageas sont rares, l’empekhe de cultiver dans cette saison, il perd le temps le plps favorable, celui où le sol humecté par les pluies a perdu sa ténacité et peut (Mre retourné sans de grandes fatigues. Il n’a idu^ alors |M)itr ouvrir
ses terres que le rourt intervalle qni s’écoule depuis la renaissance du printemps jusqu’à la lin déniai. Il arrive même, dans .les terres argileuses, qu’il soulève d’énormes mottes par ces premiers travaux, et que, durcies par le soleil, elles ne peuvent plus être brisées qu^ par les pluies d’automne. On ne saurait donc trop recommander dans ce pays les labours faits à l’entrée de l’hiver, immédiatement après les travaux des semailles d’automne. La terre est alors pulvérisée par les gelées, et se trouve toute prête pour les semailles du printemps. Les cultivateurs qui auront des pâtures d’été pour leurs troupeaux, car celle des herbes venues dans les jachères sont une chère ressource, suivront encore une meilleure pratique, en déchaumant légèrement par un coup d’araire, immédiatement après l’enlèvement des gerbes, et croisant ce travail par un nouveau coup d’araire après les premières pluies qui auront déterminé la sortie des mauvaises herbes. C’est ainsi que dans quelques lieux renommés par l’industrie de leurs habitants, plus que par la nature du sol, on se procure des blés nets, recherchés pour les semences.
Le défrichement des prairies artificielles, qui doit avoir lieu en été si l’on veut préparer la terre à temps pour les semailles d’autDmne, est une œuvre des plus laborieuses dans cette région, à cause de la sécheresse estivale. Il faut y employerde très grandes forces ou répéter coup sur coup plusieurs raies d’araire qui approfondissent peu à peu le travail. On évitera la multiplicité de ces œuvres, en consacrant à l’avoine d’hiver les terrains sur lesquels on défriche les prairies, cette plante vigoureuse n’exigeant pas une terre aussi meuble que le froment.
La culture du blé qui mûrit à la £n du printemps avant la dessiccation complètedela terre, est généraledans la région des oliviers. C’est elle qui fournit la principale nourriture des habitants. Le blé talle peu du pied, à cause de la dureté et de la s*écberessc du sol ; il n’a pas une paille très abonda nte,majs n’ayant pas à craindre les brouillards cHes pluies lors de la tloraison.
Ml^TI-^OROLOGtE AGRICOLE.
il graine bien et sa paille acquiert une force qui le préserve (lu versement, si fatal aux récoltes des pays (?ù les pluies du printemps sont abondantes. Ce qu’il a surtout à redouter, ce* sont les sécheresses de cette dernière sai|pn qui le privent de l’humidité nécessaire à l’entretien de sa sève, hâtent la maturité et amènent de chétives moissons.
La récolte du blé se fait avec facilité, jamais le blé no germe dans les javelles, ou sur les aires où on le transporte. La sécheresse et la chaleur. du jour permettent le dépiquage en plein air.
L’atmosphère ellc-mèmc restitue à la terre une partie des sucs fécondants (|u’cllc perd par ses productions *. Cette propriété rend l’usage des engrais de moins en moins indispensable en avançant vers le midi. Ce fait est incontestable, mais il serait heureux qu’on n’y attachât pas. une coidiance exagérée et que, dédaignant les produits trop chétifs d’une* culture nonchalante, on cherchât davantage à seconder par l’action des engrais les bienfaits de la nature.
Malgré les succès réels des cultures céréales bien dirigées dans cette région, malgré les qualités précieuses de son froment abondant eu gluten et ayant plus de poids sous un égal volume que celui des autres régions, ce sont toujours les cultures arbustives qui font la grande ressource de ses habitants. Le climat en fait une loi. Les racines des arbres vont chercher plus profondément l’humidité du sol, et n’ayant pas comme les herbes deux saisons de repos, l’hiver et l’été, elles travaillent constamment pendant neuf mois à soutirer les sucs de la terre au^profit de leurs possesseurs. Arborum cura, pars rei rusiicœmaxima , no«s dit Columellc, imbu des maximes agricoles puisées au centre de cette région ; et parmi les arbres, l'olivier sera toujours celui qui donnera les plus hauts produits nets et les plus sûrs, partout où il sera cultivé avec intelligence et sans parcimonie. Sous ces conditions, il défiera (t) Voir l. !, p. 134 et suiv.
. IIKTER.MINATION 1.IÎS llKülONS AdRlCOÎ ES. 537 toutes les cultures de graines oléagineuses, et un jour viendra où le midi do I Europe les étouffera toutes sous sa production intelligcnted huile d’olive. Nous verrons, en traitant spéciale-^ ment de l’olivier dans le volume suivant, ce qui manque au midi pour arriver à l’approvisionnement du monde entier.
Viennent ensuite les mûriers, dont l’exploitation exige une population nombreuse et intelligente, et qui dans ces derniers temps a fait tant de progrès dans la région des oliviers et dans celle des vignes; puis la vigne elle-même, qui y couvre dévastes étendues, y donne les vins les plus généreux et fournirait aussi le monde entier d’alcool, si les législations fiscales ne venaient, en s’appesantissant sur l’industrie viticole, favoriser des industries rivales dépourvues d’une partie de son mérite. On cultive aussi en grand, dans la région des oliviers, le figuier, qui fournit une si grande quantité de fruits secs, l’amandier, le câprier, le micocoulier, les arbres à fleurs destinées à la parfumerie, enfin l’oranger et le citronnier, qui ne croissent, ainsi que le carouliier, qu’au midi de la région.
Plusieurs cultures industrielles, qui ne sont pas exclusivement propres à son climat, s’associent à celles dont nous venons de parler : la garance, le safran, le pastel, la gaude, le carthame, le chardon à bonnetier, le millet à balais {holcus sorgho). Mais c’est surtout dans les terrains frais ou arrosés, qui, conservant à la région tous les avantages de son soleil, lui procurent en outre ceux qui sont propres à des régions dont le sol est mieux humecté, que l’on voit de véritables miracles agricoles , par le succès des prairies naturelles qui donnent de 3 à ô coupes , par celui des luzernes qui en donnent de 5 à 7, par la succession de plusieurs cultures dans la même année. Après la récolte du blé , on peut encore s’y procurer d’abondantes récoltes de pommes de terre, de haricots, de millet, de petit maïs, etc., qui doublent le produit delà terre. Le maïs, le coton ne viennent bien que dans des terrains naturellement frais ou arrosés.
,S38 MI^TKOROLOÜIE AGRICOLE.
Mais quand on (>st privé des avantages de l'irrigatiûn, oa doit renoncer aux secondes récoltes dont les semences manqueraient d'humidité pour germer ; la réussite des prairies naturelles dépend trop do la fraîcheur de la terre pour qu’elles puissent donner plus d'une seule coupe; il en est de même du sainfoin et du trèfle, qui cependant peuvent se couper au moins deux fois dans les terres fraîches, avec un regain pour pâture; plusieurs des coupes de la luzerne, celle du milieu de l’été, peuvent manquer ou être médiocres; les récoltes-racines, qui approvisionnées d’humidité traversent la saison sèche sans périr, et en particulier les betteraves qui reprennent en automne le cours de leur végétation interrompue pendant les grandes chaleurs , sont susceptibles de donner quelquefois un produit satisfaisant. Mais on rencontre des difficultés qui confirment de plus en plus ce que nous avons dit des avantages de la culture des végétaux ligneux dans cette région.
Section II. — Région des vignes.
5 Circonscription de la région.
La culture de la vigne a pour limites, au midi, celles de la région des oliviers. Elle embrasse ensuite une grande partie du plateau central de l’Espagne, et toutes ses côtes ouest et nord ; la France, à l’ouest des Gorbières, et au nord de la limite des oliviers, jusqu’à une ligne qui, partant de Guérande, à l’embouchure de la Loire, se dirige vers le Rhin, en passant un peu au nord de Paris, et s’arrête aux environs de Dresde. De là, rétrogradant le long des frontières de la Bohême pour venir reprendre le Rhin au nord de Coblentz, la ligne limite suit ce fleuve et enferme les bords du lac de Constance, retourne alors vers l’ouest à l’approche des hautes montagnes de la Suisse, ne comprend dans son enceinte que les parties infé-
D^ERMlNATtON DES BKGIONS AGRICOLES. 339
rieures des vallées de l’Âar, de la Thiele, le lac Léman et le Valais. Traversant les Alpes vers le milieu de ce dernier canton, elle en suit les pentes méridionales, embrasse la terre ferme de Venise, revient traverser les Alpes pour enfermer la Basse- Autriche, la Hongrie, la Valachie, et s’étend vers l’orient jusqu’en Crimée. Les pays montagneux, la Servie, la Bulgarie, sont seuls exceptés et forment des Iles terrestres appartenant à la région des céréales et à celle des pâturages. Telle est l’immense étendue de terrain sur laquelle la vigne est susceptible de croître et de porter ses fruits à maturité en Europe.
Mais il y a ici une observation importante à faire. Dons la partie méridionale de ce vaste espace, la vigne fructifie en plaine et sans abri ; si on lui en donne, c’est pour accroître encore les propriétés calorifiques du climat, mais nullement dans la crainte de ne pas obtenir de raisin inür. Dans la partie septentrionale, on choisit des pentes plus ou moins dirigées vers razimulb du sud et plus ou moins inclinées, qui , ainsi que nous l’avons vu, transportent le terrain dans un autre climat, dans un climat qui est quelquefois do plusieurs degrés plus méridional. Alors la vigne n'est plus la culture générale du pays, ellu devient la spécialité de certaines expositions; elle n’est la culture la plus profitable que dans ces expositions qui n’ont pas le même climat que l’ensemble du papL Selon nous, la région des vignes devrait être bornée à la ligne où cet arbuste fructifie sans abri, et elle s’arrêterait alors à celle où elle peut être cultivée concurremment avec le maïs. Cependant, pour qu’il ne reste aucun doute dans les esprits, nous embrasserons dans l’enceinte de la région tous les lieux où la vigne est actuellement cultivée, mais en ayant soin de bien définir la sous-région du maïs. Nous prévenons que la sous-région du nord, où cette plante n’arrive pas à maturité, est un climat do transition que l’on pourrait aussi bien ranger dans la région (l) Voir t. I, p. 202 el suiv.
MÉTKOnOLOGIE AGRICOLE.
céréale en le détachant de la région des vipnes. Cette réserve faite, nous nous l>ornerons à indiquer les limites de la sous-région de maïs.
Klle s’étend au midi d’une ligne dirigée de l’embouchure de la Garonne à Spire. Dans le pays qu’elle embrasse, le maïs est surtout cultivé dans les plaines qui bordent les Pyrénées, dans les vallées qui descendent du Jura, dans la Lombardie, les États vénitiens, en Carinthie, en Autriche, en Hongrie; dans les plaines, en un mot, les plus chaudes ou les mieux éclairées, et en même temps dont la terre est la plus fraîche de toute la région. Cette culture est repoussée au midi de la région des oliviers par la sécheresse de ses terres en été, quand elles n’ont pas le secours de l’irrigation ; au nord, par le trop peu de durée des chaleurs ou le trop peu d’intensité de la chaleur solaire.
5 II. — Caractères météorologiques de la région des vignes.
Nous avons vu dans le paragraphe précédent que ce qui dis* lingue le climat de la vigne de celui des oliviers, c’est le défaut d'une température sulFisante en été et en automne ; quand cette température vient encore à s’affaiblir, on voit les ceps de vigne perdre progressivement de leur grosseur, s’effiler, et porter des raisins moins mûrs. Cette gradation est si insensible, que l’on ne peut affirmer positivement qu’à la rigueur la vigne ne pût s’avancer de plusieurs myriamétres vers le nord, comme aussi que l’on ne se contente pas, dans plusieurs vignobles près de l’extrême limite, de vins qui n’en portent que le nom. Pour mettre en saillie la différence des deux climats, il faut donc comparer des lieux qui soient, les uns décidément en dedans de la région delà vigne, et les autres décidément en dehors, sans s’occuper des localités exceptionnelles. Nous établirons cette comparaison entre Paris et llruxelles, Manheim et Berlin.
UÉTEBMINATION DES RIÎGIONi AGRICOLES. 341 La vigne fleurit quand la température moyenne de l’air est parvenue à 17 ou 1 8° de chaleur, selon la précocité des espèces. Mais dans le nord on ne plante plus que les plus précoces, et c’est sur elles qu’il faut raisonner. C’est à peu près vers le 11 de juin que cette époque arrive à Paris*. De ce moment, jusqu’au 1®' octobre où se fait la vendange dans ce même pays, quand la température descend au-dessous de 12*’,5, le raisin cesse de mûrir, et la moindre humidité le dispose à la pourriture. Or, voici le résultat des observations faites à Paris :
Somme des températures 1925,67
Chaleur solaire pour 61 jours clairs à 18°, 3 ; et pour les 50 autres, 2”, 5 de chaleur solaire* 751
C’est évidemment la moindre chaleur qu’exige le raisin rouge entre la floraison et la maturité, car nous sommes ici bien près de la limite de la région.
A Bruxelles, de la floraison au 1®® octobre,. époque où la chaleur descend aussi à 1 2*^,5, le raisin a reçu :
Température de l’air 1914,2
45 jours clairs, 67 mi-clairs et couverts 619
On voit qu’une simple différence de 144 degrés de chaleur sépare la région où la récolte de vin est possible, de celle où elle ne l’est pas. On les obtiendrait de 10 jours ajoutés ù la saison où le raisin peut mûrir. C’est toujours ainsi que se prononcent les limites ; 1 0 jours de plus de saison chaude avant les pluies d’automne, et le coton réussirait en Provence.
A Manheim, la température de l’air parvient, à peu prés à la même époque qu’à Paris, à 17®, terme de la floraison de la
(1) Cotte, Afém. de la Société cent, d'agriculture, t. XII, p. 208.
(2) Pour tenir compte de la décroissance de la durée des jours, on a multiplié chacun des termes do la chaleur solaire par le nombre d’heures do la journée, et l’on a divisé par 24 heures.
342 MÉTÉOHOLOÜIK AGRICOLE.
vigne; c'est aussi vers le octobre qu’elle tombe à 12o,5.
Nous avons ;
Chaleur atmosphérique 1087,6
Chaleur solaire, 37 jours clairs et 6S mi-olairs et couverts 618
C’est la limite des raisins blancs. À Berlin, la floraison a lieu à peu près à la même époque qu’à Paris, mais elle descend à 1 2°, 5, avant le 1*' octobre. Cette période de temps nous donne :
Chaleur atmosphérique 1800,0
Chaleur solaire, 39 jours clairs, 58 mi-clairs et couverts 537,0
Ici, quoique le produit de la chaleur solaire soit plus considérable, en partant de la même base hypothétique, l’abaissement de la température atmosphérique en septembre, qui rapproche l’époque où la maturation devient impossible, ne permet plus de cultiver la vigne.
N’oublions pas cependant que l’effet produit par l’exposition sur des plans inclinés au midi ' est de créer un climat nouveau transporté à une latitude plus méridionale. C’est ainsi que s’explique la réussite de la vigne sur des coteaux bien exposés, et dans un pays dont la température semblerait exclure cette culture. C’est aussi l’effet des murs qui forment, par les espaliers, des expositions chaudes, en présentant lenrs rameaux à une température solaire intense.
Ainsi, le climat de la vigne est caractérisé par la possibilité d'atteindre une chaleur totale (atmosphérique et solaire) de 2680 degrés au moins, pour les espèces les plus précoces de raisin rouge, et do 2600 pour les espèces blanches, entre l’époque de la floraison de la vigne et celle où Fa températoro moyenne de l’air est descendue à 12®, 5.
(1) T. 1, p. 202 et saiv.
La sous-région de maïs se distingue seulement de la région des oliviers par la fraîcheur de la terre en été. Nous comparerons à cet égard Milan, Vicence et Florence; Toulouse et
Orange.
miUitn.
A Florence, la quantité de pluie est en été de. 135,3
le nombre de jours de pluie de 17,1
A Milan 233,1 24,7
A Vicence 261,3 24,9
Ainsi, à Florence, en moyenne, tous les 5 jours jour moyeu.
une pluie de 8 millim. 1 ,6
A Milan, tous les 4 jours, une pluie de. 9 2,2
A Vicence, tous les 4 jours 10 2,5
Mais do plus, à Florence, une évaporation
qui représente 10 fois la pluie.
A Vicence 3 —
Ainsi, à Florence, l’humidité qui reste
dans la terre est représentée par — = 0,16
A Vicence ^ = 0,83
On voit donc combien la terre reste plus fraîche en Lombardie qu’en Toscane.
millim.
A Orange, la quantité de pluie en été est de. 110
le nombre de jours de pluie de 1 8,5
A Toulouse 154 25
fOur moyen.
Ainsi, à Orange, tous les 5 jours. 6 millim. de pluie. 1,2
A Toulouse 6,1 — 1,9
Mais, à Orange, une évaporation de 9,2 fois de pluie.
A Toulouse 1,9 —
Ainsi , à Orange , l’humidité qui reste en
terre est représentée par A Toulouse
ii?
Ces chiffres relatifs indiquent suffisamment l'état différent de CCS deux régions.
La sous-région du maïs n’est séparée du reste de la région
HÉTKOKOLOGIË AGttICOLE.
(le la vigne que par le degré de la chaleur totale (solairât et atmosphérique) que la terre reçoit pendant l’été. Pour bien s’en convaincre, prenons des lieux dont les uns sont bien décidément dans la région, et les autres dehors : Paris et Dijon ; Strasbourg et Toulouse. Nous avons, pour les mois de juin, juillet, août et septembre :