TROISIÈME PARTIE
MÉTÉOROGNOSIE.
S’il est peu de personnes qui comprennent d’abord l’utilité pratique de la météorologie dans son application à la détermination des climats et à l’appréciation des procédés agricoles , il n’en est point qui p’admettent l’avantage qui pourrait résulter de la prévoyance des événements météorologiques futurs. Pour le vulgaire, cette divination est toute la science.
La prévoyance des faits futurs n'est que le résultat d’un calcul de probabilité. « Nous devons envisager l’état présent de l’univers, dit Laplace', comme l’effet de son état antérieur et comme la cause de celui qui va suivre. Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l’analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’univers et ceux du plus léger atome; rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir comme le passé serait présent à ses yeux. L’esprit humain offre dans la perfection qu’il a su donner à l’astronomie une faible esquisse de cette intelligence. En appliquant la même méthode à quelques autres objets de nos connaissances, il est parvenu à ramener à des lois générales les phénomènes observés, et à prévoir ceux que des circonstances données devaient faire éclore. »
(1) Essai sur les probabilités.
MKTKUltOLOGlIi; AGRICOLE.
Oi) conçoit sans peine de quel immense avantage il serait pour les nations, le commerce, les agriculteurs, de pouvoir prévoir à l’avance le caractère météorologique des années, des mois, des jours qui vont suivre. L’approvisionnement, les spéculations, les cultures seraient modifiées selon cette connaissance, et l’on irait ainsi au-devant des besoins et des événements. Mais nous sommes bien loin d’étre aussi avancés, et l’exposition que nous allons faire de l’état actuel de nos connaissances ne laissera, je le crains bien, que le sentiment de l’insulTisancc de notre savoir. Puisse-t-elle encourager ceux qui verront une carrière si neuve ouverte à leurs efforts!
Nous rappelons au souvenir de nos lecteurs que la probabilité du retour d’un événement B, à la suitéd’un événement A, est représentée par une fraction dont le numérateur est le nombre de fois que l’on a déjà observé ce retour, et le dénominateur le nombre total de fois qùe l’on a observé l’événement A. Ainsi, supposons que le vent du nord souffle 208 fois dans l’année, et que la pluie l’accompagne 32 fois ; la probabilité d’une chute future de pluie, quand on verra survenir
le vent du nord, sera = 0,15. C’est à lier, par de semblables rapports, le plus grand nombre d’événements possible que consistera principalement l’œuvre de celui qui voudra s’occuper de météorogiiosie*.
De pareilles tentatives ont été faites avec plus ou moins d’exactitude et plus ou moins do lumières dans un assez grand nombre de cas. On a cherché :
1° A constater, pur les résultats moyens d’une longue suite d’années, les circonstances météorologiques probables pour
(2) Nous le renvoyons d’ailleurs, pour se préparer à de pareils travaux, au Calcul des probabilités de Laplace, à celui de Lacroix , et à l’inlroduclion du 3® volume de la Slalisliinic du département de la Seine, par Fourrier.
MKTKOROGNOSIE.
certaines époques. Ces prol)al)ilités, dont l'exactitude dépend du nombre plus ou moins grand des termes dont on a pris la somme, et de la quantité dont ils s’écartent du terme niojeii, servent de base à la climatologie. Elles ont acquis un degré de certitude assez grand pour plusieurs ordres de phénomènes. Ainsi l’on peut assurer avec une grande probabilité que la moyenne de température de l’année ne s’écarte pas trop de 1 0“,8 à Paris, parce que, bien que le nombre des années dont on a la température certaine ne soit pas encore fort nombreux , les écarts de leurs températures moyennes sont assez faibles pour qu’on puisse parier 2 contre 1 que dans une année quelconque à venir, cette température ne sera pas de 1 degré plus forte ou plus faible que ce chiffre. La certitude de la température moyenne des mois estdéjà plus faible, non que l’on ait opéré sur un nombre de termes moins grand, mais parce que les écarts, en dessus et en dessous de la moyenne, sont plus considérables ; cette certitude diminue beaucoup plus encore s’il s’agit de la moy enne des jours.
^ous n’aurons pas à nous occuper ici de ce genre de pronostic ; dès que les probabilités approchent de la certitude elles vont se classer dans la climatologie, et la météorognosie ne se réserve que la partie la plus conjecturale de la science.
2° On a cherché aussi à déterminer les phénomènes prochains qui se présenteraient, par l’observation d’un autre ordre de phénomènes que l’on croit précéder ou accompagner le phénomène que l’on cherche à prévoir, et qui a avec lui des rapports plus ou moins déterminés. Ainsi, l’on s’est demandé quelle était la probabilité que la pluie suivit ou accompagnât la descente du mercure dans le baromètre ; que tel ou tel vent amenât un abaissement ou une élévation de la température, la pluie, etc.
3° On a voulu prévoir le caractère météorologique d’un mois, d’une saison, d’une année, d’après celui des mois, des faisons, des années qui ont précédé.
MÉTIsOROLOGIB AGRI6OLB.
4° Enfin, on a lié les phénomènes météorologiques à une loi hypothétique, et l’on a cherché à les annoncer par des formules liées à cette loi. C’est ainsi que l’on a imaginé le retour des mêmes saisons à certaines périodes dépendant du mouvement des astres; tels sont les saros des Chaldéens; telles sont les tentatives de Lamarck pour rattacher les changements de temps aux déclinaisons de la lune, etc.
Nous allons examiner ces trois ordres de recherches en les éclairant du flambeau de l’expérience.