‹ Cours d'agriculture (volume 2)Chapitre 8 sur 105 · DU CALORIQUE · texte numérisé non relu

DU CALORIQUE

lors l’espace plus froid qu’elle, tend à se mettre en équilibre avec lui, et lui restitue la chaleur qu’elle a reçue. Cet équilibre serait promptement rétabli, et l’on passerait avec rapidité de la chaleur diurne à un froid intense, si l’air laissait passer avec autant de facilité la chaleur obscure renvoyée par la terre que la chaleur lumineuse qu’elle a reçue du soleil. Les vapeurs aqueuses opposent de plus grands obstacles encore à cette transmission ; c’est ainsi que l’atmosphère et les nuages tendent à retarder le refroidissement de la surface du soi.

La surface de la terre est loin d'étre homogène ; elle est composée de plaines, de montagnes, de mers, de cultures diverses ou de déserts stériles. Toutes ces différences entraînent des modifications importantes dans la distribution de la chaleur. Les eaux absorbent moins de rayons solaires que les terres, mais les restituent aussi avec plus de lenteur ; clics ont donc une température plus égale ; une surface sèche, sablonneuse, colorée, acquerra une température beaucoup plus élevée qu’une surface humide et blanchâtre ou couverte de végétaux .

Enfin l’atmosphère est loin d’ètre en repos ; l’air échauffé ne cesse de s’élever pour céder sa place à l’air plus froid qui se meut pour le remplacer , ce qui produit les vents , et la direction de ces vents les rend humides ou secs , selon les surfaces qu’ils parcourent ; l’air est ainsi plus ou moins transparent, plus ou moins propre à transmettre la chaleur. Ce sont toutes ces causes qui produisent les différences de climats dont nous parierons dans la deuxième partie , mais qui produisent aussi les variations entre le jour et la nuit, les jours, les mois et les saisons entre eux.

La température influe sur les plantes de trois manières : par son excès, par son défaut , par sa durée, par sa continuité ; ainsi nous devrons rechercher les termes des maxima et des tninima de température, soit dans l’air, soit dans la terre , c'est-à-dire dans les deux milieux où se passe la vie des plan-

46 M]-VréoHOi.efiiE acucole.

tes. Cette observation de cliaque jour nous donnera les maxima et minima absolus qui nous indiqueront la possibilité de l'existence des diirércnts végétaux dans le lieu de l’observation , selon leurs aptitudes relatives à supporter le froid et le chaud; elle nous indiquera la température moyenne des mois cl des saisons qui nous font Juger de la durée de température propre à amener les plantes à leur maturité; et enfin les oscillations de cette température qui, par son défaut de continuité, amène des accidents divers qui influent sur l’action de la végétation.

Pour déterminer la température d’un lieu au moment de l’observation, on se sert du thermomètre dont on connaît les propriétés. On devra toujours se pourvoir des meilleurs instruments sortis des ateliers des artistes les plus renommés*. Néanmoins on devra les vérifier en les plongeant dans de l’eau où l’on aura mis à fondre une quantité suffisante de glace. Cette épreuve devra être répétée au moins tous les ans ; car l’on sait que le zéro de l’échelle est sujet à se déplacer par les changements moléculaires qui surviennent dans le verre du tube et de la boule, et il faut tenir compte de ces déplacements dans les observations. Si l'échelle thermométrique s’élève jusqu’au degré de l’eau bouillante, il faudra aussi vérifier le terme supérieur, et plonger la boule dans la Tapeur de l’eau en ébullition.

Le thermomètre destiné à observer la température de l’atmosphère doit être placé à l’ombre, isolé, autant que possible, 'des objets environnants, préservé du rayonnement du sol par une planchette, et de celui du ciel par un petit toit.

Le minimum de la température a lieu ordinairement un peu avant le lever du soleil ; mais comme on risquerait souvent de manquer l’observation à cause des aiïaires de la campagne, on

(1) M. Biinten les ronfertioime aujourd’hui avec un soin qui est une très bonne garantie.

DC OALORIQeE

pourra se servir d'un Ihermoniètre à minima, dont la marche aura été soigneusement comparée à celle du thermomètre à mercure bien vériGé. On construit aussi des thermomètres è tnaxima qui peuvent suppléer à la présence de l’observateur vers deus heures et demie après midi, heure de la plus haute te'mpérature atmosphérique. On ne l’emploiera aussi qu’après exacte vériGcation. En possession de ces deux instruments, on pourra régler les heures des observations ordinaires à neuf heures du matin, trois heures, neuf heures du soir, comme les heures les plus convenables pour embrasser les phénomènes météorologiques les plus importants.

Nous avons toujours ajouté à ces observations, dans un but d’utilité agricole, deux thermomètres à minima et à maxima, placés près du sol, et un autre dont la boule était recouverte d’un millimètre de sable blanc.

Le thermomètre à minima, dans cette position, nous indique des températures minimes plus basses que celles du thermomètre placé dans l’air, et nous tient en éveil sur les risques des gelées blanches, et celui à maxima entouré des rayonnements caloriGques de la terre échauffée par le soleil, monte plus ba^t que le thermomètre placé dans l’air, et nous apprend les influences que les plantes reçoivent de la chaleur solaire. Le thermomètre placé sous le sable témoigne de l’échauflementde la couche solaire du sol par les effets de soleil , et nous fait comprendre la différence qui existe entre les jours nébuleux et les jours clairs, comme entre les climats brumeux et ceux qui sont habituellement sereins.

Section II. — Des maxima de température.

Un certain degré de chaleur est nécessaire pour faire entrer a sève des plantes en mouvement, nous verrons que ce degré dilTère dans chaque espèce de plantes; la végétation s'accélère

uÉrrÉoaoLooiE agsicole.

et (levientplus laxuriaote, si en continuant a fournir à la plante mie humidité correspondant à l’accroissement dé son évaporation, on augmente cette chaleur. Dans ces conditions, les parties herbacées et la tige de la plante se développent largement, de nouveaux bourgeons ne cessent de se former et d’éclore ; si quelques-uns fleurissent, ils forment peu de graines, la sève étant sans cesse appelée vers le haut par l’éclosion et l’élongation de ces nouveaux bourgeons. L’accroissement en hauteur ne se ralentit qu’à mesure que la chaleur restant la même ou devenant croissante, l’humidité diminue et cesse d'être surabondante , alors les bourgeons fleurissent plus complètement et finissent par fructifier.

Mais il est, pour chaque plante, un degré maximum de chaleur qu’elle peut supporter, au-delà duquel elle se flétrit et meurt. Si certains cryptogames résistent à l’action de l’eau bouillante dans les sources thermales , la plupart des vt^gétaux aériens que l’on a soumis à l'épreuve paraissent ne pas résister à une température de l’air de + âO*>.Gette température ne se rencontre que passagèrement à la surface du sol pendant quelques heures du jour, mais elle ne descend pas jusqu'aux racines, et ne s’élève pas jusqu’aux feuilles caulinaires des plantes. Burckardt a bien observé des thermomètres à 47<>,4, à Esné dans la Haute- Égypte, mais c’était pendant la durée du Chamsin, vent chaud du désert, et pendant un petit nombre d’heures; c’est aussi dans des circonstances extraordinaires analogues que l’on a eu 46<’,3 à Bassora, 44^,7 à Pondichéri, 40o,0 à Madras, ô9*>,7 à Palerme, et 38®, 4 à Paris. A 16 centimètres du sol, il nous est arrivé à Orange d’observer le thermomètre à 44®, 5, tandis qu’il n’était qu’à 39® à 2 mètres d’élévation. M. Sonnerat dit avoir vu, à Luçon, un petit lac dont l’eau prend la chaleur do 86®2, et où vivent des poissons et végétaux, des agnut castus et des nspathes*. Ces extrêmes, quand ils ne sont pas très répétés,

(I) Journal de physique, 1774, p. Î5t>.

ȟ CALORIQI K.

fatiguent momentanément les plantes, mais ne peuvent pas détruire la végétation. Ce qui est surtout important pour elles, c’est la température moyenne des maxitna pendant l'époque de la végétation. Chaque végétal exige, pour parvenir à tout sou développement et à sa maturité complète, une succession de chaicur qui n'est pas uniquemeut exprimée par les moyennes de jour; il lui faut, en outre, des moyennes demaxtma proportionnées aux bcsoinsdescs organes. En 1843, ' les olives n’ont pas bien mûri en Provence, elles ont rendu peu d’huile ; la température moyenne, bien qu’un peu plus basse que dans les autres années, n’explique pas ce défaut de maturité. Elle a été complète dans des années qui n’avaient pas une chaleur moyenne supérieure; mais les n^ima nous donnent plus de 3 degrés de moins que leur moyenne annuelle, et 7 degrés de moins que les années chaudes. Certaines plantes , les plantes alpines, par exemple, ne peuvent supporter sans souffrir desmaxtma élevés. L’observation des maxitna de tempé- ' rature et de leurs effets sur les plantes est donc très essentielle, et devrait être étudiée en détail sur les différents végétaux, mieux qu’on ne l'a fait jusqu’ici.

Section III. — Det minima de température. Effet» dufroio,

L’influence du froid sur les plantes est tout autrement marquée que celle de la chaleur. Comme le climat que nous habitons nous présente fréquemment des abaissements de température au-dessous de la congélation de l’eau , tandis qu’il faut chercher sur des points spéciaux du globe, et dans des circonstances extraordina'ires , les coups de chaleur qui ont pu agir d'une manière fâcheuse sur la végétation , il s’ensuit que l’on n’a guère que quelques expériences sur les effets de la chaleur, tandis que les observations des effets du froid sont très nom-

MÉTÉORULOGIB AGRICOLE.

brcuses, uiais elles préseiilent une inulliludu doconlradictloas, venant , en général , de ce que ces effets ne peuvent être appréciés que par la comparaison de la tcnq)érature cl do l'état do la végétation au moment où elle reçoit l'impression frigori- Hque, tandis que l’on n'a trop souvent considéré que la température et les résultats du froid. Les faits épars et disparates que nous possédons ne p(*uvent être ramenés à une doctrine générale qu’au moyen d'une analyse faite avec plus de soin.

Si nous examinons les cas dans lesquels les végétaux ont ressenti les atteintes du froid, nous trouvons : l°que sur les jeunes pousses des arbres et des plantes, les bourgeons fratchenvent éclos, dont le développement est encore herbacé et n’a pas encore pris une consistance ligneuse, ou au moins plus serrée et plus abondante en fibres ligneuses; comme sur les plantes à végétation continue, dont la sève est en mouvement tant que la chaleur et l’humidité ne leur manquent pas, celles de la zone équatoriale, par exemple, l’impression d'un degré de froid tel qu'il arrête l’impulsion de la sève, engorge les canaux ou les vide, et produit la désorganisation des tissus, cause la mort des parties herbacées pénétrées par le froid, et même celle des parties ligneuses, selon que la force et la durée frigorifique a . été plus ou moins prolongée. L’abaissement de température nécessaire pour crisper les Gbres et arrêter le mouvement de la sève varie selon la nature de la plante. Ainsi, nous voyons les jeunes pousses de chêne résister même à la température de la formation de la glace; celles de mûrier, de figuier, de luzerne, etc., périr à cette température; celles des plantes de serre se flétrir sans retour à celle de 4“,6 au-dessus de léro.

2° La prolongation du froid à un haut degré d’intensité pénètre aussi les parties ligneuses, et peut, selon la nature du ' ' végétal, faire périr même le tronc. Le degré absolu de froid que l'arbre peut supporter indique invariablement la limite

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