CHAPITRE II
Conatriietton fle« bâtlmento.
Section I". — Dûtribution.
§ I®’’. — Problème à résoudre.
L’emplacement d’une ferme étant choisi, et son exposition principale déterminée, commence l’œuvre de l’architecte, œuvre qui suppose une profonde connaissance des besoins do la ferme, des capacités nécessaires et suflisantes pour placer commodément les différents agents do la culture et les produits qui doivent être soustraits à l’action des météores , des différentes successions du travail, soit pour le battage des grains, soit pour la confection des fumiers, soit pour l’alimentation des bestiaux, et, par suite, des dispositions propres à réduire ce travail au minimum. Le problème à résoudre est si difBcile, si délicat, et si variable suivant les localités, que les différences les plus tranchées viennent accuser tour à tour, ou l’impéritie du constructeur, ou la différence énorme des procédés. Il n’entre pas dans notre plan de décrire ici toutes les variétés de constructions rurales; on les trouvera dans les ouvrages spéciaux, et nous sortirions des bornes qui nous sont imposées, en entrant dans ce détail ; mais il est un certain nombre de données communes qu'il est possible de grouper, de principes généraux qu’il est facile de réunir, et nous pouvons, en les présentant, sinon donner la solution de chaque cas particulier, du moins indiquer le chemin qui y conduit.
S II. — Proportion des bâtiments et des cours.
Avant tout, il est très important de déterminer avec soin la di.sposition générale des bâtiments, en raison do leur importance, et nous ne saurions trop insister sur ce sujet. Souvent
CONtTKL'CTlON büS BATIMENTS.
la vanité et l’esprit d’imitation conduisent un propriétaire à créer une cour et à adopter une disposition de bâtiments rectangulaire, quand un bâtiment double sur une seule ligne aurait suili pour l’exploitation commode de sa propriété. Aussi sa cour est étroite et mesquine, se prête mal aux manœuvres des attelages, â la disposition des fumiers, â celle de la mare, et cette gène pèse éternellement sur le domaine. On doit rélléebir que les conditions de commodité d’une cour sont les mêmes , sauf de petites différences , pour une ferme de grande importance et celles d’une importance moyenne ; le minimum du côté du carré est donc une constante, et par suite le choix d’une disposition quadrangulaire pour les bâtiments est aussi limité, si l’on veut, comme on le doit, proportionner l’étendue des bâtiments aux nécessités de l’exploitation : si l’on objectait qu’une cour de ferme est pourtant indispensable, nous répondrions qu’il vaut mieux en former une attenante au bâtiment principal, avec des murs de clôture, que de se créer une cour insuflisante ou de faire des constructions inutiles.
Ce minimum nécessaire au service d’une cour de ferme est de 16 mètres pour le côté du carré ou le petit côté du rectangle.
Cette longueur, augmentée de deux largeurs de bâtiment simple hors œuvres, ou de 12 mètres environ, donne la limite à laquelle doit cesser la construction sur une seule ligne ; ainsi, en général, toutes les fois que le développement des bâtiments d'exploitation ne doit pas dépasser 32 mètres, on doit les établir sur une seule ligne {fig. 20).
Pig. 20.
Nord.
AKCHITECTOBE BOSALB.
Entre 3S et 50 métrés, on doit les établir sur deux lignes parallèles, espacées l’une de l’autre de 16 mètres au moins, et placées aussi toutes les deux à l’exposition principale {(ig, 31).
rig. 21.
Nord-
aS,oQ
Sud.
Entre 50 mètres et 75 mètres, on peut placer deux bâtiments à retour d’équerre sur le corps principal {fig. 22).
Fig. 22.
Nord.
Sud.
Enfin, à 75 mètres et au-delà, il convient de fermer le carré par les bâtiments (fig. 33).
Nous avons donné sans détails les dessins qui représentent ces différentes dispositions, afin de ne pas ôter à ces observations le caractère de généralité qu’elles doivent conserver.
CONSÏRCCTIO» UES BATIMENTS. 459
li ne faudrait pas pourtant attacher une valeur trop absolue aux considérations qui viennent d’être présentées; d’abord il est évident que, pour des différences du simple au double de développement, on ne doit pas sacrifier une disposition qui plaît davantage, qui peut permettre une élévation plus agréable, ou des dispositions intérieures plus adaptées aux conditions particulières de la culture du pays dans lequel on construit. Ce qui est absolu dans ces conditions, c’est, d’une part, le développement des bâtiments réglé rigoureusement par la capacité des récoltes, la quantité de bétail, le nombre des bêtes de somme, les convenances du fermier et de sa famille, quelquefois aussi celles du propriétaire qui veut résider sur sa terre; d’autre part, le minimum de dimension de la cour. Ces conditions satisfaites, une meilleure relation entre les différentes parties, la facilité des communications à couvert , peuvent faire préférer les dispositions {fig. ÎO ou 22) à la disposition [fig. 21). L’élégance de la façade peut faire préférer la disposition (fig. 22) à la disposition {fig. 23); enfin certains genres d’exploitation peuvent faire préférer la disposition (fig. 21) à la disposition (fig. 22) : la disposition (fig. 21) a, du reste, l’avantage de pouvoir être mise en communication facile avec le potager et le fruitier sans traverser les bâtiments d’exploitation, et de donner une exposition avantageuse aux bergeries dans les pays où le bétail consiste presque exclusivement en bêtes à laine; c’est au propriétaire à peser mûrement ces considérations, de manière à ne rien oublier et à ne faire aucun sacrifice inutile.
g ni. — Bâtiment d’habitation.
La forme générale des bâtiments étant déterminée, il s’agit d'afl'ecter une position dans ces bâtiments à chacun des services de la ferme.
En ce qui concerne l’habitation du fermier et de sa famille,
ABCHITECTDRE RURALE.
les pièces essentielles sont : la cuisine, les chambres d'habitation, la dépense, le fournil et la laiterie dans certains cas. La cuisine est la pièce la plus hahituellcment occupée de la maison; dans le plus grand nombre des cas, elle sert de salle à manger et de salon pour le fermier ; elle doit donc être parfaitement orientée et salubre, située à l’exposition principale des bâtiments, choisie d’après les principes posés plus haut, c’està-dire au sud ou au sud-ouest, élevée de 0“,50 environ audessus du terrain naturel, et placée au rez-de-chaussée.
Olivier de Serres la désirait au premier étage ; mais son opinion, qui a du reste un grand poids en ces matières, est fondée sur des raisons particulières de surveillance, dans la supposition où le fermier aurait lui-mème sa chambre au premier étage ; nous pensons que, si le rez-de-chaussée est suflisaminent salubre, comme il ne peut manquer de l’étre dans les conditions que nous avons prises, il est bon que le fermier ait son appartement au rez-de-chaussée , et les motifs qui avaient déterminé Olivier de Serres disparaissent. Du reste, l’usage est contraire à l’opinion de ce savant agronome, et il est trop général pour n'ètre pas lui-mème une raison d’un grand poids ; il est fondé sur le caractère de banalité de cette pièce, sur l’écoulement des eaux ménagères qu’il est facile de procurer au rez-de-chaussée sans souiller les murs ; sur le service de la cour, qui doit être en rapport immédiat avec celui de la cuisine; sur le service même de la cuisine, qui exige des transports continuels de bois, d’eau, etc., et que la nécessité de monter un escalier rendrait fatigant et onéreux.
La chambre du fermier doit aussi être placée au rez-dechaussée et à l'exposition principale; les chambres des fils du fermier, trop jeunes pour être isolés des filles de la fermière ou des filles de service, s’il y en a, doivent être au premier, audessus de la cuisine et de rappartement du fermier, et sans communication possible avec les autres bâtiments de la ferme,
CONSTRÜCrtON ftES BATIMENTS. 4C 1
.nuire (|üe celle qui traverse le rez-de-chaussi'ie en passant devant l'appartement du fermier.
Quant aux fils adultes et aux valets de ferme, ils doivent être distribués dans les différents bâtiments d’exploitation, suivant les besoins du service et de la surveillance, et nous aurons l’occasion d’en parler plus loin.
Les dépense, lingerie, armoires à provisions, buanderie, doivent être placées dans le logement d’habitation du fermier, à l’exposition du nord. La laiterie doit aussi être placée au nord, si le bâtiment n’est pas établi sur caves ; si le bâtiment est sur caves, ces caves doivent être disposées de manière à contenir la laiterie, les provisions de pommes de terre, le cidre, le vin, et en général tout ce qui souffre des alternatives de température ou des températures extrêmes, sans trop craindre l’humidité. On doit, du reste, tenir à l’établissement de caves sous le logement d’habitation, parce que , indépendamment de leur commodité, elles contribuent à rendre le rez-de-chaussée parfaitement sain.
Les greniers à blé, à colza, ou destinés à renfermer les récoltes qui présentent une grande valeur sous un petit volume, doivent être sous la main et sous la clef du fermier; on doit par conséquent les placer dans le bâtiment d’habitation et à l’exposition du nord.
§ IV. — Bâtiments d’exploitation. ’
L’exposition préférable pour l’habitation des hommes est aussi la meilleure pour les animaux de la ferme.
On devra choisir pour les chevaux et les bestiaux l’exposition du midi, si l’importance ou le mode de l’exploitation permettent d’établir tous les bâtiments sur une même ligne, comme cela arrive fréquemment dans les provinces méridionales.
On devra encore choisir l’exposition du midi pour les ani-
ARCUITECTDRR RDRALR.
maux, si les bâtiments sont établis sur deux lignes parallèles comme dans la figure 21 du paragraphe précédent.
Dans le cas où les bâtiments de la ferme se composeront d'un corps de logis principal avec deux ailes en retour d’équerre, comme dans la figure 22, les chevaux ou bestiaux qui ne pourront pas être placés à l’exposition principale devront être placés dans le bâtiment situé au couchant, et dont par conséquent les ouvertures sur la cour sont orientées au levant. Le bâtiment du levant, orienté au couchant pour les ouvertures, doit être réservé pour les hangars et les granges.
Les bergeries doivent être toujours à l’exposition du midi. Cette exposition s’obtient tout naturellement dans les dispositions (fig. 20, 21, 23) du paragraphe 2, et dans la disposition de la figure 22, en plaçant les ouvertures des extrémités des ailes à l’exposition du midi et destinant cette partie du bâtiment aux bergeries.
Le fournil doit être écarté de toutes les matières inflammables, et quelquefois on l'isole complètement des autres bâtiments de la ferme; le poulailler est bien placé auprès du fournil. Les loges à porcs doivent être invariablement exposées au midi et parfaitement sèches. Il n’est pas indispensable qu'elles soient absolument attenantes aux bâtiments principaux, dont elles dérangeraient la symétrie et la propreté ; mais elles doivent être dans un enclos attenant et à proximité de l’habitation de la fermière. En général, c’est une bonne combinaison do faire un petit corps isolé du fournil, du poulailler et des toits à porcs. Dans notre opinion, le même enclos pourrait recevoir l’aire à fumier, dans le cas où la cour de la ferme ne pourrait pas la contenir sans inconvénient. Les greniers à fourrages doivent être placés autant que possible au-dessus des animaux auxquels les fourrages sont destinés, à moins qu’on ne préfère les placer en meules, comme cela est usité dans la plus grande partie de l’Angleterre et do l’Allemagne. Quant aux granges.
nous discuterons plus loin la question de leur établissement. Lorsqu’on jugera à propos d’en établir, elles seront placées au levant de la cour de ferme, ou ouvertes sur cette cour au couchant; quand, au lieu des granges, on adoptera une cour des meules, cette cour sera attenante aux bâtiments de ferme situés au levant de la cour principale, hors de l'atteinte du feu et sous l’œil des habitants de la ferme.
Nous indiquons, par la fig. 24, la masse des dispositions générales que nous venons de développer.
Fig. Î4.
Midi.
AA HaLUalion du fermirr, cuisine, laite- DD Hangars, granges.logement des charrie, caro, logement des fliles, grenier retiers.
A blé. E Cour des meules.
C Ecuries, étables, greniers a fourra- F Conr des aires à fumier.
ges, logement des valets d’étable. G Fournil, poulailler, toits à porcs.
BB Bergeries, étables, greniers A four- pp Potager, fruitier, enclos, rages, logement des valets bergers.
§ V. — Du choix de l’architecte.
Nous avons parlé plus haut de l’élégance des bâtiments; c’est un point qui a son importance et qu’on obtient le plus
ARCHlTECTüRE ftÜRAI.E.
souvent sans augmentation de dépense, quand on a le Iranlicur de rencontrer un architecte habile. La première source d’élégance pour les bâtiments ruraux, c’est la symétrie ; elle est indispensable là comme dans l’homme lui-nième, comme dans toutes ses œuvres complètes. La première chose qui nous choque, c’est le défaut de symétrie ; et l 'architecte rural doit avoir à donner, quand il la sacrifie, de bien puissantes raisons.
Les rapports d’élévation des différents bâtiments, les rapports de hauteur des différentsétagcs •, les proportions des ouvertures , l’emploi des matériaux , peuvent augmenter ou diminuer beaucoup l’élégance sans altérer le chiffre de la dépense. On sent donc combien il est important d’avoir affaire à un bon architecte connu par sa science et par scs œuvres, et dont les honoraires sont plus que compensés par le résultat obtenu. A son défaut, il faut que le propriétaire se rende un compte rigoureusement exact des sujétions qu’entratne chaque service de la ferme ; et cette considération nous conduit à entrer plus avant dans notre sujet, et à déterminer les capacités et les dispositions intérieures qui sont le mieux adaptées à ces différents usages.
Section IL — Dispositions intérieures et capacités.
S I*'. — Logement du propriétaire.
Quand le propriétaire a l'intention de se rendre une partie de l’année sur sa terre, il doit y trouver un logement commode et indépendant de celui du fermier ; on conçoit que s'il veut s’y rendre en famille, y tenir un état de maison, les conditions de commodité et de construction sortent de notre sujet, et rentrent dans le domaine de l’architecture ordinaire : s’il veut seulement avoir un appartement agréable , cet appartement doit se composer d’une cuisine, d’un salon, d’une antichambre et d’une
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CONSTRrCTION DES BATIMENTS. 405
salle à manger au rez-de-chaussée, de deux ou trois chambres de maître au premier étage, d’un grenier sous les combles, comprenant les chambres do domestique, et d’une cave audessous du rez-de chaussée. Ces différentes pièces se trouvent facilement, et avec des dimensions très convenables, dans une longueur de mètres prise dans un bâtiment double de 12 mètres de profondeur, et la fig. 25 indique sommairement la disposition du rez-de-chaussée.
Fig. 25.
Nord
A Escalier. 3,00 X C.oo D S.1IIC à manger. . . ifiO X C,oo
B Anllcbambre. . . . *,50 X «,00 E Office ou buffet . . 2,00 X <,00
C Salon 7,S0 X 6,00 F CuUinc 4,ti0 X <.00
Il est bien entendu que nous supposons le bâtiment pris dans le corps de ferme; la disposition d’un bâtiment de maître séparé, ou d’une maison de campagne, sortirait de notre sujet.
Le propriétaire n’habitant d’ordinaire la ferme que pendant la belle saison peut avoir sans inconvénient ses pièces principales à l’exposition du nord, et laisser les dégagements sur la cour de ferme, comme nous l’avons supposé dans le croquis ; du reste, suivant le pays ou les convenances, on peut adopter cette distribution ou la distribution inverse.
§^II. — Corps d’habitation du fermier.
Rien de plus variable, suivant les usages de chaque pays, que la capacité des bâtiments affectés au logement du fermier II. ^ 30
466 ABCHITSCTUBE BUBALE,
et de sa famille; dans plusieurs fermes de la Normandie, les fermiers couchent dans la cuisine ; dans d’autres pays, le fermier d’un domaine important veut avoir une chambre et un salon séparés de la cuisine ; voici une disposition {jfig. 26) qui offre
Fig. 26.
8ud.
A Etcalier *XS E Dépense de la rcrmiérc. 4 X c
B Cuisine 8X6 E Dépense de la cuisine , , 4X6
C Chambre du fermier. . . 4X0 G Buanderie 4X6
D Salon du fermier .... 4X6
aux fermiers d’un grand domaine toutes les commodités possibles; nous ne donnons que le plan du rez-de-cbaussée.
Âu premier étage et à l’exposition du midi sont les chambres des enfants de la ferme et des hiles; à l’exposition du nord, au'premier et au grenier, sont les greniers à blé; au-dessous du rez-de-chaussée sont les caves. Ce logement, qui pourrait être considérablement réduit, occuperait, sur un bâtiment double de 12 mètres de largeur, une longueur de 16 mètres. Il va sans dire que les conditions de capacité et d’exposition étant remplies, les convenances du fermier, la composition de sa famille, l’importance de la ferme, peuvent faire changer les dispositions, faire augmenter ou diminuer le nombre des chambres ; mais en général dans les fermes d’une certaine importance, le pied-àterre du maître et le logement du fermier varient entre des proportions assez peudifférentesde celles que nousvenons d’indiquer, et occupent sur un bâtiment double une longueur to-
talo qui ne doit pas ùlre inférieure ù 25 nièlres et supérieure à 30 métrés. Aussi les véritables varialiles sont les capacités des bâtiments d'exploitation, et ici nous sommes obligés d’entrer dans la détermination rigoureuse des volumes à affecter à chaque unité.
S III. — Des écuries.
Le cube d’air nécessaire pour la respiration d’un cheval a été fixé, par Vogeli, à 42 métrés cubes; par M. Dumas, à 23 mètres cubes seulement; et une commission de l’Académie des sciences a conclu, par l’organe de M. Chevreul, son rapporteur, qu’une capacité qui fournit de 25 à 30 métrés cubes d’air par cheval est suffisante.
Le chiffre de 30 mètres cubes est celui pour lequel M. Boussingault a reconnu que la composition de l’air de l’étable était représentée pour 100 parties par :
Azote 79,00
Oxygène 20,77
Acide carbonique 0,2S
Total 100,00
Or la proportion d’acide carbonique dans cette analyse est sept fois plus considérable que dans l’air pur de la campagne, et, bien qu’une telle proportion soit sans influence sensible sur l’organisation, dans les conditions ordinairesdc nos expériences, il serait à craindre que l’action d’une quantité plus considérable n’eût à la longue une influence fâcheuse sur la santé générale des animaux.
Les conditions de respiration se concilient parfaitement avec les conditions de commodité; en accordant â chaque cheval une largeur de 1”,75 et une longueur de 4 mètres, y compris la crèche, la mangeoire et le passage, il en résulte pour chaque cheval une surface de 7 mètres carrés ; et si l’étable
ARCHITECTURE RURALE
à 4 miitres de hauteur, le cube affecté à chaque cheval est de 28 mètres, et diffère très peu de celui que nous avons adopté.
L’écurie doit contenir, en outre, un lit pour le valet chargé du soin des chevaux, et ce lit occupera la place d'un cheval. Le coffre à avoine occupera aussi la place d’un cheval. Pour la sellerie, quand l’écurie est sur un seul rang, en prenant 0'“,60 de largeur de plus, ce qui la porte en totalité à 4”, 60 , on peut mettre vis-à-vis de chaque cheval ses harnais, qui occuperont ainsi une surface de 1 mètre carré; si elle est sur deux rangs, cette disposition serait incommode, et la sellerie doit être à part, comprenant autant de mètres carrés qu’il y a de chevaux. Si donc m représente le nombre des chevaux, la capacité de l’écurie, en y comprenant la sellerie, le coffre à avoine et le lit du valet sera exprimée par :
4 mètres étant la hauteur de l’écurie. Cette expression s’écrit plus simplement :
Quand l’écurie est sur un seul rang, nous conseillons fortement d’adopter la largeur entre œuvres de 4“,60, et de placer les harnais vis-à-vis de chaque cheval. Quand l’écurie est sur deux rangs, on peut réduire, sans beaucoup d’inconvénient, la largeur de 4 mètres affectée à chaque cheval, le même passage pouvant servir pour les deux rangs; néanmoins il vaut mieux pécher par excès que par défaut. Nous donnons (fig. 27) le plan d’une écurie double à huit bêtes.
La surface de cette écurie est de 80 mètres; le cube déterminé par la formule pour huit chevaux étant de 312 mètres, la hauteur du plancher doit être de ou de 4 mètres à très peu près.
CONSTHl'CTION DES BATIMENTS. 4G9
SS^s repiê^nlCDt les slalles. B î.n sellerie.'
C La chambre du valet d’êeiirîe. A La chambre à avolfM».
Il convient que les chevaux soient séparés par des stalles régnant sur une longueur totale de 2"‘,80 à partir du mur, élevées de 2 mètres à l'aplomb do la mangeoire et finissant à une hauteur de r",20 ; il faut que les séparations soient pleines et non à claire-voie, afin d'éviter que les pieds des chevaux ne s’y engagent. Le râtelier {fig. 28) doit être vertical, distant de la muraille
Pig. 28.
de 0"’,36, et à sa partie inférieure élevé de l'",40 au-dessus du sol . La mangeoire doit être en avant du râtelier de 0“,.32 de largeur et avoir à sa partie supérieure 1 mètre au-dessus du sol ; enfin, il y a derrière lesstallesun passage de l™, 80 sur lequel les harnais empruntent environ 0™,50. Ce passage est séparé des stalles par une gondole ou conduit couvert d’une planche , destinée à l’écoulement des urines. La coupe, en travers de chaque
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ARCHITECTURE RURALE
stalle, est formée de deux plans inclinés vers l’axe et dont la ficelle est de 0'",6. La coupe en long de la stalle est inclinée de 0">,3 par mètre, soit de 0“,7 depuis la mangeoire jusqu’à la rigole principale. La pente en travers et la pente en long sont ainsi assez faibles pour être tout-à-fait insensibles à l’organisation du cheval, et faciles à racheter du reste par la disposition de la litière ; elles sont d’ailleurs assez fortes pour faciliter l’écoulement des urines, surtout si on a soin, comme cela est indispensable, de donner à l’écurie un sol imperméable, tel qu’un pavé en béton , ou jointé à la chaux hydraulique. La rigole d’écoulement des urines doit être à O™, 30 au moins au-dessous du sol, recouverte exactement en planches et présentant toute la pente dont on peut disposer pour amener les urines dans la fosse qui sépare les deux parties de l’aire à fumier, et dont elle doit être considérée comme un simple embranchement.
Quand l’écurie est double, la rigole doit être placée au milieu du passage.
§ IV. — Etables à vaches.
Dans les pays où les étables à vaches sont de simples appentis, comme dans certaines parties de l’Angleterre et de l’Italie, il n’est pas besoin de se préoccupper de l’altération de l’air de l’étable, et il sulTit que les animaux aient la place nécessaire pour se tenir debout et couchés, et pour qu'on puisse faire le service de l’étable. En France, les bestiaux doivent forcément, au moins pendant une grande partie de l’année, être tenus dans des étables fermées; dans tous les pays, comme dans la France, l’engraissement des bœufs et l’éducation des vaches laitières se font très souvent et en entier dans l’étable; il est donc indispensable de proportionner la capacité des bâtiments à la consommation d’air de ces animaux.
Les vaches ou les bœufs couchés occupent moins de place
CONSTRUCTION DES BÀTIltSNTS. 47l
que les chevaux, soit par la différence de longueur de leurs extrémités, soit par la position qu’ils affectent dans le repos ; aussi une largeur de l“,50 est-elle suffisante pour l’espacement ; la longueur, en ménageant les crèches, mangeoires et un passage, doit être de 4 mètres, et la hauteur des planchers étant à 4 mètres au-dessus du sol, la capacité correspondant à chaque vache est de 24 mètres cubes. Cette capacité est suffisante, d’autant mieux que les vaches craignent beaucoup moins que les chevaux la chaleur de l’étable et une légère altération dans la composition de l’air.
Nous indiquons une hauteur sous planchers plus forte que celle généralement en usage ; mais nous sommes convaincus que l’abaissement des planchers est on ne peut plus malsain, et contribue à l’état de souffrance évident d’une grande partie du bétail de nos étables; du reste, faugmentation de dépense qui en résulte pour les constructions est presque nulle. Quoi qu’il en soit, si l’on diminue la hauteur de l’étage, on devra augmenter l’espacement des animaux dans l’intérêt de leur santé, et l’étable devra toujours représenter une capacité de 24 mètres cubes par tète de gros bétail. Elle doit contenir en outre la place du gardien, des jougs et harnais, que nous évaluons à deux fois la place d’une tête de bétail, en sorte que n représentant le nombre des têtes de bétail, la capacité de l’étable sera exprimée en mètres cubes, par :
Les boeufs à l’engrais et les vaches mères doivent être séparés par des stalles , et il convient de leur accorder une largeur plus grande que celle réservée aux boeufs de travail; cette largeur doit être do 1™,75.
Les écoulements des étables doivent être disposés comme ceux des écuries que nous avons décrites dans le paragraphe précédent.
ARCHITECTDRE RORALE.
Si la nourriture est jetée d'en haut, le plan des étables diffère très peu de celui des écuries. Nous donnons (fig. 29) la dispo-
tig. 29.
ition d'une étable pour 16 bœufs auxquels la nourriture est jetée de l’étage supérieur.
Les seules différences, dans ce cas, entre la coupe en travers de l’étable et celle de l’écurie, consistent en la suppression des stalles et l’abaissement du bas delà crèche au niveau du sommet de la mangeoire, c’est-à-dire à 0'“,90 au-dessus du sol.
Quand la nourriture n’est pas jetée d’en haut, mais apportée du dehors, on doit changer la disposition de l'étable; le passage doit être établi derrière la crèche, et, si l’étable est double, entre les deux crèches ; cette nouvelle distribution est indiquée dans la fig. 30, où la lettre P désigne le passage, CC les man-
Fig. 30.
oiro«, G les stalles ou l’étable proprement dite, et H la chambre du vacher ou du bouvier ; les rigoles d’écoulement des urines sont alors au nombre de deux, et à 0°‘,30 des murs; pour la sortie de l’étable , les stalles extrêmes près de la porte peuvent s’ouvrir sur le passage. Enfin, dans ce cas, le râtelier, toujours vertical dans la partie qui est tournée du côté des
animaux, doit être complété du côté du passage par une claie inclinée qui soutient le fourrage et qui permet facilement de le placer à la main ; cette disposition est indiquée dans la coupe {fig. 31); enfin la mangeoire peut être remplacée par un tiroir qu’on remplit dans le passage.
Fig. 31.
Sauf les deux ou trois premiers jours, les veaux sont tenus dans une étable séparée. Chaque veau occupe la moitié de la place d’une vache, et en supposant que v indique le nombre des veaux, la capacité nécessaire pour les renfermer est représentée par 1 2 V.
SV. — Bergeries.
D'apres les écrits do Af . Tessier, l’emplacement à donner à chaque tète de l’espèce ovine doit être de 1 mètre carré pour chaque brebis ou mouton, et 0'°,75 pour un agneau ; si donc l représente la largeur de la bergerie, x sa longueur, h le nombre des brebis, et a le nombre dos agneaux, on a 6 -|- 0,75 a = Ix
Si l’on suppose la largeur de la bergerie de 8 mètres, le troupeau composé de 150 brebis et de 50 agneaux, la longueur du bâtiment, déterminée par l’équation, sera de 23 mètres à très peu près.
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ARCUITECTCBE RURALE.
D’après les usages, les bêtes à laine doivent manger toutes à la fois, et on calcule qu'il faut 0>n,50 de crèche par tète ; dans un bâtiment de 8 mètres do largeur, le développement des crèches, x étant la longueur, est exprimé, en supposant une crèche double au milieu, une sur tout le pourtour, et un passage de 2 mètres à chaque extrémité de la crèche double, par 4a; -f- 8 ; s’il s’agit d’un troupeau de 200 hôtes, on doit avoir :
= 200 , d OU X = 23™
On voit que les deux données font arriver exactement au même résultat. Le bâtiment doit avoir au moins 4 mètres de hauteur sous le plancher ; la capacité appliquée à chaque brebis est donc de 3™, 50, et de 2™, 62 pour chaque agneau.
Si l’on diminuait la hauteur de la bergerie, on devrait augmenter la surface afin d’établir un volume sulfisant pour entretenir la pureté de l’air; en général, b étant le nombre des brebis et a celui des agneaux, la capacité des bergeries sera 3,50 b 4- 2,02 a
Le sol des bergeries doit être parfaitement sec : les déjections liquides de l’espèce ovine sont absorbées par la litière , et l’on ne doit pas songer aux écoulements ; mais c’est une faute grossière do croire qu'on peut pour cela se dispenser de tout soin de propreté autre que l’enlèvement régulier de la litière; il n’est personne qui n’ait pénétré dans ces bergeries où le sol, profondément imprégné de sels ammoniacaux , exhalait constamment une odeur pénétrante et malsaine; nous sommes d’avis de rendre le sol des bergeries imperméable, comme celui des étables , au moyen soit d’un pavé jointé , soit d’un béton placé au niveau du terrain naturel, et recouvert habituellement d’une couche do sable ou de marne, suivant la nature de l’amendement qui convient le mieux aux terres du domaine s cette couche est enlevée régulièrement et remplacée par un«
COWSTfcPCTIOIf J)B8 BATnfÉNTS.
autre , la propreté de la bergerie est entretenue, et on se procure i la fois un amendement et un engrais sans préjudice du fumier de litière.
5 VI. — Loges à porcs.
M. de Lasteyrie donne S*", 30 de surface k chaque truie ou porc d’engrais. M. Block, de 3 à 3", 50; de S è 3 mètres aux verrats, et de l^jSO à 1<”,50 à chaque cocbonneau, ce qui fait en moyenne, eu égard à la composition ordinaire d'un troupeau de cochons dans l’éducation, 3"', 55 carrés par tête d'animal. Il est évident que si l’on se bornait à l’engrais, il faudrait adopter le chiffre de 3™, 30 carrés par tète d’animal.
■La fig. 32 donne la disposition d’une loge à porcs établie d’après les meilleurs auteurs.
Fig. 3Ï.
Sud.
LU. rcprésentenl les loges.' CC Cour fermée par une clôture.
PPP Portes à clalre-role. M nare.
AA Abreuvoirs.
Il suffit que les séparations des loges soient de l‘“,35 de hauteur ; leur sol doit être incliné, pavé , et assez élevé pour être parfaitement sec, et permettre l’écoulement complet des déjections liquides dans un conduit qüi les amène jusqu’à la fosse de l’aire k fumier ; la hauteur du toit des loges peut être Gxée à 8“, 60, et on ne doit pas oublier que l’exposition
ARCUITECTUBE RURALE.
doit être au midi ; c'est une précaution indispensable pour la prospérité de l’éducation.
§ Vit. — Poulailler.
Le poulailler doit être dans un endroit chaud, à portée de la fermière, et sa capacité doit être proportionnée à la quantité de volaille qu'il est convenable d’élever, et non à l’importance de la ferme; en effet, les fermes les moins considérables, et situées dans les terrains les plus ingrats, sont souvent celles qui se livrent le plus à l’éducation des animaux de basse-cour ; en général, a et 6 étant les deux dimensions du poulailler, le
nombre des poules qu’il peut contenir est exprimé par
c’est-à-dire que m étant le nombre des poules , on doit avoir : 0,125 m = a -j 2b
Supposons m = 100, nous aurons a -f- 2é= 12,50; l’équation étant indéterminée, on y satisfera de pl usieurs manières, et entre autres par une pièce ayant 4“, 50 de longueur dans œuvre et 4 mètres de largeur, ou par une pièce ayant 6'", 50 de longueur et 3 mètres de largeur.
§ VIII. — Hangars.
Les hangars doivent être suffisants pour mettre à l’abri du mauvais temps les instruments de la ferme et les voitures destinées aux charrois, qui ne doivent jamais, ce qu’on voit malheureusement trop souvent, traîner dans les cours, et à la fois embarrasser la circulation et se dégrader rapidement sous l’action dos météores. La surface occupée par chaque charrette est de 1 0 mètres carrés, par chaque charrue de 5 métrés carrés ; enfin on doit ajouter à la surface, calculée en raison de ces quantités, la place d’une charrette, pour faciliter les déplace^'
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CONSTBCCTION DES BATIMENTS. 4*7
iTients et la sortie du hangar, et la place de deux charrues pour les herses, extirpatcurs , rouleaux et autres instrunnents agricoles, en sorte que la surface du hangar est exprimée, c étant le nombre des charrettes, et c' celui des charrues, par
et la capacité, en supposant aux hangars une hauteur de 4 mètres , par
On ne doit pas craindre de donner aux hangars une dimension un peu plus forte que celle indiquée par le calcul , car souvent ces bâtiments sont utiles pour mettre à couvert les chariots chargés de récolte , quand le mauvais temps survient avant qu'on ait eu le temps d’engranger.
§ IX. — Granges.
Les expériences du savant M. Block ont fixé â 100 kilogrammes environ le poids moyen de gerhes de céréales contenues dans 1 mètre cube lors de la récolte; les 100 kilogrammes de gerbes donnent environ 30 kilogrammes de grains; 30 kilogrammes de grains représentent 30''' ,7ô, ce qui donne par bectolitre de grains 2'", 67 cubes de capacité de grange. La récolte d’un domaine étant appréciée en hectolitres, ce qui est toujours facile lorsqu’on connaît l'étendue des terres â blé etleur rendement moyen, et h étant le nombre des hectolitres, la capacité occupée par les gerbes est en mètres cubes de 2,67X^ > faut l’augmenter de celle de l’aire pour le battage, et de l’espace pour mettre de cété la paille au début du battage; nous évaluons cette capacité à 1/.5 de celle occupée par les gerbes, soit à 0, 53X^1 capacité de la grange est fixée à 3,20X^<*
La question du mode d’établissement et de conservation des gerbes, dans l’intervalle qui sépare la récolte du battage, a été
AtCBITBOrCItB 1DEA1.B.
fort controrersée entre les agronomes ; il importe, pour donner à la question toute sa nettetd, de distinguer l’influenee des habitudes et du climat de chaque localité sur les méthodes em* ployées. En Angleterre, les gerbes sont généralement conservées en meules ; ces meules, eonstruites avec beaucoup de soin, sont recouvertes en chaume et opposent un petit côté au vent de pluie; dans une grande partie de l’Allemagne on emploie la même méthode, et elle est préconisée par Thaer. Dans le reste de l’Allemagne, et dans la plus grande partie de la France, on engrange les gerbes; dans une partie des Pays-Bas, on fait des meules circulaires recouvertes d’une toiture mobile qui peut s'élever ou s’abaisser à volonté, au moyen de cordes et de poulies; dans certains cantons de l’Italie, dans le midi de la France, en Espagne, les blés sont entassés sans grande précaution en meules, le battage suivant immédiatement la récolte. Chacune de ces méthodes est fondée sur une raison particulière ; il est à désirer avant tout que le perfectionnement du battage , l’emploi des rouleaux , etc., permettent d'étendre la coutumedu midi de la France, et dispensent ainsi de bâtiments coûteux ; mais on ne peut raisonnablement espérer de généraliser une coutume à laquelle le climat et les habitudes agricoles s’opposent invinciblement dans une partie de l'Europe. La question reste donc entière entre le système des granges et celui des meules; nous écarterons d’abord l’assimilation entre te climat d’une partie de l’Angleterre et de l’Allemagne, et celui des départements français où les granges sont usitées. Il suffit de jeter un coup d’œü sur les tableaux eomparatifs de cea climats insérés dans la première partie de ee volume , pour juger que leelimat de la France est beaucoup pins humide, que les pluies surtout y tombent en plus grandes masses à 1a fois, at que par conséquent l’altération des meules est beaucoup plus à craindre. A cette différence de climat entre l’Angleterre et les provincea du nord et du centre de la France, vient se joindre une
(lidérencede constitution dans la propriété : la concentration en un très petit nombre de mains ne permet pas, en Angleterre, le vol des gerbes; en eiïet, celui qui n’est pas propriétaire du sol ne saurait justifier de la possession des gerbes, et le crime serait patent aux yeux de tous ; en France, celui qui déroberait des gerbes à son voisin pourrait le plus souvent les réunir aux siennes, et, à moinsde flagrant délit, la recherche serait presque impossible ; aussi le système des meules isolées, praticable en Angleterre, est absolument impraticable en France. Dans les départements du midi, où le foulage suit de si près la récolte, pondant toute la durée des aires, on place un homme de garde la nuit pour empêcher les vols ou les infidélités ; mais cetio méthode, possible pendant un mois d'été, devient impraticable dans les pays où le battage se fait Thiver.
La facilité du vol dans les pays de petite propriété suliit pour obliger à placer les gerbes dans une enceinte fermée; la question qui nous occupe est donc circonscrite, et nous n’avons plus qu'à décider si nous devons préférer une grange ou une cour des meules.
Le seul inconvénient des granges est la dépense capitale de leur établissement, qui est considérable; mais on aurait tort de^ s’en occuper exclusivement, car la dépense du mur d’enceinte de la cour des meules et le capital qui représente la façon annuelle des meules à l’anglaise (façon qui ne laisse pas que d’élre fort coûteuse) sont aussi une charge très onéreuse; réduite à ces termes, la question est résolue pour nous ; le peu de bénéfice qu’on trouve à substituer les meules aux granges, la dilVérence des climats, tout nous porte à conseiller l’emploi des granges, qui, du reste, sont plus facilement soustraites aux incendies et en général aux attentats contre les propriétés, dont la multiplication est alarmante ; seulement, dans beaucoup de cas, comme moyen terme, nous recommanderons de substituer aux granges des hangars couverts, qui, fermés à l’extérieur mais
ABCBITECTDRR RLRALF.,
ouverts sur une cour intérieure , présentent à la fois les avantages de l’aération et ceux de la sûreté.
Les propriétaires qui ne disposent pas d’un capital suHisant, et qui préfèrent s’imposer une dépense annuelle, établiront une cour des meules*, mais, pouréviterdespertesconsidérables, ils devront s’astreindre à construire leurs meules avec le plus grand soin, et à les couvrir en chaume.
Quel que soit le système adopté pour les granges, elles doivent être assez élevées pour permettre le passage des cbarretles chargées ; le sol doit être parfaitement sec, le bètiment doit être ouvert de manière à livrer passage aux charrettes de l’extérieur à l’intérieur, et réciproquement; les aires de battage peuvent occuper l’emplacement même du passage ou des passages, suivant l’étendue de la grange. En combinant ces données avec celles que nous avons déjà présentées sur la capacité occupée par les récoltes , le plan {/ig. 33) conviendrait à une grange destinée à renfermer les récoltes en céréales d’un domaine qui en recueille 300 hectolitres, en supposant les gerbes entassées sur une hauteur de 7 mètres.
Hg. 33.
SX. — Greniers à fourrages.
Les greniers à fourrage doivent contenir la provision de l’année pour la consommation des chevaux ; cette consommation est évaluée à 12'', 50 par tête de cheval et par jour; le mètre cube contenant à très peu près 1 00 kilogrammes de four-
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CONSTRUCTION DFS BATIMENTS.
rage, la capacité nécessaire par cheval et par jour est de 0'“,125, et pour l’année de 365X0,125=45 mètres cubes environ, en sorte que le nombre des chevaux étant exprimé par m, la capacité des greniers à fourrages devrait être exprimée par 45m.
Supposons 8 chevaux, comme dans l’exemple cité plus haut; la capacité de l’écurie serait, d’après la formule de l’article (3), de 312 mètres, la capacité des greniers à fourrages est exprimée par 45 X 8 =360 mètres cubes, et la hauteur de l’écurie étant de 4 mètres , la hauteur réduite du grenier à fourrages superposé doit être de 4“,60.
La consommation des bœufs est à très peu de chose près égale à celle des chevaux ; quand ils sont nourris entièrement à l'étable, la capacité des greniers à fourrages, n étant le nombre des bœufs ou vaches, doit être de 45n. Si les bœufs sont en pâturage la moitié de l’année , la capacité des greniers se réduit à 23n.
La consommation des moutons à la bergerie est de l'‘,40 par individu et par jour en moyenne, d'après les expériences de M. Mathieu de Dombasle, eu supposant la moitié du troupeau à la ration d’entretien, et l’autre moitié à la ration d’entretien augmentée de celle de production. Si donc les moutons étaient entièrement nourris à la bergerie, b étant le nombre des tètes du troupeau, la consommation serait 51 1*" X ^7 ^1 capacité des greniers devrait être en mètres cubes de 5“,tlXé; si, comme il arrive le plus souvent, les troupeaux sont aux pâturages pendant 6 mois de l’année, la capacité se réduit à 2,05X^> et cette quantité varierait en plus ou en moins, suivant le mode de nourriture des troupeaux adopté dans le pays où l’on se propose de construire.
Ces quantités doivent aussi varier en raison de l’espèce et de la taille des animaux ; les expériences savantes de M. de Dombaslo ont prouvé que la nourriture était proportionnelle au poids des individus, et qu’elle devait varier de prés d’un quart II. . 31
ARCflrrivCTirRE rürale.
eirmoins ou en plus des moyennes que nous avons présentées pour les bœufs et pour les moutons, suivant qu'on leur donnait la ration d’entretien ou la ration d’engraissement.
Ces capacités peuvent varier aussi en raison du mode de nourriture. Si une partie notable de l’alimentation est faite en racines, on doit déduire de la capacité des greniers celle qui serait occupée par les fourrages équivalents aux racines consommées ; car les racines et les pommes de terre doivent être conservées dans des caves, ou mieux encore dans des silos, quand le terrain le permet. Avec cette précaution, et en se guidant d’après les éléments que nous venons de donner, on ne peut manquer de trouver la solution du problème particulier de chaque exploitation. Quant aux greniers à paille, il n’est pas nécessaire de nous en occuper ici ; la paille nécessaire à la nourriture des bestiaux est bottelée dans quelques pays, dans d’autres elle est mêlée avec le foin sans bottelage, et au fur et à mesure de l’emploi ; son poids est compris dans la quantité de nourriture que nous avons assignée à chaque espèce; celle nécessaire à la litière reste en grange dans les pays où le battage s’etTectue en grange, se met en meules dans les pays ou le battage a lieu en plein air ; souvent même celle qui sert à la nourriture est laissée en meule et extraite au fur et à mesure des besoins ; alors la capacité des greniers peut être diminuée de celle nécessaire à contenir la quantité de paille employée à la nourriture. Enfin dans certaines contrées le foin lui-mëme est mis en meule et garanti des intempéries, soit par des roseaux, soit par un toit mobile; ainsi donc, avant que de déterminer si l'on fera des greniers, et surtout quelle capacité on leur assignera , il importe de peser chacun de ces points et d’en tenir un compte exact , pour ne pas se livrer à des constructions inutiles.
Les observations que nous avons présentées sur les granges s’appliquent en grande partie aux bâtiments destinés à la conservation des fourrages ; dans beaucoup de pays on les dispose
COMSTRIICTION DES BaTIMENTS.
en meules, et leur qualité n’en parait pas altérée ; mais il faut convenii^ue dans ces pays les pluies sont peu abondantes , et que les fourra{;es y ont une valeur beaucoup moins élevée que dans la plus grande partie de la France. Néanmoins en France même, pour certaines qualités inférieures qui, par le peu d’élévation de leur prix, ne sont pas exposées au même degré, il n’y a pas à hésiter à adopter le système des meules ; tels sont les triangles, les roseaux , les fourrages des prés marécageux en général ; mais les luzernes, les trèlles, les foins des prés de bonne qualité doivent être enfermés. Les greniers doivent être placés, autant que possible, pour les chevaux et les bœufs, audessus des écuries et des étables ; pour les moutons, la convenance des bâtiments doit être la seule règle, et on peut les placer indifléremment, au-dessus ou à côté, car dans aucun cas le fourrage ne peut leur être distribué du grenier.
5 XI. — Des bâtiments propres à l’éducation des vers à soie. ■»
En général, dans les pays où l’éducation des vers à soie se fait d’une manière générale, il n’y a pas de bâtiment spécial affecté à cet usage. Comme la vie des vers à soie s’écoule avant la rentrée des fourrages , les greniers peuvent être affectés à l’éducation ; les hangars, les appartements mêmes de la ferme sont souvent employés à cet usage, et il est en effet, en principe, ^
de mauvaise économie d’avoir un bâtiment exclusivement affecté à un service qui ne doit durer que quelques semaines ; il vautmieux ou profiter du vide des greniers, ou s’imposer h leur défaut une gène momentanée , d’autant mieux que, pendant ioutc la durée de l’éducation, les habitants de la ferme sont sur pied nuit et jour. Néanmoins il est des exploitations agricoles dans lesquelles l’éducation des vers à soie joue un rôle tellement exclusif, que les bâtiments nécessaires aux autres services de la ferme seraient tout-à-fait insuffisants; il faut alors
ARCHITECTURE RURALE
lui alfectcr des bâtiments spéciaux , et c’est ici le cas d'examiner leurs dimensions, suivant les meilleurs procédés,-* d’autant mieux que ces considérations jetteront du jour sur les modifications qu’on pourra faire éprouver aux greniers et aux hangars, dans les pays séricicoles, pour qu’ils pu’isentservircommodémentà cet usage supplémentaire, et déterminer, dans certains cas particuliers, soit à en augmenter les dimensions, soit à y introduire certaines dispositions qui mettront ces pièces au niveau de celles qui sont construites spécialement pour cet usage.
Dandolo affecte 52 mètres par 30 grammes de graine de vers, et pour une éducation de 600 grammes; 62 mètres par 30 grammes et pour une éducation de 150 grammes. Nous adopterons ce dernier chiffre dont l’application se rapproche beaucoup plus delapratique, d’autant mieux que si la quanlilèdevcrsàélever dépasse celle qui provient de 150 grammes de graines, il convient en général de séparer les chambrées. Quant è la feuille du mûrier, comme elle doit être tenue au rez-de-chaussée et au frais, on doit choisir dans les pièces de la ferme une salle à l’exposition du nord, contiguë à la magnanerie, ou du moins le plus près possible, et dont la surface, d’après Dandolo, doit être de 6 mètres carrés par 30 grammes.
Dans le système de M. Darcet, il faut une«hambre à air chaud, une chambre à air froid, et un comble pour l’établissement du ventilateur, que ce ventilateur soit un fourneau d’appel ou un tarare; nous avons de fortes raisons pour penser qu’on doit renoncer à la chambre d’air froid en tant que réfrigérant; en effet, dans une ventilation puissante comme celle que se propose M. Darcet, le renouvellement d’air est trop prompt pour qu’une capacité ordinaire puisse sudire au refroidissement de l’air extérieur, et l’on ne doit jamais compter que sur la température de l’air extérieur près du sol et au nord ; la chambre d’air froid doit ilonc consister uniquement en la capa-
CONSTRCCTION UES BATIMENTS.
cité nécessaire pour faire communiquer commodément les gaines avec l’air extérieur au nord et prés du sol ; nous évaluons cette capacité à 10 mètres par 30 grammes. La capacité de la chambre d’air chaud, qui doit être séparée de l’atelier, est réglée par la commodité du service du foyer et de la transmission dans les gaines, et peut être fixée à 20 mètres cubes par 30 grammes pour les chambres de 1 20 grammes et au-dessus ; pourdes chambres moins considérables, il vaut mieux s’abstenir de ces dispositions coûteuses et gênantes dans l’aménagement d’un corps de ferme. Le ventilateur doit être placé dans les combles, ce qui exige que la magnanerie soit séparée des combles par un plancher, ce qui fait perdre, dans le cas où l’on veut faire servir les bâtiments à deux usages, une capacité importante, environ 15 mètres cubes par 30 grammes de graines. Enfin, dans le cas où le ventilateur doit être mis en jeu pas un manège, on doit y joindre la place nécessaire à cet établissement.
En général, le nombre des grammes de graine étant exprimé par les capacités nécessaires à l’éducation sont, dans le système Darcet,
Au rcz-dc-cliaussée 1)<> ff.
Au 1®"' étage 2,0
Dans les combles 0,5
Total ÎM
Dans le système Dandolo, ces capacités sont :
Au rez-de-chaussée 0,7 g.
Au 1®>‘ étage 2,0
Total 2,7
§X11. — Celliers, cuves vinaires.
La culture de la vigne est trop répandue en France pour qu’il nous soit permis de passer sous silence, malgré sa spécialité, la connaissance des capacités nécessaires à la prépara-
ABCUIIECTURE RURALE.
tion et ù la conservation du vin. Nous nous bornerons à quelques indications générales, renvoyant pour les détails aux excellents traités de MM. Duhrunfaut et Chaptal.
Supposons des barriques de de grand diamètre exté-
rieur, et de t°‘,30 de longueur, contenant 7ô0 litres de liquide; chaque barrique occupera une surface de 1“ '' ,43; de plus, chaque rang de deux barriques devra être séparé par un intervalle de 1 ”,40 pour la manœuvre des barriques vides et le service de la cave, ce qui augmente cette surface de 0"' '• ,77, en sorte que la surface occupée par 7.’i0 litres sera de 2"' '> ,20, ou par hectolitre de 0'" ,3'‘’ environ. Alors, la récolte étant évaluée à h hectolitres de vin, la surface de cave nécessaire serait 0,3 X D'une manière plus générale, d étant le grand diamètre extérieur des futailles en usage , et l leur longueur, la capacité nécessaire est exprimée, en mètres cubes, par
et la surface horizontale qu’elles occupent, par d (11-1-0,05)
en sorte que la surface occupée par chaque hectolitre de vin sera exprimée par
■n étant le rapport de la circonférence au diamètre égal, comme chacun sait, à 3,1415926.
Au seul aspect de cette expression, il est évident que le diamètre dos futailles augmentant, la surface occupée par hectolitre doit diminuer, puisqu’elle contient le carré du diamètre en dénominateur; ainsi, en prenant pour exemple d = 2 mètres l = 2*°, 50, l’expression nous donne pour la surface occupée par chaque hectolitre, 0”,14; ainsi, en substituant à
CONSTRUCTION DKS BATIMENTS.
des barriques de 750 litres des foudres de 5,670 litres, on diminue de moitié la surface occupée par la récolte. Faisant d = 3'", 50 et f = 4™, 50, nous avons, pour la surface occupée par hectolitre, 0“,07; elle est réduite à 1/4, et la capacité des foudres est de 320 hectolitres à très peu près. Du reste, la surface est encore diminuée par cette considération que, les foudres une fois montés étant immobiles sur leur chantier, il n’est pas nécessaire, comme pour les petites pièces, de réserver un passage proportionné à leur grandeur. Quel que soit, du reste, le mode auquel on s’arrête et dont l’appréciation sortirait (le notre sujet, la surface de cave à affecter aux vins en futaille est réglée par la formule, et la valeur donnée par la formule devrait être réduite à moitié ou au tiers, si la force des barriques permettait de tes placer sur une hauteur de deux ou trois rangs. Quant à la hauteur du cellier, elle est réglée à 4 mètres sous clef, quand il doit contenir des barriques ordinaires ; elle est déterminée par la plus grande diagonale d’un foudre quand il s’agit de grands foudres qu’on est obligé de monter sur |)lace. En général , h étant le nombre des hectolitres, la capacité de la cave sera donc exprimée par
Quant à la place occupée par les cuves vinaires, elle est facile à déterminer : h étant le nombre d’hectolitres, la cuve doit représenter en vide O^ ' ^lb X c’est-à-dire une moitié en sus pour la fermentation et le marc; elle doit de plus être surmonté d’une hauteur de 3 mètres pour le foulage et le pressoir; en sorte que si la cuve avait 4 mètres de profondeur, |a capacité affectée à son établissement devrait être, tout compris, de 0m,27X/*- f^ons les cas, très rares selon nous, où il sera à propos de renfermer le vin dans des foudres en pierre, la capacité qu’il occupera sera régl.ée par la quantité d’hectoli-
ARCHITECTCRE RURALE.
1res, en tenant compte d’un passage de 2 mètres pour le service, d’une hauteur de 1“,.50 au-dessus des foudres en pierre , et do l’épaisseur des parois.
§ XIII. — Trous à fumier.
La quantité de fumier produite par une ferme est égale en poids au double de la consommation en fourrage et en litière; la consommation en fourrage est égale à celle en litière, et les deux consommations font ensemble 25 kilogrammes par tète de cheval ou de boeuf ; la quantité de fumier produite est donc par cheval ou bœuf, et par jour, de 50 kilogrammes; pour l’année, quand les chevaux et les bœufs sont supposés toujours à l’écurie, elle est de 18,250 kilogrammes. Mais cette supposition n’est jamais conforme aux faits; en général, on doit compter pour les chevaux seulement sur les 2/3 de cette quantité, et pour les bœufs et vaches, sur une proportion déterminée d’après la durée du pacage, et des travaux qui les tiennent hors de l’étable; si le pacage est de 6 mois, on doit compter seulement la moitié de cette quantité par tète de gros bétail ; en sorte que la quantité de fumier, c étant le nombre des chevaux et b celui des bœufs, serait exprimée par
La quantité de fumier produite par les brebis ou moutons, d’après les mêmes principes et en les supposant hors do la bergerie pendant la moitié de l’année, est de 1,022 X*”> désignant le nombre des moutons. Le mètre cube de fumier pesant 800 kilogrammes, la quantité de mètres cubes de fumier produite par la ferme est exprimée par
8ÔÔ
ou à très peu près, par
15,20 X C I lf,iO X b -h 1,30 X »«•
CONSTRCCTION DES BATIMENTS. 4S9
D’après les excellents principes posés par Schwerz pour la confection des fumiers, et en supposant qu’on les dispose sur deux plans légèrement inclinés, séparés par une fosse où se rendent les eaux du fumier, et isolés des eaux adventices , on no peut pas mettre le fumier sur plus de 1“,50 d’élévation moyenne, et la surface occupée en mètres carrés est exprimée à très peu prés par
Pour donner une idée de la surface nécessaire à cette opération, la plus importante sans contredit de toutes celles de la ferme, prenons un exemple; supposons une ferme exploitée par 6 bêtes de somme, ayant 8 vaches, et un troupeau de 100 bètcs à laine; la surface nécessaire à la confection et à l’entretien du fumier sera exprimée par 208°>,40, et sera obtenue par la méthode de Schwerz au moyen de 2 aires carrées de 10 mètres de côté chacune, séparées par un fossé de 0“,50. Si les fumiers, ainsi qu’il arrive dans beaucoup d’exploitations, sont enlevés à deux époques distantes l’une de l’autre de sept mois, la surface nécessaire se réduit à 121™, 60, et s’obtient par deux • aires carrées de 8 mètres de côté chacune.
On comprend, sur ce simple aperçu, que, dans certains cas, il puisse convenir de placer le fumier dans la cour, si sa grandeur est proportionnée aux dimensions calculées de l’aire à fumier, et que le plus souvent il est plus à propos de laisser à la cour les dimensions qu’elle doit avoir pour les autres services, et de placer l’atelier du fumier en dehors et parallèlement aux étables dont les eaux doivent être conduites par des rigoles dans la fosse de séparation où se trouve la pompe destinée à arroser le fumier.
Cette disposition, qui est indispensable dans de grandes exploitations, est bien préférable à l’usage dégoûtant et ruineux de placer le fumier dans un trou, au milieu de la cour, de l’entasser sur des hauteurs prodigieuses, et de laisser les eaux qui
ARCHITECTURE RURALE
/lOO
suintent en souiller toutes les approches, gâter l’eau des abreuvoirs, et enlretenir dans la cour, au grand détriment de la qualité du fuinier lui-mèniu, une saleté repoussante.
On peut encore disposer les latrines de la ferme sur la fosse qui sépare Taire à fumier en deux parties.
§XIV. — Abreuvoirs.
Rien de si varié que la forme et la disposition des abreuvoirs; en général, leur périmètre doit être suffisant pour permettre à tous les animaux de la ferme l’approche de la même étable.
Les moutons doivent boire à la bergerie même , dans des abreuvoirs portatifs en sapin reposant sur des chevalets.
Dans l’exemple que nous venons de citer, les abreuvoirs doivent être suffisants pour placer 8 bœufs, c’est-à-dire présenter au moins 8 mètres de périmètre libre.
Quant à la pureté de l’eau, qui est très importante, on y pourvoira facilement si Ton dispose d’eaux perennes peu profondes, et encore mieux si Ton a des eaux courantes. Lorsqu’on est privé de cet avantage, on y supplée au moyen d’une grande citerne appelée mare, et qui, pavée d’un côté, sur un plan faiblement incliné, reçoit les eaux de pluie qui tombent directement sur elle, et celles qui, tombant sur la surface des toits, y sont amenées par des conduits ; la largeur de la rampe d’accession doit être égale au développement que nous avons -fixé pour les abreuvoirs , c’est-à-dire à 8 mètres dans le cas présenté plus haut, à moins qu’il ne s’agisse d’une exploitation tout-à-fait spéciale et qui nécessite alors des dispositions particulières.
Xous conseillons de ne disposer la mare que d’un seul côté en plan incliné, et de garantir par un garde-corps les trois autres faces verticales ; sans cette précaution, on augmenterait
COSSTRrCTION I)K8 BATIME.NTS. 491
trop la surface évaporatoire, et la pureté de l’eau pourrait être altérée d’une manière fâcheuse pour la santé des animaux; nous n’avons pas besoin d’ajouter que la propreté la plus scrupuleuse doit présider k l’entretien de la mare, qui sera écartée le plus possible des fumiers, et purgée très fréquemment de tous les corps que le vent ou les accidents pourraient y amener.
Ouant à nous, nous préférons k la mare une citerne couverte, telle que celle décrite à la page tome de la Maison rustique du XIX ^ siècle ; on évite ainsi toutes les impuretés , les inconvénients de la gelée, et l’eau peut facilement être distribuée, au moyen d’une pompe, dans les abreuvoirs supérieurs, au fur et à mesure des besoins. La capacité de la citerne, si l’eau peut se renouveler tous les deux mois, p étant le nombre des personnes adultes, c le nombre des chevaux, b celui des bœufs, m celui des moutons, v celui des porcs, est exprimée, en mètres cubes, par
0,61 yp+3Xc-f26-f 0,12 X m -f 0,20 X v
Supposons 8 personnes, 5 chevaux, 8 bœufs, 100 moutons, et 10 porcs; la capacité de la citerne, d’après l’article que nous citons, doit être de 49 métrés cubes, et, en supposant que l’eau soit sur une profondeur de 4 mètres, la longueur de la citerne doit être de 4 mètres et sa largeur de 3 mètres. 800 métrés carrés de toiture, c’est-à-dire un bâtiment qui aurait lOO mètres de développement sur 8 mètres de largeur, sullira à l’alimentation complète de la citerne ; mais il n’est pas permis, en général , de compter sur les eaux pluviales pour l’alimentation complète de la ferme ; l’article même que nous citons en est la meilleure preuve , puisqu’il conduit , pour une ferme de 60 à 60 hectares, à une surface de 2,000 mètres carrés de toiture, ce qui, nous ne craignons pas de l'aflirmer, représente une masse de bâtiments hors de proportion avec
ARCHITECTOBE RURALE.
l’importance de la ferme, quel que soit du reste le mode d’exploitation.
Les mares et les citernes exclusivement alimentées par les eaux pluviales doivent donc être considérées comme des auxiliaires utiles, mais elles ne sauraient suffire au service de la ferme ; il est de la plus haute importance de ne jamais se placer complètement hors de portée de l’eau potable; car il est telles années (et nous l’avons éprouvé dans l’été de 1840) où l’on serait réduit aux dernières extrémités.
Les bœufs à l’engrais et les porcs doivent être abreuvés à l’étable même, et à cet effet leurs stalles ou leurs loges doivent être garnies de petits abreuvoirs particuliers.
§ XV. — Greniers à blé.
Nous avons mentionné les greniers à blé en parlant de l’habitation du fermier; nous avons dit qu’il fallait les placer dans le corps même d’habitation et à l’exposition du nord. Leur disposition mérite une attention particulière qui nous force à revenir sur ce sujet. Le blé, étant très lourd, ne peut être placé qu’à couches très minces sur un plancher ordinaire ou sur une voûte en briques, car dans le premier cas il charge trop le plancher et l’expose à rompre, et dans le second il augmente la poussée par la charge et fait donner les murs de retombée, ün grenier à blé doit être placé sur des poutres armées ou sur une voûte pleine, et alors on peut sans crainte pousser la puissance des couches jusqu’à 1 mètre de hauteur. Les conditions de résistance remplies, il faut satisfaire à celles d’aération. La facilité qu’a le blé à se corrompre, soit par la fermentation, soit par la formation de champignons, soit par l’introduction des insectes, a fait inventer d’innombrables systèmes pour le conserver. Ces systèmes peuvent être rangés en deux classes principales : les silos et les greniers mobiles. Les silos sont
CONSTRUCTION DES BATIMENTS. 4î).'i
fondés sur ce principe , que l’égalité de tcmpéraluro et l’ai)sence complète de lumière suffisent pour prévenir toute fermentation et toute végétation ; et on atteint le but soit en enfouissant les grains à une certaine profondeur au-dessous du sol, soit en les scellant dans des caveaux voûtés et parfaitement rejointoyés.
Les greniers mobiles consistent quelquefois en trémies fixes avec soupape à la face inférieure ; cette soupape sert à vider les grains contenus dans la trémie, et chaque quantité que l’on tire imprime un mouvement général à la masse ; ce mouvement, qu’on peut du reste rendre plus fréquent et plus considérable en écoulant de temps en temps une partie des grains qu’on reverse dans la trémie par son ouverture supérieure , suffit pour empêcher la fermentation et la formation de ces champignons vénéneux qui altèrent d'une manière si fâcheuse la qualité des farines. On a aussi proposé que le mouvement fût dbnné à la masse du blé au moyen d’une ou de plusieurs vis d’Archimède, auxquelles un mouvement de rotation serait imprimé par un moteur quelconque ; tous ces procédés, qui peuvent avoir de grands avantages pour une manutention considérable, ne sont pas ordinairement applicables à une exploitation agricole, et l’on se contente, en général, de remuer les blés à la pelle dans les greniers, pendant l’intervalle qui sépare la récolte de la vente.
Il nous serait impossible d’entrer dans de plus grands détails sur les éléments des constructions rurales sans sortir des limites qui conviennent à un cours d'agriculture; il nous reste donc seulement à traiter de l’art de la construction en luimème ; c’est ce qui fera l’objet de la deuxième partie de ce travail.