CHAPITRE I
De* matériaux.
La première partie de la science des constructions est la connaissance des matériaux employés à les élever. Cette connaissance est sans contredit la plus essentielle de celles que les propriétaires sont obligés d’avoir en matière d’architecture rurale ; en effet, ils peuvent et doivent s’en remettre d’ordinaire, pour les procédés mêmes de construction, aux gens de l’art, et leur surveillance doit surtout s’exercer sur la qualité des agents de construction.
5 1®'. — Moellons ou pierres à bâtir.
La France est très riche en pierres à bâtir, et la construction des bâtiments en maçonnerie de moellons avec mortier est certainement celle qui est la plus usitée dans les bâtiments ruraux ; on doit donc apporter une grande attention au ehoix des pierres de construction -, on peut, dans beaucoup de départements, au même prix ou pour des différences de prix insignifiantes, se procurer de très bonne ou de très mauvaise pierre. Il est difficile de donner des règles générales à ce sujet-, l’aspect des bâtiments anciens existant dans le pays en apprendra plus que ce que nous pourrions dire ; néanmoins, comme les habi-
t)ES MATÉRIAtt.
tudes de plusieurs localités sont vicieuses, et comme on ne doit négliger aucun moyen de les changer, nous donnerons ici quelques indications sur les qualités qu’on doit rechercher dans une pierre à bâtir. Ces qualités se rapportent : 1° à la durée; 2* à la solidité ; 3" à la forme ; 4® à l’aspect.
1® La durée d’une pierre lient à ia propriété qu’elle a de n’être pas gélive , c’est-à-dire d’être insensible à l’action des météores, et, dans certains pays, des vents de mer qui imprègnent les murs de particules salines.
On a successivement proposé plusieurs moyens de reconnaître si une pierre est ou non gélive; le plus connu est celui qui consiste à la plonger dans une solution concentrée de sulfate de soude, et à voir comment elle résiste à la formation des cristaux après qu’on l’a retirée de la solution. Ce moyen n’a qu’une valeur relative; certainement il y a présomption défavorable pour une pierre qui ne résiste pas â cette épreuve, mais beaucoup de pierres en sortent victorieusement et se délitent cependant sous l’action continue des météores. Certains praticiens donnent pour garantie infaillible de la bonté d’une pierre l’aspect brillant ou cristallisé du lu cassure, et cependant nous avons vu des pierres à cassure brillante se décomposer rapidement, et des pierres qui ne présentent pas cet aspect subsister sans altération ; nous ne pouvons trop le répéter : l’expérience des constructions anciennes, l’examen des tranches de carrières restées longtemps sans exploitation, en apprendront beaucoup plus que toutes les règles, exactes pour les localités qui les ont fait nattre, mais fautives si on veut les appliquer à toute la France.
Il est cependant certaines qualités de pierre dont on peut dire avec certitude qu’elles ne sont pas gélives.
Dans celte catégorie se rangent en général les pierres calcaires à cassure vive, connues sous le nom de pierres froides, les grès compactes à pâte calcaire ou à pâte siliceuse, les gra-
ARCHITECTCRE RURALE.
nits durs, les basaltes, les pierres calcaires à cassure brillante et donnant à la cuisson de la cbaux grasse foisonnant bien, les travertins, les marbres.
On doit se méfier des pierres à cassure terne , exhalant sous le souille une odeur d’argile; des calcaires dolomitiques ; des calcaires qui fournissent une cbaux maigre ou une chaux hydraulique; des calcaires d’eau douce en général ; des grès tendres; des granits et des schystes friables.
Les pierres dites meulières et les calcaires grossiers dits coquilliers doivent être examinés avec soin, avant qu’on puisse en autoriser l’emploi.
2» La solidité de la construction tient à deux éléments : l®la résistance de la pierre à l’écrasement; 2“ son poids. Rondelet a fait des expériences relatives à la résistance des pierres à l’écrasement, qui prouvent que cette résistance peut varier, pour les matériaux en usage dans les constructions, de 1 à 23. Ainsi, prenant pour unité la résistance de la pierre dure de Conflans, employée à Paris, on trouve 23 pour la résistance du basalte d’Auvergne. On peut répéter ces expériences pour les diverses pierres à employer, en taillant un cube régulier de 0“,05 de côté, et le soumettant à une succession d’efforts déterminés au moyen d’une presse hydraulique. Il est rare néanmoins que, dans les constructions rurales, les moellons employés pèchent par défaut de résistance ; ce défaut serait d’ailleurs atténué, si l’on employait de bons mortiers hydrauliques qui suppléeraient par leur prise au manque de dureté de la pierre.
La pesanteur de la pierre est un élément important. Il est évident qu’à égalité de résistance les pierres les plus légères sont les meilleures , parce qu’elles chargent moins les murs ; une simple pesée suffit pour constater cette propriété ; d'après les épreuves déjà faites , la pesanteur spécifique des pierres à bâtir varie depuis 3,06 (basalte de Suède) jusques à 2,07 (pierre de Conflans).
DES MATÉRIADX.
C’est à la force de résistance et à la légèreté du travertin employé dans les édifices de Rome, que les constructeurs italiens ont dù de pouvoir élever ces monuments qui nous étonner par leur hardiesse et par leur masse ; c’est à la légèreté de la pierre dure de Conllans que les constructeurs français ont dù de pouvoir l’employer dans des édifices considérables de Paris, cette légèreté faisant compensation à son défaut de résistance. La solidité des édifices, toutes choses égales d’ailleurs, varie en raison inverse de la densité de la pierre, et proportionnellement à la résistance à récraseincnt ; la résistance è l’écrasement étant
Pour le travertin , do 3,30
Pour la pierre dure de Conllans, de . . . 1,00
et la densité
Pour le travertin, de 2,30
Pour la pierre de Conllans de 2,07
la solidité relative des constructions en travertin est à celle des constructions en pierre dure de Conllans :: 3,30 X 2,07 : 1 X 2,36 ou à très peu de chose près, :: 2,5 ; 1.
3® La forme de la pierre a aussi une grande importance. Plus le mortier est médiocre, plus cette importance s’accroît; ainsi, pour bâtir des murs à pierre sèche, il faut des pierres dont les lits de cassure soient plans et bien marqués , et dont le délit soit lui-mème susceptible de régularité. Il est impossible d’obtenir de la solidité dans ce genre de construction, avec des pierres sans lit déterminé et â cassure irrégulière ou conchoïde; mais si, au contraire, on veut établir une maçonnerie à mortier hydraulique , la forme de la pierre n’a plus d’influence sur la solidité, et n’est recherchée que pour la régularité et la beauté des parements, et la facilité de poser les enduits.
On voit que ce que nous appelons forme de la pierre est , pour les minéraux mélangés qui la constituent, un fait analo- II. 32
ARCHITECTURE RURALE
gue à celui de la cristallisation pour les corps d'une composition déterminée; en effet, de même que la cristallisation permet de séparer ces corps avec facilité suivant des plans déterminés, de même la disposition des particules dans les pierres à bâtir leur permet de se séparer sous l’action des différents agents dont on se sert pour les débiter, en blocs à faces plus ou moins planes, plus ou moins parallèles, et par conséquent plus ou moins propres à entrer dans les constructions.
4° L’aspect de la pierre est sans importance en matière de constructions rurales, d’autant plus qu’il est d’usage, en général, de la masquer par un enduit ou un blanchissage à la chaux souvent renouvelé ; nous n’insisterons donc pas sur cette qualité qui tient au grain et à la couleur, et qui n’est à rechercher que pour la pierre de taille employée dans les constructions do luxe ou d’agrément.
La dimension des moellons employés dans les constructions est importante ; elle est réglée à la fois par l’épaisseur des murs et par la limite du poids au delà duquel on ne pourrait plus les charger et les manier aisément. La queue moyennedesmoellons peut varier entre 0“,20 et et leur poids entre 10 et
30 kilog.; les pierres plus petites ne doivent servir que pour garnir l’intérieur de la maçonnerie. Nous parlerons de leur emploi quand nous traiterons do la construction proprement dite.
§ II. — Pierres de taille.
Bien que l’emploi des pierres de taille doive être nécessairement restreint, par des motifs d’économie, dans les constructions rurales, il est inévitable dans beaucoup de circonstances, et il est même quelques localités où leur usage exclusif est a\antageux, à cause do la facilité d’exploitation des carrières et du peu de main d’œuvre qu’on emploie pour les débiter. Nous ne devons donc pas les passer sous silence.
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