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Plusieurs des qualités de pierres exploitées comme moellons peuvent l’étre comme pierres de taille, et la différence ne gît que dans la dimension des blocs et la main-d'œuvre à laquelle on les soumet; on doit donc rechercher dans les pierres de taille les mêmes qualités que nous avons décrites pour les moellons ordinaires. Il y a pourtant une distinction importante à faire ; la pierre de taille devant être débitée suivant des formes parfaitement déterminées, les pierres dures, appelées en terme de l’art pierres froides, sont d’un emploi beaucoup plus dispendieux que les pierres tendres ; et, toutes les fois que ces dernières offriront une consistance sufGsante, on devra les préférer. Ainsi, en général, on ne doit employer pour la construction ' des portails, des voûtes, des encadrements et des angles des constructions rurales, que des pierres de taille susceptibles d’étre débitées à la scie ou au taillant.
Les exceptions ù cette règle sont très limitées et ne s’appliquent qu’à des cas particuliers où les exigences do l’exploitation demandent des arcs très surbaissés d’une grande portée, ayant peu d’épaisseur à la clef, et qui par conséquent nécessitent l’emploi de matériaux très résistants. Si la contrée n’offre que des pierres dures, il sera plus à propos, malgré les inconvénients de l’emploi du bois dans le corps des maçonneries, de substituer aux voûtes ou plates-bandes des pièces de charpente, ou même une maçonnerie soignée en moellons smillés avec des arcs noyés pour soulager les axes de vide et reporter les pressions sur les axes de plein. Enfin, la pierre de taille peut être remplacée , dans presque tous ses emplois, par la brique, quand il est facile de s’en procurer de bonne qualité dans le pays. Ainsi, à Bologne, à Ferrare, à Vicence, non-seulement les pilastres et les colonnes, mais encore les ornements les plus délicats d’architecture sont en briques revêtues d’un enduit général , et ces contructions réunissent à l’élégance de celles en pierre de taille une bien plus grande légèreté.
ARCBITECTimE RÜRALE.
J 111. — Briques.
La brique est une terre argileuse ou mélange de carbonate do chaux, de silice libre et d’argile ( silice et alumine ) , jetée au moule, séchée au soleil , et cuite au feu. Les qualités des briques sont très variables , d’après la nature de la terre employée et d’après le degré do cuisson. On sait que la silice, l’alumine et le carbonate de chaux sont séparément infusibles au feu ordinaire, et que ces substances mélangées dans de certaines proportions sont susceptibles d’entrer en fusion : on conçoit donc que les briques étant supposées cuites au même feu, la composition de la terre a la plus grande influence sur leur résistance, qui tient surtout au commencement de vitrification d’où il résulte une cohésion parfaite entre les particules. Il est certain qu’en faisant varier l’intensité du feu, propor- - tionnellement à la difficulté de fusion du mélange, on obtiendra des briques excellentes avec des terres de compositions très variées. C’est ainsi qu’on fait des briques réfractaires avec des terres argileuses , qui ne contiennent que des traces de carbonate de chaux; mais ces briques réfractaires ne peuvent être employées que pour la construction des foyers, des fourneaux, et pour des usages industriels. Il serait trop cher de les employer dans les constructions; d’ailleurs, quelle que soit l’intensité du feu auquel elles ont été soumises, elles présentent toujours une résistance médiocre à l’écrasement. Les terres qui présentent une grande ténacité, et qui contiennent de 20 à 50 p. 100 de leur poids en carbonate de chaux , sont en général propres à faire des briques. Nous avons montré, en parlant de la ténacité des terres, que cette propriété tenait essentiellement à la proportion d’argile qu’elles contiennent, et par conséquent à la faiblesse du lot n® 1 de décantation {voir 1. 1"). Ces terres se jettent au moule aisément, se cuisent à un feu ordinaire et
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fournissent les éléments de briques bonnes et économiques.
Nous avons cru à propos d’indiquer ainsi d’une manière générale les conditions d’une terre à brique , parce que souvent ces matériaux sont les seuls bons et économiques qu’on puisse se procurer; et, par une heureuse compensation, les contrées dépourvues de matériaux do construction présentent souvent en abondance des terres propres à faire les briques. Notre intention n’est pas de compléter ici les notions que nous avons données , par l’indication des procédés de fabrication ; cette fabrication est un art spécial dont la description n’entre pas dans notre cadre ; un propriétaire qui se trouvera dans les conditions dont nous venons do parler trouvera toujours do l’économie à faire venir un homme du métier, qui dirigera le moulage et la construction des fourneaux, et lui évitera les fausses manœuvres.
Rien n’est plus facile que de connaître la qualité des briques faites : elles doivent être homogènes à l’aspect, quelle que suit leur couleur. Quand on les frappe, elles doivent rendre un son clair ; ce dernier caractère, qui indique une cuisson complète, est sans contredit le plus important. La densité do la brique est très variable; la plus communément employée a pour densité 1,65 , et comme sa résistance à l’écrasement est au moins égale à celle de la pierre dure de Conflans , il s’ensuit que la solidité des constructions en briques est à celle des constructions en pierre de Conflans , toutes choses égales d’ailleurs , : : 2,07 : 1 ,65 ; mais cette proportion est bien augmentée pour les constructions en briques par leur forme régulière. La dimension des briques n’est pas indifférente , elle doit être telle qu’elle puisse être employée dans l’épaisseur du mur, en bonne liaison , sans être remaniée. Cette condition règle la longueur et la largeur; quant à l’épaisseur, dans l’intérêt d’une bonne cuisson , elle ne doit pas dépasser 5 centimètres ; un échantillon assez usité dans les départements du midi est celui qui
ARf.HITËCTUUE RCBALE.
a 0™,405 de longueur, 0“,27 de largeur et d’épais-
seur; mais, nous le répétons, c’est la dimension des murs qui doit régler l’échantillon.
§ IV. — Des mortiers.
La première condition d’une bonne maçonnerie est un bon mortier ; il est même telle qualité de mortier avec laquelle des pierres d’une nature lout-à-fait inférieure peuvent faire d’excellente maçonnerie. Par une sorte d’inversion, le mortier joue le riMe de la pierre, et réciproquement ; les qualités des mortiers tenant principalement à la chaux employée , nous allons d’abord parler de la chaux.
Les chaux se classent, sous le rapport des constructions, en quatre qualités principales : les chaux éminemment hydrauliques , les chaux moyennement hydrauliques , les chaux maigres, et les chaux grasses.
Les chaux éminemment hydrauliques sont presque exclusivement composées de carbonate de chaux, de silice et d’alumine; elles peuvent admettre de 4 à5 p. 100 de substances étrangères, soit sulfate de carbonate de magnésie, soit peroxyde de fer ou carbonate de protoxyde de fer, soit sulfate de chaux ; mais une plus forte proportion de ces substances , et surtout des sels magnésiens , altèrent leur qualité et les rapprochent de la catégorie des chaux maigres, qui foisonnent peu et ne font pas prise, ou ne font prise que pendant un temps plus ou moins long, et sont soumises ensuite à une décomposition ou désagrégation lente.
Pour qu’une chaux soit éminemment hydraulique, elle doit contenir de 75 à 85 p. 100, de carbonate de chaux , et de 22 à 14 p. 100 de silice et alumine; une analyse très simple permet de séparer la chaux et la magnésie de la silice et do l’alumine, et d’apprécier l’énergie do la chaux. La durée et la
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solidité du mortier tenant essentiellement à la formation d’un silicate de chaux , et ce silicate n’étant remplacé que très imparfaitement par les aluminates , il serait fâcheux que la proportion de silice fût trop faible dans la composition de la chaux; mais , sauf de bien rares exceptions , le rapport de la silice à l’alumine est compris dans des limites telles qu’on peut , presqu’avec certitude, lorsque le résidu obtenu par la séparation de la silice et' de l’alumine dépasse 14 p. 100 du poids de la chaux analysée , affirmer que la chaux est éminemment hydraulique.
Les chaux éminemment hydrauliques se trouvent le plus souvent dans les calcaires tertiaires; et si l’on en rencontre dans les couches oolitiques , ce n’est que dans les rares rognons disséminés dans les bancs d’argile intermédiaires entre les couches de calcaire.
La cuisson de la chaux hydranliiiuii demande beaucoup de feu , et un feu bien conduit et soutenu ; bile doit être mise au four en très petits morceaux, et aussi égaux que possible ; autrement on s’exposerait à avoir un fort déchet; enfin il faut éviter avec le plus grand soin les coups de feu, à cause de la facilité qu’a cette chaux à se friter, les mélanges de chaux de silice et d’alumine, dans cette proportion, étant très exposés à cet inconvénient. Tous ces soins élèvent le prix de la chaux éminemment hydraulique fort au-dessus de celui des autres chaux; néanmoins la différence ne peut entrer en ligne de compte avec les avantages énormes qu’offre son emploi, la solidité et l’économie d’entretien qui en résultent. Toutes les fois que les transports ne dépassent pas d’une quantité notable ceux qu’occasionne la chaux grasse, quand il s’agit de fondations en béton , de travaux à l’eau , etc. , on ne doit jamais hésiter à employer la chaux éminemment hydraulique , et à son défaut l’énergie de la chaux doit être augmentée par l’emploi des pouzzolanes naturelles ou artificielles, dont nous parlerons plus bas.
ARCHITECTURE RURALE
Les chaux moyennement hydrauliques se trouvent presque partout; nous appelons ainsi celles qui contiennent de 8 à 12 p. 100desilicectaluminc,etdans lesquelles les sulfates ou carbonates magnésiens n’entrent que pour une très faible proportion. Ces chaux, insuffisantes pour les maçonneries dans l’eau, sont excellentes pour les maçonneries hors de terre, etbien préférables, sous tous les rapports, aux chaux grasses. 11 est rare, du reste, que leur prix soit de beaucoup plus élevé, et le propriétaire qui se propose de bâtir doit, pour premiérecondition, et à moins d’impossibilité absolue, prescrire leur emploi à l’exclusion des chaux grasses. On les rencontre dans les calcaires jurassiques proprement dits, dans les calcaires' oolitiques et dans les calcaires tertiaires, quoique plus fréquemment dans les deux derniers.
La chaux maigre , appelée ainsi parce qu’elle foisonne très peu â l’extinction, contient en général, au lieu de silice et d’alumine, des carbonates de magnésie, des sulfates de chaux et de magnésie ; le plus souvent ces chaux peuvent être comprises sous lenomdechauxdolomitiques; on ne doit se fier en aucune manière à l’apparence pour les reconnaître , car souvent elles font prise d’une manière admirable , et leur défectuosité ne se reconnaît qu'à la longue; mais l’analyse chimique, et une analyse à la portée de tout homme ayant des notions de chimie, fera reconnaître sur-le-champ l’absence des éléments essentiels d’une chaux hydraulique , et la présence de la magnésie en fortes proportions. Ces chaux , bien plus dangereuses que les chaux grasses, justement par la confiance qu’elles inspirent au premier abord, doivent être absolument proscrites, à moins que les proportions des substances que nous venons de désigner ne soient assez faibles pour qu’on puisse masquer leur mauvais effet par l’addition des pouzzolanes.
La chaux grasse est très répandue. Il est plusieurs localités où l’on ne pourrait, sans une grande augmentation de dépense,
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s'cn procurer d'autre; il faut donc savoir l’employer, et, avec certaines précautions, elle peut suppléer aux autres chaux; elle sc reconnaît au foisonnement: toute chaux qui augmente considérablement de volume à l’extinction ne peut être rangée ni dans les chaux maigres , ni dans les chaux hydrauliques ; nous allons exposer son emploi en parlant des mortiers.
Les mortiers ordinaires doivent être composés de proportions de chaux et de sable variables suivant leur composition. Ainsi , prenant pour point de départ le mélange reconnu convenable , d’une partie en volume de chaux grasse éteinte , et de deux parties do sable , voici les mélanges que réclament les différentes natures de chaux , d’après leur composition :
DÉSIGNATION DES UORTIEUS.