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CHAPITRE IL

De la coantructlon»

§ I®'". — Des fondations.

Le bon établissement des fondations est le point le plus important de la construction; il faut qu'une fondation soit: 1® incompressible; 2® composée de matériaux résistants; 3° établie de manière à mettre les murs à l’abri de l’humidité.

Quand le sol lui-méme, sur lequel on se propose d’établir une construction, est incompressible, il suffit de le déraser suivant des plans parfaitement horizontaux , pour égaliser les pressions et éviter les glissements, et d’établir les maçonneries sur le sol dérasé. Quand le sous-sol incompressible est surmonté d’une couche compressible, il faut, autant que possible, poùsscr

ARCllITECTLRE RURALE.

les déblais jusqu’au sol incompressible , le dérascr comme nous l’avons dit plus haut , et faire reposer les constructions sur ce sous-sol.

Ces opérations donnent lieu quelquefois à d’assez grandes dilTicuItés et à d’assez grandes dépenses ; néanmoins ces difficultés et ces dépenses sont inévitables et no dépassent jamais, du reste, une certaine limite, quand le sous-sol incompressible n’est pas très profond ; si ce sous - sol était à une trop grande profondeur , le cas se rapporterait à celui des fondations dans un terrain compressible, dont nous parlerons plus bas.

Toutes les fois que, dans les fouilles pour fondations, on ne trouve pas d’eau, ces fouilles sont faciles*, seulement, à moins que le terrain ne soit d’une solidité reconnue, on doit étançonner la fouille avec soin, dès que sa hauteur dépasse 1“,40 ; cet étançonnemcnt consiste en planches appliquées contre les parois, et assujetties par des pièces horizontales qui portent d’une paroi à l’autre ; quelquefois, lorsque le terrain a une grande poussée, il ne faut pas faire porter directement les étrésillons sur les planches, mais bien sur des traverses verticales qui s’appuient sur les planches. Si l’on rencontre de l’eau, il faut s’en débarrasser pour continuer les fouilles ; le moyen le plus simple consiste ordinairement à faire communiquer, au moyen d’une rigole, le fond des fouilles avec un niveau inférieur; à défaut de ce moyen, on peut faire écouler les eaux , soit au moj en d’un simple baquetage, soit au moyen d’un chapelet mis en jeu par un manège, soit enfin au moyen des vis d’Archimède; mais ce dernier moyen suppose une quantité d’eau considérable, et est si coûteux qu’on n’a jamais lieu de l’appliquer dans les constructions rurales.

Quand la quantité d’eau est considérable, on a souvent do l’économie à mettre les constructions en communication avec le sol incompressible , par l’intermédiaire de pieux bruts, battus avec une petite sonnette ou à la masse. Si les pieux de-

Diÿiii^Hd by Coogie

DB LA CONSTRÜCTIOI».

valent dépasser une certaine longueur, le moyen deviendrait trop dispendieux , et alors il conviendrait d’appliquer les moyens économiques pour établir des fondations sur terrain compressible. Les moyens économiques à employer pour corriger la compressibilité du terrain sont très variés ; le plus sûr consiste à battre des pilots à refus, et à établir la fondation sur une plate-forme reposant sur les pilots ; mais ce moyen n’est guère applicable quand il s’agit de constructions rurales. On peut suppléer à ces pilotages coûteux par ce qu’on appelle une fondation à pieux perdus, dans laquelle des bois sans sujétion, appointés et durcis au feu, sont simplement enfoncés à la masse , les intervalles garnis de pierres chassées au maillet, et les fondations établies sur une première couche de libages reposant sur le bois et posés à sec.

Une autre méthode consiste à creuser la fondation, à remplir de sable sur une hauteur de 0'",8U ù 1 mètre , à mouiller le sable pour lui faire prendre tout son tassement et à bâtir dessus. L’eiïet de ce procédé est dû à la communication latérale des pressions que transmet le sable ; il résulte de cette transmission que le développement des parois de la fouille s’ajoute au fonds , pour augmenter l’empâtement. On peut prendre l’empâtement directement , en donnant aux fondations un grand excès de largeur sur l’aplomb des murs; dans ce cas, pour être sûr de l’égale répartition des pressions sur toute la surface de l’empâtement, il est à propos de substituer à la maçonnerie ordinaire, ou mènre â pierre sèche, employée souvent dans les fondations , une bonne maçonnerie hydraulique bien garnie, et mieux encore un béton dont toutes les parties sont hoqiogénes et solidaires.

Il résulte de l'examen auquel nous venons de noos livrer, que la solidité des fondations s'obtient exclusivement par deux procédés, la solidiHcation du terrain ou l’empâtement; si le terrain est naturellement incompressible, l’établissement se

520 ARCHITECTURE RURALE

fait directement à une petite profondeur et sans difficulté ; si le terrain incompressible est couvert d’une couche compressible de peu de puissance , on arrive par une fouille à la couche incompressible, et le cas est ramené au précédent ; si on rencontre de l'eau, on l’écarte de la fouille par une rigole, par un baquetage, ou même par un chapelet mis en jeu par un manège. Si ces moyens d’épuisement sont insuffisants, on met, par des pieux, le niveau de la fondation en communication avec la couche incompressible ; si ces pieux doivent dépasser une longueur de 2 mètres, on supplée à la compressibilité du terrain, ou par des pieux perdus, garnis d'éclats de pierres, ou par un excès de largeur donné à la fondation, ou par une couche de sable siliceux mouillé , de O"*, 80 à 1 mètre d’épaisseur.

Dans certains cas, on pourra être forcé d’établir les fondations dans l’eau ; alors il convient souvent de couler entre des planches un massif de béton hydraulique, jusqu’à une hauteur de 0"',30 au-dessous du niveau des basses eaux d’été , et à bâtir sur le massif comme sur un rocher artificiel ; il va sans dire qu’on s’est assuré do la solidité et de l’horizontalité du fonds avant de couler le béton. Dans le cas où ces deux conditions ne seraient pas remplies, on devrait , avant tout, procurer l’horizontalité par des draguages ou des mines au besoin , et suppléer à la solidité qui manque par un pilotage ou par un excès de largeur dans les fondations; le système bien simple de pilotis, espacés d’un mètre, battus avec la petite sonnette à tiraudes et empâtés dans le béton, réussit d’ordinaire parfaitement.

Enfin, il est certaines circonstances où l’emploi d^ platesiormes, de caissons, etc. , est indispensable; mais ces procédés rentrent dans l’art de l’ingénieur et ne sont pas applicables aux constructions rurales; les propriétaires qui se trouveraient, par extraordinaire, dans le cas de les employer, devront

DE LA COMSTRDCTION.

recourir aux Traités de Belidor et de Gauthey sur la matière , ou mieux encore faire appeler un ingénieur qui les fixera sur les procédés à employer.

S II. — De l’élablissement dos maçonneries.

La meilleure saison pour établir les maçonneries est le printemps ; en été la grande chaleur opère trop promptement le dessèchement des parties faites, et empêche leur liaison avec celles qu’on superpose; en automne les maçonneries sèchent difficilement , sont atteintes par la gelée quand elles sont encore chargées d'humidité, et il en résulte la décomposition du mortier ; en hiver ces inconvénients sont immédiats. Si la durée du printemps n’est pas suffisante, on peut continuer les constructions pendant l’été, en ayant soin de tenir les couches successives bien arrosées ; mais, en général , hors des mois de mars, avril , mai et juin , on ne doit pas faire d’ouvrages en maçonnerie.

Il est d’usage de poser toujours une couche de maçonnerie en libages secs , ou pierres sèches , dans les fondations : cet usage est excellent ; il arrive souvent que les fondations, reposant sur un fonds peu perméable , coupent et interceptent des couches perméables, et les murs seraient exposés à une humidité très fâcheuse sans cette assise en pierres sèches , qui permet la filtration , par-dessous le mur, de l’eau des couches interceptées.

Cette première assise posée , on élève les fondations jusqu’au niveau du terrain en maçonnerie ordinaire, en ayant soin de mener les parements aussi soigneusement pour l’aplomb que s’ils étaient vus, de placer les pierres en bonne liaison, de garnir de mortier suffisamment, pour que chaque pierre, assurée au marteau, le fasse refouler; enfin, de ne laisser on aucun point le mortier sur de trop grandes épais-

ARCHITECTD8E BÜSALE.

>eurs, et do garnir les flaches avec des fragments do pierre ; enfin, les angles des fondations doivent être fortiPiés par des pierres de taille posées carreaux et boutisses, et, à défaut , par de forts moellons qui figurent cct appareil. Quelle (|uc soit l’épaisseur donnée aux murs, les fondations doivent excéder cette épaisseur de O^jlO.

On élève les murs avec les mémos précautions que les fondations, en rectifiant très fréquemment l’aplomb et le niveau des assises. Ou doit faire les ouvertures en même temps qu'on élève les murs; les ouvertures doivent être garnies en pierres de taille ou en briques, ou en moellons de choix, et il est bon, pour empêcher les pressions sur les plates-bandes , de les protéger par une voûte en arc de cercle, noyée dans l’épaisseur des maçonneries.

Quand on établit une ouverture de grande dimension, telle qu’un portail , ce qui ne se fait qu’au rez-de-chaussée, on doit, si le portail est en voûte , le placer é une distance des angles qui permette au mur de résister à la poussée ; le minimum de cette distance est le tiers de l’ouverture. Quand la disposition des constructions oblige à placer un portail à une distance moindre, on doit remplacer la voûte par une traverse en chêne.

Il convient, en général, do placer les planchers au fur et à mesure de l’élévation des murs, car il est plus facile alors de sceller les poutres, et la solidité des murs eux-mêmes est considérablement accrue par ce scellement ; on ne doit renoncer à cette règle que lorsqu’on n’a pas la certitude de pouvoir couvrir la construction dans la campagne. Il faut aussi, et par les mêmes raisons, placer la toiture en terminant les maçonneries.

Les épaisseurs des murs sufGsantes pour la solidité; si la maçonnerie est bien faite, c’est-à-dire si les aplombs sont bien conservés , si les matériaux sont bons, et si le mortier fait bien prise , sont les suivantes : une épaisseur de 0'“,40 pour

DE LA CONSTRUCTION

les murs en brique, de 0°*,35 pour des murs en pierre de taille, garantit sunisamment la solidité de toutes les constructions rurales. Des murs en bonne maçonnerie hydraulique, de ü'°,45 au rez-de-chaussée, et de 0^,35 au second étage, offrent aussi une résistance satisfaisante; mais la condition de la résistance n’est pas la seule qu'il convienne de remplir. Il importe que les murs soient assez épais pour ne pas se prêter brusquement aux variations de température, sans quoi les bâtiments deviendraient incommodes et malsains. Le minimum d’épaisseur pour remplir cette condition doit être de O”, 55 au rez-dechaussée, réduits à 0"*,45 au second étage, quand il y a deux étages. L'augmentation de façon qui en résulte est nulle, et la dépense ne consiste qu'en un supplément de matériaux très peu coûteux.

Les cheminées et fosses d’aisance doivent être menées de front avec la construction du reste do l'édifice; il est facile alors de conduire les tuyaux do manière à éviter la rencontre des pièces de charpente et la communication avec les parties voisines ou l’altération de ces parties. Les cheminées ou les tuyaux placés ou pratiqués après coup offrent toujours des fentes, des solutions de continuité ou des rencontres dont l’incommodité pèse éternellement sur l’édifice.

§ III. — De rétablissement des murs en pisé.

Les principes qui doivent guider dans l’établissement des maçonneries en pisé sont très importants, car, par l’observation de ces principes, on obtient de la très bonne maçonnerie, et, en les négligeant , on en fait de très mauvaise; et il est certainement à désirer qu’un procédé qui permet d’établir économiquement dans toute la France des maisons incombustibles, saines, chaudes en hiver, fraîches en été, soit bien connu et prenne de l’extension.

ABCUITECTURE RDEALE.

On établit d’abord en maçonnerie ordinaire les fondations et le socle, jusqu’à une hauteur de 0“*,75 au-dessus du terrain naturel ; cette précaution est indispensable, car le pisé exposé continuellement à l’humidité se détruirait; le socle construit, on place l’encaissement dans lequel doit être battu le pisé , et dont nous donnons {fig. 34) la coupe d’après Gointeraux, le meilleur guide dans ce genre de constructions.

J'Ig. 34.

A représente le mur, que nous supposerons de 0"’,50 d’épaisseur ; BB représente des pièces de bois dur, posées au travers du mur, dans des tranchées réservées ou pratiquées expressément pour cet objet; ces pièces, appelées clefs, sont espacées d’un mètre d’axe en axe; elles ont de longueur et0"’,9 d’équarrissage, et sont destinées à porter l’encaissement ; à cet effet , elles sont entaillées de deux mortaises ; ces mortaises reçoivent les tenons des pièces DD, qui portent le

Digilized by G( >■ >gU

I>K LA CONSTRUCTION

nom de poleaux, et qui doivent avoir à peu près de hauteur, et 0'",10 sur 0”‘,8 d’équarrissage. Les poteaux DD embrassent les planches CC du moule ; ces planches, qui doivent être assemblées à languettes et parfaitement blanchies au rabot, pour que la terre n’attache pas, sont renforcées en dehors par deux ou trois barres verticales clouées et rivées ; le

Fig* 35.

fig. 35 bù.

moule doit avoir 0"’,95 de hauteur; les planches, réduites au rabot, ont 0”’,3 d’épaisseur, et la longueur du moule doit être de 3”,30 environ. Le moule posé doit embrasser la maçonnerie i nférieure sur une hauteur de 0”, 8. Les poteaux DD sont serrés contre le moule et maintenus dans leurs assemblages par des coins HH; la distance du moule est maintenue dans la partie supérieure par une tige E, dont la longueur est calculée sur le fruit du mur, et qu’on appelle gros de mur. Enfin, les poteaux DD sont serrés en haut, au moyen d'une corde , dans laquelle on passe un béton.

Le mode d’encaissement étant ainsi bien déterminé, la forme de l’outil qui sert à piser ou massiver la terre est très importante. D’après Cointeraux, cet outil doit être fait en bois dur, et encore mieux en racine de bois dur ; le morceau doit être amené par l’équarrissage à un bloc régulier de O", 27 de longueur (^g. 35), de 0"’,16 de largeur, et de O™, 13 d’épaisseur {fig. 35 his). On trace un ovoïde, ainsi qu’il est

o.iS

figuré à la fig. 35, sur chacune des deux faces; on délarde le bois en suivant une génératrice rectiligne qui se meut horizontalement sur les deux ovoïdes parallèles , et forme ainsi une sur-

face cylindrique droite; cela fait, on abat et on arrondit les

â26 AHCHITBCTCRB BITRALB.

angles, et on emmanche avec un bâton de KjOd de longueur,

de sorte que l’outil ait en tout 1*’,38.

Le moule étant en place, on rend sa largeur encore plus invariable au moyen de petits tirants en fer, communément appelée $ergmt». Si le moule arrive jusqu’à un angle, on le ferme au moyen d’une tète qui est faite en planche, et qui remplit exactement la section du moule.

Ces dispositions prises, on coule un peu de mortier dans le pourtour de l’encaissement , pour empêcher la terre de couler entre les joints; on met la terre dans le moule, sur 0'°,08 ou 0“,10 au plus d'épaisseur ; on place trois ouvriers par moule, en mettant le plus habile à l’angle, et ils massivent la terre jusqu’à ce que le coup de pisoir ne fasse plus d’impression ; on remet alors une nouvelle couche que l’on massive de la même manière. On pise droit du côté où il y a un angle, ou une porte, ou un ouvrage qui nécessite un appareil droit, et en retraite de un de base pour deux de hauteur, quand on est dans l'épaisseur du mur , et quand, par conséquent, la tête du moule est inutile.

Pour pouvoir facilement enlever les clefs , on les recouvre de pierres plates afin que la terre ne les presse pas dans les tranchées : le pisé étant battu jusqu’au haut du moule, on défait l’échafaudage , et on fait glisser le moule de manière à ce qu’il embrasse par son extrémité de 0'°,3 le haut du talus de la partie exécutée , et ainsi de suite; on termine l’assise en plaçant la tète du moule quand on arrive à une partie de l'édifice qui oblige à terminer le pan verticalement. Pour faire l’assise supérieure, on trace à la pioche la position des clefs, en les déterminant de manière à ce que les joints coupent ceux de l’assise inférieure , et la construction continue de la même manière jusqu’au haut de l’édibce.

Souvent, au lieu d’arriver jusqu’aux angles avec le pisé, on fait les angles en pierre de taille ou en pisé nKHrtiéré par as-

DE LA COxNSTRrCTIOX.

sises plus minces , et on monte ces angles en même temps qu’on élève le pisé ; on réserve de même, aux encadrements des portes et fenêtres et aux cheminées, l'espace suffisant pour établir ces encadrements et ces cheminées , en pierre de taille ou en briques ; le plus souvent on ne réserve pas les cheminées, mais on les établit après coup en briques, dans le corps même du pisé.

Nous avons voulu donner quelques détails sur une méthode de construction dont l’extension est à désirer et qu’il serait, sur beaucoup de points , avantageux de substituer aux constructions on bois, et très économique do substituer aux constructions en pierres.

Nous ne parlerons pas ici des constructions en bois ; outre qu’elles ne doivent pas être préconisées, elles tiennent plus particulièrement à l’art de la charpente, sur lequel nous allons donner des notions; du reste, nous avons indiqué plus haut les principes de ce genre de construction.

S IV. — De la charpente.

Nous avons exposé plus haut les règles générales qui doivent guider le propriétaire dans l’examen des bois de construction qu’il se propose d’employer. Nous allons parler de leur mise en œuvre : les principes qui doivent guider dans l’application des bois de charpente aux planchers et à la couverture des édifices sont de la plus grande simplicité ; et cependant, à l’aspect de la plupart des bâtiments ruraux , on les croirait complètement ignorés. Nous allons les rappeler et en tirer les conséquences.

La résistance à la flexion d’une pièce de charpente, supportée sur deux appuis, est inverse au carré de la longueur, et proportionnelle au produit de la largeur par le cul>e de la hauteuTj,

ARCHITECTIRF. Rl RAt.E.

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,La résistance à la rupture est pruportionnelle , dans ce ras , à la largeur multipliée par le carré de la hauteur, et inverse à la longueur.

Lorsque la pièce est encastrée solidement par les deux extrémités, la résistance à la rupture est double de ce qu’elle serait si la pièce reposait simplement sur des appuis ; mais nous devons observer que ce cas d’encastrement parfait est très rare dans la pratique, et qu’on ne doit pas compter sur une aug> mentation de résistance aussi forte.

Deux ou plusieurs pièces superposées ou liées de manière à pouvoir glisser dans le sens de leur longueur ont une résistance totale égale à la somme de leurs résistances partielles ; deux pièces invariablement liées par des assemblages et des boulons résistent comme une pièce unique : ainsi, 1 représentant la hauteur de chacune des pièces , dans le premier cas, la résistance à la rupture est proportionnelle à 2; dans le second cas, à 4, c’est-à-dire deux fois plus grande.

Quand une pièce est supportée en son milieu, les deux parties résistent séparément à la rupture, comme si chacune d’elles était encastrée à ce point intermédiaire. Toutes les fois que, par un assemblage invariable, on fixe un point d’une pièce, la pièce se trouve divisée, à partir de ce point, en deux parties qui se comportent comme si elles étaient encastrées à ce point ; leur résistance à la rupture est donc augmentée dans le rapport de la longueur de la pièce totale aux longueurs des pièces séparées.

Si l’assemblage se compose d’une liaison[invariable avec des pièces flexibles, comme cela arrive le plus communément, la résistance de ces pièces à la flexion vient s’ajouter à la résistance propre do la pièce assemblée ; on a fait une pièce armée.

Ces principes, examinés dans tous leurs détails, comporteraient des considérations d’une nature trop élevée et des modiiications qu’il ne convient pas de discuter ici , ce que nous

«B LA CONSTRL'CTION •

avons dit étant très suffisant pour ce que nous avons à exposer.

Les planchers ordinaires consistent en poutres grossièrement équarries, sur lesquelles on place des solives transversales ; sur ces solives on cloue des lattes ou liteaux qu’on joint avec du plâtre et qu’on recouvre d’un briquetage.

L’expérience a prouvé que des poutres en sapin de 0'*,25 d’équanissage, encastrées dans les murs par leurs extrémités, pouvaient supporter sans flexion sensible une portée de 7 métrés, en les espaçant de 2 en 2 mètres d’axe en axe, et c’est la méthode la plus communément employée. La résistance à la rupture de ces pièces est proportionnelle à

Supposons des pièces de Oa>,lô de largeur sur 0°*,30 de hauteur, espacées de 1",70; la résistance à la rupture de ces pièces est proportionnelle à

Ainsi la seconde combinaison est la plus avantageuse pour

la résistance, et cependant le cube de bois employé est, dans le

premier cas, proportionnel à = 0,031 , et dans le second

cas à = 0,026, c’est-à-dire qu’il est diminué de

20 pour 100. Nous devons ajouter de plus que la résistance à la flexion, étant proportionnelle au cube de la hauteur, estaugmentée dans le second cas. Enfin, c’est à tort que nous avons supposé la charge proportionnelle à l’espacement des poutres, car les solives ont besoin d’une force moindre pour un espacement de l'“,70 que pour un espacement de 2“,00, et la dépense et la charge du plancher sont diminuées par cette considération.

AHCHITKCTDBK RURALE.

C’est donc une faute grave, en matière de construction, que d’employer ces gros bois équarris, dont on tirerait un parti beaucoup plus économique et plus avantageux en les refendant. Il est pourtant une limite à la diminution d’épaisseur des pièces : nous croyons que cette limite doit être fixée à 0“,12 ; ainsi, toutes les fois qu’on emploiera des bois de moins de 0“,S4 d’équarrissage, il conviendra de les employer sans les refendre, autrement on s’exposerait à une destruction trop rapide des pièces ainsi réduites.

Quand les pièces ont une portée plus grande que celle que nous venons d’indiquer, les principes posés plus haut permettent d’apprécier leurs dimensions d’après la résistance; ainsi a désignant la portée, 6 la largeur, et c la hauteur des pièces, et l’espacement étant supposé constant, on doit avoir

Supposons a = 9 mètres, il vient bc = 0,0173 ; si nous supposons une pièce refendue et 6 = 4 c, il vient 4 c* = 0,0 1 73, d’où c = 0™,33 et 4 = 0“,t65. Néanmoins, dans la pratique, ces dimensions doivent ètre augmentées, et nous devons exposer les causes et les règles de cette augmentation. On a vu plus haut que nous avons distingué en théorie la résistance à la rupture et la résistance à la flexion ; les pièces de charpente employées dans les constructions ne doivent pas éprouver de flexion sensible, sans quoi les planchers éprouveraient des mouvements inquiétants, et les murs, n’étant pas pressés suivant une ligne sensiblement verticale, seraient exposés à donner; or une pièce plus longue, sans être exposée à rompre, donne une flexion plus considérable, et la résistance è la flexion est inverse au carré de la longueur des pièces ; de plus, le plancher doit porter le poids des pièces et une charge proportionnelle à sa portée; dans cecas, qui estlevéritabiccas pratique, on doitécriro

DE LA COESTRÜCTION.

ftc’0,15 X 0,30^ a®

la résistance à la flexion étant évidemment inverse au poids que nous supposons proportionnel à la portée. Si a = 9”, 00, il vient bc^ = 0,0086; si, de plus, nous supposons J = c , il vient c — O"*, 31 ; ainsi il faut, dans le cas que nous avons voulu discuter complètement, pour montrer l’emploi des régies que nous avons posées, des poutres de 0"',31 d’équarissage et espacées de l", 70 d’axe en axe, pour représenter, sur une portée de 9",00, la même force que des poutres de 0“ , 1 5 sur 0™, 3 0 sur une portée de 7“,00.

Cette discussion nous montre immédiatement la limite à la- *

quelle on doit s’arrêter pour employer des poutres au soutènement des planchers. L’équarrissage b des pièces qu’on a à sa disposition étant connu, on obtient la portée a à laquelle on doit s’arrêter par l’équation

0,15 XÔ^’ 0,00105

Dès que la limite posée par cette équation est dépassée, on ne doit plus employer les poutres à des planchers ordinaires.

Celte limite est encore rapprochée si le plancher doit supporter un poids exceptionnel . Soit ^ ce poids, et p le poids du plancher avec sa charge ordinaire, la force do résistance dos poutres doit être augmentée dans le rapport de ir + /> à ^ ,

Dans ce cas on peut prendre deux partis : ou remplacer les poutres simples par des poutres armées, assemblées à trait de Jupiter et boulonnées , qui représentent par leurs dimensions une poutre unique dont la force de résistance coïncide avec celle donnée par le calcul; ou bien soutenir les poutres trop faibles par des contrefiches qui, en créant des supports intermédiaires, diminuent artificiellement la portée des pièces , et leur donnent la résistance nécessaire : les points auxquels

532 ARCHITECTCBE RURALE,

doivent aboutir ces contrefiebes sont eux - mêmes déterminés par cette condition que la résistance à la flexion des différents segments séparés soit suffisante. Dans ce cas, pour créer des points fixes sur la poutre horizontale sans affaiblir les pièces par des assemblages, il convient de substituer aux contrefiebes en usage deux moises qui embrassent la pièce et sont boulonnées avec elle, ou au-dessus et au-dessous ; ces contrefiebes exercent sur les murs une poussée dont l’énergie est mesurée par la composante du poids de la moitié de la portée prise suivant l'inclinaison de la contre-fiche; d’autre part, le mur est sollicité en sens inverse par la composante horizontale. Il faut, pour résister à ce double eflbrt, que le mur soit d’une épaisseur suffisante, et en bonne maçonnerie.

Quand on a à sa disposition des bois assez forts, mais qui ne présentent pas une longueur suffisante, on peut remplacer le système des poutres par une disposition analogue à celle que nous représentons ci-contre. Les pièces a b, a b', a" b", a'" b"’, sont engagées dans le mur par leurs extrémités a, a, n", o'" {fig, 37) , et assemblées l’une à l’autre à mi-bois par

Fig. 37.

leurs extrémités b, b', b", b'"; les assemblages doivent être faits avec la plus grande exactitude, afin que les pièces ne perdent pas leur force en leur milieu; ainsi le bout b de la pièce a b, en remplissant l’entaille à mi-bois du milieu de la pièce a' b', doit être serré dans cette entaille de manière à empêcher tout raccourcissement des fibres. Si l'on suppose que les points a, a', a", a'" soient placés au tiers des côtés du cadre, ce système

DE L\ CONSTRUCTION

a une force supérieure à celui de deux poutres de même équarrissage qui porteraient à la distance totale.

Quant aux solives qui portent sur les poutres, il est d’usage, en les espaçant, tant plein que vide, de leur donner en hauteur le vingt-quatrième de la portée; ainsi, pour une portée de l'“,70, les solives doivent avoir un peu plus de 0“,07 de hauteur ; si l’espacement est porté à 3 mètres, les solives doivent avoir 0“,12 de hauteur ; dans les pièces étroites, et en général dans toutes celles dont la portée ne dépasse pas 4 mètres , on peut sans inconvénient supprimer les poutres transversales, et les remplacer par des solives de 0“,16, sur lesquelles on cloue directement les lattes pour l’établissement du plancher. Les lattes sont rendues solidaires par le plâtre qui remplit les vides. Quand on veut faire un plafond, si le plancher est simplement soutenu par des solives, on cloue les lattes sur la face inférieure, et on applique le plâtre; si le plancher est soutenu par des poutres, on place des solives beaucoup plus légères que les solives supérieures, assemblées avec les poutres de manière à ne pas dépasser leur face inférieure, ce qu’on obtient facilement au moyen d’une rainure, et sur ces solives on cloue les lattes destinées à recevoir l’application du plâtre.

Les toitures rurales consistent d’ordinaire en une série de fermes parallèles en charpente, sur lesquelles reposent des pièces horizontales; celle de ces pièces qui relie l’extrémité supérieure des fermes prend le nom de f altier ; sur ces pièces horizontales ou pannes reposent des solives d’un plus faible équarrissage et parallèles à la direction des fermes; ce dernier rang de solives porte la couverture. Quand le toit a une seule pente, et que les murs de refend ont une épaisseur suffisante, ou que les murs de face sont à une distance convenable, le sys- * tème peut être très simple ; il consiste alors uniquement en poutres horizontales qui suppléent les fermes, et sont placées parallèlement les unes aux autres, suivant l’inclinaison du toit.

AKCHlïËCrUBE RCKALE.

Alors la toiture devient un véritable plancher sur an plan incliné, et les règles que nous avons posées plus haut pour l’espacement et la dimension des pièces lui sont immédiatement applicables, en faisant néanmoins varier la force des pièces par la considération do la différence des poids et de la possibilité de poids adventices, tels qu'une charge de neige.

On peut aussi placer les poutres suivant la pente du toit, et les conditions d’équilibre diffèrent peu de celles du cas précédent ; salement on doit observer que dans ce cas le poids de la toiture tend à entraîner les murs dans le sens de la pente ; cet effet est peu à craindre pour le mur le plus élevé, qui est • ordinairement le mur de derrière, car il résiste à la poussée

par tout l’effort des murs latéraux, des cloisons et des murs de refend ; mais il n’en est pas de même du mur de face, qui ne résiste que par ses liaisons ou sa cohésion avec le reste de l’édifice; il serait donc fâcheux d’employer ce genre do toiture pour des inclinaisons trop fortes; cet inconvénient est moins marqué pour la toiture à poutres horizontales, et néanmoins l’expérience a prouvé qu’oA devait aussi s’en abstenir quand la nature du climat exigeait de fortes inclinaisons; on doit alors, autant que possible, employer des fermes pour soutenir la couverture.

La ferme la plus simple consiste en une pièce horizontale AB {fig. 38), nommée entrait, qui supporte une pièce verticale

Fig. 38.

DE LA C0N9TBUCT10M.

CD nommée poinçon, et deux pièces inclinées ÀC et BG appelées a rbalétriers, qui viennent s'assembler sur le poi nçon et sur l'entrait. D’ordinaire, on se contente d'ajuster par un simple tenon le poinçon et l'entrait; c'est une faute grave ; le poids de la toiture tend à faire fléchir les arbalétriers AG otBG (fig. 30);

Fig. 89.

le propre poids de l'entrait et la déformation des deux autres côtés du triangle ABC contribuent à le séparer du poinçon , et à la forme première de la ferme se .«iibstitue celle que nous représentons ici ; le poinçon se détaebo lie l'entrait, et cette séparation est le spectacle ordinaire qui frappe les yeux de ceux qui visitent les combles. Le premier soin à avoir est de relier d’une manière invariable, par un étrier en fer, l’entrait au poinçon ; le grand triangle ABC étant ainsi ramené à deux triangles ACD BCD, et le côté CD de ces triangles ne pouvant plus éprouver de modiGcation, la force de résistance à la flexion de l’entrait vient s’ajouter à celle des arbalétriers, et la ferme demeurera invariable toutes les fois que la somme de ces résistances sera suflisante.

L’entrait AB (fig. 40) empêche l’écartement des extrémités E et F des arbalétriers, et par suite convertit la poussée qui aurait lieu contre les murs en une pression à peu près verticale. Quand la résistance des murs est considérable, et que leur écartement ne permet pas d'employer un entrait qui ait toute la portée , on peut réunir les arbalétriers et le poinçon par des moises placées à une certaine hauteur ; enfin, pour reporter la pression plus verticalement sur les murs , et pour fortifier les

A&CHITBCTDRE BTUtALE.

arbalétriers, on les soutient quelquefois par des contre-fiches KM, K'M', qui prennent leur point d'appui sur les murs plus bas; cette disposition est surtout usitée dans les magasins, les hangars ou les granges ; ces contre-tichcs peuvent être heureusement remplacées par des pièces moisantes.

fiff. 40.

Il est facile d'établir d’une manière approximative la résistance des pièces dans la ferme. Quand le poinçon n’est pas relié à l’entrait, dans la pratique il n’exerce aucune pression sur l’entrait; donc, en décomposant le poids suivant la direction des arbalétriers et perpendiculairement à cette direction, la composante C (fig. 41), suivant la direction de l’arbalétrier,

vient se reporter sur l’assemblage ]avec l’entrait; et si on dé-

DE LA CONSTRUCTION

compose cette dernière force suivant la direction de l’entrait et perpendiculairement à cette direction, la nouvelle composante D est détruite par la résistance des murs, et la composante E exerce une traction sur l’entrait; la force de l’entrait est toujours plus que suffisante pour résister aux deux tractions E en sens contraire qui le sollicitent. Mais les arbalétriers sollicités par les composantes B ont besoin de la force nécessaire pour ne pas prendre une flexion sensible sous l’action de cette force; et comme leur point d’assemblage M avec le poinçon n’est pas un point fixe et est susceptible de monter ou de descendre , on ne s’écartera pas des conditions de la pratique en supposant que les arbalétriers sont remplacés par une pièce unique de leur équarrissage, ayant la portée de la ferme, et à laquelle les composantes B du poids de la toiture uniformément réparti sont appliquées ; on rentre alors dans la détermination dont nous avons montré un exemple à propos des planchers. On conçoit, d’après cette analyse, que le poids supporté par les arbalétriers diminue à mesure que l’angle de la toiture devient plus aigu, et que dans ce cas l’entrait est soumis à des efforts plus considérables qui tendent à faire partir les assemblages ; alors il convient que ces assemblages soient fortifiés, soit par la prolongation extérieure de l’entrait et celle de la toiture qui le recouvre , soit par des frettes.

» Dans le cas où le poinçon est relié à l’entrait par un étrier, la forme du poinçon restant invariable, les arbalétriers ne peuvent fléchir qu’autant que l’entrait lui-mèmo éprouverait une déformation; la résistance à la flexion de l’entrait vient donc en aide à celle des arbalétriers, et on est parfaitement sur d’avoir une solidité suffisante en supposant que la force de résistance à la flexion de l’entrait vient s'ajouter à celle des arbalétriers , et en les calculant toutes deux comme nous l’avons indiqué plus haut. Nous disons qu’on est parfaitement sûr de la

ABCHITECTDBE BimALE.

' solidité : c’est qu'en effet, par la nature des Maisons qui existent entre l’arbalétrier et l’entrait, le système se rapproche d’une pièce armée, ce qui rend la résistance totale plus forte que la somme des résistances individuelles ; en augmentant la liaison de ces pièces par des contre-fiches ou des moiscs , on accroîtrait leur force, car on rapprocherait encore plus la ferme de la condition d’une poutre armée soumise à la composante du poids perpendiculaire à la direction des arbalétriers.

Si, indépendamment de la liaison du poinçon et de l’entrait, le poinçon est soutenu par un mur de refend en son milieu, chaque arbalétrier résiste à la flexion comme une pièce posée sur deux appuis; et c’est la résistance individuelle do chaque arbalétrier à la flexion, sous l’action d’un poids uniformément réparti, qui doit déterminer la force des pièces.

Quant à la force des pannes et chevrons, qui jouent, par rapport à la toiture, le même rôle que les solives relativement aux planchers, leur détermination sera facile par les règles que nous avons posées dans l’examen des planchers pour des pièces ‘ ‘ horizontales sollicitées par un poids.

En suivant les principes que nous venons d’établir, et qui, sans être rigoureusement exacts, s’approchent très suflisamment do la pratique, on évitera bien des fautes qui se commettent tous les jours ; du reste, quand on voudra procéder par analogie et faire une charpente semblable à une cHhrpentc existante, et sur des portées plus réduites ou plus fortes, la' dimension relative des pièces qu’on devra employer se trouvera eKactement par le même procédé de calcul que nous avons employé pour comparer un plancher de 9 mètres de portée à un plancher de 7 mètres.

Les assemblages de charpente sont de différentes natures , et ont chacun un usage déterminé.

Toutes les fois qu’une pièce porte nécessairement sur une autre par la disposition de la charpente, on les réunit par un

OB LA CONSTRUCTION

tenon simple ou double, droit ou incliné, suivant la direction des pièces. La fig. 42 représente le tenon simple droit ; la pièce

P!g. 4J. Pig. 43.

supérieure est entaillée suivant la forme du tenon qu'on y chasse au maillet et qu’on y assujettit ordinairement par des chevilles {fig. 43 ).

La fig. 44 représente un tenon double incliné; ce tenon se

rtg. 44.

compose de deux dents retournées d’équerre sur la pièce et prises dans le tiers de la pièce ; d’ordinaire on fait entrer l’aréte A de 0'“,04 à 0'b,05 dans la pièce qui reçoit le tenon, pour que cette arête n'éclate pas. On appelle mortaise l’entaille * qui reçoit le tenon.

Quand la disposition des pièces ne tend pas à les rapprocher,

640 ABCHITECTURE BDRALE.

OU quand elles sont exposées à des efforts de traction modérés', on les réunit par un assemblage à queue d’hironde ; quand les deux pièces sont perpendiculaires, l’assemblage est représenté par la fig. 45 ; et quand les deux pièces sont bout à bout, par la fig. 46 ; ce genre d’assemblage se fait à mi-bois. Quand les

Fig. 46.

deux pièces sont bout à bout ou juxta-posées, et exposées à un cflbrt considérable dans le sens do leur longueur, on les assemble par un trait de Jupiter. Nous représentons {fig. 47) le trait

de Jupiter qu’on applique ordinairement à deux pièces bout à bout. Dans cet assemblage, chacune des pièces porte un tenon T et une mortaise, et le tenon de l’une entre dans la mortaise dc'l’autre; entre les deux tenons on met une clef C qui, une fois placée, empêche la disjonction des pièces, et dont le vide, avant qu’elle ne soit placée, permet de les engager l’une dans l’autre.

Nous avons dù donner l’indication de ces différents assemblages, pour que le propriétaire éclairé pilt juger s’ils étaient appliqués avec discernement ; car, nous le répétons, rien n’est plus surprenant que l’ignorance profonde qui préside à l’établissement de presque toutesies charpentes rurales; nous devons ajouter que l’emploi des assemblages oblige à beaucoup * de main-d’œuvre, et doit être très restreint; en général , ils affaiblissent considérablement les pièces; aussi, quand une pièce principale doit être soumise à un effort considérable, il

DE LA CONSTBCCTION.

faut remplacer la queue d’hironde ou le tenon cheville par un étrier qui la lie à la pièce qui la rencontre ; il est aussi le plus souvent préférable de remplacer la pièce qui rencontre par deux pièces moisantes ; on appelle ainsi deux pièces parallèles BB 48) qui, embrassant la pièce principale A,

Fig. 48.

sont clouées ou boulonnées avec elle, ou boulonnées de part et d’autre, et qui d’ordinaire sont légèrement entaillées à leur rencontre avec la pièce principale pour empêcher le glissement.

Le trait de Jupiter ne doit non plus être employé dans les pièces bout à bout que dans des points où ces pièces reposent sur des supports intermédiaires ; et dans les pièces assemblées en long, il doit être soutenu par de forts boulons qui serrent les pièces. Les boulons tendant à faire fendre les pièces dans le sens de leur longueur, on ne doit jamais les placer h l’extrémité des pièces; et si la liaison doit avoir nécessairement lieu aux extrémités, il faut remplacer les boulons ]>ar une frette ou un étrier.

§ V. — Des carrelages.

Les poutres, solives et lattes étant placées, il faut, pour ter-

AKCHITBCnmB BintAU.

miner le plancher, le carreler. On commence par en mettre toutes les parties parfaitement de niveau au moyen de poussière ou de recoupe de pierre ; ensuite on pose à la règle et on scelle avec du plâtre chaque rang de carreaux. Pour qu’un carrelage soit bien fait, il faut que les joints se suivent parfaitement, soient le plus serrés possible et parfaitement de niveau. Quant aux carreaux eux-mèmes, les meilleurs sont ceux qui sont parfaitement dressés, unis de couleur et sonores ; néanmoins, comme ces troisqualités se rencontrent rarementréuniés, on doit, dans les constructions rurales, s’attacher surtout à la sonorité, qui est une preuve de tonne cuisson et une garantie de durée, et ne pas tenir au même degré à la couleur et à la perfection du plan de la surface.

S VI. — Des couvertures.

Les couvertures se font en ardoises, en tuiles creuses, en tuiles plates, en planches ou en chaume. La couverture en ardoises est assez rarement employée dans les constructions rurales; cet emploi est limité aux pays même dont on tire l’ardoise. Il y a deux sortes d’ardoises : la grande carrée, dont un mille couvre 23 mètres carrés; et la cartelette, dont un mille couvre 13 mètres carrés ; pour assujettir ces ardoises, on les cloue sur les lattes, chacune avec deux ou trois clous. Les lattes doivent être en chêne; tout autre bois s’édianlTerait; le faltier et les arêtiers se couvrent en plomb. Les couvertures en ardoises, qui sont légères, ont l’avantage de pouvoir s’appliquer, par leur pose, à toutes les inclinaisons.

La couverture en toiles creuses qui se posent h recouvrement et de manière à ce que chaque rang soit engagé avec deux rangs de tuiles renversées, est excellente, quoique un peu lourde ; malheureusement les tuiles ont une tendance à glisser dans le sens de la pente, et leur emploi devient impossible pour

DE LA CONSTRUCTION

«les toitures fortement inclinées; on augmente la cohésion en les scellant avec du bon mortier qui doit être hydraulique pour ne pas se décomposer sous l’action continue des météores.

La couverture en tuiles plates est très répandue ; ces tuiles sont de simples briques garnies d’un crochet qui , s’engageant dans les lattes, empêche le glissement; dans ce genre de couverture, les lattes sont attachées de manière à cacher les deux tiers de la longueur de la tuile; on doit rechercher dans les tuiles les mêmes qualités que nous avons recommandées pour les briques en général et les carreaux.

La couverture en planches se fait, soit en mettant la longueur des planches dans le sens de la pente du toit è recuuvrement , et recouvrant les joints avec des liteaux , soit en débitant le bois en petites planchettes qu’on pose comme les tuiles, et qu’on attache avec des chevilles ou des clous ; on peut goudronner ces couvertures pour en prolonger la durée.

La couverture en chaume se fait en attachant des faisceaux de paille ou de jonc aux chevrons , et plaçant les différents rangs de faisceaux à recouvrement ; le faltier doit toujours être couvert en tuiles creuses.

S VII. — Des constructions hydrauliques.

L’architecture rurale nécessite, dans beaucoup de cas, l’emploi des constructions hydrauliques. Les pavés des étables, les citernes ou réservoirs , les abreuvoirs , les conduites d’eau pour le service de la ferme, l'aire à fumier et les rigoles qui l'entourent, doivent toujours être construits en maçonnerie > hydraulique.

Cette maçonnerie consiste, soit en pierres de taille rejointoyées avec du ciment, suit en pierres-moellons réunies par un mortier hydraulique et recouvertes d’un enduit hydraulique, soit en béton. On doit en général réserver les coustruc-

ARCHITECTURE RURALE

lions en pierre de taille pour les abreuvoirs , qui su font d’une seule pièce ; car, indépendamment de leur prix, qui est ordinairement fort élevé, relativement à celui de la pierre-moellon, il est assez dillicilc de rendre les joints parfaitement étanches; celte difliculté tient à la petitesse des joints, qui ne permet de les abreuver qu’avec du mortier liquide qui laisse nécessairement des interstices par la dessiccation ; on obvie à cet inconvénient en grattant les joints profondément , en les garnissant avec un ciment et en lissant. Le seul avantage des ouvrages en pierre de taille est la facilité avec laquelle on peut pratiquer des trous pour l’écoulement des eaux, et changer leur position. C’est seulement dans les localités où il n’existe pas de chaux hydraulique naturelle ou artificielle que l’emploi de la pierre de taille est presque indispensable. v

Le maçonnerie hydraulique en moellons se fait comme la maçonnerie ordinaire, mais avec des mortiers très hydrauliques ; seulement on doit apporter beaucoup d’attention à ce que les pierres soient parfaitement noyées dans le mortier. Quand la maçonnerie est sèche, on la recouvre d'un enduit rustique au mortier de chaux hydraulique, si l’ouvrage doit simplement faire office de citerne ou de réservoir, et on lisse cet enduit avec du ciment hydraulique, au moins dans la partie supérieure, si l’ouvrage est destiné à servir d’abreuvoir pour les bestiaux.

Le radier ou la sole des réser.voirs et citernes doit être fait en béton , de préférence à la maçonnerie ordinaire : le béton, confectionné ainsi que nous l’avons exposé plus haut, est déposé par couche de 0™, 10 à 0™,20 et battu à mesure sur toute la surface, jusqu’à ce qu’il ait atteint l’épaisseur qu’on se propose de donner au radier, laquelle doit varier entre 0"',30 et 0“,60, suivant que la charge d’eau varie entre O*", 50 et 9 mètres.

Si les pierres de taille et les moellons manquent, les pierres

DE t.A CONSTRÜCTtOff. .)4r)

des réservoirs pourront être fnites en maçonnerie hydraulique de briques ou en béton. Si on les construit en béton, on doit couler le béton dans un encaissement en planches et le pilonner par couches de 0™, 10, par une méthode analogue à celle qui sert Sa faire le pisé.

Les pavés des étables et des aires à fumiers doivent être posés sur une couche de béton de 0“,15 d’épaisseur, et reliés entre eux avec du mortier hydraulique ; si on se contentait de construire le pavé avec du mortier hydraulique sans couche de • béton inférieure, l’ébranlement causé par le piétinement des animaux détruirait bientôt la liaison et rendrait le pavé perméable. ^

Les conduits des latrines particulières, en poterie ordinairement, doivent être noyés, soit dans une enceinte d'argile battue, soit dans un massif concentrique de 0“,30 au moins de maçonnerie hydraulique.

Les fondations des constructions, jusqu’à 0™,50 au-dessus du niveau du sol, doivent être construites en maçonnerie hydtaulique, pour empêcher l’humidité de gagner les murs par l’effet delà capillarité ; si les chaux hydrauliques sont rares, on doit au moins séparer les fondations des murs par une couche ’

de O™, 50 au moins de maçonnerie hydraulique de chaux grasse et de pouzzolane, ou de chaux grasse et brique pilée; car, ’■ une fois que l’humidité a gagné les murs, tous les mastics ou ciments qu’on emploie pour la combattre ne sont que des pal- “ï . liatifs impuissants.

Nous avons parlé plus haut de l’emploi des ciments; on

appelle communément ciment une chaux très hydraulique, qui

peut être employée immédiatement sans qu’on soit obligé de

la mêler à d’autres substances; la chaux anglaise, connuesous

lu nom de ciment romain, se compose de

Chaux 0,554

Magnésie 0,000

Argile 0,360

Oxyde do 1er 0,086

Total 1,000 '

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