CHAPITRE P
Qualités ac« terres arrosées. .
. Dans les climats chauds et secs, les terres qui jouissent des bienfaits de l’irrigation ont des avantages immenses et bien
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'appréciés des peuples du midi, si l'on en juge par les sacrifices ‘ qu’ils ont faits en tous temps pour se les procurer. Les débris de la canalisation souterraine de la Perse, les traces des canaut ■ • de la Mésopotamie et de l’Egypte^ le système de conduite des eaux sur là côte orientale de l’Espagne, dans le Milanais, dans 'la Provence, à la Chine, en sont d’éclatants témoignages.
Soleil, plus humidité, égale végétation ; c’est par cette exprès-' - ' sion que Mi Âug. de Gasparin a résumé ces avantages dans deux petits ouvrages-où l'on trouve les faits appréciés dans un style plein de mouvement*. ' •
• J.CS terres arrosées produisent seules d’une manière certaine, dans ces pays, les fourrages nécessaires aux bestiaux ; ,
seules elles bravent les retours de sécheresse qui y rendent'ics récoltes de foin si chanceuses, même dans les terres fraîches, et qui arrêtent les progrès de l’agriculteur incertain sur la reproduction des engrais. Le haut prix auquel ces circonstances ÿ. maintiennent le fourrage constitue par cOntre-coup l’élévation *' dè celui de? terres arrosées.
En second lieu, les récoltes de la fin du printemps' Sont soustraites aux dangers de la sécheresse. Uji printemps sec' *. détruit les espérances que l’on fondait sur les céréales ellesmêmes. Le pouvoir de l'irrigation les ranime, et si les terres •sont maintenues en bon état d’engrais, on s’assure des récoltes . . constamment abondantes. ■ ‘
Immédiatement après la moisson, une irrigation met la terre • én état d’être travaillée et ensemencée, et cette seconde récolte de millet, de pommes de terre, de haricots, etc., a souvent une ‘ ' valeur qui approche de celle de la récolte principale. ' • •
Enfin, quand des récoltes-racines sont en terre au commen-, cernent do l’automne et que la sécheresse de la terre empêche do les en extraire sans des dépenses énormes, une irrigation ameublit la terre et permet de faire les travaux avec des frais.
(1) moefttnas. Du incliné. A la Librairie agricole, • ' • •
OÉTEBH. DE LA VALEl’R RELATIVE DE3 TERRAINS.
rédtïits de plus de iRoitié. Les cultirateurs de garance connaissent bien cette propriété des irrigations ; ils donnent Un prix de faveur pour les terres qui en jouissent et qui, à l'avantage de l’économie de main-d’œuvfp, joignent celui de pouvoir envoyer les premières leurs produits sur le marché.
Toutes ces considérations donnent une grande valeur aux terres arrosées, dans toutes les régions méridionales du globe; mais devraient-elles être sans cllct hors de cette ligne que nous avons’ tracée*, et qui sépare les pays à pluies d’automne-de's pays à pluies d’été? Pour être souvent favorisées par les saisons, ces contrées du nord dé l 'Europe n’ont-cl lès pas sôuvcâit appris 'par de funestes expériences le prix de l’irrigation.? ‘ Nous erbyons pouvoir aRirpaer, sans crainte d'ètre démenti, que, pour toutes les terres sèches de toutes les régions de l’Europe^ elle est d’une nécessité indispensable quand on veut
• y faire une agriculture régulière , et que la recherche des ■ moyens de disposer des cours d’eau en faveur de la terre est au
nombre des devoirs les plus importants du gouvernemebt'et
• des besoins les plus urgents des peiiplès.
Section P®. ■<- Caracliret qui font la perfection des terres < . arrosées. ' •
. De l’eau à discrétion et à bon marché, c’est là le premier et fe principal caractère qui met dé la diiïcrcnce entre les terres complètement ou incomplètement arrosées; car l'eau peut être , assez rare et distribuée à des intervalles de temps tels que les principaux avantages de l’irrigation seraient fort affaiblis. Oh doit donc faire entrer d’abord l’abondance de l’eau dàns là considération de la valeur d'une terre arrosée. L’câu peut-elle . être prise à volonté, soit pour le temps, soit pour la qnantit'é ;•
(I) Des climats par rapport aux pluies; Bibliothèque unicerselTe de • Genece,. 1829, et dans le second volume de cet ouvrage.*
, 37S . AGROLOGIE. .
la terre approche de la perfection, sauf Ips autres desiderata, dont nous parlerons plus loin. Alors la terre est, pour nous, dans cet état que M. Royer a appelé la période jardinière. ■
. L’eau peut-elle être prise tous les huit jours au plus; la . terre cesse de pouvoir porter une grande variété d’bortolages, il fautse réduire à une culture plus symétrique; mais pout le' plus grand nombre des produits ruraux et dans la plupart de; terrains, noos ne mettrons pas de différence entre cet intervalle et la faculté illimitée. ' ,
. Si l'intervalle s’accroît et si l’eau ne s’obtient plus que tous les quinze jours, il y a beaucoup de terrains qui peuvent souffrir; ceux qui sont fortement siliceux sont de ce nombre.
Le prix d’achat de l'eau entre comme secoiid élémetit dans l’appréciation du terrain. Si l’eau vient d’une Source abondante dont on soit possesseur, elle ne coûte que le travail des hommes chargés de la diriger; si elle vient d’un canal creusé par le propriétaire, elle coûte en outre les intérêts de la conr struction et l’entleiien du canal ; 'si on la prend dans Un canal appartenant é autrui, et qui en vende les droits de jouissance, elle peut avoir une valeur assez variée Celle que l’on obtient par le moyen des machines mues par la force des ânimaux.est beaucoup plus chère, et ne peut servir utilement que pour les cultures jardinières qui n’exigent que peu d’eau, ou pour ,Colle des jardins ; mais quand on a de vastes terrains à arroser, et que l’on dispose d'une masse d’eau considérable, ûn l’obtient à un prix beaucoup inférieur par le moyen de la pompe à vapeur, pourvu que le réservoir de l’eau np soit pas *'trop profond et le charbon trop cher.
Le calcul de l’eau nécessaire à l’irrigation est modifié .par la nature du sol que l'on doit arroser, et qui exige des irrigations plus ou moins répétées. C’est ici qu’entre comme élément la composition des terrains. . ■ .
Dini' by C( i^le
DÉTEItU. DE LA VALECtt RELATIVE DES TKBUAINS. 379
Section II. — Des effets de la composUinn du terrain sur la valeur des terres arrosées.
La succession rapide de récoltes que l’on exige des terres arrosées indique que l’on doit peu compter sur les seuls maté-^ * riaiu nutritifs qu’elles possèdent, et que ce n’est que par un© succession continuelle de nouveaux engrais que l’on peut eu espérer des produits, k. moins que l’irrigation n’ait lieu au, moyen d'eaux chargées de principes fécondants qui équivajent à des engrais. Comparée aux doses d'éléments de fertilité que ces engrais apportent, la fertilité naturelle des terrains dispa-r ratt, et peut être éliminée du calcul, si ce n'est pour les gazons perennes des prairies, qui gardent en réserve une provision considérable d’azote, mais qui ne reparaît que quand on défriche la prairie. Il ne reste plus d’autre différence entre les terres arrosées que celle de' leur ténacité et do leur dessèchement plu*s ou moins rapide. I
La' ténacité de la terre peut toutefois être modifiée quant à son action sur les instruments de culture, par une irrigation, faite quelques jours avant les labours; mais quand la terre est < trop abondante en argile, sa plasticité la rend plus adhérente aux outils, et force à attendre un dessèchement assez avancé, pour la travailler. Il y a donc une limite , passé laquelle l’augmentation de l’argile dans le sol pourrait être préjudiciable; nous ne croyons pas qu’elle puisse dépasser sans inconvénient (24 à 30 d’argile); passé ce terme, le terrain est difficile à* traiter , et il devient plus opportun de le laisser en prairie permanente , que d’y introduire des cultures au- . nuelles.-
La rapidité du dessèchement des terrains et la nécessité d’y renouveler fréquemment les irrigations méritent une attention plus particnliére, et dépendent beaucoup aussi,
3S0 , . . , » AGBOL06IE. ’•
tüutcs les autres circonstances étant égales, do la composition du sol.
Eu observant l'efil'et des irrigations sur des terres de difl'érente nature, on reconnaît que la cause principale de la rapidité do ce dessèchement est la quantité de sable siliceux et .calcaire qu’elles contiennent. Cette quantité nous est donnée par la lévigation. Dans la Lombardie comme en Provence, il ' .sqflit d’arroser tous les quinze jours les prairies d’un terrain qui ne contient pas plus de 0,20 de sable (premier lot de la terre]', quand il en contient 0,40, elles doivent être arrosées tous les huit ou dix jours, pendant les chaleurs de l’été ; au delà de 0,60 clics devraient l’être tous les cinq jours, et quand
• 'la terre contient beaucoup d’oxyde de fer, est fortement cblo-
■ • rée, et a 0,80 à 1,00 de sable, on ne pourrait se dispenser de
■ l’arroser tous les trois jours j pour ces dilTércntcs terres et leur ^besoin relatif d’eau, nous trouvons une différence de 0, 1 2 joufs . pour chaque centième de sable ajouté. Si l’on part de cette
. base, que nous croyons assez, exacte pour les climats du midi dç l’Europe, il sera toujours facile de calculer la valeur relative et les frais que coûtera chaque terrain pour son irriga- “ ^ '.tio'n. Soit la rente d’un hectare de 300 fr., (a valeur de l'eau 5 (r. les mille nàctrcs cubes (arrosage d’un hectare); nous ' avons pour le midi delà France, où les arrosages commencent
au avril et finissent le 3 septembre:
* Trè permantut
Avec 20 de laLle.
40 de sable.
00 de selle.
80 de table.
Tous les 15 jourl
Tous
Tou*
Twtiv
é 5 fr.
les il juuri.
Ici 6 jour*.
tel S jenrs. •
Arrosage. , . .
À retrancher de la
. rente. ....
• Reste. .
Ce qui nous donne la valeur relative de ces différents terrains arrosés; elle est descendue de moitjéde 20 à 80 de sable.