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CHAPITRE IL

De« terres fraîches.

■ "Rappelons d’abord ce que nous entendons par terre fraîche,, cette heureuse et rare combinaison de toutes les qualités du ‘ terrain qui ne permet.pas qu’à trente Centimètres de profondeur il ait jamais moins de 0, 10 d'humidité dans les plus gran- Ides sécheresses de l’été, ni plus de 0,23 dans la saison des pluies. S’il existait une terre qui réunit complètement ces '

. Qualités, elle aurait une valeur plus grande que les terres ar- ' rosées, puisque sans frais, sans peine, elle posséderait les pro- ■’priétés que nous cherchons à leur donner par l’irrigation. Mais l’éxamen desconditions qui constituent une terre fraîche nous prouvera que ce que nous pouvons appeler de ce nom ne" remplit pas toujours parfaitement l’idée que nous nous en sommes formée. '

Comment une terre sera-t elle fraîche? Il faut qu’elle reçoive une quantité d'eau suffisante, qu'elle la laisse écouler . avec (aeilité, que sa surface soit évapeu'ante, son intérieur fil-

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tfant et cepèndant absorbant, de manière à ce que la profondeur SC mette rapidement en communication avec la partie su- '• • périeure.

- Quelle sera la source de l’humidité? ou un climat à pluies fréquentes et modérées, ou un réservoir d’eau placé ù une pe- •

. tite profondeur sous un terrain doué de beaucoup de capilla- .* rité. Quelle sera la condition du prompt écoulement de l’eau ■ rèçue par la surface? un sol profond et filtrant. Celle du des- •

. sèchement de la surface? un terrain coloré et assez chargé de‘- V. • silice ou de sable calcaire. Reprenons une à une toutes ces conditions.

Si les terres sont fraîches par le bénéfice du climat, il faudra’ que les pluies soient tellement réparties, qu’elles se balanceqt sans cesse avec l’évaporation et l’écoulement des eaux. Cette condition se rencontre dans les parties occidentales, et souvent . aussi dans l’intérieur de notre continent, dans les pays babitucllemënt nébuleux et peu ventilés. Il ÿ.a des terres fraîches ‘ . dans ceux de nos départements des cètes de l’Océan' qui sont.

• formés par les anciennes provinces de Bretagne, de Normandie, . de Picardie et de Flandre ; on en trouve surtout en Hollande, dans la Grande-Bretagne* et aussi en Allemagne. En traitant ’ de la météorologie agricole, nous établirons mieux encore ces: conditions de climat ;

Un réservoir des eaux à niveau constant ne peut dépendre. , ; des infiltrations des eaux pluviales sur un sous-sol imperméable. Ces sortes de nap(>es d’eau se dessèchent en été après avoir ' ' noyé les terres en hiver; il tient uniquément à l’existence de 'sources ou de rivières souterraines coulant à travers les caiU loux, les graviers et les sables sur un lit imperméable. La terre qui est placée au-dessus s’humecte au contact de l’eau et • de sa vapeur, et l’humidité gagne do proche en proche jusqu’à une hauteur déterminée par la nature du sol. Dans un terrain comy)osé moitié de sHice, moitié d’argile et dé chaux, lé réser-

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DÉTÈBM. DE LA VALEDA BELATIVE DES TEBBAIN3. 385 voir des eaux étant à 2", 50 de profondeur, le sol se maintient pendant la sécheresse de l’été à 0,10 d’humidité, et à 0“,30 de profondeur, dans le midi de la France. Dans les terrains tourbeux, l’ascension de l’eau est encore plus forte; dans un terrain de silice pure, elle se fait sentir à peine à 0™,30.

Si le terrain n’est arrosé que par les eaux de pluie, le degré . de perméabilité du sol doitètre proportionnel à la durée et à la fréquence de ce météore, pour que le terrain reste frais et ne devienne pas humide ; mais comme un terrain n’est frais par la vertu du climat que dans uii pays pluvieux, on conçoit que la perméabilité y est d’une grande importance ; de même que la capillarité ou la force ascensionnelle est plus à rechercher quand la fraîcheur du sol dépend d’un réservoir inférieur d’eau.. Aussi, les terres fraîches des pays secs sont-elles moins sili'eéuses que celles des pays à pluies d’été.

• La rapidité de l’évaporation de la terre estdiminuée par les labours qui rompent la continuité de la surface et de l’intérieur ; elle est diminuée aussi par la grosseur des particules de la terre qui empêche leur facile communication ; ainsi, la sur-: face d’un terrain sablonneux se desséche avec rapidité, mdis les conohes inférieures perdent plus lentement leur humidité que si elles étaient composées de fines particules calcaires ou argileuses. La composition sablonneuse du terrain, qui est un obstacle à l’ascension- de l’eau inférieure, s’oppose donc aussi à sa propre évaporation par la surface. Nous ferons sentir an ^ reste, en passant, combien il importe aux cultivateurs de main*tenir leur terrairl en culture superficielle pendant les chaleurs de Pété pour qu’il ne perde pas de son humidité intérieure.

Nous avons vu que la coloration du sol accroissait prodigieusement l’absorption de la chaleur lumineuse, et par conséquent l’évaporation. Les terrains chargés de terreau attirent fortement Phumidité du réservoir inférieur, ou absorbent celle qu’ils Ont reçue de l’atmosphère; mais,, d’un autre côté, ils

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' évaporent considérablëment par leur surface, au point qu'elle . est quelquefois entièrement desséchée, tandis que l’on trouve la fraîcheur à 0™,30 de profondeur. L’équilibre ne se rétablit pas assez promptement pour que les plantes à racines superficielles n’aient pas beaucoup à souffrir.

Pour obtenir une terre qui ait toutes les qualités des terres fraîches sans avoir celles des terres humides, il faut donc une coloration qui aide à l’évaporation, mais qui la maintienne en équilibre avec les proportions d’eau que la terre reçoit^ Cette coloration doit être plus forte dans les climats pluvieux que dans les climats secs, et dans ceux-ci d’autant plus que le réservoir des eaux est plus près de la surface ; quand il est peu profond, certaines terres fraîches du midi, qui sont complètement blanches, deviendraient sèches si leur surface était colorée.

On sent assez que jusqu’ici nous n’avons pu donner que des indications. Les circonstances varient au gré de tant d'élér ments divers qu'il y aurait de la témérité à vouloir les réduire en chiffres. C’est l’expérience seule, l’expérience qui, faisant Une synthèse de tous ces éléments, pourra nous apprendre $i telle terre est fraîche, et à quel degré elle l’est. On parvient à s’en rendre compteexactementsi l’on peut consacrer plusicuil années à ces expériences, n l’on peut, pendant chacune de ces années, essayer la terre en hiver et en été. On peut aussi juger instantanément de l’humidité ou de la sécheresse en examinant la terre en hiver ou en été, et en comparant «on état avec la qualité connue de la saison, qui passe pour humide ou pour sèche ; mais ces moyens sont rarement à la portée da ceux qui font de seird>lables recherches; ordinairement ils. veulent savoir immédiatement la nature du sol qu’ils cherchent à connaître ; la synthèse dont nous parlons ne peut alors être obtenue qu’au moyen de quelques observations : 1 la Juieroe réussit-elle dans la terre? combien de coupes y fait-on? quel est le produit comparé des différentes coupeç? celles des mois do

DÉTERM. DE LA VALfeUB RELATIVE DES TERRAINS. 387 juillet et d’août ne sont-elles pas sujettes à manquer ou à donner de très faibles produits? Telles sont les données que l'on peut obtenir facilement dans les pays où cette excellente plante est cultivée. Son introduction dans la culture annonce un terrain qui n’est pas trop humide en hiver ; le nombre de ses coupes, leur proportion, le manque de coupes d'été indiquent si la terre est sèche ou fraîche dans cette saison. Dans une terre fraîche, la somme de 600<* de chaleur moyenne, depuis l’époque où la luzerne a été fauchée, amène de nouveau le terme . de sa floraison; ainsi, dans notre midi, elle se coupe envi- Ton tous les mois jusqu’au moment où la température moyeune descend au-dessous de 13*^; dans les terres sèches, la luzerne ne repousse pas immédiatement après la coupe si elle manque d’humidité ; elle attend une pluie pour repousser; ^insi les coupes d’été sont plus retardées que celles de printemps et d’automne. Le nombre des coupes d’un terrain comparé à celui des coupes d’une terre arrosée est donc un très bon moyen ' pour juger de la sécheresse du sol que l’on examine. La proportion de fourrage obtenu par les différentes coupes n’est pas un moyen moins sùr. Dans les terres arrosées ou fraîches, toutes les coupes sont à peu près de la même quantité. Le rapport des coupcs.entre elles est donc un excellent indice du défaut, d’humidité à l’époque où elles se font. Le manque complet des coupes de juillet et d'aoùt n’en est pas une moins certaine.

Malheureusement ce critérium excellent n’existe pas partout, il manque quelquefois dans les circonstances où on le désirerait le plus ; il faut alors recourir à d’autres indices. Dans tous les pays où l’agriculture est avancée et où le climat le perinet, on ne manque pas de faire chaque année deux récoltes consécutives dans les terres fraîches. La possibilité de voir prospérer des semis faits après la moisson est une preuve certaine de la fraîcheur de la terre en été. Quapt à I humidité en hiver, elle s’annonce par la tendance à faire de préférence des •

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semis printaniers, à relever en billons les terres où l’on fait les . semis d’automne. C’est à ces remarques que l’on est forcé de . se borner, en les aidant toutefois de l'expérience directe sur la quantité d’eau que renferme la terre au moment où on les fait, . ' • , si l’on ne peut pas s'aider d’une série plus longue d’observations.

Nous ne serions pas éloigné d’admettre qu’une terre dont l’état moyen, toute oscillation Oompensée, peut être réputé celui d’une terre fraîche, équivaut à une terre arrosée pour sa valeur, partout où l’eau occasionne une dépense de 5 fr. . par 1,000 mètres cubes; au moins le prix de fermage des” terres de cette catégorie que nous connaissons tend à leur attribuer ce rang.

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