‹ Cours d'agricultureChapitre 105 sur 174 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Dc« terrainü seca.

Nous répétons ici que nous entendons par terrains secs ceux ■ qui, au milieu de l’été, ne conservent pas 0,10 de leur poids d’bumidité, et qui n’en ont jamais plus de 0,33 en hiver, trois jours après la pluie. Ils composent la grande masse des terres agricoles ; ils résultent d’un climat qui laisse en été de longs intervalles entre les pluies, et d’un sol qui est assez profond et filtrant pour recevoir et répartir à scs couches inférieures l’eau tombée en hiver. Cette profondeur du sol peut être assez médiocre dans les terres planes, en calculant sur la moyenne * des pluies et non sur les orages qui imbibent profondément la terre, mais dont l’effet est passager. Mais il en est autrement ’ dans les terrains concaves et qui reçoivent les eaux supérieures; l’expérience seule peut apprendre s’ils ne deviennent pas hu- ' mides en hiver. > •

. • Ojgitized by GoOglc

DÉTE|(U. DE LA VALEl'R RELATIVE DES TERRAINS. 389

Par leur nature propre, les terrains secs ne sont pas favorables aux cultures herbacées qui végètent pendant l’été ; leurs produits sont bornés aux plantes dont la fructillcation est achevée à la Gn du printemps, comme les céréales et les légumes ; . parmi les récoltes fourragères, le sainfoin et le trèfle leur sont spécialement affectés^ la luzerne y vient, mais y donne la moitié moins de foin qüo sur les tencs frajehes, par le manque des . “ coupes d’été. Les arbres et les arbustes qui s’enracinent profondément leur conviennent principalement ; les récoltés-raeincs qui peuvent supporter pendant quelque temps la séobe- ' resse y réussissent aussi, même dans les pays méridionaux où ' la terre ne s’humecte que tard, parce qu’elles y trouvent en- . core dans l’arrière-saison, après les pluies, une température sufllsante pour leur développement.

Dans les pays chauds, le climat permet de faire des secondes récoltes dans les terres fraîches ; les terres sèches sont privées de cet avantage; en outre, elles ne rendent que la moitié de la quantité de fourrage que produisent les premières ; enGn, les récoltes de céréales y sont moins assurées et d’autant moins abondantes qu’outre les fâcheux effets des variatio,ns du ..climat, elles ne fournissent pas en paille et en fourrages des moyens réparateurs aussi abondants. Ces terres ne compensent ces désavantages que par la propriété d'ëtre propres aux cul- . turcs arbustives, les vignes, les mûriers, les oliviers; mais, dans l’état actuel de la culture , leur valeur n’est que le tiers environ de celle des terres arrosées , pour les bonnes terres, et pour les terres sablonneuses ou graveleuses, quelquefois le dixième à peine.

Si, après les avoir comparées aux terres d'une autre classe, nous voulons les comparer entre elles, nous trouverons que 'leur valeur relative dépend de trois circonstances principales :

' la richesse en azote de la terre ; 2° la durée de sou état de sécheresse; 3° la facilité ou la dilTicuIlé dos travaux. Nous

390 • ACROLO.CIE. •

verrons que c’est de la combinaison de ces trois éléments quo dépend leur évaluation.

SECTiesi r®. — Faculté de conserver l’engrais^ i

Nous avons parlé, dans la première partie de cet ouvrage,

' <le la faculté qu’a l’argile de s’emparer d’une partie des éléments de l’engrais et de s’cn saturer ; dans cet état elle le conserve à l’abri do la décomposition, et ne le cède en partie que quand elle est humectée ou cbaubée: Cette partie ainsi conser- ‘ Vée a été le sujet constant des observations des agronomes al- ■ lemands, qui la désignent sous le nom de vieille graisse. De cette propriété vient que , quand on fume une térre argileuse maigre, le fumier ne parait produire aucun effet, l’argile s’en est emparée, et ce n’est quelquefois qu’après plusieurs fumures Consécutives quo les récoltes paraissent en ressentir l’influence. . . • Rien n’est donc moins avantageux que d’entreprendre la culture d’une terre argileuse maigre, comme rien ne l’est davantage que d’avoir à traiter une argile riche. Il est par conséquent de la dernière importance de connaître précisément la . ' richesse de la terre en azote, puisque, si la terre est argileuse, i’aiffience presque complète de l’azote annoncerait qu’il faut consacrer un capital considérable pour la mettre en état de porter de pleines récoltes. ' -

Ayant pris des terres qui- étaient en divers états de fertilité et en ayant dosé l’azote, nous avons trouvé que celles qui donnaient un produit proportionnel à l’engrais qui leur était fourni contenaient 0,0002 d’azote pour chaque centième d’argile du sol ; tout ce qui manquera à cette quantité sera donc une mise hors, un capital nécessairement consacré à le mettre en état de produire ; mais cos mêmes terrains, une fois mis en état, donnent quelquefois d’excellentes récoltes sans engrais, , 'quand l’humidifé de la saison végétative force l’argile àresti-

dëteb». db là valeur relative des teuriinS. 391

tuer anepartrede son trésor. L'argile saura le reprendre plus tard, et cette bonne fortune ne peut être regardée que comnae une avance dont il faudra la rembourser. Ce n’est donc que quand la terre est longtemps cultivée sans fumier que l^on rentre dans cette mise de fonds, par une succession de circonstances qui permettent aux plantes de s’emparer de l’engrais mis en réserve, quand ilsç trouve dissous par l’eau, et c’est ce que savent trop bien faire les fermiers qui ne quittent pas do pareilles terres sans les avoir épuisées.

Dans les terres siliceuses, sablonneuses ou calcaires, au contraire, il ne se fait pas d’accumulation, mais la partie de l’engrais qui n’a pas servi immédiatement à la végétation se trouve dissipée dans l’atmosphère en se résolvant en gaz, ou entraînée' dans les couches profondes^ par la pluie. C’est donc ici une perte sèche que l’on subit. Aussi vaut-il mieux ici fumer sour vent et à petites doses, tandis que les terres argileuses peuvent .être fumées plus largement.

En elTet, outre l’emmagasincment de l’engrais par l’argile, pes terres compactes laissent moins pénétrer l’air entre lenrs pores. •

* On peut donc jusqu'à un certain pojnt estimer que dans les terres inconsistantes, |>rès du tiers de l’engrais est perdu, et que cette déperdition diminue à proportion que la terre devient plus forte. Il nous est impossible en ce moment d’assigner le rapport qui existe entre ces deux circonstances ; cependant, pour la commodité de la pratique, et sans craindre une grande erreur, si Ton suppose qu’une terre complètement argileuscj renfermant b, 48 d'argile," mette l’engrais à l’abri de toute perte, et qu'à l’état inconsistant il s’en perde le tiers, on pourra admettre que chaque centième d’argile assure la conservation de 0,028 parties de l’engrais ; et celte hypothèse pourra servir à établir la valeur relative des terrains.

On conçoit maintenant tout l’avantage des terres sèches un

392 , • ' • • AGROLOGIE. ,

peu chargées d’argile, et pourquoi, surtout quand elles tien^ nent beaucoup de terreau qui remplit en partie le môme office, Thaër et les autres agronomes leur ont attribué un si haut rang ; nous allons en trouver encore d’autres raisons.

Section II. — Durée de l'état de téchereste de la terre.

Plus la terre est siliceuse ou sablonneuse, moins elle est disposée ù retenir l’humidité; plus tôt elle perd au printemps, et plus tard elle reprend en automne la dose moyenne d’eau nécessaire, à une bonne végétation. Il s’ensuit que les plantes dont la végétation est la plus longue peuvent se trouver exclues de ces terrains, si l’époque de leur dessèchement de-' vance celle de la maturité do leurs fruits. Ainsi, le froment exigeant 2140 degrés de chaleur ^puis le renouvellement de Sa végétation au printemps jusqu’à sa maturité*, si la terre 'n’a plus rhumidité nécessaire quand la somme des degrés accumulés n’est encore que de 1700, le froment séchera sur pied sans mûrir, mais l’orge aura pu mûrir, et le terrain sera un' terrain à orge à l'exclusion du froment,

' Cette disposition des terrains combinée avec les besoins d’eau de chaque plante les classera relativctnent aux cultures qui leur conviennent; ainsi le seigle ne mûrit qu’avec 1864 degrés de chaleur ; mais évaporant moins que l’orge, il continuera sa végétation dans un terrain où l’orge aurait sé-> ebé sans fructifier. Au-dessus de 0,50 de sable, Thaër n’admet pas que les terrains de l’Allemagne soient propres au froment ; de 0,60 à 0,70, ce sont des terres à orge ; de 0,75 à 0,80, des terres à avoine, et au-dessus de 0,80 des terres à seigle. On

(t) Nous ne donnerons ici que des exemples; nous ne discuterons pas la manière de compter la température nécessaire à la végétation des diverses plantes, nous réservons ce sujet pour la météorologie agricole, et nous adaptons les chiffres de M. BoussinganU,8auf à tes discuter plus tard, ainsi que ceux dAdanson.

Page 1