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CHAPITRE X

Des circonstances anl affectent les protfnlts ' de la salenr ^es terres»

Nous avons vu dans le chapitre précédent que nous ne pouvions établir une valeur absolue des terres, et qu’elle ch^a- geait selon les lieux; nous allons rechercher maintenant si cette valeur est plus constante selon les temps, ou, en d’autres termes, quelles sont les variations que la valeur d’une même ’ terre éprouve d’un siècle à l’autre. Il est bien aisé de voir, d’après ce que nous avons dit, que les changements dans la richesse du pays, dans sa population, dans ses voies de com- • munication , dans son modo de culture , amènent aussi des changements corrélatifs dans la valeur. Lç prix des denrée; . ' change aussi; en partant du treizième siècle jusqu’à nous, les choses qui sont du superflu de la vie, dit Dupré de Saint- Maur*, comme IcS amandes, les figues, les raisins, ont monté

(1) Essai sur les nÿon^ates, p. 37. ‘ , ,

AGROLOGIE.

de l à 16j les choses qui sont d’un plus grand usage, mais qui ne sont pas d'une nécessité indispensable, comnle les bœufs, les moutons, etc., ont monté de 1 à 18; les choses absolument nécessaires à la vie, que tout le monde consomme, comme le blé cl les grains, ont monté de 1 à 20. Mais îes denrées exotiques ont singulièrement baissé de prix : ainsi le sucre se vendait 20 sous la livre en 1595, quoique la valeur de l'argent fût beaucoup plus grande qu'aujourd'hui ; la livre de < •.’ poivre coûtait un quart du prix d’un setier de froment; ta livre de cannelle valait, en 1313, la moitié du prix d'un setier de froment.

' A mesure que les pâturages se sont défrichés et que l’on a consacré plus de terrain à la culture des céréales, le rapport du foin à celui du blé s’est aussi élevé; la plus grande circulation sur les routes a contribué à cet effet, en augmentant la consommation des fourrages. Il n’y a doUc rien de fixe dans le rapport des valeurs des choses; bieotût les. prairies auront un avantage qu’elles perdront phis tard ; des droits de douanes, des droits d'octroi sur les vins sont autant d'attéintes portées à la rente des vignobles, et par conséquent à leur valeur capitale; le changement de nourriture des habitants d’un pays change aussi ces rapports. En Lombardie, où le peuple se nourrit principalement de maïs, sa valeur relativement au blé est plus forte, et dans les années où le maïs ne réussit pas, tl se paie quelquefois plus cher que le blé'.

Au milieu de cetté variation perpétuelle des prix relatifs des choses, on chercherait en vain une base stable qui servit de point de repère pour les comparer dans les différents temps.

On vient do voir que le blé lui-métne'u'en est pas une, et que s’il l'était pour les pays où il fait une partie essentielle de la nourriture, il ne le serait plus pour ceux où il n’est que d’un

(1) Bür^or, Agriculture du roijaume Lombard- ieiulien, traduction française, p. 5 1. : .

DETERM. DE LA VALECR' RELATIVE DES TERRAINS. 4jl

usage secondaire; l'aTgent, que l’on a cru longtemps être la

• mesure invariable des valeurs, donna un démenti frappant à ce*x qui lui attribuaient cette qualité après la découverte de

• l’Amérique. Rien n’est donc plus diflicile que de mesurer à travers les siècles les accroissements ou les dépréciations qu’ont

. . subis les terres.

Après avoir cherché un terme de comparaison qui put nous donner cette mesure et qui fût d’ilne application agricole,

• ' nous croyons en avoir trouvé une beaucoup plus fixe que tou-

• tes les autres dans le travail des ouvriers qui cultivent la terreprofession qui n’exige pas d’apprentissage coûteux. Nous n’en- 'tendons pas par là le prix vénal de la journée, mais le prixd’un- mètre cube de déblai. Le manouvricr dans chaque pays,

, hors de circonstances extraordinaires, reçoit exactement pour . son salaire et celui de sa famille ce qui lui est nécessaire pour S9 nourriture et son entretien ; mais cet entretien est pro-' . portinnné à la force et à l’activité de l’ouvrier, et son travail effectif représente partout son salaire. C’est donc un prix à peu près constant que celui dudéblai d’un mèti;e de terre, et ce serait ■■ celui que l’on pourrait prendre le moins arbitrairement pour module de la valeur. Il nous donnerait le moyen de trouver la valeur de la qualité de terre la plus inférieure mise en culture : r® s’il y avait partout des terres d’une qualité assez inférieure •pour no produire que l’entretien de l’ouvrier et de sa famille ;

• 2® si dans chaque exploitation plusieurs qualités de terres n’étaient pas mêlées, de sorte qu’avec des terres produisant plus

. que l’entretien de l’ouvrier, il ne s’en trouvait pas qui , culli- . vées abusivement, produisissent moins que cet entretien. Il est .. donc rarement possible de prendre pour base les terres de qua lité inférieure, quoique leur valeur en général nedépende que" de ces seuls éléments, le prix de l’entretien de l’ouvrier et l’ètendue et l’intensité dé sa culture. 11 serait encore plus dilTicilc d’établir ce module sur des terres de qualité supérieure , plu-

, 43? • ACROt'oGIE. :

* sieurs de celles-ci rendant un revenu élevé et demandant peu

de travail : telles sont les bonnes prairies, les terres d’alluvion ■ ■ . légères. Tout ceci achève de confirmer ce que nous avons dit , que le moyen le plus simple, le plus sur d'évaluer les terres de * qualités diiïérentes , consiste à prendre pour type un terrain qui se trouve sous l’empire des mêmes circonstances extérieu- . •

' res, et dont la rente soit bien déterminée.

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