CHAPITRE VI
De l’état dans lequel Icms alimenta doivent êtrefournla aux plantea.
Le carbone ne devient soluble dans l’eau et propre à être absorbé par les plantes que sous la forme d’acide carbonique. C’est sou^ cette forme qu’il doit être offert aux plantes, soit que ’ leurs feuilles le puisent dans l’atmosphère, soit que l’eau météorique ou l'humidité du sol s’en emparent quand il se dégage . des matières organiques qui fermentent, ou quand, uni à des bases salines ou terreuses, il forme avec elles des sels solubles.
L’ôxygèire est fourni à la végétation par l’eau atmosphérique qui le contient presque toujours en excès, ou par l’acide carbonique qui, en se décomposant et déposant son carboné, abandonne l’oxygène qui concourait à le former; L'hydrOgène parait résulter aussi de la décomposition de Peau.
Quant à l'azote, ou bien il se trouve dans les engrais sous forme de sels ammoniacaux solubles, ou bien il 'se trouve engagé dans le tissu des plantes et ne peut être extrait qu’à la longue et par l’effet de leur putréfaction. Il n’est pas bien certain que la plante n’absorbe pas sans les décomposer plusieurs produits quaternaires qui renferment ces gaz en combinaison.
Nous savons qu’on essaierait vainement de nourrir un ani-* mal en lui administrant les substances pures qui font la base de son organisation, et qu’il faut qu’il trouve dans les produits végétaux qu’il consomme ces matériaux déjà combinés et organisés. Nos savants confrères, MM. Boussfbgaolt, Dumas.
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AUMENTATION VKUÉTALE. ' . K?,
et Payen, vont même plus loin cnco;'c, et ils cherebeht à prouver qne la graisse qui s'accumule dans les tissus des animaux est recueillie toute foCméc, ou du moins sous une forme analogue à la vraie graisse, dans les aliments végétaux dont ils se nourrissent; quant aux plantes, on les reconnaît aptes à com-> biner entre elles des principes élémentaires, mais quand elles trouvent dans le sol des produits quaternaires déjà formés, Jeur -végétation luxuriante en montre les bons effets. M. Chevreul a déjà indiqué qu’il se pourrait que le sang appliqué comme engrais ne fût pas complètement décomposé en passant dans le torrent séveux, et qu’une partie pourrait bien être absorbée sous uhe forme moins altérée. On pourrait peut-être en dire autant des excréments qui communiquent leur odeur pro^ pre aux végétaux, et non pas seulement une odeur d’ammoniaque ou d'hydrogène sulfurée ou carbonée qui proviendrait de leur entière décomposition.
Nous sommes en présence de ces problètnes, mais nous n’en avons pas la solution. Toujours est-il que les engrais provc~ nant des débris de l’organisation sé sont montrés les plus puissants, et que si l’on ne peut nier quela végétation peut s’accomplir en leur absence, il faut convenir aussi qu’ils paraissent lui être plus avantageux, se mieux prêter à l’assimilation, épargner à l’organisation un travail qu'elle trouve tdut fait.
.L'azote, qui fait partie de' combinaisons quaternaires, ellesmêmes emprisonnées dans des tissus plus on moins résistants, ne peut être mis à découvert et à portée des organes végétaux qu’autant que ces tissus sont décomposés par la fermentation. Il n’est donc pas indifférent de s’assurer du degré de réclusion où il se trouve, pour savoir à quelle époque, prochaine ou éloignée, la végétation pourra en profiter. Ainsi Te corps azoté qui consisterait en ammoniaque pure s’évapore-^ rait avec rapidité, et toute l’activité d’absorption de la plante ii’en pourrait réhueillir qu’une faible partie, tandis que, s’il
AGROLOQIE.
était renrcrmé dans le tissu d’un os entier, il faudrait'des sièi- ' des pour que la végétation pût s’en saisir, puisqu’on a constaté la présence de la gélatine et de l’albumine dans des os dont l’antiquité était indubitable, dans des os trouvés dans les fouilles de Pompeï. Nous devrons donc nous préoccuper béaucoup de l’état des corps considérés comme engrais.
Il y a déjà bien des années, M. Payen, ayant eu à s’occuper des moyens d’utiliser les débris des animaux, avait entrevu On principe qu’il a définitivement formulé ainsi :
« tes engrais ont d'autant plus de valeur que la propor~ tion de substance organique azotée y est plus forte et y domine, surtout relativement à celle des matières organiques non azotées, et que la décomposition des substances quaternaires s’opère graduellement et suit mieux les progrès de la végétation. ».
Après la dose absolue de l’azote, c’était donc sa quantité rc* lative et son mode d’agrégation avec les matières non azotées qu’il fallait considérer, et le plus ou moins de facilité de la désagrégation. L’expérience seule pouvait prononcer sur ce dernier point; maison n’a pu encore faire d’expériences régulières et directes. On est obligé de s’en remettre à celles qui • résultent de la pratique agricole, et l’on sait que celles-ci, soumises à des influences diverses de sol et de climat, recueillies jusqu’ici par tradition plus que par une observation préconçue, ne nous donnent que des à-peu-près dont il faut bien se contenter. Dans les expériences plus directes que nous avons tentées et que nous rapportons plus loin, nous avons trouvé que le fumier d’écurie prolonge scs eflets pendant trois ans dans les terrains frais du midi de la France, et agit sur deux récoltes de froment, de manière que, sur 1,000 parties d’azote de l’engrais, la première récolte en prend 639, et la seconde 36 1 sur un terrain sec ; mais que si l’on arrose et que l'on fasse une double récolte dans l’année, la décomposition s’accélère, et
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les 1,00Ô parties d'azolc disparaissent dans ce laps de temps. Si i'op se sert des os, leur broiement h&te beaucoup aussi le dégagement des matières azotées emprisonnées dans leurs cellules. ■Les matières fécales desséchées perdent leur ammoniaque mè- ' |ées aveedes matières poreuses, telles que le charbon ; celles-ci . ^s’emparent des vapeurs ammoniacales et ne les cèdentqu’avec plus de lenteur. Ainsi, dans le premier cas, la présence de l’eau, dans le second la division mécanique, ont été les agents dont nous nous, sommes servi pour entrer plus tôt en jouissance des matières azotées; dansletroisième, au contraire, nousiesavons ' mêlées à des matières qui les ont retenues dans leurs pores, pour nous opposer à l’excès de leur volatilité. Il y a donc des préparations nécessaires pour accélérer ou ralentir l’action des substances destinées à l’alimentation des végétaux, et qui font ’ partie de la science des engrais.
En général , un engrais sera d’autant plus profitable que son action sera accomplie çlaiis le cours d’une récolte, puisqu'alors les avances des cultivateurs rentreront immédiatement; et les • engrais tardifs perdront de leur valeur en proportion de la durée de leurs cITefs, puisqu'on.sera obligé de leur faire supporter • l’intérêt d’une partie de leur prix d'achat pendant cette durée. Mais ce principe absolu n'est pas toujours vrai , car si les intempéries s’opposent au succès de la récolte semée avec l’engrais faàtif, U sera entièremeht perdu, tandis que l’engrais tardif . . profitera encore aux récoltessubséquentes.'Cela explique pour- <{uoi dans les contrées méridionales, exposées à la sécheresse printanière, on préfère les fumiers tardifs, et l’on fume rarement en couverture sur les plantes, si ce n’est les terrains arrosés, tandis qu’il en est tout autrement dans les pays plus septentrionaux , où la distribution des pluies est plus favora- - ble aux récoltes. > .
; Les principes que nous venons d’exposer relativement ami ■engrais azotés ne sont plus applicables pour les substance» tezi-'
AGKOLOGIE.
reases et alcalines qui entrentcotnmc auxiliaires paissants dans l’organisation végétale : les alcalis minéraux, la cbaüx, les sulfates, les chlorures , les phosphates. Ici l’expérience est déCH sive, et die nous prouve que les végétaux les absorbent et se les approprient le plus soùvent sous la forme minérale qu'ils ne doivent pas quitter. On applique directement ces sels et ce$ oxydes, ou on les mêle avec JeS autres engrais; dans l'uh et l’autre cas, ils produisent également leurs effets. '