‹ Cours d'agricultureChapitre 149 sur 174 · acsologie · texte numérisé non relu

acsologie

On voit ici ()ûe les effets «lu sel consistent à fixer une plus grande quantité de charbon dans la plante; le trèfle et la laitue paraissent recevoir l’effet le plus direct. L’auteur annonce de plus que les plantes arrosées de sel marin, et entre autres le lepidium, prennent une couleur verte plus foncée que celles' qui sont dans l’eau distillée. Sous Pinfluence de ce sel, la des- * slccation des plantes est moins rapide. «

Ayant répété cette expérience sur des gfaines semées dansi des pots pleins de terre (quelle terre?) et arrosées de la même manière, l’auteur obtint des plantes très vigoureuses sous l’in- . fluence du sel marin, mais elles donnèrent moins de graines que celles arrosées d’eau distillée. Il conclut enfin -que le sel, donne au tissu des plantes, et principalement aux feuilles, là. faculté de s’emparer plus fortement de l’acide carbonique -d» l’air, qu’il communique plus de consistance aiix parties vertes,' qu’il les rend plus fermes, plus épaisses, susceptibles de retenir avec plus de force leur eau de végétation et de résister aux sé-r cheresscs qui foni souffrir les autrés végétaux. Il ne faut pas se dissimuler cependant que ces expériences manquent de la plupart des conditions qui auraient pu être décisives en semblable matière, et surtout.de la sanction qu’elles auraient obtenue dé l’analyse des plantes.

On pourra récuser aussi celles où M. Lecoq annoneç; qu’ayant semé du sel à la dose de 3 grammes par mètre carré sur une lisière de 10 mètres de pré et sur un gazon sec, ainsi que sur deux pareilles étendues d’avoine au bas d’un coteau et sur un plateau, l’effet ne fut pas sensible sur les terres humides, et que sur les terres sèches l’herbe était plus épaisse, plus verte et en quantité double, sur la partie salée*. Ne peut-on pas supposer qu’ici le sel agit par ses qualités hygroscor piques? .

Ce qui est pltis positif, c’est une autre expérience, où l’au-

(1) Recherches, 'etc., p. ’

ALIUEMTATIOM VÉGÉTALB. .

teur a semé de sel, à diOérentes proportions, une terre semée en orge et une autre semée en luzerne;, en voici le tableau ;

Do»e par Wctifc. Produit cb org«. Produit en lusemc.1 *

, N? 1. . . i . . 7Sk. 1500k. 4258k. 1

Nous avons fait la réduction de l'expérience en hectares; dans l'expérience, chaque division n'avait en réalité que 50 mètres carrés.

Il en résulterait que la dose de 300 kilogr. par hectare se- ‘ rait celle qui conviendrait le mieux à l'orge, et celle de kilogr. à la luzerne. Les çssais que l’auteur a faits sur les pommes de terre et le lin lui ont donné aussi des r^ultats avantar geux ; il pense que, pour cette dernière plante, il faut atteindre la dose de 250 kilogr. de sel par hectare. Nous ne tirerons pas de ces expériences des conclusions aussi rigoiH'euses, {nai6 seulement une opinion favorable pour l'emploi du sel marin, sans doute dans les ças où la terre manque de soude et de. jchlore, deux substances qui font constamment partie de l’orga- • nisation végétale.

M. Braconnot a pris trois pots à fleurs ordinaires ; il a mis dans chacun 7 hectogr. de terre prise dans un champ et dessé^ chée; il a seméje 13 septembre, dans chaque pot, 12 graines dje colza et 6 graines de pois de senteur.

Le ^0 septembre, le n^ 1 a été arrosé avec 2 décilitres d’eau de pluie et 2 grammes de sel, le n° 2 avec I. gramme de sol et le n® 3 avec l’eau de pluie sans sel.

.. Deux graines de colza poussent des plaotulcs de 2 milljnié- .très de hauteur dans le n® J , ‘ .

6J8 • AGEOLOWB. ■ *’

Dans le n^'S, 8 plantes de colza de 10 à 90 millimètres. Dans le n** 3 , 1 2 plantes de colza de 30 mHlimètres. Les pois de senteur n'ont germé que dans ce pot.

Le 9 octobre, arrosé sans sël, le n*> 1 présente six graines de colza germécs seulement de 4 centimètres de hauteur et vigoureuses.

Le n<> 2, 9 plantes de colza de 7 à 8 centimètres; 3 graines de pois de senteur de 12 centimètres..

Le n° 3 présente 12 plantes de colza de 12 à 13 centimètres, et 5 pois de 22 à 23 centimètres. ’

Le 19 octobre, arrosé sans sel ; le 25 octobre, n° 1, plantes, vigoureuses, courtes et trapues, à saveur de sel très prononcée ; no 2, les plantes croissent avec vigueur, mais sont surpassées par celles du n° 3 ; celles-ci se dessèchent plus facilement.

' En général, l’abondance du sel rend les plantes trapues et naines*. ' . •

Quelle conclusion tirer de ces expériences? celle que'Ie sel nuit à la végétation ; mais quoiqu’il nous soit difllcile de voir dans ces résultats on défaut de réussite, et que la (orme robuste et courte dé la plante n’implique pas pour nous la condamnation du sel, voyons cependant sous quelles conditions les plantes'ont été soumises à son influence. M, Braconhot a arrosé le pot contenant 7 hectogr. de terre avec une solution de 2 grammes de sel, ou 0,29 environ en sel du poids de la terre. Or, nous savons quë les terrains salants portent encore zfu blé avec une dose de 0,02, mais non pas à une dose plus de dix fois plus forte; et l’on ne peut que s’étonner que la végétation ait encore été possible avec cet excès de sel, ce qni n’aurait pas eu lieu, du reste, si le sel avait pénétré également dans la terre et que les racines n’eussent pas trouvé une couche bien éloignée du degré de saturation où se trouvait la surface du pot. Aussi, quand bien mèmela do se extrême de 2 kilog. p. 100 {i) Annales cfe physique e{ de chimie, jinyier'tSii, p. lli. ' *•

'AMUEMt^iTlON VÉGÉTALE. 6l9

dil potds de la terre 861*011 favorable à la végétation, nous nous garderions bien de conseiller de l'employer tonte à la fois'. La difficulté serait d'obtenir tout de suite èe mélange complet et parfait de la terre et du sel ^ ce n'est donc que par petites por- 'tions, telles que les plantes puissent se les assimiler, qu’il faut, distribuer le sel à la terre, et c’est ainSi qu'a agi M. Lccoq et fous ceux qui se sont livrés â de semblables essais.

La proportion de soude nécessaire aux dilTércntcs plantes est très variable. Celle de potasse la surpasse ordinairement de beaucoup, excepté dans les plantes maritimes; mais celles-ci ne peuvent se cultiver que dans les terrains décidément salifères. ■Quant aüx autres, nous voyons, par les analyses de Sprengel, la paille de fève présenter 1,65 p. lOO de potasse, et seulement 0,05 de soude, celle de colza 0,8 de potasse et 0,5 de soude, Celle de (tonient 0,0S9 de potasse et 0,020" de soude. Les proportions du chlore ne varient pas moins ; on en trouve '0,155 parties dans le colza, 0,031 dans la fève, et 0,010 dans le froment.

La soude et le chlore qui se trouvent dans le (roment annoncent qu’il exige ÿu moins la même dose de soude que dé potasse, c’est-à-dire 1 kilogr. de soude par.récolte d’ùn hecto-

litre de blé, ce qui suppose â‘‘,5 de sel marin, fournissant aussi 0,60 de chlore. Ce serait la proportion Ja plus forte trouvée par M. Lecoq, en supposant d'ailleurs des terres entièretnent privées de sel marin. • '

‘ Le prix de ce àel, que l’on pourrait sé procurer à nos marais salants à 3 fr. les 100 kilogri, est cousidérablemcnt âugmenl^é par le droit qui le frappe et qui est de 30 fr. par quintal mé^ trîqué. La soude revient ainsi à 8S c. le kilogr. Mais on l’ob-’ tient dans les manufactures de soude factice à 13 fr. les 100 kîlog.; cette matière contient de 1 8 à 35 p. 100 d’alcali. Ainsi-, au plus bas titre, U soude pure ne coûte que 72 c., et au plus haut, que 37 c. ; dans ces mémo fabriques, l’acide chlorhydri-

6S0 , .AGBOLOfilE. > •

que coûte 12 c. te kilogr. Ainsi, au lieu de fournir pour jun hqctare de récolte de sel marin, coûtant 0^,825, nous donnerions 1 kilogr. de soude à 37 c.y et yu tiers de kilogr. d'a<cide. coûtant 4 c., ou en totalité 41 c. En prolitant.de l’exemption d’impût dont jouissent les. fabriques de soude, on aurait encore l’avantage, grâce â la séparation de ces éléments, d’en attribuer à chaque técolte une dose proportionnée aux besoins désdiiïérentes espèces de plantes que l’on cultiverait-

Avant M. Lccoq, un grand nombre d'agriculteurs célèbres avaient essayé et constaté les eOcts du sel. Bacon, cherchant à . donner l’exemple de la méthode expérimentale qu'il recommandait aux savants , fut le premier à annoncer les bons clTcts du sel sur la végétation , et Davy termine la liste nombreuse des savants qui ont manifesté la mémeppinion. Ce dernier nous apprend que dans l’ile de Mann on répand sur les prairies un composé de vingt voitures de terre et de quatorze hectolitres de sel par hectare; M. Puvis nous cite, en France, l’usage des* cendres de Pornic , que l’on mélange avec le dessus des monceaux de sel , et que l’on arrose tout l’été avec de l’eau salée , et l’emploi de l’eau salée pour arroser les fumiers dans le Morbihan*. Les sables, le merl, les varecs, les goémons que l’on recueille en Normandie et en Bretagne, sont plus ou moins im- .prégnés de sol. £n Provence, .on mettait du sel au pied des Oliviers quand coproduit était.cxempt d’impôt. M. Mergès obtient de très beaux résultats de l’emploi du sel, surtout avec; Ips choux et les pommes de terre. 11 enfouit le sel à une certaine distance des plantes, et il assure que dès que celles-ci touchent au sel, elles prennent un grand développement; mais il faut se garder de le mettre en contact.^avec les feuilles. On cite, aussi les succès obtenus de l'emploi du se) pour les vignes et les arbres près do Tours*, lin des coneprrents de la Société d’horticulture

(\) Maison rustique du XIX' siècle, l.\, 16. " ■'

, (2) Turrel, /t«s«rcar dw recolles,. t843, p. 138. ; , , :

de Berlin* déclare que la substance la plus propre à augmenter la production des arbres fruitiers est le sel marin. Il le répand vers le milieu d’octobre sur le sol qui entoure l’arbre, aussi loin que s’étendent ses branches , de manière que la terre en soit eptièremènt saupoudrée. Les résultats de cette pratique seraient vraiibent surprenants*.

, Nous ayons vu que dans les expériences de M . Lecoq; comme dans celles de M. Braconnot, le sel semblait favoriser l’assimilation du carbone et qde les plantes présentaient un • .aspect robuste, nerveux, provenant de l’abandon du ligneux. M. Muntz assure* que les cordiers du Palatinat donnent toujours la prëférenceaux chanvres et aux lins venus sur les bords du Bbin , dans le pays de Bade, â ceux qui poussent sur ces mêmes bords en France, quand même ils auraient été produits sur un terrain absolument de même nature et qu’ils se ressemblassent en beauté, parce que le fil de Bade est infiniment pliys fort. Aprcfr bien des recherches, ils n’ont pu assigner d’autre cause à cette différence, si ce n’est que dans le pays de Bade le fumier est produit par du bétail qui mange beaucoup de sel, . tdndis qu’il n’en consomme pas eh France. Selon M. Boussingault la soude qui se trouve dans les plantes n’y étant pas, avec le chlore, dans un rapport tel qu’on puisse penser qu’elle y a pénétré sons la forme de chlorure, c’est principalement sous la forme de carbonate de soude que cet alcali est absorbé par la végétation. En effet, quoique le chlorure de sodium et le carbonate de chaux ne se modifient pas au contact, on sait, par une expérience de Clouet , que si l’on humecte du sable avec une solution de sel marin , qu’on y introduise de la craie en poudre et qu’on abandonne le mélange à l’air, on voit apparaître une efflorescence de soude carbonatëe. « C’est ainsi, dit ‘

(t) Comptes rendus, t. XX, p- 454.

(2) Rapport au comice de Wissembourg sur l’impôt du sél, p. 7^

(3) A'conomïcrarflfa, Ull, p. 215, , • • ' '

Cî? . ■ , AGROUXilE. . ,

,M. Boussingault, que le chlorure soJium doit agir pour fa~ .voriser le développement des plantes, et qu'en donnant cette substance à un sol suffisamment calcaire, on l’amende réellement avec du carbonate de sonde. Ce ne serait que sur les terrains calcaires que le sel aurait produit cet effet, et il aurait été inefficace sur ceux qui étaicUt dépourvus de chaux. »

Avant d’admettre complètement cette opinion , qui peut avoir son côté du vérité, il faudrait que nous fussions bien convaincus que les glaises et les terrains quartzeux de la Bretagne, poifr lesquels on réclame si vivement l'engrais- de sel , n'en éproti» vent queun bon résultat.

On sait que la Lorraine est riebe en mines de sel et en sources salées, et il est présumable que cette substance doit aussi entrer daps la composition des terres arables de celte province. Ne serait-cc pas là la cause des expériences négatives de M. Mathieu de Bombasie?

On emploie, pour administrer du sel aux terrains, les procédés que nous avons décrits pour la potasse; on le mélange avec des terres sèches ou avec les faqaiors.

Section IlL Moyen de mettre à la digpositim des plantes les alcalis des silicates. ’

Quelle que soit la force d’absorption que poæède la végéta- 'tion et avec laquelle elle agit d’une manière si ineontcstablu sur les éléments mis à sa portée , elle ne peut vaincre cependant certaines forces d’affinité qui unissent entre eux certainf de ces éléments constituant des substances insolubles. Têts sont, entre autres, les silicates. Ainsi oe n’est que quand des 'causes puissantes agissent sur ces silicates et provoquent leur désagrégation que les suçoirs des plantes peuvent s’emparer de la silice ou des alcalis qui forment ses parties constituantes. Ce sont surtout les argiles qui présentent ces-conditions; l’eau

cbar^éæ d'aeiüo carboniqirc ne fak qu'un Irèvak lent iur elles, même quand clics conticnoent on peude chaux, commeles marnes ou les terrains marneux ; mais on obtient un eflet bien plus énergique de la combustion de ces argiles, car alors on opère comme nous l’avons enseigné dans l’analyse, où nous avons sé- .paré la silice des bases avec lesquelles clic était combinée en la calcinant avêc un mélange de sel alcalin. Ainsi, soit que les silicates soiçnt alcalins par eux-mémes , soit que le mélange de la chaux leur donne le degré d’alcalinité nécessaire, la combustion des argiles les rend propres à être décomposées et à sc , résoudre en leurs éléments; alors l’argile se dissout avec facilité dans les acides et dans l’eau chargée d’acidé carbonique, la silice solublepeut passer dans la végétation et se séparer i l’état .de gelée ; enfin , les alcalis mis à nu se dissolvent danâ i’eatf. L’état nouveau du sol, qui* de plastique qu’il était devient perméable à l'eau et à l’air , favorise ces échangés, C’est là l'explicatioH.tles avantages que l’on trouve à l’opération proposée par le major Bealson.^ On sait qu’il construisait des fours propres à brûler de grandes quantités, d’argile, au moyen des-quelles il produisait un- effet fécondant sur ses terres.

Cet effet n’a pas toujours été admis; i part l'amendement physique bien évidentdu sol, on a nié sa fécondation. Dans son nouvel état l’argile devient, il est vrai, plus dbsorliante des éléments ammoniacaux de l’atmosphère , mais elle ne cède rien aux plantes que de la silice, si les silicates qu’elles renferment s’étaient que des silicates d’alumine, tandis que si ceux-ci étaient unis à des silicates alcalins, les alcalis seraient' mis ' dans la circulation végétale et devraient alors produire un effet évident '

Comme l’opération du brûlement des argiles est assez coûteuse partout où le combustible est cher, nous n’en conseillerons l’essai en grand que quand l’analyse chimique aura prouvé que le sol contient en effet des silicates riebes'en akalis. Si le

•AGSOCOGlE."

combustible est & très bon' matcbè, ôn peut brûler l’argile pour rendre le terrain plus meuble et plus absorbant.

On conçoit que cette opération diffère essentiellement de l’écobuage que nous avons décrit ailleurs

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