‹ Cours d'agricultureChapitre 155 sur 174 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Valeur «Ici» engrais relativement aux dlflTérents ‘genres de enitnre et aux ^dllEérentes circonstances dn sol.

Les engrais appliqués aux différentes cultures et dans des ctrconstaiwes -diverses ^ sol et' de climat sont loin de repro-

düire des résultats identiques pour les récoltes auxquelles on ' les applique. Cette matière neuve a été l’objet de recberebes • que nous devons rappeler ' . . • ■

Les expériences qui ont pour but d’établir ces résultats Ont •

été faites sur deux espèces de terrains, des terrains arrosés ' et des terrains secs , et sur différentes sortes de végétaux. On s’est servi du fumier d’auberge décrit plus haut (page 600) , et possédant 0,79 p. 100 d’azote à l’état normal , et 2,083 à rètat sec.

Ce n’est pas que quelques tentatives n’aient été faites par .Thacr, de Woght, Crud, dans le but de parvenir à cette délcr- ’ . • mination; mais pour se convaincre qu’ils ne sont pas arrivés au résultat dont no.us indiquerons l’importance , il suflit de connaître les différentes méthodes suivies dans la comptabilité • ' ,

agricole à l’égacd des engrais.

. Quelques-uns se bornent à leur assigner le prix de la litière, sans considérer que; s’il était vrai que la litière n’acqult rien par sa transformation en fumier, il serait plus convenable de l’enterrer immédiatement dans le sol, sans lui faire subir cette manipulation. '

D’autres.balancent le compte des animaux par la valeur des, * ■fumiers, c’est-à-dire qu’après avoir porté à leur débit les fourrages et la litière au prix du marché, les soins, le dépérissement, etc. , ils placent en regard,, à leur crédit, le prix des animaux vendus, celui de leur laine, de leurs agneaux ou de leurs veaux, etc.; et si cb second total est plus faible que le premier, ils rétablissent l’égalité en portant le complément pour valeur de l’engrais. Il résulte de cette méthode que celte valeur vnric selon que l’on élève des races d’animaux plus ou moins profitàblés, et qu’on le fait avec plus ou moins d’art et de soin. . .

(1) Voir iiotré mémoire sur la valeur dès cn^re\s, Mémoires de la €ociété centrale d'agriculture, 1812.

648' AGROLOCIE. . .

D’autres encore donnent pour valeur ^ l’engrais le double de l’excédant du produit des parties fumées sur celles qui ne le sont pas, en supposant qu'une première récolte n’en consomme qué là moitié. Mais outre la difliculté de faire exactement la ' . part des récoltes des différentes terres d’un domaine, cette méthode est basée sur une hypothèse dont l'exactitude dépenddes ' saisons qui ont plus ou moins favorisé la décomposition du fumier, son absorption par les. plantes et la réussite finale de celles-ci.

Au milieu de ces hésitations de la pratique, des personnes . de bonne foi, craignant plus les erreurs que les omissions, mais', ' sans considérer que les omissions sont aussi des erreurs, proposent de supprimer le compte engrais de l.a comptabilité agvicele. ' .

Ainsi, dans l’état actuel de la science agricole, rien ne vient nous éclairer sur la véritable valeur des engrais. Si leur fabrir cation était toujours séparée des exploitations rurales, si l’éleveur de bestiaux avait ses intérêts à part de ceux de l'agriculteur, nous saurions à quoi nous en tenir; il y aurait alors un marché d’engrais où les intérêts réciproques finiraient par ^équilibrer, et nous saurions la valeur réelle de ce précieux auxiliaire de toute bonne agriculture. ' .

Ce marché existe auprès des grandes villes, mais nullement dans les conditions égales- que nous pouvons rechercher. Là se trouve ordinairement surabondance de la marchandise, relativement au rayon dans lequel il est avantageux de la transporter, inégalité entre l’offre et la demande. On a fabriqué aussi un grand nombre d’engrais artificiels, mais' il est resté du doute sur la valeur réelle de la plupart d’entre eux, ët quant à ceux qui ont résisté à l’épreuve; ils pourront servir Un jour de régulateur, quand leur valeur relative avec les engrais naturels sera bienconnue, et surtout quand, le marché en étant saturé, l’équilibre sera bien établi entre eux. ,

■ AUMENTATIOS VÉGÉTALE.

• • , Toutes ces causes notis ont laissé jusqu’ici dans une très . grande ineertityde sur la véritable valeur des fumiersv Sentant vîvement l’importance de cette question, nous nous en sommes toujours occupé avec sollicitude, et nous avons réuni quelques éléments de sa solution^ qui contribueront peut-être à appeler sur elle l’attention des cultivateurs et provoqueront les communications et les recherchés qui peuvent la compléter.

. Pour parvenir à résbudrc ce difficile problème, il fallait réunir des circonstances agricoles telles que l’on pût apprécier avec exactitude le produit .total que l’on peut retirer d’une quantité donnée de fumier. Il fallait donc se rendre aussi in- 'dépendant que possible de la nature du sol et du climat. De la 'nature du sol : dans les terrains maigres qui contiennent de, Pargile, une partie de l’eiygrais est absorbée pat elle, et ne re- 'paralt pas immédiatement; et dans un terrain qui contient du carbonate de chaux, il y. a formation de nitrates par l’action at- «.mospbérique indépendante de la présence des éngrais, comine qous l’avons aussi fait voir. C’est donc sur un terrain sablonneux que nous avons dû agir.

Do plus, dans les pays.et dans les années sèches, la végétation se ralentit dès le mois de mai, et jusqu’au milieu d’octo- ‘ bre, par l’effet du dessèchement du sol, et elle s’arrête pour les plantes annuelles, précisément au moment ou la chaleùr f«- V voriserait le plus leur développement, si elle était accompagnée . d'humidité; mais l’irrigatipn rétablit la fraîcheur de la terre,

, et rend à la végétation toute son activité ; c’est donc sur des terres pauvres d’engrais, sablonneuses et arrosée^ à volonté,

. que les résultats devaient être cherchés. Nous avons eu le bnn- 'heur d’obtenir une série de résultats accompagnés de toutes . ces circonstances, recueillis sur un' terrain sablonneux, peu chargé d’argile et de cbauit, abandonné depuis longtemps,, mais qui venait d’acquérir nouvellement les premiers bienfaits.

. do l'arrosage. . • • • •

■650 AGROLOGIE. ■ * ' ’

Mais c'était peu encore d’exAf&iirer ce qui se passe dans'c(:s ‘ conditioQs exceptionnelles; nous avons dû comparer nos ■résultats à ce qui a liéu dans les terres sèches etdans l'état général de la culture. Si les expériences faites sur les terrains arrosés nous donnent la valeur absolue do Fengrais, celles qui résul^ tent de’ l'examen de la culture commune n'ont de valeur qiie pour le climat et les terrains où elles ont été recueillies, et, sôus ce rapport, elles doivent être répétées en différents lieux avant de pouvoir devenir une règle générale. ‘ ^

Ainsi la première partie de cet examen, qui concerne les expériences faites sur les terres fraîches et arrosées, ayant pour objpt d'écarter, autant qu'il est possible de le faire dans de pa* reillcs expériences, les circonstances de climat et de sol, ap^ proeberait par cela même d’une détermination pbsolue, s'il était possible de faire abstraction d'une plus longue durée déld saison chaude dans nos climats du midi, durée qui pèrmetde profiter, dans la même année, de presque toute là rich^e du fumier, et prévient les pertes qu’un plus long si^our on terre peut lui faire éprouver. -Quant à la valeur du fumier sur le$

■ terres sèches, elle eét entièrement liée aux influences climatériqücs du pays où les observations ont été faites, et ne pourrait être admise ailleurs sans modification. C’est sOus ces conditions préalables que nous présentoits ce travail è l’examen des , .

. . agriculteurs. ' . ' •

Section P®. — Valeur du fumier employé à diverses cultures dans les terres fraîches. • • • •'

Nous entendons ici, par valeur de l’engrais, celle'de la récolte que l'en obtient en sus pour chaque quantité d’engrpis

■ ajoutée. Ainsi, supposons que 'le .terrain cultivé sans fumier

.. donne 3, et qu’avec 1 de fumier j'obtienne 3, la valeur du fumier sera celle de i Je la récolte; do même, si avec I dé fumier

• ' " Ai.nit.NTATiox vi;gétai.e. . ■ .651

j’ofbtiens 3, et qu'avec 2 de fumier j’olilienne 4, cette valeur’ sera de même de 1 du végétal récolté : ainsi do suite pour cha- ' que dose nouvelle d’engrais employé, jusqu'à une limite qui varie selon les plantes, et que nous essaierons d’indiquer en V . traitant des rultures. Nous nousdispenserons donc entièrement

• d’entrer dans la distinction du revenu net de chaque culture, et nous nous bornerons à rechercher ce que l’emploi de l’engrais apporte d’augmentation aux récoltes, en les comparant à ^e qu’elles auraient été si on n’en eût pas employé, ou qu’on en eût employé en quantité moindre. Ceci posé, passons aux résultats obtenus d’abord dans les terres arrosées, et puis dans.

. jlés terres sèches. . ■ • • . .

. " ’ ' ' S 1*^. — Froment.

Les terrains arrosés des bords de la Durance composent une jtone agricole très remarquable pâr ses produits et pour l’industrie de ses habitants. Au milieu d'assolements très variés de différentes plantés horticoles, on y sème souvent du blé, en

• pratiquant à peu près la méthode suivante que nous avons retrouvée en Sicile. ‘

La semaine a lieu au commencement de novembre; le grain est répandu sur le terrain bien préparé et fumé, ou suiffsam- ■ment amendé par les cultures précédentes. La terre est divisée en planches de 1 à 2 mètres de largeur, et chaque planche est ’ séparée de sa voisine par un intervalle de 0“,25, que l’on approfondit de 0"*,05 à 0'°',06 par un seul coup de houe, pour y faire passer les eaux destinées à l’irrigation. Au printemps, quand les vents ont desséché la terre, que la pluie manque et que la chaleur moyenne a dépassé 12^,50 centigrades^ on fait circuler l’eau dans l’espace déprimé qui se- trouve entre les planches, et on l’y arrête longtemps pour qu’elle pénètre entre deux terres par infiltration, mais en s’abstenant de toute submersion, qhl tasserait le terrain et nuirait à la végétation. Cette ,

. A'GROLOGIE.'

irrigation souterraine est répétée si l’on s’aperçoit que les ' plantes souiïrent do la sécheresse, ihais rarement a-t~elle lieu plus de deux fois, et souvcntx)n se borne à une seule. ' '

La beauté de la végétation ne laisse qu’une crainte au cuHivafeur, c’est le versementdes blés; mais, malgré cet inconvénient, les récoltes sont si productives qu’on n’en est pas découragé. '

. .Quand la moisson est faite, à la fin de juin, on inonde te terrain, et, après l’avoir laissé ressuyer deux ou trois jours, on le laboure et on y sème, des haricots, des pommes de terre, du maïs quarantain, du millet, que l’on soigne par les mèmès pro- ' .cédés. Ces secondes récoltes, venues à la faveur d’un terrain frais et dans les mois les plus chauds do l’année juillet, août et septembre), ont encore une grande valeur.. Par c6s produc-,. . tions successives aidées d'une chaleur humide, le terrain se trouve dans un état qui exige une fumure abondante pour le:> cultures de l’année suivante. •

Ayant sous les yeux de si belles et de si nombreuses expé- • riences, il semble qu’il aurait dû-nous être fbeile de déterminer immédiatement le rapport do l'engrais à la récolte de blé; mais . un grand obstacle s'opposait à cette appréciation. Cette culture est faite souvent sans engrais direct, en profitant de l’excès de fécondité, ou, comme disent les Allemands, de la vieillt force, accumulée par les cultures antérieures. Quand on y met de l’engrais, ce n’est que comme supplément de celui que l’on suppose exister dans le terrain ; cet engrais est très variable * dans sa qualité, et ne consiste souvent qn’en balayures de ' ville. Une analyse exacte de ces différentes circonstances con- • duirait trop loin et laisserait des doutes légitimes sur les résultats, s’ils n’étaient pas éclairés par des expériences directes. Nous avons eu le bonhenr d’obtenir depuis quelques années une série de faits indépendants de ces circonstances ; ce sont des cultures de blé faites sur les terrains neufs que qous avons ‘ décrits plus haut, avec des quantités d’engrais déterminées et

ALIMENTATION’ VÉGtfAt.K. 653

‘ ,da qualité connue. Ces terrains, situés sur lc.s bords de la Du; rance, annonçaient leur pauvreté par celle de leur végétation naturelle; c’étaient des sables ma! liés, transportés jadis par des .. courants et sans doute fortement lessivés; car il n'y avait que .des traces de matières organiques charbonneuses, sans azote.. Aucun cultivateur ne leur aurail.conCé la semence aype espoir de la reproduire une seule fois, Le tableau suivant donne les résultats de trois années de cette culture : • - j

Ânnitt. ' ' ' Quantité 4c rtmiicr. Pr. 4.1 blé. Valeur. neoitème récolle.*

iSôti. (O arcs coquin taire met. i5^k. 33tsn niQk. jiommcs déterre ïOfTÇ i 2(H SG tO ast kil. haricou .... « »

SIS fis su s liPrt. millet '.'■33S'J

08 18 TO 70 küO[tr. Ii.nricots., . . 13 »

140 38 30 I lieci. 7 millet.. , 19 »

SIO ti.7 73 t.lieel. ■ 9S n .

"S 19 80 ."'Ok. ptimmek de terre 13 »

tôu^ 3T ta looklloitr. haricots... . 30 »

ïiO (10 :;ii 1 hect. 7 millet ..... £0 »

U30 5'JS 13 2 U 93

Ainsi 90 arcs de terrain ont produit en première récolte 1 , 430 kilogr. do blé, après avoir été ensemencés de 1 44 kilogr. ; or, .comme on peut supposer que dans le sol le moins riche la semence se reproduira au moins une fois cllc-méme, nous aurons, en retranchant le poids de la semence de la récolte, la quantité de 1 ,286 kilogr.., qui représentera l’action du fumier; mais il faut ajouter à ce produit la valeur de la paille.

. ■ Cette substance étant destinée à reproduire de, nouveau fumier, nous ne pouvons lui attribuer, dans l’économie rurale, d’autre prix que celui qui résulte de son équivalent comme engrais; cet équivalent est, d’après MM. Boussingault et Payen de 166,66 p. 100 d'engrais normal, et par conséquent pour le nôtre de 331 . La quantité de jiaillc étant, d’après nos formules locales, du double du grain ou de 2,572 kilogr., c’est'

kl valeur de — =c766 kilogr. de fumier qu’il faut .

(ï) Comptes rendus c/e rÀcaJc'wic (7?s fc!cncex, t. y üf, p. 331 .

Page 1