CHAPITRÉ'II
. nialolre de* élément» de» terrain» afcrlcole».
Après avoir décrit les moyens de constater par l’analyse et de séparer l'un de l’autre les divers éléments qui constituent , nos terres arables, il. faut examiner les propriétés agricoles de chacun d’eux, et ce ne sera qu’aprés les avoir ainsi parcourus un à un que nous pourrons les réunir et nous faire une juste idée de l’efiet de leur mélange.
Section P». — De la silice.
La siliee se trouve dans les terres en plusieurs états : 1<> sous forme de cristal de roche ou de quartz, insoluble dans l'eau et' les acides, et ne pouvant être attaquée par eux qu’ après sa .
PARTIES COMSTITCANTES DÉS TERRAINS AGRICOLES. '• 6 1 calcination avec un alcali, la potasse, la soudQ ou la chaux; ‘2° sous forme d'une poudre blanche, très Gne, provenant de la décomposition des silicates, soluble dans les acides forts et dans une solution alcaline, et même à l’état naissant au moment de sa séparation des bases avec lesquelles elle était combinée, soluble dans l’eau, comme le prouvent les résidus des eauE de certaines fontaines ët des eaux minérales, parmi lesquelles on peut citer en première ligne les Geysers en Islande, qui dé- ' posent de la silice autour de leur cratère ; 3" eoGh, à l’état de combinaison avec d’autres substances, formant des sels où elle joue le rôle d’acide, comme avec l’alumine , la potassç , la soude, le fer,-Ia magnésie, etc.
A l’état de quartz, la silice, selon la grosseur de ses par-, ticules, modiGe différemment les propriétés physiques du sol. * Ainsi le sable siliceux à gros grains ne retient que 0,20 d’eau, tandis que le sable très Gn entretient 0,30. Le sable grossier ne peut faire coéps et manque totalement de ténacité, tandis que le sable Gn employé à des moulages parvient .à faire corps et acquiert une certaine ténacité. Le sable grossier humide n’a aucune cohésion, mais le sable très Gn s’at-’ tache aux instruments. Pjus le sable a. de Gnesse, et plus il est mobile et sujet à être emporté par le vent. Costaz a constaté que les grains de quartz qui forment le sol des déserts de Libye ont environ 6,7 mill. de diamètre^. Ainsi l’abondance de la silice tend à rendre le sol facile à travailler, mais mobile , sujet à être déplacé par les grands vents qui mettent les racines des plantes à nu, et exposé aux sécheresses qui atteignent facilement ces racines ; ce sol ne s’emparant pas des substances solubles , mais les laissant GItrer quoique lentement, il lui faut des engrais souvent renouvelés, sans lesquels un terrain purement siliceux est complètement stérile.
^ • Le moyen le plus court de doser le quartz est de faire bouillir
(1) Mémoire de Costae sur la descript, de l'Egypte, t. II, p. 264.
AGROLOGIE.
la terre avec de l’acide chlorhydrique, qui dissout les autres substances, mais n’attàque pas le quartz.
•La silice soluble provenant de la décomposition des silicate^ est intimement mêlée à la terre sous forme de poussière très fine. Quand on chauffe fortement cette silice, elle devient inattaquable aux acides et aux dissolutions alcalines.
Au moment de la décomposition des silicates, la silice à l’état naissant est soluble dans l’eau; cela explique comment elle peut passer dans les végétaux par l’absorption de leurs racines; pourquoi sa quantité proportionnelle augmente toujours avec • l’âge des végétaux, son peu de solubilité ne permettant pas qu’elle se dissolve de nouveau et soit entraînée apVés avoir été déposée. Elle s’accumule surtout sur les féuilles et se manifeste ensuite dans le terreau qui résulte de leur décomposition et où elle se trouve en abondance. Elle forme les 0,43 des tiges du froment; les 0,6*3 de celles du seigle; les 0,69 de celles • de l’Orge ; les 0,04 de celles des pommes de terre ; les 0,37 de celles du trèfle, selon les analyses de Bergman et de RuellertL La silice pure forme des concrétions aux nœuds des graminées ; * elle compose l’épiderme extérieur et luisant du bambou, et est nn des éléments qui donnent aux végétaux leur solidité et constituent en ‘grande partie leur squelette; mais son abondance dans la nature rend son r61e nutritif assez peu important, et elle doit être envisagée surtout sous le rapport nàécanique.
^ La silice contenue dans la terre 'ne peut se doser que par les moyens analytiques que nous avons décrits dans le chapitre précédent. ' ■ '
Section II. — Du feldspath.
> Le feldspath est un silicate d’alumine et de potasse, ayant
(1) Bulletin des sciences agricoles, l.lllfp. 325. ' ' ■ i
PARTIES CONSTITUANTES DES TERRAINS AGRICOLES; G3 la forme d’un prisme rhomboïdal, une apparence vitreuse qui devient terne à mesure qu’il se décompose. On en trouve des fragments dans toutes les terres qui proviennent des granits, ou dans les terrains d’alluvions venant des montagnes granitiques. Le fedspath ne se dissout pas plus que le quartz dans les . . acides. Tant qu’il est entier, il agit sur le sol à la manière du gravier et “du gros sable. En se décomposant, il se change en argiles, qui se dépouillent graduellement de leur potasse par l’action de l’eau chargée d’acide carbonique. La propriété que possède cette eau de dissoudre les silicates alcalins explique la fertilité du sol arrosé par des sources qui sortent des terrains feldspathiques et qui sont chargées d’alcalis et d’un peu de silice. L’eau de pluie et surtout celle qui est en contact avec le terreau est par cela même très propre à attaquer les débris de feldspath qui sont mêlés aux argiles, à leur enlever la potasse et à la mettre à la disposition .des plantes. •.
Section III. — De l’argile.
' Il règne une si grande confusion sur ce que l’on a désigné sous le nom d’argile, qu’il faut commencer par s’en'fa.ire une . idée bien nette, Si l’on veut bannir définitivement le vague que des termes mal définis ont perpétué dans l’agrologie.
! L’argile est une combinaison de cinquante- deux parties de" silice, de trente-trois d’alumine et de quinze d’eau plastique.
^ Elle a la propriété de faire une pâte liante avec l’eau, ce qui la rend dilTicilè à travailler quand elle est mouillée. Elle durcit beaucoup et oppose une grande résistance aux instruments d’agriculture à l’état sec. ■ .
Il est une autre propriété de l’argile qui doit fixer aussi l’attention des agriculteurs, c’est la faculté de s’emparer des gaz ammoniacaux et de les retenir entre ses particules. Selon.
AGHOLO€IE.
Liebig, il se forme même de véritables sels alumineux dans . . lesquels l’ammoniaque joue le rôle de base ^ Si l’on humecte ■ une argile ou une terre argileuse avec une solution de potasse, ji s’en élève une vapeur ammoniacale qui fait promptement passer au hieu le papier de tournesol rougi Ce dégagement dure quelquefois pendant plus de deux jours. Cette propriété . ‘coïncide toujours avec une odeur particulière que répandent les terres argilegses, quand elles sont humectées ; et en cflét, c’est par son émanation plus on moins forte que les agriculteurs jugent de la présence et de l’abondance de l’argile dans lesteitës.
M. Bèrard a fait des expériences qui prouvent que l’argile brûlée absorbait avidement les gaz, et devenait ainsi un bon récipient des gaz de l’atmosphère.
Les agriculteurs savent que quand ils mettent en valeur des terres argileuses^ depuis longtemps épuisées, la première fumure parait ne produire aucun effet ; l'argile s’en est empaféc, elle retient dans son tissu les gaz ammoniacaux, et ce n’est quelquefois qu’aprés plusieurs fumures que la terre est saturée et parait se ressentir de nouvelles doses d’engrais ; mais alors les terres amenées à cet état sont très fertiles.
Si l’on, continue à en tirer des récoltes sans les fumer, les produits baissent peu à peu, et quand l’humidité de la saison, en humectant fortement l’argile, met de l’eau surabondanteàportée de l’ammoniaque contenue dans les pores del'argile, cette eau s’empare de ce gaz et le transmet aux racines des plantes; l’argile s’appauvrit ainsi de nouveau.
Il est assez facile à un praticien exercé, ou à un homme qui tient un compte exact de ses opérations, de juger si une terre , ^ argileuse se trouve dans cette position moyenne où l’engrais. . * . .
(1) Chimie orÿâmfue, introduct., p. cix.
(î) Voir une note de M. Bouis, Annales de chimie, t XXXV^ p. 3S3. . ' ■ ■■ ■ • .
donne exactement des produits proportionnels à sa quantité.
4Si l'on analyse des terres dans cet état, on trouve qu’avant la fumure elles contiennent environ 0,015 d’azote pour chaque centième d’argile contenu dans le sol.
Cette'donnée est de la plus grande importance : elle nous apprend que toute terre argileuse doit posséder un capital eu ' fumier avant d’ëtre portée à toute sa valeur ; que dans les anr nées de sécheresse où la masse d’argile n’est pas pénétrée d’une humidité surabondante, ce capital reste improductif; qu'il reparaît en partie par l’elTet des saisons plus humides ; maisque, dans tous les cas, son existence est nécessaire pour que . le fumier ajouté produise tout son effet.
L’argile a encore la propriété de retenir une grande proportion d’eau (70 pour cent de son poids) et de ne la laisser filtrer que difficilement ; il en résulte que dans les saisons sèches les plantes s’y trouvent mieux , souffrent moins parce qu’elles absorbent alors une partie de l’eau du terrain, mais* aussi que dans les saisons humides leuts racine», continuelle-, ment baignées d’une quantité surabondante d’eau, la transmettent à la plante dont la texture devient lâche et molle, et que même, par la prolongation de leur séjour dans on bain ' d’eau peu aérée, elles entrent en décomposition.
L’imperméabilité de l’argile quand une fois elle est saturée d’eau,.qualité qui la rend si propre à la confection de bassins que l’on veut rendre étanches, empêche aussi les matière solubles contenues dans l’eau qu’elle absorbe de la traverser,de telle sorte que ces matières se déposent entre les molécules de l’argile , quand cette argile vient à se dessécher. C’est ainsiqù’on y rencontre, outre l'ammoniaque, de la potasse et différents autres sels. Ces matières solubles, une fois enfermées dans* sa masse, ne peuvent en sortir que par les surfaces de l’argile mise à découvert. L’eau dissout alors la potasse et s’empare de ‘ l'ammoniaque. Le labour, en brjsantces particules et exposant
Digitizcô Dy v.jOOgIe
66 ' • . AGBOU)fiIE.
de nouveiles surfaces à 4’acUon des agents extérieurs, met à nu les substances solubles qui peuvent ainsi entrer dans la vé> gétation.
On voit donc quel rùle important remplit l’argile dans la- Clôture , quoique ce rôle soit pour ainsi dire mécanique , ear ses principes n’entrent qu'en faible quantité dans la végétation ' . L’incinération des végétaux y démontre un peu d’aiu- . mine ; elle forme à peine un centième du poids des cendrés. Schrader l'a trouvée à l’état de pureté dans les grains d’orge ét d’avoine et dans la paille de seigle. Y était>dle anivée sous . forme de sel d’alumine etd’ammoniaque?
• Section IV. — Du eatbonate de chaux.
Le carbonate de chaux est une substance très abondante dans la nature ; elle forme de grandes masses de montagnes ; -las courants diluviens et les alluvions l’ont répandue dans
* j>resque tous les terrains meubles ; nous n’avons trouvé jusqu’ici aucun sol complètement dépourvu de toute trace de cette sub- ' stance , mais nous en avons vu quelques-uns qui en étaient presque entièrement composés; tels sont. les terrains que l’on a appelés crayeux.
■ ' Les terrains qui renferment une quantité sensible de calcaire . ont des caractères agricoles qui leur sontpropres. En les comparant aux tm'ains purement siliceux ou argileux, on y remarqué l’absence de plusieurs plantes impropres à l’alimentation du bé- ' tail qui infestent ces derniers terrains, la petite oseille, la ma- Iricaire, les oxalis, qui y sont remplacés par le trèfle, les lotiers, la iupuline ; les fourrages légumineux y croissent avec facilité ; ils sont éminemment propres au froment , et c^ qualités sont tellement inhérentes au principe calcaire , qu’jl suflit d’en ‘ ' ajouter une très petite quantité aux terres qui n’en contienf1) On ri’a trouvé jusqu’ici l’alumine que dans le lycopode.
PARTIES COKSTITUANTES DES TERRAINS AGRICOLES. 67 nent pas, un à deux centième par exemple, par le cfaaulage ou le marnage, pour que la végétation des bonnes plantes succède à ceUc des mauvaises ; pour que le trèfle, la luzerne et le ssfMimn y réussissent mieux; pour que les terres à seigle devioinent propres à porter le froment, et que celles qui por- ■ taient déjA du froment augmentent considérablement leur production ; teatiges des plantes deviennent plus fermes et moins sujeltes à verser. En même temps appliqué aux terres siliceuses, le principe calcaire leur donne de la consistance; il communique aux terres argileuses la propriété de se déliter par les chaqgements atmosphériques, de se diviser par l’action de rbumidité, de laisser filtrer l’eau surabondante, et prévient son extrême durcissement lors des sécheresses. Toutes ces propriétés du sol calcaire ont été exposées avec habileté par M. Pavis, dans trois ouvrages dont nous recommandons la lecture et f étude*. •
M. Th. de Saussure décrit d’une manière frappante * la différence qui existe entre les sols calcaires et ceux oi; manque la chaux. « Lorsqu'on passe, dit-il, des montagnes éal- <1 caires aux montagnes granitiques, on est frappé des différentes influences que ces deux sols ont sur la végétation.' Le (I sol calcaire parait l'emporter sur le sol granitique, nem-
* seulement par la variété do plantes auxquelles il sert de
* support, mais encore par l'état de vigueur et de prospérité
« où elles s’y trouvent? Lorsque j’ai dirigé mon attention
c sur les vertus nutritives des végétaux calcaires et des végé- <t taux granitiques , j’ai vu que les animaux qui se nourrissent « sur les granits étaient plus petits, plus maigres et fournis- (I saient moins de lait que ceux qui se nourrissent sur les tçr- (I rains calcaires , quoique les végétaux crus sur les deux sols
(I) Essai sur la viarne; De l'emploi de la chaux; De l'apricuUure du Gatmais.
\'2) De rioduenco du sol, Journal de Phijsiqise, 1800, t. II,. p. 0-
AGBOLOGIE.
U fasœnt les mémos , et que les quantités de ces végétaux « fournis aux animaux dans ces deux cas fussent égales. J'ai « vu que le lait des montagnes granitiques était moins chargé « de parties butyreuses et caséeuses que celui des montagnes •i( calcaires. Ilq’estpoint de coureur de montagnes des contrées a que j’iiabite, qui n’ait pu apercevoir la différence de consis- « tance qu’a la crème sur le Jura, montagne calcaire, et sur « les montagnes granitiques attenantes à la vallée de Gha- •
« mounix. »
Les analyses auxquelles se livra cet habile chimiste pour reconnaître la composition des végétaux poussés sur ces deux natures de sol lui prouvèrent que les carbonates de chaux et de potasse venaient remplacer en partie la silice dans le squelette des plantes crues sur les terrains calcaires ; serait-^e par l'effet de cette substitution que les organes des plantes seraient mieux disposés à se charger de prineipes favorables à la nutri- . tion?
Nonobstant les faits que nous venons d’indiquer et que chacun.peut constater, les fonctions que remplit la chaux dans là végétation ont été et sont encore le sujet d’opinions fort divergentes.
H. Davy ne considère le carbonate de chaux que comme un' amendement propre à améliorer la texture du sol, à augmenter son hygroscopicité ; selon lui, ses effets sont tous mécaniques mais la faiblesse de la dose' à laquelle il produit des effets si saillants écarta d’avance toute idée qu’il n’ait pas un autre genre d’action, surtout quand on sait que l’argile et le sable appliqués comme amendement à des terres qui ont des propriétés physiques opposées aux leurs ne produisent quelque effet qu’à des doses énormes, qu’ils ne changent en rien la nature de la végétation et n’en accroissent pas la vigueur. Celte explication ne rend pas compte non plus de la nullité *• (1) CAimie^ojricok, t. II, p. 52. .....
■ PARTIES CONSTITUANTES DES TERRAINS AGRICOLES. 69 . d'action des marnes les plus grasses et les plus hygroscopiques^ . employées à petite dose sur les terres sablonneuses qui possè- ‘ dent déjà l’élément calcaire, tandis qu’elles fertilisent ces mêmes sables auxquels manque cet élément. Dans l’un et dans l’autre cas cependant, les propriétés physiques du sol devraient éprouver les mêmes modifications.
D’autres pensent * que le principe calcairq de la marne réagit sur le terreau, le rend soluble et propre à passer dans la .végétation en neutralisant un principe astringent analogue au tannin et en dégageant l’acide carbonique du carbonate de chaux. On ne peut nier le bon effet de la chaux sur les terrains qui recèlent un principe acide, mais ces terrains sont rares, appartiennent à des sois bien déterminés : les terres de bruyères, les bois défrichés, couverts de terreaux formés de la décomposition de feuilles contenant du tannin , or ce n’est pas seù' kment sur les terrains de cette espèce que la marne agit avec • énergie, et tous les terrains où manque le calcaire, quoique n’offrant pas la moindre apparence d’acidité et d’astringence, ■ éprouvent les mêmes effets.
On ne peut pas non plus admettre d’action directe du carbonate de chaux pour transformer la fibre ligneuse en géine (extrait de terreau). Les pièces de bois engagées dans les constructions calcaires ne subissent pas cette altération, et si cette propriété existait, on ne devrait pas trouver trace de terreau dans les terres calcaires, où cependant il existe dans son état • d’intégrité, de même que dans les sables et les argiles.
D’autres ont cru que la chaux, rencontrant dans le sol de l’acide ulmique tout formé, se combinait avec lui, produisait de l’ulmate de chaux, qui, quoique très peu soluble dans l’eau (2000 parties d’eau dissolvant seulement une partie de ce sel), ou plutôt à cause de son peu de solubilité, fournit aux végétaux
la nourriture qui leur est le plus appropriée et dans la mesure .
(I) M. Puvia, Essai sur la marne, p. SO.