‹ Cours d'agricultureChapitre 2 sur 174 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

mélallurgie ainsi formée ne soit jamais appliquée; il n’ca existe pas moins une nouvelle somme de connaissances qui se sont ajoutées à celles que la minéralogie nous avait doi^nées sur le fer. C’est une brandie enlière de notions qui sont encore presque entièrement minéralogiques, mais qui n’aitront pour but que la pratique d’un art. Dénicra-t-on le nom de science àcette nouvelle collection de vérités obtenues par les mêmes procédés que celle qui constitue la minéralogie, parce que, plus tard, il arrivera que, s'emparant de ces études préliminaires, quelqu’un construira des hauts-fourneaux et produira du fer à l’aide de ces connaissances scientifiques. On pourrait en dire autant d’une foule de sciences secondaires qui ne sont qu’un appendice, un dévoloppcment devenu nécessaire pour le but d’application. £t demandez à mon excellent ami M. Cbcvreul si ses travaux • pour régénérer l’art de la teinture n’ont pas un carectère aussi sdentifiipie et n’exigent pas des recherches tout aussi difficiles que celles par lesquelles il a porté tant de lumières sur la chimie organique?

Si nous appliquons à l’agriculture ce que nous venons de ’ dire, ne trouvons-nous pas une parfaite similitude? La physiologie végétale, qui est une branche de la pbytologie, nous a appris que les plantes, pour se développer, ont besoin d’eau, de chaleur, de lumière, de carbone, d’oxygène, d’azote, ctd’une base pour fixer ctétendre leurs racines. La pbytologie nous indique les conditions dans lesquelles chaque plante se présente sous tous ces rapports dans la nature. Voilà la science naturelle pure.

Mais l’agriculture, la science technologique des végétaux, a d'autres connaissances à ajouter à ces premières données. Quelles sont, parmi ces espèces végétales, celles qui peuÿntêtre utilisées au profit de l'homme? Parmi ces ’ espècesç quelles sont les variétés qui sont les plus utiles?^

INTRODCCTION.

Quel est le moyen de se procurer, de créer, de propager ces variétés? Quels sont les moyens dt^ faire croître ces plantes loin de leurs stations naturelles? Quel terrain doiton choisir pour les y placer? Quelle préparation faut-il donner à ce terrain pour qu’elles y prennent tout leur développement, pour qu’elles y soient plus grandes, plus fortes, meilleures que dans la nature même? Comment se procurer la quantité d’eau qu’elles exigent, en les préservant de la surabondance de ce liquide? Quel abri leur devient nécessaire pour leur procurer arlidcicllement le degré de chaleur qui manque ou qui surabonde dans le climat où on les transporte? Comment les préserver d’une trop forte lumière et suppléer à celle qui leur manque à certainesépoques de leur croissance? Enfin, par quel moyen leur procurer les sucs nutritifs contenant les matériaux de leur accroissement? Toutes ces questions, qui ne sont qu’un développement de la phytologie elle-même, mais qui A’ont pu être posées qu’à l’occasion d’un but spécial et pour gn nombre limité de plantes, forment un appendice particulieb de cette science et constituent une collection de vérités qui pourrait aussi exister sans jamais recevoir d’application.

Mais l’artiste succède au savant; il s’empare de ces vérités, et parleur secours féconde et enrichit nos campagnes.

Je pense qu'il est inutile d’entrer dans de plus grands développements de ces idées; elles indiquent suffisamment le rang que l’agriculture doit tenir dans l’arbre encyclopédique. C’est une science technologique, dépendant de la science qui traite des végétaux, et dont l’ensemble prend le nom de phytologie. Celle-ci fait partie du grand embranchement des sciences cosmologiques, qui comprend toutes celles qui s’occupent des grandeurs, des forces et des objets matériels, par opposition aux sciences noologiques, qui ont' dans leur ressort tous les faits de l'intelligence ; et dans ce

IXTBODÜCTION.

premier embranchement, divisé en quatre ordres : 4® les sciences mathématiques , 2® les sciences physiques, 3® les sciences naturelles, 4® les sciences médicales. La phytologie fait évidemment partie de la subdivision des sciences naturelles.

Après ce que nous venons de dire, la définition de l’agriculture, telle qu’elle résulte de cette analyse, se présente d’ elle-même : c’est la science gui recherche les moyens d’obtenir les produits des végétaux de la manière la plus par~ faite et la plus économique^ •

M. Cuvier *, en disant que l’agriculture n’était que l’art de faire en sorte qu’il y eùttoujours, dans un espace donné, la plus grande quantité possible d'éléments combinés à la fois en substances vivantes, faisait trop évidemment abstraction de la partie économique de la science.

Ces limites, données â la science agricole par les déduçtions au^'quelles nous nous sommes livrés, sont bien éloignées, comme vous voyez, d’être aussi Rendues que l’imaginaient les anciens. Ceux-ci y comprenaient, outre* la production des produits végétaux immédiats, les connaissances refatives à l’élève des animaux qui s'en nourrissent j 'ils donnaient à ces produits diyei’ses préparations, de manière à ce qu’ils pussent être consommés en sortant des mains de l’agriculteur; ils s’o^upaient même du moyen d’utiliser et de rendre agréables les loisirs de la campagne. C’était l’état de l’industrie et les convenances de l'agriculture qui réglaient le champ de la science, et non pas un principe philosophique.

Or, conçue de cette manière, la science avait une étendue nécessairement variable ; d’abord, quant aux prépara^ tions des matières premières, elle devait se restreindre, chaque jour, à mesure que les industries diverses, dérivées

(1) Éloge de Gilbert. . • . : . -

• ISTRODÜCTION.

d’autres sciences principales, prenaient de TextensioB. Ainsi, s'agissait-il du blé, elle devait renoncer à la raoutnre et à la boulangerie, quand ces deux arts, appartenant à la mécanique et à la chimie, formèrent deux branebcs dis'iinctes d’exploitation. On associait à la culture de la vigne, non-seulement la fabrication du vin, mais encore celle des vinaigres et la distillation de l’alcool; mais aujourd’hui ces deux dernières industries, appartenant aux sciences chimiques et physiques, sont livrées à des arts distincts; ou a même commencé dans plusieurs pays, dans le mien, par exemple, à vendre le raisin à des personnes qui entreprennent pour leur compte la fabrication du vin, et l’on conçoit très bien un état de l’industrie où cette coutume deviendrait générale. Ainsi voilà la viniculture dépouillée de ses fabrications accessoires et réduite à la production de ses fruits.

La culture du mûrier suit la même marche. D’nbord te planteur de mûriers étendait son Industrie à toute la fain*!cation de la soie ; peu à peu , le dévidage, puis la filature se sont détachés des attributions du cultivateur; enfin l’édaçation des vers à soie en sort tous les jours, et présqoe partout dans le midi, l’honome qui cultive les mûriers estdis» ' iinct de celui qui en achète les feuilles etélève lesversàsoie. La culture de la betterave présente les mémes'faits, et dans les pays de fabriques de sucre, le cultivateur se distingue souvent du manufacturier. Ainsi, partout et dans toutes les branches de la culture, le progrès de l’industrie, en favorisant la division du travail, en spécialisant chacune de ses opérations , tend à introduire dans la pratique cette distinction que la logique nous avait fait trouver pour la science, et renferme le cuttivateur dans le cercle de la production immédiate.

Il est donc évident que les convenances passagères de

IMTBODOCnOK.

CQlui-ci ne peuvADt pa» servir à les limites permanentes 4p la science. Que dans un temps où la civilisation est peu avancée, un seul homme se voie forcé d’exercer plusieurs arts, c’est ce que nous voyons encore loin des grands centres de population; mais parce qu’un maître d’école y est à la fois sacristain, secrétaire de mairie, arpenteur, organiste et marchand, en conclura-t-on l’idcnlilé de ces professions? Ainsi, que le cultivateur, privé de tout moyen facile d’échange, soigne sou troupeau, en tonde la laine, la lave, la file et la lisse lui-iinème, qu’il fasse delà bière avec son orge, de l’eau-de-vie avec son raisin, de la soie dévidée avec ses feuilles .de mûrier, de la fécule avec scs pommes de terre, pour rendre ses produits d’un trans* port plus facile, tandis que dans d’autres temps il pourra vendre directement et à son plps grand avantage sa laine surge, son orge, son raisin, ses feuilles de mûrier et ses pommes de terrCr que faut-il en conclure? Ces variations dans son industrie, subordonnées aux diversités des poâlions et des circonstances, démontrent évidemment que l'étendue varialde de celte industrie ne peut devenir la base d’une distribution logique et nécessairement invariable des connaissances humaines, dont les données doivent être htdépendantes des temps, des lieux, et partir d’une base toute rationnelle. '

Sans doute, dans chacune de ces ciroonetances particDlières on peut faire, pour le besoin de ceux qui s’y trouvent, un manuel de conduite renfermant la théorie et la pratique de plusieurs arts; on peut y comprendre des fragments de^ géométrie, de mécanique, applicables à l'arpentage et aux forces diverses que l’on peut employer et à la forme des instruments aratoires, de chimie applicables à différents arts, comme la fabrication du sucre, la préparation des engrais, etc., sans que l’on soit en droit de dire que, pac

INTRObUCTIOR.

cela même que toutes ces eonnaissaaces sont Utiles à l’agpi- * { culteur place dans uue position particulière, elles constituent une seule et même science.

Mais non-seulement le procédé par lequel on limiterait le champ des sciences par les associations de ces sciences dans in pratique serait éminemment transitoire, de siècle en siècle, d’année en année, de pays à pays; non-seuiement il serait semblable aux divisions politiques qui changent sans cesse sur la carte immuable de la géographie physique, mais encore il détruirait toute unité d’exposition dans la science que l’on constituerait de la sorte.

Un des caractères principaux qui font reçonnaitre la légitimité du domaine assigné à chaque science, qui prouve qu’elle est composée d’éléments homogènes, c’est là possibilité de la parcourir tout entière en partant des principes établis dès le début et suivant les mêmes méthodes d’exposition et de recherches; mais une science formée comme l’agriculture l’a été jusqu’ici manquerait entièrement de ce caractère d’unité et de simplicité. Ainsi, reprenant un des exemples que nous avons cités, l’art de cultiver la vigne a pour point de départ la phytologie qui l'accompagne jusqu’à la fructification ; mais dès que le fruit est séparé de la plante, il cesse d’èire sous l’empire des forees vitales et il mtre sous celui des affinités chimiques qui régissent l’art de faire le vin, ou l’œnologie. Le vin étant produit, si l’on veut en séparer les divers principes et faire de l’alcool au moyen de la chaleur, c’est la physique qui servira de guide.

A chaque nouveau pas que nous faisons, nous laissons derrière nous, nous abandonnons toutes les théories précédentes, nous avons recours à de nouveaux principes distincts de ceux quenous avons dù employer jusque-là. Il n’y a donc pas d’identité, il n’y a pas même de parenté entre les divers ordres de vérités que nous parcourons de la sorte, pas plus

INTHODCCTION. . ' 13f

qu’entre les spéculations du minéralogiste qui examine et classe le marbre et celles du sculpteur qui en fait une ' statue, quoique tous deux aient opéré sur une même sub- stance.

11 sera plus facile maintenant de déterminer le point précis où s’arrête la science agricole. La culture des plantes reconnaît pour base la phytologie; tant que nous ne suivons dans nos déductions que des principes phytologiques, tant que nous nous occupons d’une plante pendant sa vie végétale, nous pourrons enchaîner toutes les vérités qui se présenteront sur notre route, parce qu’elles découleront toutes d’une théorie unique et qu’elles tendront toutes au même but. Mais, en sa qualité de science technologique, Tagricülture devra dès le début associer au principe phytologique le principe économique, celui de la production d’une richesse. Celui-ci ne rompt pas l’unité de l’exposition, car il juge les résultats obtenus par les moyens phytologiques, mais ne sert pas à les trouver; c’est le crilerittm entre plusieurs méthodes qui existent indépendamment de lui. Mais dès que la substance est privée de vie, dès que, cessant d’appartenir aux sciences naturelles ,- elle entre' dans le domaine des sciences physiques, ce sont d'autres doctrines, d’autres principes tirés d’un autre système de connaissances, un autre ordre de vérités qui n’ont plus de rapport direct avec la science de la vie. Alors l’œuvre de l’agriculture, sinon celle des cultivateurs, est terminée, un"autre art commence. Cet art aura beau être exécuté par les mêmes mains, il ne procédera pas des mêmes doctrines; celui qui l’accomplira pourra sans inconvénient ignorer si la substance qu’il traite est un produit de la culture, il lui Suffira d’en connaître les propriétés en tant que substance morte, il sera encore technologue, il ne sera plus agri--' cultcur. ■' 1

14 Introdcctiok. • . ‘ •

J’ai réservé pour la dcrnicrc une dirficaUét]ui se résout >par les mêmes l’aisonnements, mais qui, ayant pour elle de nombreux préjugés et la force d'une habitude invétérée, exige quelques nouveaux développements. Il s'agit dè résoudre celte question : L’éducation des animaux domestiques doit-elle être regardée comme une partie intégrante de la science agricole? On peut voir dans l’ouvrage de M; Ampère* que cet excellent esprit hésita long temps avant d’adopter mes idées, mais que, pleinement éclairé par nos discussions, il finit par les admettre complètement.

A prendre h la rigueur les principes que nous venons d’établir, il semble que la séparation de ces deux branehes de connaissances ne puisse être douteuse. En effet, quelque grands que soient les rapports qui unissent les corps orga- ■ nisés, on n’est point encore parvenu à ce degré de généralisation qui permet de traiter à la fois de la physiologie animale et de la physiologie végétale. La zoologie et la phytologie font bien partie du meme groupe de sciences, mais elles forment deux sciences distinctes qui ont chacune leurs méthodes «t leurç vérités à part; et quant.aux scien^ ces technologiques qui en dérivent, qui ne sent qu’il serait' impossible de fondre ensemble l’exposition des principes concernant la culture des plantes et des principes relatifs aux soins à donner aux animaux, de manière à les faire découler les uns des autres? J’en appelle à tout homme ’ habitué aux procédés scientifiques; chargé d’un (cl enseignement, quel parti prendrait-il? Il s’occuperait d’abord des végétaux, décrirait leur mode de vivre, les circonstances naturelles qui favorisent leur croissance, les moyens de les faire naître ou d’y suppléer; puis, ayant accompli celte partie de sa tâche, il commencerait sur nouveaux frais, en partant de nouveaux principes et en suivant de nouvelles (t) Essai sur la philosophie des sciences, p. xxxiij et 126.

LYIRODUCTION.

déduction?, ce qui concerne la vie des animaux, leur nourriture, leur croissance, et les moyens de les diriger de la manière la plus favorable et la plus économique. On. aurait donc réellement deux enseignements, deux cours réunis' sous un seul nom, dont les vérités ne seraient liées que par une transition artificielle qui consisterait à dire que les animaux consomment les produits de l’agriculture et leur fournissent des engrais. Examinez, en effet, si ce n’est pas ainsi que Thecr, ’cet excellent esprit, a disposé son cours. Le traité des animaux n’est réellement que l’appendice de son ouvrage, appendice tout à fait indépendant du traité d’agriculture ; de sorte que l’on pourrait indifféremment commencer l’étude de son livre par l’un on par l’autre, et arriver par cette seule considération à se convaincre que . l’on se trouve en présence de deux sciences distinctes, ra^riculture et la zootechnie.

Nous admettons, me dira-t-on, que, quoique la pratique unisse et lie intimement l’agriculture et la zootechnie, ce ne soit pas un motif suffisant pour en réunir les théories; un homme peut en effet exercer deux arts différents, découlant de deux sources distinctes; ceS deux arts peuvent avoir un besoin mutuel l’un de l’autre, se servir d’instrument l’un à l’autre, sans qu’il en résulte nécessairement l’union des deux sciences. Ainsi, l’optique est distincte de l’astronomie, quoique celle-ci en fasse un usage continuel et qu’on ne paisse guère être astronome accompli sans être bon optir cien; mais quand il y a union intime, association forcée, pénétration, pour ainsi dire, de deux arts, quand il est impossible de les concevoir l’un sans l’autre, la science ne saurait les séparer. Or, comment concevoir l’agriculture sans les animaux qui fournissent les forces et l’engrais? Il faut bien, dans ce cas, admettre une science double, ayant deux parties, l’une qui s’occupe des vc^étaux et l’autre des

15TB0DDCTI0N.

animaux. Voilà l’objection dans toute sa force. En l’analysant, elle se réduit à deux points : l" impossibilité de concevoir l’agriculture sans animaux ; pénétration intime de la partie végétale et de la partie animale de l'agriculture, même sous les rapports scientifiques Quant au premier point, quoique l’agriculture d'une partie de l’Europe soit en ce moment indissolublement liée à l’existence des animaux, il n’est pas vrai que l’on ne puisse concevoir un état agricole où ces deux notions soient complètement séparées ctdistinctea. 11 enest ainsi dans l’enfance de l’art. Allez examiner la culture des nègres du Sénégal, celle meme de la plupart de nos colonies ; vous trouverez des cultures riches, soignées même, et conduites absolument sans le secours des animaux. On retcouve ces faits encore dans les pays où l’art est le plus perfectionné; à la Chine, par exemple, dans les provinces les plus populeuses, ou ne nourrit pas d’animaux. 11 en est de même dans. plusieurs contrées du midi de l’Europe; on trcmverà en Pror vence un grand nombre de fermes où les bras de l’homme et des engrais achetés pourvoient à la culture la plus intelligente et la plus productive; et, sans aller si loin, les jardins maraîchers des environs de Paris présentent le même phénomène. Dans une foule de situations les herbagers sont complètement distincts des nourrisseurs ; les uns fournissent le foin et les autres l’engrais. L’union n’est donc pas si intime qu’on ne puisse la trouver naturellement rompue, et qu’une très légère abstraction de l’esprit ne puisse ainsi faire concevoir la séparation , non-seulement des deux sciences, mais des deux arts. Ainsi l’analyse nous montre, d’un côté l’éleveur de bestiaux qui dispose de leurs forces et de leurs engrais et achète les produits végétaux qui forment leur nourriture, et de l’autre le cultivateur qui vend ses produits végétaux, loue les forces et achète les engrais.

ISTRODÜCTIOK.

Or, qui ne voit reparaître ici la relation signalée plus haut entre l’optique et l’astronomie? qui ne voit que les produits animaux ne sont ici que les instruments, qui pourraient être suppléés par les forces de l’homine et celles de la nature (le vent, la vapeur), et par des engrais enlevés à l'atmo- , sphère par les végétaux eux-mèmes, de même que la lunette serait imparfaitement suppléée par l’œil humain? Il y a de part et d’autre utilité, mais non pas nécessité. Constituer une science sur ces bases, c’est n’avoir fait qu’une science artincielles de variable étendue selon les lieux et le temps, et non une science véritable, ayant des fondements logiques à l’épreuve de toutes les circonstances.

•• 2® On voitdéjà par ce que je viens de dire qu’il me serait tout aussi facile de séparer les deux sciences que les deux arts; qu’èn agriculture, en empruntant à la mécanique les notions des forces utiles, je puis faire abstraction de la source qui les produit ; qu’ensuite, à l’égard des engrais et en prenant à la science chimique ses combinaisons toutes formées, je n’aurai à m’occuper que de leurs effets, de leur valeur relative, sans avoir à tenir compte des matières pre>' mières qui les composent et que lui fournit la zootechnie. Celte dernière s’enquerra à son toür de la manière de produire ces machines, des bénéfices et des pertes de cette pro- . duction combinée à celle des bestiaux, du lait, de la laine; mais l’agriculture n’aura à balancer que la valeur de l’engrais avec le prix de ses avoines, de ses foins, de ses forces. Et chaque cultivateur soigneux, tenant ses livres en partie double, n’établit-il pas chaque jour cette distinction entre ôes éléments divers? La logique d’une comptabilité inflexible a précédé pour lui mon analyse; en examinant ses' livres, il sait fort bien distinguer ce qu’il gagne comme cultivateur et comme éleveur, de bestiaux, et pour lui ces nœ lions sont tout aussi séparées dans l’art que dans la science.'

18 • • . INTRODtCTION.

Si l’on ajoute à toutes ces raisons l'intérêt des bonnes études agricoles et de l'exposition scienliiique, un n’hésitera plus à séparer définitivement l’agriculture de la zoo- ' tcchnie, si faciles à distinguer, soit dans la théorie, soit dans . la pratique.

Après avoir circonscrit aussi rigoureusement la science ' , en elle-même, il est juste de dire que l’on serait un agriculteur fort incomplet si l’on ne possédait que ta science de l’agriculture, de même que l’on serait un mauvais médecin si l’on n’empruntait à l’anatomie et à la physiologie, qui sont des sciences natuiellcs, les lumières nécessaires pour éclairer les sciences médicales proprement dites. Ainsi le couiis des études agricoles devra comprendre plusieurs sciences accessoires que nous avons séparées de la science de l’agriculture, et comme c’est précisément ce cours * . d’études que vous exigez de-moi, je ne dois pas terminer cette première leçon sans vous en tracer rapidement le tableau. *

Rappelons-nqus d’abord que l’agriculture est une Science technologique dérivant de la phytologie et ayant, comme tontes les sciences technologiques, deux parties distinctes : celle qui tient à la phytologie et cellë qui tient à l’économie sociale.

’ Considérée sous le premier rapport, nous avons dit que !a vie de la plante exige une base qui ordinairement est la terre, plusieurs éléments minéraux et en outre de l’eau, de la chaleur, de la lumière, du carbone, de l’oxygène et de l'azote, à quoi il faudrait joindre l’électricité. En parcourant ces différents chefs, nous allons retrouver les sciences que leur parenté avec l’agriculture nous fait un devoir de faire entrer dans notre plan d’éludes.

La terre. — Nous avons à examiner sa nature en rapport avec ses produits ; c’est l’objet d’une science technolo-

INTBOfil'CTION.

giqae dérivée de la minéralogie, et à laquelle noos donnerons le nom A'agrologie.

. On a observé que les végétaux se plaisent dans une terre ameublie, c’est-à-dire rendue moins compacte par les labours; que, dans la nature, une très grande quantité de semences se perdent faute de pouvoir s’introduire dans le sein de la terre, dont la surface est durcie par une foule de causes; qu’enfin les plantes prospèrent d’autant mieux qu'elles sont plus isolées de leurs voisines et que la terre qui recouvre leurs racines est tenue dans un état de division qui permet l’accès à l’air et aux météores. Pour remplir ces différents buts d’une bonne culture, il faut : f® des instruments pour ouvrir et diviser la terre; 2® des forces pour les mettre ert mouvement. Ces\.\a mécanique agricole qui nous fera connaître les moyens que nous devons employer.

2® L’eau. — L’humidité que le sol contient, soit qu’elle provienne de la pluie, soit que, par l’effet dosa capillarité, il l’ait extraitedes couches inférieures, ne suffit pas toujours aux plantes; il faut alors, si cela est possible, leur en procurer un supplément au moyen des irrigations entretenues soit par l’eau courante amenée par des canaux, soit par des machines qui en élèvent le niveau. D’autres fois il s’agira, ■ au contraire, de délivrer la terre d’une humidité surabondante. Dans l’uH et l’autre cas, c’est encore à la mécanique et à l’hydraulique que nous nous adressons pour remplir le bat que nous nous proposons.

5® Chaleur, lumière. — Procurer aux plantes une quantité de chaleur et de lumière plus grande ou plus faible que celle qui est propre au climat où on les cultive, c’est le moyen de pouvoir en étendre la culture, en les transportant dans des pays plus chauds ou plus froids que leur patrie originaire ; c'est aussi le moyen de hâter cl de prolonger

INTRODl’CTION.

par l’art la durée des différentes périodes de leur existence» et de varier la saison de leur maturité. C’est ce que l'on obtient en créant des abris contre les impressions de l’air» contre la lumière ou la chaleur solaire, ou pour arrêter et réfléchir ou absorber cette lumière et cette chaleur. Ces procédés sont usités en grand dans certaines circonstances, mais en général ils appartiennent plutôt à celte branche de l'agriculture qui s'occupe des jardins et que l’on nomme horticulture.

4® Météores. — Les plantes vivent dans deux milieux : la terre et l’atinosphère. Il faut donc aussi étudier la constitution de l’air, scs propriétés, les effets que leurs modifica-; tions produisent sur les plantes, la distribution des météores dans les années, les mois, les jours^ pour connaître les , époques de la végétation, pour choisir le genre de cultures qui s’adaptent à ces diverses circonstances, pour prévoir et. prévenir, s’il est possible, les fâcheux effets qu’elles pourraient avoir. C'est l’objet d’une science qui dépend de la physique et que l’on désigne sous le nom de météorologie agricole.

Les moyens de préserver les plantes, les récoltes et les forces agricoles contre les intempéries de l’air conduisent ù étudier une branche spéciale de l’architecture que l’on désigne sous le nom à’ architecture rurale.

S® Carbone, oxygène, hydrogène, azote, etc. — Les plantes puisent une partie de ces substances nutritives dans l’atmosphère; mais cette alimentation aérienne ne leur suffirait pas pour se développer et fructifier, si elles ne recevaient aussi par leurs racines des solutions des corps qui contiennent ces gaz, soit que ces corps existent déjà à l’état soluble dans le terrain, soit qu’y étant à l’état insoluble on leur applique certains autres agents qui changent cet état et les rendent susceptibles, d’être dissous dans l’eau, soit^ju’on

• IMTBODÜCTIOrî.

les fournisse au terrain par l’addition des engrais. L’étude de ces substances supplémentaires propres à servir de nourriture aux végétaux et celle de leurs préparations constituent une science technologique qui tient à la chimie, et a laquelle on a donné le nom de science des engrais.

6** L’étude de l'économie sociale et de quelques parties de la législation éclairera ensuite ce qui touche à la partie économique de nos études agricoles.

Telles sontles connaissances spéciales qui sont iiidispensahles à celui qui vent approfondir ce qui tient à la culture des champs. Vos études vous ont préparés à ces travaux, et vous avez assez réfléchi sur la position du propriétaire pour comprendre qu’il ne peut se borner au rôle de simple créancier envers la terre constituée son débiteur, mais que son rôle est réellement celui d’un chef de manufacture, et que de son intelligence dépend, en partie, le suécès plus ou moins heureux de l’entreprise. Vous ne vous bornerez pas longtemps à ces rapports matériels avec l’agrioulture; vous ne pourrez contempler sans une vive curiosité et une sincère admiration ce foyer de transformations, de compositions, de décompositions, cette chimie vivante, ce vaste champ des plus curieuses expériences qurrenferme tant de vérités ignorées qui n’attendent qu’un peu d’ohservation pour être mises au jour. Ces connaissances variées qne vous allez acquérir sont autant de points de départ pour observer sons toutes ses faces la végétation artificielle de ■nos champs. ' •

Il n’y a pas une seule des circonstances agricoles, on seul des procédés de l’art qui ne poisse devenir l’ohjet de recherches aussi curieuses qu’utiles, pas un où des efforts heureux ne puissent changer la face de l’industrie. Voyez ce qui s’est déjà opéré autour de nous par l’application de

Page 1