‹ Cours d'agricultureChapitre 23 sur 174 · I.OI · texte numérisé non relu

I.OI

Avoine

Paillft (Tavoine. •

Trène

rois fumés.. . .

traces

Ilarkots

id.i

Fèves

(1) Mémoires delà société centrale d’ctgùcuUure, 1814, p. 455.

(2) T. XVI, p. 387, de la traduction de ses œuvres.

(3) Agriculture de l^ouest, t. III, p. 18.

(4 j économie rurale, t. n,p. 329. ' '

AGROLOGie.

On voit dans ce tableau les navets, les pommes de terre, la paille d'avoine, l’emporter sur le trèfle par la quantité de sulfates. Mais le trèfle contient plus de chaux que toutes les.autres plantes analysées, ce qui faisait penser à M. Boussingault que la chaux était l'aliment principal qu’il fallait fournir au trèfle, et que si les sulfates agissaient comme aliment, iis devraient opérer des effets plus marqués encore sur d’autres plaates que ceux qu'ils produisaient sur le trèfle..

' Il fut conGrmé dans celte pensée en examinant ce qui se passait dans. les plantes plâtrées et celles qui ne l’étaient pas. En effet il obtint les résultats suivants sur du trèfle

Oxvde *

ActDit de

, CUorc. phoipb. luUut. ChiUX. HtgnÛMC. fer. PoIum. Sonde. Silice.

•lumine.

Tfcne non plâtré. 4,07 0.75 5.88 28,49 7, G! ,1,24 25.63 5,24 20.09

Trèfle plâtré. . . 8,93 3,41 29.41 16,02 6,70 35,41 0,60 10^41

Quoique les proportions de matières minérales de cet essai diffèrent de cellés obtenu^ de l’ensemble de la récolte de la ferme, nous remarquons cependant que les principaux matériaux s’y signalent toujours par leur abondance on leur défaut et dans le même sens que dans le tableau prêchent.

Nous voyons dans celui-ci que le plâtrage qui avait procuré une récolte double de fourrage n'avait rien ajouté à la proportion de sulfate, qui même paraîtrait avoir subi une diminution,

La théorie de Davy n’est donc pas plus réellequc les théories qui l’avaient précédée et qui l’ont suivie. Pour atteindre à la vérité, il faut donc instituer de nouvelles expériences en faisant . varier les sols que l’on analysera soigneusement, et en essayant le plâtre comparativement avec d’autres substances et sur une série de plantes plus nombreuse. Nous nous bornerons, quant à présent, à constater de nouveau, quelle qu’en soit la cause,

(I) Économie ntrale, t. II, p. 22.7. • .

PARTIES CONSTITDANTES DES TERRAINS AGRICOLES. 91' les effets énergiques dé cette substance sur la croissance' dés plantes fourragères légumineuses et de quelques autres plantes cultivées dans. les sols qui, jusqu’à présent, nous ont paru appartenir aux terrains anciens, ou à ceux de diiuvion, à l’exclusion des alluvions modernes. Sur les terrains d’alluvion moderne, le plâtrage n’a paru avoir aucun effet, et dans tous ceux où il a réussi , l’aftalyse n’a pu démontrer jusqu’ici la présence d’un cinq-centième du poids de la terre en sulfate de chaux.

Quand on veut rechercher le gypse contenu dans une terre, pn là lessive avec de l'eau distillée qui le dissout, et l'on précU pite l’acide sulfurique par le moyen du nitrate de baryte. Ûn calcule alors aisément par les équivalents le poids du sulfate de chaux que renfermait le terrain.

Section VIII. — De Coxÿde de fer.

On trouve le fer oxydé à différents degrés dans les terrains agricoles; il n’j en a pas un, peut-être, qui en soit complètement dépourvu. C’est lui qui les colore dé teintes si variées, depuis le rouge jusqu’au jaune pâle. Le fer oxydulé titanifère, attirable à l’aimant, se trouve dans les sables de certaines' rivières (le Cèze, l’Ardèche) ; les oxydes à différents degrés, jusqu'à l’oxyde noir, sont mêlés aux différents sols, dont ils augmentent la pesanteur spécifique et la faculté de s’échauffer par la chaleur lumineuse ; ,ils en accroissent notablement la ténacité.

On trouve aussi le fér en grain', ou fer hydraté, dans les terrains où les eaux ont croupi ; par sa richesse, il constitue parfois un véritable minerai.

Quand l’oxyde de fer se trouve en abondance dans un ter/- Tain siliceux, celui-ci s’échauffe et se desséche si facilement qu'il devient presque impropre aux cultures dans les pays mé-.

. AGROLOGIE.

ridiooaux‘,ie seigle même a de la peine à y épier. Au contraire, dans le nord, il favorise réchauffement du sol en le colorant, et le rend propre à la culture de terres qui, sans sa présence, auraient été stériles.

. Il y a des sols, au contraire, qui ne renferment qu’une très faible quantité de fer : ce sont des terres blanches, froides, et où les récoltes sont toujours retardées de<iuelques jours. On y remarque un grand nombre de variétés blanches de fleurs naturelles rouges; nous y avons vu, dès la première génération des graines d^anthirinum rouge produire des fleurs parfaitement blanches. Les vins des vignobles de ces terrains ont moins d’alcool et plus de mucilage que ceux qui viennent sur des terrains colorés; ils ne se conservent pas facilement. Sans doute l’absence ou la présence du fer doit avoir encore d’autres effets sur la végétation et doit causer d'autres altérations qui n’ont pas encore été ’ observées. M. Gris a montré, par un grand nombre d’expérien- 'ces, comment on prévenait et l’on guérissait cette chlorose des plantes par l’application des sels solubles de fer, du chlorure, du pyrolignite, et du sulfate à la dose de 8 à 16 grammes dans un litre d'eau.

Mais une des principales propriétés des oxydes de fer est, sans contredit, celle d’attirer et de fixer, sous forme d’ammoniaque, l’azote de l’atmosphère.

Yauquelip avait observé le premier que la rouille de fer qui se forme dans les habitations contenait de l’ammoniaque ; Austhi annonça, dans le soixante-dix-huitième volume des Transactions philosophiques, qu’il y avait formation d’ammoniaque lors de l’oxydation du fer par le contact de l’eau et de l’air atmosphérique; mais on attribuait encore cette formation aux émanations animales répandues dans l’atmosphère des lieux habités où s’étaient faites les expériences.

M. Chevallier en entreprit de nouvelles pour s’assurer de ■ quelle source provenait cette çmmoniaque. Ayant fait chauffer

dans un creuset de la tournure de fer bien nette, il l’introduisit après le refroidissement dans un flacon qui contenait de l’eau, et dont il fit plonger l'entrée dans le mercure. Au bout de dix heures, du papier de tournesol rougi, introduit dans le flacon, était entièrement ramené au bleu ; et quelques jours après, l’eau saturée par l’acide chlorhydrique donnait une quantité de chlorhydrate d’ammoniaque bien sensible. Cette expérience, plusieurs fois répétée, ne laisse point de doute sur la forma-. . tion de l’ammoniaque lorsque le fer s’oxyde au contact de l’air et de l’eau* .

Ayant depuis essayé une grande variété d’oxydes de fer na- ‘ turels en les chauffant dans un petit tubé de verre après les avoir lavés à l’eau bouillante pour enlever toute trace de matière animale, tous ont donné de l’ammoniaque. La quantité en parait même considérable, car 150 grammes d’hématite rouge [ d’Espagne ont fourni 9 grammes de chlorhydrate d’ammoniaque. ,

Dans le Gers, d’après fe rapport de M. Lartet, on se sért depuis longtemps d’argiles rougeâtres, fortement imprégnées d’oxydes de fer, qui produisent un effet très marqué , effet qui est quelquefois l’équivalent d’une fumure, lorsque après être * restées pendant deux hivers exposées aux influences atmosphériques, ou les répand sur les glaises de ce pays en même pro- . portion que la .marne.

Les oxydes de fer possèdent donc comme les argiles la faculté d’attirer et de retenir les gaz ammoniacaux; peut-être même les argiles doivent-elles cette faculté au mélange de ces' oxydes; ce qui me le ferait penser, c’est la fertilité plus grande j des argiles colorées ; mais pour trancher complètement la ques- , tion il faudrait des expériences directes qui n’ont pas encore été faites. r

H) Annales de chimie, t..XXXlV, p. 109.

AGROLÔGIE.

Section IX. — Du sulfate de fer.

Les terrains imprégnés d’une quantité surabondante de sulfate de fer sont tout é fait stériles; les bords des ruisseaux qui charrient des eaux xitriolées sont sans végétation ; seulement quelques menthes croissent à grand’peine dans les places où ce . sel est moins abopdant. Cependant plusieurs auteurs, et notamment Thaër (663), ont combattu la prévention défavorable qui s’attachait à cette substance, et ont paru lui reconnaître, dans certaines circonstances, des qualités fertilisantes.

< Des expériences dues au hasard , dit cet auteur , et qui ' tepdaient à déterminer les propriétés qu’ont, pour l’amendement des terres, certains fossiles fortement imprégnés de vi- I triol, ontdonné à ce sujet une importance dans la pratique qu’il n’eût pas eue sans cela. On a trouvé en Angleterre une tourbe . imprégnée de vitriol, et en Allemagne, dans la terre de Beibersdorf, un charbon de terre vitriolisé, qui l’un et l’autre . sont des engrais actifs lorsqu’ils sont employés en petite quantité. .

« Il parait résulter de ces expériences que le vitriol a une grande influence sur la végétation lorsqu’il est intimement *

. combiné avec le charbon ; Probablement l’action de la lumière ' . et de l’air opère ici la décomposition de l’apide sulfurique, dont l’oxygène se combine avec le carbone et forme de l’acide carbonique pu quelque autre substance favorable à la -.végétation. 11 est également vraisemblable que,' par le moyen de l’hydrogène qui est uni au charbon, le soufre et ce charbon (ui-tnème entrent en combinaison et contribuent aussi à acti- ' ver la végétation. »

La question des charbons ét des bouilles vitriolisés employés . en petite quantité sur les terres, et dont le succès n’est pas ■ douteux, n’ébranle pas d’ailleurs la certitude des mauvais effets

PARTIES CONSTITCANTES DES TERRAINS AGRICOLES. 95 ■du snifate de fer quand il se trouTeen quantité appréciable dans les sols arables, pas plus que les bons effets du sulfate de fer et. des autres sels solubles ferrugineux employés en petite dose par H. Gris, et qui ont alors des effets réels et salutaires sur les plantes de terrains qui sont privés de cet élément essentiel à la végétation. En effet, le premier effet de l’application des sels de fer est d'agir sur la coloration des plantes, et de Tendre la «ouleur verte aux feuilles qui en étaient dépourvues; or H suffit de savoir que ce sont les parties vertes des plantes dans lesquelles se passe le phénomène de l’absorption du gaz acide «carbonique, et l’exhalaison de l’oxygène pour juger de l’utilité ■de ces $els distribués en quantité modérée. Nous aurons occasion de traiter ce sujet plus au lonÿ en parlant des engrais.

Section X. — Du manganèse.

€e sont les oxydes de manganèse qui colorent les terres en noir, quand cette couleur ne provient pas de matières charbonneuses. On trouve le deutoxyde de manganèse déposé en nids dans les meulières de Meudon ; les cailloux dps terrains d’attérrissement de la vallée de la Seine et le diluvium de la Normandie sont incrustésd’une couche noirâtre de ce même minéral < et ce n’est pas seulement dans ce pays que ces cailloux enveloppés d’une couche noirâtre se retrouvent, nous en avons constaté la présence dans les couches de diluvium de la vallée du Rhône. Le manganèse parait donc jouer dans la composition des terrains un rôle beaucoup plus grand qu'on ne le pensait, et il est probable qu’on le reconnpltra pfus souvent dans les analyses do terre, dès qu’on cessera de le confondre avec le fer et qu’on l’y cherchera expressément.

Selon Sprengel^, le manganèse serait nuisible à certaines

(1) Comptes rendus de l'Académie des setentTes, t. XVII, p. 1288.

(2) Bulletin des sciences mathématiques, août 1830, p. 145.

AGBOLOGIE.

plantes qui' ne pourraient pousser dans les champs qui le contiendraient. Il a remarqué que le chrysanthème ne croissait pas sur un terrain qui en renfermait cependant à peine un centième, .tandis qu’il était très abondant dans celui qui n’en contenait pas. En examinant son analyse des cendres et des terres, nous serions bien plutôt tentés d’attribuer cet effet à l'excès des chlorures du terrain qui en contenait 0,09 , car nous n’avons jamais vu le chrysanthème sur les terres salées. Il est fâcheux que l’auteur ne nous ait rien dit de l’état de la végétation des céréales et des fourrages sur les terrains où il faisait ses obser-

vations. • ,

Section XI. De$ photfhates.

• On sait quel rôle important jouent les phosphates dans la composition des corps animaux : leurs os en sont formés en grande partie ; leur cerveau en contient une quantité notable, et ce fait annonçait déjà qu’on devait les retrouver dans les végétaux qui sont la base de l’alimentation animale, et par conséquent dans les terres qui seules peuvent les fournir aux végétaux. En effet, toutes 1^ plantes contiennent des phosphates , et eu particulier les graines des céréales présentent une quantité assez considérable de phosphates de chaux et de magnésie. Liebig alfirme qu’elles ne peuvent se développée et parvenir à maturité sans phosphate de magnésie*. Cette assertion mériterait d’ètre vérifiée, car elle attribuerait à la présence de là magnésie dans les sols une importance qu'on ne lui a pas accordéejusqu’ici, et donnerait peut-être la clef des effets de certaines marnes magnésiennes.

Th. de Saussure observe, que les phosphates terreux sont, après les sels alcalins, l’élément le plus abondant des cendres d’une plante verte herbacée ; que, lorsqu’on lave avec de l'eau un végétal, ces phosphates lui sont enlevés en plus grande pro-

• (I) Introduction, p. 139. .

« ■' r by G(

. PARTIES CONSTITUANTES DES TBBRAINS AGRICOLfeS. 97

portion que tous lès autres principes des cendres, si l’on en excepte les sels alcalins ; que les feuilles d’un arbre contiennent des cendres plus chargées de phosphates en sortant de leur bouton, qu’aux époques postérieures de la végétation ; que la proportion des phosphates diminue dans les cendres des .plantes annuelles depuis le moment de la germination jusqu'à celui de la floraison, mais qu’elle parait augmenter à l’époque de la maturité des semences.

Le phosphate de chaux passe dans les plantes à l’état de .solution dans une eau chargée d’acide carbonique; il se dissout dans l’eau contenant du sel marin ou du sel ammoniaqal; celui de magnésiese dissout dans qilinze fois son poids d’eau. Les phosphates terreux se trouvent dans presque tous les fer- ^ rains que nous avons examinés, soit que ces sels proviennent . des engrais reçus ou des débris des animaux fossiles, ou enfin qu’ils fassent en effet partie de la composition minérale du sol. ‘ Rf. ^Schweitzer â trouvé de phosphate de chaux dans les dunes de Brighton, et M. Daubeny en a aussi constaté la présence dans un grand nombre de roches calcaires*. Nous avons indiqué plus haut (page 59) les moyens 'de les y découvrir. L’effet des os pulvérisés, si puissant sur certains terrains, et nul •sur d!ajjtrcs,. ne tiendrait-il pas à ce que les premiers terrains manquent de phosphates ? Celte question comme tant d’autres, ne pourra être résolue que quand on s’occupera d’une manière plus -suivie et plus exacte de l’analyse des sols qui présentent de pareils phénomènes.

• Un fait tendrait cependant à la résoudre affirmativement. On sait combien le lait contient de phosphates; il est donc cèr-, jtain que l'alimentation spéciale des vacher laitières en enlève, èhaque année, a la terre une certaine quantité qui ne lui estpas restituée par les engrais. Or, un cultivateur anglais affirme que, par l’emploi des. os moulus, il a rétabli ses prairies affectées à cet (t) Annales des sciences géologiques, p. 8SK). ^

.■ Af.nOLÔGIE..' • ■ .- >

usage etqui étaient ruinées, tandis que des doses abondantes de. fumier ne leur rendaient pas la fécondité perdue.

Depuis la publication de la première édition de ce volume,'

M. Liebig a écrit de plus grands développements sur le rôle des phosphates dans la. composition des terrains agricoles. Il af- ■ firme que tous les terrains laboürables, même les landes,, contiennent des phosphates en quantité très notable, ou qu’on en a trouvé dans toutes les eaux minérales; que les bancs de galène et le schiste siliceux renferment des cristaux de phosphate d'alumine; quel’apatite se rencontre dans toutes les terres fertiles*^.

Mais cette provision de phosphate peut être épuisée par * ..l’exportation continuelle de matières animales. Un kilogrampie d’os renfermé autant de phosphate que 100 kilo- . grammes de blé; et les terrains de l’Angleterre épuisés ainsi ont été rajeunis par les engrais d'os que l’on y a répandus.

. L’acide phosphorique seul ' peut produire la fibrine et la caséine végétale. Vient-il à manquer, on ne peut plus compter sur Iç développement de la graine des céréales et des légumes.

Il est donc essentiel de s’assurer dans les analyses si la terrp .. contient des phosphates, puisque les récoltes do grains surtout dépendent en partie de leur présence! Ne pourrait-on pas pen- . set aussi que les eaux de la mer renferment une quantité de'. '. phosphate assez petite, il est vrai, pour que leur détermination analytique soit aussi difficile que celle de l’iode, et que ces eaux vaporisées les transportent sur la terre, en y retombant sous forme de pluie, comme elles y transportent du sel marin?

Mais il ne faudrait pas non plus s’exagérer les effets des engraiâprovenant des os, en les considérant surtout comme dus aiuc .' phosphates. Ces effets peuvent le plus souvent être expliqués par. la matière azotée qu’ils renferment ; tels sont les os broyés et le noir animal, comme nous le verrons en traitant des engrais i Quant aux effets du phosphate privé de cés matières, ils ont

(1). Chimie appliquée àl'qgricuUure, p. t7i. • .

Djgiijzoa t>y.Cioogl

. . l'AUTlKS CÔNSnrL’AMES DES THRII AINS AGRICOLES. ' 99

Oté le plus souvent nuis. Ainsi, M. Godin, fuhricaiit de rolle d'os, voulant utiliser les résidus de sa fabrication, montant à phis d’un millier de kilogrammes qui étaient presque entièrement du phosphate de chaux pur, les distribua à dcs agriculteursdes environs de Paris et de Bretagne où l’on emploie tant de noir animal, pour les essayer comme engrais. De tous côtés on lui a répondu que son engrais ne produisait aucun eiïet.

Mais pour prononcer à cet égard , il aurait fallu opérer sur une terre où l'absence des phosphates eût été bien constatée, et surtout sur une de celles citées plus haut et où depuis longtemps il sé-faisait une exportation continuelle de matières animales.

• Section XII. — De la potasse.

. Le rôle important que les alcalis minéraux, et en particulier la potasse, remplissent .dans la végétation, doit surtout fixer notre attention sur celte substance;, en eiïet, d'après Th. de Saussure, les quantités de potasse qu'on trpuve dans les cendres de diiïérenles plante^ sont les suivantes :

Graine de fèves. . . •22,45 Tige de mais. . . . 59,00.

Tiges de fèves. . , . 57,25 Grain de mais 4 4, 00

. Fruit du marronnier 51,00 Paille d’orge . . . . 16,00 . •'

Paille de froment. . 12,50 Grain d’orge . . . . 18,00

Grain do froment. .15,00

Or, la paille de froment fournit 7 p. lOO de cendres, dont un flixième ou 0,0069 de soude ou de potasse ; le grain de froment fournit 2,4 p. 100 de cendres et renferme 0,007 d’alcali*. Dans une récolte de 20 hectolitres sur 1 hectare produisant 1600 kilogrammes de grains et environ 3,200 kilogrammes de paille, on enlèvera au soi, savoir ;

Pour le grain 1 1^2 d’alcali.

• Pour la paille 22,1

. fl) BmissingauU, Écoinomierwale, l ir^ p .320

AGftOLOGIE. ' •

La dilTIculté de pourvoir indéfiniment à cette reproductiod est.encorc plus frappante quand il s'agit de forêts dont fa dépouille entière est enlevée périodiquement et n^est pas restituée en partie à la terre sous forme d'engrais, comme cela a lieu pour les récoltes céréales. Cette difficulté avait inspiré à quelques-uns la pensée que la potasse se formst^it de toutes pièces dans l'acte de la végétation, et que si la chimie n'était pas encore parvenue à la décomposer en d'autres éléments, qu'oxygène et potassium, corps qui se trouve seulement dans la po-' tasse , c’était la faute de la science, et que l’ignorance où elle nous laissait ne pouvait faire admettre l'impossibilité physique que paraissait offrir cette énorme consommation d’une substance aussi utile, sans moyen connu de reproduction.

Th. ds Saussure avait déjà démontré, contre cette opinion, que les végétaux ne forment poipt les différentes substances salines que fournit leur incinération, et des résultats qu’il avait obtenus de ses essais multipliés , il avait tiré la conclusion que les alcalis et les terres qu’on trouve dans les plantés sont puisés dans le sol. Il a observé’ en général que plus les plantes sont isolées du terrain dans lequel elles végètent, et inoins elles fournissent de sels.

Cependant M. .Scbrœtier avait publié des ‘expériences, qOi’ semblaient prouver Ip contraire, car il annonçait qu’après avoir fait germer des semences de froment, de seigle et d’orge dans une boite contenant de la fleur de soufre humectée avec de l’eau distillée et placée dans un jardin, préservée de la poussière et à l’abri de la pluie, il avait produitdu blé contenant plus de matière terreuse qu’il n’en existait dans les semences,

(I Des expériences , faites plusieurs année*s après par M. Braconnot, se trouvaient d’accord avec celles de Schreéder. Ma isM. Lassaigne, considérant combien, d’après les connaissances plus précises que nous avons aujourd'hui sur la nature des alcalis et des terres, il serqit impossible d'admettre qu’élis

PARTIES CONSriTDANTES DES TERRAI>S AGRICOLES. 101

soient un produit de la végétation^ crut avoir lieu de so per- ‘suader, en examinant attentivement le procéefé employé par MM. Schrœder et Braconnot, que ces chimistes n’avaient pas pris toutes les précautions que Téclamaient des expériences aussi délicates. Il se détermina en conséquence à entreprendre de nouvelles expériences à ce sujet.

« Après avoir placé, le 2 avrils 10 grammes de semence de ^rrasin ( j olygonum fagopyrum) dans une capsule de platine 'contenant de la fleur de soufre lavée, humectée avec de l’eau distillée récemment préparée, il posa cette capsule dans une large assiette de porcelaine contenant un demi-centimètre d’eau distillée, et recouvrit le tout avec une grande cloche de verre. A la partie supérieure de cette cloche était adapté .un ' robinet qui, au moyen d'un tube de verre recourbé en siphon et terminé par un entonnoir également de verre, permettait de verser dé temps en temps de l’eau sur le soufre. Au bout de trois jours la plus grande partie des graines avait germé. On co'ntinua à les arroser tous les jours , et dans l’espace d'une 'quinzaine elles avaient poussé des tiges de Qo^jOS environ dé hauteur, surmontées de plusieurs feuilles.

<1 Après les avoir rassemblées avec soin ainsi que les graines qui h’avaient pas levé, on incinéra le tout dans un creuset de platine. Les cendres obtenues pesaient 0°' ,220. Soumises à l’analyse elles donnèrent :

. Phosphate de chaux. . ,. i . . OsiOO

Carbonate de chaux 0,025*

■ . Silice.. . ; 0,005 ■ ■

^ ' Chlorure de polassiuin. «... traces.

« Ces expériences ayant été répétées le 25 avril avec les ‘mêmes précautions, M. Lassaigpe obtint les méihes résultats.

,« Dix grammes des mêmes semences de sarrasin ayant été ipcinérées, elles donnèrent exactement la même qiiantilé de

AGROLOGIE.

cendres, et de mémo nature ; d'où il suit que pendant le développement de ces graines, il no s’était pas formé de sels alcalins.

« M. Lassaigne conclut de ces expériences, conformément à ce qui avait été déjà démontré par M. de Saussure, que les alcalis et les terres que l’on trouve dans les plantes ne sont pas formés pendant l’acte de la végétation., ainsi que MM. Schrœder et Braconnot l’avaient avancé, mais bien qu’elles ont été absorbées dans le soP . »

Après cette preuve sans réplique, c’est donc dans le sol luiméme qu’il nous faut chercher la potasse nécessaire à la végétation.

Liebig a calculé* que les klingsteins et les basaltes renferment de ^ à 3 p. 100 de potasse, et de 5 à 7 p. 100 de sonde ; les schistes argileux, de 3,71 à 3,31 dépotasse; la terre glaise, de 1 ^ à 4 p. 100 de potasse. Si, en partant du ^loids spécifique de ces diverses roches, on calcule combien de potasse est contenue dans un terrain qui provient de la désagrégation d’une couche de roche ayant une hauteur de 0™,54 et une superficie’ de 3,500 mètres carrés (‘ d’hectare), on trouve : ■ •

/du feldspath 576,000kil.'

\de klingstein 100,000 à 200,000

Terrain provenant' de basalte. 23,750 à 37,500

j de schiste argileux. . 50,000 à 100,000

(de glaise» 45,500 à 150,000

Il y aurait dans de pareils sols de quoi fournir pendant un •temps indéfini à la consommation de potasse que font les végé-

(1) Les alinéas guillemetés sont copiés d’une note qui nous a été remise par M. Lassaigne.

(2) Introduction, p. 135.

(3) La contenance en potasse des glaises, indiquée par Liebig, est

tout à fait arbitraire; et, en effet, les glaises résultent de roches dé-' , composées qui ont subi des actions très diverses, des actions chimiques, et sont loin généralement de retenir une proportion nplabla de sels alcalinà. • • ' ‘ '

PARTIES CONSTITUANTES DES TERRAINS AGRICOLES. 103 taux , Cil supposant mémo qu’elle n’y pût être renouvelée. Nous avons vu plus haut qu’une récolte de froment en absorberait 33 kilogrammes par hectare; or, selon Liebig, un terrain de glaise en contiendrait sur la même étendue 174,000 kilogrammes, ce qui représenterait la consommation de 5,576 ■récoltes, en supposant que rien ne fût restitué à la terre.

Il y a cependant quelques ol^ections à faire à ces calculs : d’abord, on ne peut comprendre dans le sol arable une profondeur de 0“,54 : leS arbres des forêts peuvent seuls y atteindre; la plupart des plantes cultivées étendent leurs racines beaucoup . moins loin ; au reste, l’épaisseur delà couche où elles se nourrissenrt fùt-ellc réduite au tiers, il aurait encore une masse de potasse assez grandepour rassurer les plus timides.

Mais M. Berthier a prouvé que dans l’aCtc de la décomposition des feldspatbs la potasse leur était enlevée, et que leur silicate de potasse se transformait en silicate d’alumine. - M. Foumeta observé les mêmes effets sur les roches ignées; il les attribue à l’^otion des eaux chargées d’acide carbonique qui, plus énergique que la silice, s’empare des bases les plus fortes et les plus solubles; aussi les roches à base de potasse sont-elles le plus fortement attaquées et le plus profondément altérées*. Il résulte de ces laits que les roches désagrégées et rendues propres à la culture sont bien loin de contenir toute la potasse qu’elles renfermaient dans leur état d’intégrité, et que c’est même par le fait de la décomposition des silicates de potasse que leur désagrégation a pu avoir lieu.

Maintenant, dans quelle proportion cette soustraction de potasse s’est-ello effectuée? Elle est variable selon les circonstances, et ce n’est plus l’état de la roche, mais celui du terrain que l’on examine qu'il faut rechercher. Alors on sera bien loin des quantités indiquées par M. Liebig, et souvent on trouvera

(i) Mémoire de M. Fournet, Annales de chimie, mars 1834, p. 223 et suiv. • .* r

' AGROLOGIE.

des terrains qui en sont presque complètement privés. Ces ter-' rains sont surtout signalés par les eflets énergiques qu'y produisent les cendres employées comme engrais ; on ràit combien elles sont nécessaires dans certaines parties des Vosges, tandis qu'ailleurs, et surtout dans les parties moins éloignées des côtes, elles ne produisent plus que des eflets médiocres.

Comment la potasse peut-elle donc se régénérer dans la terre? M. Liebig rappelle que la vapeur d’eau entraîne les matières fixes? On a cité l'acide borique entraîné par cette vapeur dans les lagunes de la Toscane, la vaporisation du nilre dans les fabriques de ce sel, celle du sel marin dans les salines ; on aurait pu encore citer la saveur salée des feuilles exposées au vent de mer, et les miasmes des marais entraînés parla vapeur et portant au loin leurs qualités délétères. Or, les eaux de la mer renferment,, outre le sel marin, des chlorures de potassium et .de magnésium ; ce serait donc par la voie de la pluie et surtout par celle des orages qui, par leur rapidité et l’isolement de .leurs nuages, transportent au loin les matières des lieux de leur formation, que le sol recevrait habituellement ce supplément de sels alcalins nécessaires à sa production annuelle , et ce transport serait d’autant plus facile et plus abondant que les lieux seraient moins éloignés de la mer.

La potasse se trouve dans la terre ou sous forme de sel soluble, carbonate, nitrate, chlorhydrate, ou plus souvent, surtout dans les terrains décomposés en place et dans ceux dont la , décomposition est peu avancée et qui laissent encore reconnaître la nature des roches dont ils sont formés, sous forme de silicate insoluble. Il ne suflit donc pas, pour déterminer la quantité de cette substance contenue dapsun terrain, de rechercher celle que l’on obtient par de simples lavages, mais il faut recourir au procédé décrit plus haut (p. 58, 4° opération), par lequel on fait disparaître la silice des silicates, et ou laisse la potasse à nu.

■ PARTIES tX)KSTITl'ANTES DES TERRAINS AGRICOLES. . 105

Dans un grand nombre de sols arables fertiles, la. potasse . . n’entre que pour une très petite partie de leur masse ; nous en avons trouvé qui en avaient à peine un millième, mais il y en a ‘d’autres aussi qui en possèdent une quantité assez considérable et où il se forme du salpêtre. On en trouve quelques-uns de cette espèce dans le midi de la France, et les terrains d'Espagne et de l’Inde, où le nitrate de potasse s’eflleurit sur le sol,

, . doivent en être abondamment pourvus. C’est sans doute à son , absence que l’on doit attribuer l’infertilité d’un grand nombre de sols,- qui posséderaient d’aiHeurs d’autres éléments de fécondité. On remarque sur les montagnes la vigueur avec laquelle l’herbe pousse sur la plus légère couche de terre plaçèe ' suc les roches de granit et s’y conserve sans.engrais dans toute sa vigueur; on a remarqué les grands effets d’un arrosage du lessive sur des gazons qui possédaient pourtant un sous-sol bien pourvu de carbone et d’azote. Les agriculteurs ne sauraient ‘ donc porter trop d’attention sur la dose de potasse que con-: tiennent leurs terres, car cette connaissance peut les diriger utilement dans les modifications qu’ils devraient faire subir aux engrais qu’ils y enfouissent.

Section XIII. — De la soude. ■ ‘

La soude remplace la potasse dans la composition d’un grand nombre de plantes, dites marines, parce qu’elles viennent généralement au bord de la mer. Mais les terrains salés qai se couvrent de soudes, de salicornes et d’autres végétaux ‘ propres à ces localités, se trouvent aussi loin des eûtes : les steppes de la Tartarie, par exemple, sont imprégnés de chlorure de sodium qui s’eflleufit à l’air. Les soudes cultivées dans un terrain privé de sel marin cessent de contenir de la soude, et la potasse se substitue à l’autre alcali minéral ; de même que les;plantes à potasse, les céréales elles-mêmes cultivées dans

AGKOLOGIE

un terrain qui contient seulement du chlorure de sodium et peù ^ ou point de potasse suppléent à cette dernière par la soude qui se trouve alors dans leurs cendres.

La beauté des récoltes de froment que l’on obtient dans ces ' ' terrains, quand d’autres raisons ne s’y opposent pas, prouve assez que cette substitution n'est pas déiavorable aux plantes ; de même que la salsola iragva, qui remonte si haut dans la . vallée du Rhône, ne se montre pas moins vigoureuse dans sa station la plus continentale qu’elle ne l’était près de la met, quoiqu’elle ne contienne plus que de la potasse. 11 faut donc examiner avec attention la question de savoir si la soude suppléerait toujours avantageusement à ce qui manquerait de polassé dans un sol : car la première substance eA moins chère que la dernière.

Le chlorure de sodium (sel marin) manifeste sa présence ’ dans un terrain 1° en s’ellleurissant à la surface pendant la sécheresse ; en prolongeant l'humidité du sol dans les temps humides, et en continuant à la manifester même quand les terres non salées sont déjà sèches, soit après une rosée, soit seulement quand l’air est imprégné de vapeur ; 3° en durcissant fortement, en proportion de la quantité de sel qu’il contient,

•’ le sol desséché, qui se tasse fortement et, après avoir été réduit en poussière par le labour, fait de nouveau un corps tenace, dès qu'il a reçu une pluie. Ces défauts sont grands et . opposent de sérieux obstacles à la culture ; pour les vaincre, il faut toute l’expérience des cultivateurs habitués à les combat- ‘ tre ; néanmoins, quand ces terres ne renferment pas au dqjà de 0,02 de sel, elles sont très précieuses, soit comme donnant d’excellents pâturages pour les troupeaux, soit comme très fertiles en blé. Quand la dose de sel dépasse 0,02, le sol cesse ‘ de se gazonner et ne porte plus que quelques plantes marines qui lui sont particulières : les salsolas, les atriplex, les salicornes, le tamarisc, etc. . ‘ ...

Quandlesterrainsnepossédentdesoadequeceirequi résulte de la décomposition des rocbes qui les ont formés, il faut recourir, pour la déterminer, à la méthode indiquée pour la potasse; mais quand ce sel est très abondant, on peut négliger les faibles quantités qui résulteraient de cette opération, et alors il suffira de lessiver exactement la terre, de faire évaporer et cristalliser. On reconnaîtra alors le sel marin à la forme cubique de ses cristaux et à son goût spécial. On le desséche ensuite et on le pèse. Il est quelquefois mélé dans la solution à d’autres sels qui, étant moins solubles, restent dans les eaux?* mères quand Iç sel commence à cristalliser.

SECTiorfXIV. — Du carbone et du terreau.

5 !*''• — Des terreaux.

Le terreau OU humus est une substance brune ou noirâtre"

■ mêlée aux principes minéraux du sol et qni n’est autre éhose que la partie ligneuse des plantes altérée par la fermentation J . modifiée par l’action de l’atmosphère et des corps environnants. Pour que la. fermentation de la fibre ligneuse ait lieu, il faut qu’elle soit humide et en contact avec l’oxygène de l’air ou d’autres cbi'ps oxygénés, tels que des sulfates ou des sulfures.

. De la sciure de bois placée dans un lieu sec ou dans de l’eau .• privée d’air ne noircit pas et n’entre pas en fermentation.

En fermentant, le terreau perd de son carbone qui se transfq/'me en gaz acide carbonique, mais en plus grande quantité encore de son oxygène ou de son hydrogène, de sorte que le terreau tend à conserver une plus forte proportion de carbone • que de ses autres éléments, et que si l’action se prolonge il ne reste plus que du carbone insoluble. Pendant cette fermentation, outre l’acide carbonique, il se forme encore de l’acide acétique, et une portion do terreau devient soluble dans V’eau et prend

• 108 AGROLOGIE. ■ '

le nopi A' extrait de terreau. M. de Saussure, ayant analysé L'extrait de terreau de Meudon , trouva qu’il contenait du sucre Je raisin, de la dextrine, une substance azotée, des nitrates de

potasse et d’ammoniaque, des chlorhydrates de chaux et de potasse. Les cendres de la partie insoluble consistaient en phosphate de chaux et en oxydes iriétalliques*. . .

Chaque nature de plante, chaque partie des plantes peut fournir un terreau différent quant à sa composition ; il doit va- . ricr aussi suivant l’époque plus ou moins avancée de sa fermentation , et enfin on peut Cuir par prendre pour du terreau un charbon insensible à toutes les réactions.

Cet exposé doit mettre en garde contre la généralité attri- , buée à ce mot de terreau, et doit faire sentir conabien il importe de s’assurer de sa nature avant de prononcer sur Ses effets agricoles. • ’

Le terreau se dissout dans les solutions alcalines; si on le fait bouillir avec de l’eau de potasse et que l’on évapore, on a un ' ' corps, coloré en hrun que l’on a appelé humate de potasse et qui parait contenir 4 centièmes Je terreau, plus ou moins. Mais le nom donné à ce composé Semblerait impliquer l'exis- • tence d’un acide humique. M. Peligot a démontré’ que cet . acide n’était pas identique à l’acide ulmiquo, mais que probablement plusieurs acides différents et susceptibles de former des sels peu solubles avec les bases alcalines et terreuses concouraient à ce produit. Le terreau est donc un corps plus com- .. plexe qu’on ne l’avait cru jusqu’ici, et qui appelle de nouvelles études dé la part des chimistes.

Quant aux agriculteurs qui veulent étudier ses effets sur fa végétation, ils sont loin d’ètre d’accord.. Cependant nous trouverons que le terreau doit agir : .

1'’ En fournissant aux plantes l’azote que son analyse mani-

• tl) 5i&l. unii;ers. de Genèue, décembre 1841, p. 345.

■ {2) Complesrendus (leVAcadémie des Sciences, iïj. . •

' PARTIES CONSTÏTUANTES DES TERRAINS AGhlCOEES. 109 . fcslc loujour», aioto provenant des végétaux dont il est formé, quand la décomposition de ces végétaux n'est pas trop'

, avancée ;

. EnfournissRRt aussi du gazacide carbonique qui se dégage pendant sa fermentation, qui imprègne l’eau existante dans ie terreau, et forme au pied de la plante et sous l’abri de ses feuilles une atmosphère surchargée de cet acide. On est d’accord sur ces deux effets produits par le terreau ;

.30 Cette eau chargée d’acide carbonique agit sur les silicates , alcalins insolubles qui se trouvent dans le sol , les décompose et’ met ainsi leurs éléments. à la disposition des végétaux. Ainsi, M. Polstorlf ayant fait végéter et fructifier des plantes dans du sable pur et calciné pour s’assurer qu’il n’y restait aucune partie organique, il crut devoir ensuite rechercher la nature do ce . sable qui avait produit une belle végétation^ con.trairement.à ce qui se serait passé dans le quartz pur. 11 l’exposa pendant un, mois à un courant d’acide carbonique, qui traversait l’eau ii laquelle ce sable avait été mêlé, et il put en retirer ensuite ’ .* . de la silice, de la potasse, de la chaux et de la magnésie^

, 4** Il faut se rappeler que les matières poreuses, telles que les

débris ligneux et les charbons, possèdent éminemment la faculté de s’emparer et de condenser les gaz qui les entourent. •On sait, par les expériences de M.Tb. de Saussure, que le char-^' . bon de bois peut absorber jusqu’à 90 fois son propre volume . de gaz ammoniacal, 9,25 fois son volume d’oxygène , 7,5 fois son volume d’azote. Ces corps restituent en partie ces gaz par la diminution de la pression barométrique, par l’élévation de * la température, par l’bumidité qui vient remplacer le gaz et le ■ cliassedcs porcs du charbon. Il y a donc, selon les circonstances variables, tantô.tcmmagasincmentdugaz, tantôt restitution au

• •prolitdela végétation. Nous verronsque,. quoique les matières

* charbonneuses et les matièrcsligneusesen décomposition soient

(1) Ueber die unerganischen bestandiheile lier pjlanzeri.

•- MO ■ • ACaOLtHHE. •• •

les matières absorbantes les plus puissantes, les argiles, les oxy *

'des de fer, etc., participent aussi à cette propriété; il n’en est pas moins constant que le terreau , par son énergie absor- ■ ■ ‘

hante, exerce une fonction très importante dan^ la végétation, puisqu’il est, pour ainsi dire, le trésorier et l’économe de ces gaz qu’il distribue sur les différentes époques de l’année,. tandis ■ *.

que, faute d’un pareil agent, les plantes n’auraient pas profité de ceux qu’elles n’auraient pu conserver immédiatement.

' • 5® On admettait généralement que Ja solution d’extrait de 'terreau était absorbée par les racines des' plantes et servait à *. la nutrition. M. Liebig a contesté cette absorption en se fondant sur- des expériences de Hartig; de son côté, M. Th. de Saussure a repris ces expériences avec l’ esprit judicieux et exact qu'il a porté dans toutes ces recherches.

' ■ . M . Hartig * a pris des plants de fèves dont les racines trem-

paient dans une solution très colorée d’extrait de terreau obtenu par la potasse ; elles étaient placées dans une éprou- ‘vette étroite. Les plantés ont crû, ont poussé des racines, ont absorbé en 34 heures toute l’eau du vase, c’estrà-dire le double de leur poids. On remplaçait chaque jour l’eau absorbée, et • au bout d’un mois on n’a trouvé aucune diminution dans la • . ' teinte primitive de la liqueur .‘L’analjse de la liqueur ne manifeste qu’une diminution de 1,5 milligramme dans le poi(te de* l’bumus. Ainsi, selon l’auteur, les racines absorberaient l’eau - . ' à l’exclusion de la solution d'humus. - •

. M. Théodore de Saussure a pensé que dans l’expérience de , M. Hartig les racines étaient dans un état de souffrance :

‘ lo parce qu’elles étaient comprimées dans un tube qui n’avait que0,“'009dediamètreet0,'“081 de hauteur; Séparée qu’après ‘ avoir en grande partie épuisé le liquide contenu dans le tube, elles étaient exposées à l’action de l’air ; 3° parée que la cou-7

. . ,(t) Voir son mémoire dans V Introduction à la chimie organiqtteda

• Liébig , p. CLVii. ' • . •

• P.iaTIES CONSTITUANTES DES TERRAINS AGRICOLES. 111 leur noire que, selon l’auteur, les racines prenaient à leur extrémité, montre qu’elles étaient dans un état de décomposition.

Il a répété ces expériences avec des plants de fève et de persicaire. ’ •

Les éprouvettes de 0™, 022 de diamètre et 0n,150 de hauteur contenaient 50 grammes de solution d'humate de potasse carbonisée, colorée en brun foncé, ou 7 centigrammes de cet humate sec, qui, & l'analyse, donnent 18 milligrammes d’Aumus.

Au bout de quatorze jours, le poids de la plante, originairement de 1 1 grammes, était augmenté de 6 grammes ; elle avait absorbé 153 grammes de liquide; son absorption était remplacée chaque jour par de l’eau distillée. La plante avait poussé des racines blanches dans toute leur largeur, la solution avait subi une décoloration très prononcée, et à peu près égale à celle d’une solution- pareille étendue de deux fois son volume d’eau. La liqueur résidu de la végétation, a donné 2 centigrammes d’humate de potasse, qui contenait 9 milligram^ mes d’bumüs.

La plante en avait absorbé une quàntité égale.

La persicaire a donné un résultat analogue.

Après avoir répété l'cxpériencé de Hartig avec l'humate de potasse, l’auteur a voplu éprouver les effets de l’hxtraitde terreau.

Il a fait macérer pendant deux jours du terreau de bruyère avec le double de son poids d’eau de pluie; 100 grammes de cette liqueur GItrée fournissent par l’évaporation un extrait brun, non acide, de 0^388 gramme ; 12 centigràmmes de cet extrait ont été délayés dans 100 grammes d’eau. La moitié de la dissolution a alimenté deux plantes de persicaire, l'autre moitié n’a pas reçu de plante. Au bout de neuf jours, pendant • lesquels on a toujours remplacé la liqueur absorbée, les plantes ont été retirées très saines, après s’être allongées dé 0“,07 et avoir poussé des racines blanches dans toute leur longueur. L'é-

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