QUATRIÈME PARTIE
DE LA formation DES TERRAINS AGRICOLES.' . GÉOLOGIE agricole.
Quand on considère l'étendue dés matériaux terreu* qui' couvrent le squelette du globe, on se demande d’abord quelle OBt leur origine, et l’on cherche autour de soi s’ils ne sont pas «eulement les déhris des roches qu’ils recouvrent, usés par. le frottement, ou décomposés par le temps et par les agents physiques et chimiques. Mais on ne larde pas à reconnaître •que ce cas, qui paraît le plus simple, est loin d’étre général, etqu’-il n’est même qu’une exception relativement à l’étendue des terrains qui n’ont aucun rapport avec les roches qui leur servent de hase. On est donc copduK naturellement à recbcr<cher lacabse qui a amené ce vaste amas de débris, et qui les a pulvérisés de manière à rendre la végétation possible; car les roches nues, à leur état solide, n’auraient pu recevoir qu’une fégétation chétive, et le monde privé de grands végétaux aurait été privé aussi des animaux qui l’hahitent et de l’homme qui marche à leur tète.
11 ne faut pas croire que l’étude que nous nous proposons de fa'ire aujourd’hui soit purement curieuse et' qu’elle n’ait pas aussi son degré d’utilité ; nous verrons qu’elle se lie à un grand nombre de considérations de pratique, et que d’ailleurs, err . nous donnant une idée générale de la disposition des terrains agricoles à la siurfaoe de la terre, elle nous apprend, jusqu*’à un oer tain point, les analogies qui existent entre les diflorentes. ronlri cs, soit dans les produits, soit dans les méthodes de cul-
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ture; elle'vient au-devant de l’analyse et y supplée souvent; elle indique les amendements qui seraient utiles à ces pay$, enfin elle lie l’agriculture à une des branches les plus brillantes de l’histoire naturelle.
Les derniers progrès de la géologie ont dirigé un grand «ombre de bons esprits vers l’étude de la formation des couches terreuses. C’est un complément qui manque encore à cette science ; jusqu’à présent, ceux qui s’en étaient pccupés u’avaient vu dans ces détritus superficiels qu’un magma informe et indigne de les occuper. Dans leur belle description géologique de la France, MM. Flie de Beaumont et Dufrénoy ont senti cetté lacune et ont souvent cherché à la combler; mais une recherche de celte nature s’éloignait du but qu’ils s’étaient proposé, celui de reconnaître les terrains solides qui forment l’écorce du globe, et ce n’est qu’accidentéllemeiit, cotmme pour témoigner de l’importance qu’ils attachaient à cé sujet, qui n’était pas le leur, qu’ils ont parlé des formations terreuses. Le succès de leur travail a inspiré le désir d’en faire ■ un semblable et qui fût consacré uniquement à. la couche superficielle et meuble de fa terre. M. do Gaumont eh a fait la proposition formelle au conseil général d’agriculture; élle a été accueillie avec applaudissements, et il faut espérer qu’un jour elle portera ses fruits, et que le gouvernement provoquera et encouragera la reconnaissance de nOs terres arables et fera exécuter une carte agricole de la France, complément indispensable de la carte géologique, et qui assurera à notre agriculture les mêmes avantages que la parte géologique présente à la métallurgie et à plusieurs autres arts.
Mais déjà cette reconnaissance a été poussée, sur une'grande partie de la France, par un homme qui a rendu de nombreux ■ services à l’agriculture, M. Puvis, correspondant de l’Institut. Déjà, en 1813, dans un Mémoire sur les sols calcaires et les sols siliceux, il se préoccupait non-seulement de leurs qualités.
iDais db leur position relative dans 'les bassins ‘de la Saône et de ‘ l’Ain. Cette idée ne l’abandonnait pas quand il (it son Essai sur la marne, et alors, cherchant les terrains où Tusagé de la' marne était répandu , il décrivit les terrains siliceux . de la Bourgogne et de la vallée du Bhône; enfin il parcourut leGâtinais, la Sologne et le Berry, et y revit les mêmes variétés de terrains et les mêmes formations ; il publia alors son intéressant ouvrage sur l'agriculture dé ces pays. Les ouvrages de cet auteur sont en général remarquables par leur direction géologique, et si nous possédions surlc.restedela France et de l’Europe des travaux semblables aux siens, les grands linéaments, la grande triangulation de la carte que nous désirons seraient tout tracés. C’est un sujet d’étude proposé à l’émulation de la jeunesse studieuse qui cherche uti but utile et sérieux pour ses travaux, et nous -avons la lerm’c- espérance qu’il ne sera pas longtemps dédaigné. ‘
Si nous jetons un coup d’oeil général sur la distribution des terrains agricoles dans notre Europe ‘occidentale, nous recon- , naîtrons un fait important : au sUd de la barrière'que le pla- ' téau ccntfal de la France élève entre le nord et le midi, les ’ tçrres sont généralement calcaires et contiennent presque toujours de la chaux ; elles De deviennent purement siliceuses que . par rèvidcnte'superpositîoh de couches transportées, montrant • encore par leurs cailloux roulés la preuve de l’événement qui Iffî a entraînés plus récemment que le fond du terrain. Au nord et à l’ouest de cette barrière, les terres sont siliceuses ou glai-,
, seuses; cette disposition n’a d’exception que dans des bassins fermés qui ont été mjs à l’abri de la débèclc ou dans les terres d’altuvion provenant de dépôts de montagnes voisines et d’une nature différente, dépôts dont il est toujours facile alors d’indiquer l’origine.
Ce plateau a donc bien réellement servi de barrière aux matières siliceuses qui venaient du nord et qui ont pu pénétrer
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plus loin vers le* midi, jusqu’aux Pyrénées, par Tabsénee <fe ' cette barrière vers cette partie de la France. Au nord, tous les ‘ .terrains participent plus ou moins do cette nature, et si la, glaise ne Se présente pas à la surface, c’est qu’elle a été reooaverte ou enlevée par des courants partis de montagnes calcaires plus rapprochées. Une immense nappe de débris glaiseux, (argilo-silrceux) a été étendue sur l’Allemâgne, la Flandre, nos provinces septentrionales et' occidentales ; au naidi, au. contraire, les dépôts siliceux n’ont pénétré que par certaines (Hivertures (la vallée du Rhône, par exemple), et tout le reste de la surface du pays doit sa formation aux matières calcaires transportées des chaînes des Alpes.
. Mais dans cette même partie méridionale, et à d’assez gran- * des hauteurs, on retrouve cette même couche siliceuse qqi scmlde avoir été soulevée avec la montagne elle-même; soulévêrtiettt qui aurait précédé la formation dea .vallées, comblées ^ • ensuite par les détritus des chaînes calcaires qui forment un massif si étendu au pied des Alpes, du côté de la France.
Quoi qu’il en soit de ces hypothèses, et .en désirant vrvemept . . que de nouvelles recherches viennent confirmer ep modifier • ces vues, nous devons reporter aujonrd’hui nos regards de oat ensemble aux détails dont il se compose; nous devons étudier séparément les diverses formations de nos terres arables et chercher leur construction géologique et agricole.