CHAPITRE I
Des dlfférentefl formations tien torreo arables.
Section P®. — Tertaint formés en place.
Les terrains formés en place par la décomposition d^ roches sur lesquelles ils sont placés n’ont jamais une grande profon-
Biqitized by Googic
DE LA FORMATION DES TiÇRRAlXS AGRICOLES. 303 dcur, si ia surface dea.roches est horizontale et s'ils n’ont pas , reçu des dépôts entraînés par les eaux supérieures. On recon- ' naît dans ces terrains tous les éléments de la roche fondamentale qui, le plus souvent, a conservé ses formes cristallines;' souvent même la texture de la roche n’a pas complètement disparu, et l’op en trouve des fragments entiers. Emregardant ces terrains au microscope, il semble que l’on soit au milieu 'd’un amas de roches fracassées dont on distingue l’espèce et l'origine. Mais on se tromperait beaucoup si on voulait déduire de l’analyse des roches celle des terrains eux^mèmqs. L’acte de Ja décomposition,' quand il n’a pas eu lieu par une • force purement mécanique, s’exécute au moyén de réactions chimiques qui, mettant à nu les alcalis et les rendant solubles, *• facilite leur enlèvement par les. eaux pluviales. Lés terrains décomposés sont donc bien moins riches en alcalis que les roches elles-mêmes, surtout quand il s’cst écoulé un long temps depuis la décomposition.
L*^ roches sont attaquéès mécaniquemept : l*^par la gravité qui'fait tomber les parties séparées et peu adhérentes^ ou par . fe frottement qu’exentent sur elles d’autres matières dures entraînées par les eaux^ 3*^ par l’imbibition de leurs moléculis qui., ayant des facultés ■ hygroscopiques diiïércntes, prennent des Volumes diiïérents, d’ou il résulte des déchirements qui du dedans se manifestent au dehors ; S*’ par l’cfTet des gelées sur *
. les roches poreuses ou fendillées. Peau qui passe à l’étqt de glace occupant plus d’espace et faisant l’effét d’un coin plàcé dans les interstices de 1a roche pour en séparer les parties ; 4*> par l’.effet des racines qui pénètrent dans les fentes et les vides des roebeg.
. Les roches sont décomposées chimiqimment : 1® par l'oxy- . gène qui agit sur les parties oxydables qu’elles contiennent
par l’àcido carbonique mêlé à l’eau, qui dissout les catho- ■ nates terreux et attaque aussi, selon toutes les apparences, les silicates alcalin?; 3® par l’eau dle-mème qui entraîne, çn dis-
■ ; • AOKOLOGIE.'
solution les sels alcalins, le gypse et la silice à certain état. •
' Elles sont décomposées physiquement pat la réaction électrique des diiïérents corps’ rapprochés et ayaUt des tensions
• électriques contraires.
Ces causes n’agissent pas avec une égale activité spr tous les genres do roches. Ainsi 1*^ le quartz pur, le pétrosilex, le porphyre quartzifère ne se décomposent que mécaniquemrat j ces roches fournissent peu de terre et une terre siliceuse peu fertile ;• ce n’est que par des chocs violents et des frottements .répétés que ces roches sont devenues pulvérulentes. Après la ^ * ■ • lévigation qui en sépare la poussière apportée par les'venlS, l’inspection microscopique ne fait reconnaître dans les tefres
• qui en proviennent que des fragments anguleux et assez peu volumineux, et qui ne peuvent constituer qu’un sol agraire tou- jours peu consistant, peu hygroscopique. Il arrive cependant qu’une certaine quantité d'argile s’y trouve mêlée, et ellè peut être due aux eaux qui l'ont déposée en y traînant des matières dures; 2° les gneiss se décomposent peu et donnent presque toujours un sol complètement stérile (Dufrénoy,- Carie de France, p.’ 111) ; les granités sont sujets à se décom-' poser quand ils sont exposés à l’action de l’atmosphère, surtout dans certaines circonstances ët dans le voisinage des lieux qui ont été le siège d’une action volcanique ; car on a remarqué
■.que les 'granités de l’Àiivergne se décomposent facilcmentj tandis que ceux des Alpes sont à pane altérés. C’est par la dé- ' composition du feldspath qu’a lieu la désagrégation de la roche; le feldspath perd à la fois do la potasse et de la silice ;
• enfin, le fer du mica passe à son maximum d’oxydiation ; le
. granité .alors devient friable à sa surface, tandis qu’il reste ’ . entier et solide dans les parties qui sont les plus profondes.
H. Fournet* se rend compte de ces eiïets par un dimorphisn)e qui a changé la texture cristalline ; les eaux, Chargées '
(t) Annales de chimie', njars 1834, p. 225."
BB LA FOBHATIOIf DES TEBBAIMS AGRICOLE». . 2*05 d'acidc carbooique (ce qui, au reste, se présente plus fréquem- nient dans l.es terrains volcaniques), mettent en liberté la potasse des silicates et entraînent aussi la silice qui se trouvé alors dans un état gélatineux. M . Becquerel a observé que ieS ‘ granités extérieurs. dé la cathédrale de Limoges étaient altérés jusqu'à la profondeur de huit millimètres, tandis qu’ils étaient intacts à l’intérieur de l’édiGce et que la surface extérieure des masses de granités était friable jusqu'à l“,60 de profondeur-*.
« Le feldspath du granité; dit M. Dufrénoy produit, en se décomposant, üneterreargileuse,etsuivaDtla proportiondecette terre et des grpviers quaetzéus , le sol , presque toujours de qualité inférieure, est cependant susceptible de quelque produit. '
« Dans la Corrèze et dans Ips Cévennes, l’abondance du* quartz communique une grande stérilité au pays. Le roc duc ne fournit point de terre argileuse ; il. ressort presque partouty ’ à travers une mince couehc de sable impropre à la végétation.
Là, tout est solitude ; on fait souvent plusieurs kilomètres sans ‘ , trouver une habitation, et l’on ne rencontre que de loin en loin des, châtaigniers improductifs. ■ .
« Dans quelques cantons privilégiés, comme au nord de Pom-’ padour, le granité presque cniierement feldspathique donne une couche de terre végétale de plus de 0“,33. d’épaisseur, • ^ d'une admirable fertilité ; aussi la végétation y déploie toute ssi spleiNeur ; Tes cfa'àtaigniers et les chênes y acquièrent des dimensions généralement inconnues à ce pays, et les magnifiques . pràiries de Pompadour nourrissent les plus beaux bœufs du ., ^ Limousin. .
a La terre formée par la destruction du granité, en généraltrès légère, est connue sous le nom de terre de bruyère. Oa ne peut la fertiliser qu’en lui donnant beaucoup d’engrais ; il faut même le renouveler toutes les fois qu’on la destine à produire
■(1) Traité d'électricité, t. V, p. 207. ‘ .
(2) Description de la cartede fronce, -l, J, p. lit. '•
2Ct> . • Aonoj.ocife. ' ' •'
des récoltes. On. ne cultive les terres que tous les dix ,
atos, ' après avoir essayé de les féconder en feisant brûler les . fougères, les ajoncs épineux et les genêts qui y croissent rapidement. Légère et friable, le froid soulève cette terre et déracine les plantes que j'on y sème ; la fertilité des terres feldspathiques est en rapport avec la ténuité de leurs éléments, pourvu toutefois qu’elles renferment assez de gros gravier pour peser sur les racines des plantes et les retenir dans la terre quand le vent'Ies agite etque la gelée les soufève. Si tous les éléments sont trop divisés, ils ne fournissent que des terres presque stériles.
•v< Le seigle, le blé sarrasin, les pois, les pommes de terre,
' sont Jes seules plantés utiles à l’homme qui puissent y réussir dans l’état actuel de la culture. On y voiteèpendant, çà et lé, quelques champsde blé et d'avoine ; mais la paille est grêle e^les épis clair-semés ne portent que des grajnes rares et fort petites.
<( Les chênes ci les hêtres y deviennent vigoureux ; le ché- ' taignier y prospère presque partout, mais principalement sur les pentes des coteaux, car les sêmmets sont en général nus et stériles. Le châtaignier, Véritable arbre à pain de cette partie de la Franco, fournit la principale nourriture du pauvre, sert en partie a celle dés bestiaux et donne le revenu le plus solide, ’
‘ parce que, même sans culture, lès ptoduits en sont quelquefois très abondants. ^ .
. « Le sol granitique présente fréquemment des marécages ordinairement improductifs et qu’il serait presque toujours fa- . «lie de rendre â la culture ; mais l’art des dessèchements comme celui des irrigâtions est peu connu dans ces contrées. Souvent même on ne sait pas donner aux terres labourables la pente nétessaire pour l’écoulement 'des eaux. Quelques-uns de ces marécages pourraient donner lieu à des exploitations intéressantes de tourbes; mais l’abondance des châtaigneraies vient encore fournir à un des plus pressants besoins de l’homme dans ces contrées souvent froides et humides.
Df: LA FORMATION DES TERRAINS AGRICOLES. 207
a Lçs vallons de ces contrées, recouverts des parties les plus ténues dés terres formées sur les montagnes environnantes et des matières végétales et animales qui^'y trouvent décomposées, sont géBémlement fertiles. Le chanvre y réussit, le seigle y produit d’abondantes récoltes lorsqu’il n'est pas -atteint par le brouillard.
« Les prairies y donnent un foin abondant et de qualité su- • périeure. '
a Dans quelques pints privilégiés, il existe des dépôts modernes qui modifient le sol et loi dorment souvent une grande fertilité : telles sont les vallées de la Loire, de la Dordogne et .
■ de l’Ailier. Cette dernière surtout, dont le sol eSt formé de
calcaires d’eau douce mélangés de débris de roches >010801- '
ques, est d’une richesse extraordinaire dans la partie de son cours comprise entre Brossac et Moulins, et-qu’on désigne sous * le nom de Limagne. Elle produitlês plus beaux blés de France ; les arbres fruitiers y déploient une fertilité vraiment prodi-"' •
. gieuse, et la yigne'ellerméme, presque inconnue dans le cen- • tre jdc la France, y donne d’abondantes réeoltes. » ' ; .
• Nous n’avons pas voulu retrancher un mot de cette intéres-
sante monographie des terrains granitiques. Si les autres ter- • vains avaient été décrits avec le même talent et le même détail, ‘ nou^ n’aurions eu qu’à copier, pour compléter la description ' géologique ^aire. Nous devons cependant faire observer que . l’on se-tromprait si l’on attachait à l’expressioh de terre de éruyère*. l’idée d’qn terrain formé exclusivement de débris granitiques ; elle a une valeur plus générale et plus spéciale à la fois ;
, tout terrain siliceux sur lequel croit la bruyère en abondance ' •* •et qui a été mélangé au terreau formé pr les débris de cette plante est pur nous, éomme nous l’avons dit, la terre de bruyère.
■ . Nous ne pensons pas noà plus que la stérilité, des terrains ^ granitiques dont les éléments sont trop ténus tienne à cé que
ces terrains ne pèsentpas assez Sur les racines des plantes, mais"