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CHAPITRE III

De la végétation natnreUe du ■#!.

Si nous considérons la propriété qu’ont les plantes de sub- ■ stituer, dans un grand nombre de cas, un' principe constitutif '

• à un autre, par cxepnple la soude à la potasse, et l’existence dé la plupart des principes minéraux, soit dans le sol , soit dans .. la poussière atmosphérique, soit dans les earux de pluie, nous •penserons qu’un germe déposé dans un terrain quelconque pourra y prendre un certain développement et y exister plus .ou moins longtemps, quoiqu'il n’y trouve pas tous les éléments .

tjécessaires à sa vie complète et facile. On a été même plus .

* * • ♦ ■ ■ loin, ctl’on est parvenu à faire végéter des plantes sur du quartz

pilé, dans du charbon ; mais alors les seuls éléments puisés

dans l’atmosphère concouraient à leur nutrition, et, leur déve-..

loppement était incomplet et peu considérable. Il semblerait *

, dpnc, d’après ce raisonnement, que les plantes devraient être •

indifférentes aux terrains sur lesquels elles vivent, et qu’ain&i

la végétation d’un sol ne peut être qu’un indice trompeur, si •

l’on, veut juger d’après elle de sa nature et de ses propriétés,

A l'appui de cette conclusion, on .rapporte | es faits qui se

. passent dans les jardins de botanique, où toutes les plantes de

la terre sont également admises; mais il faut observer qu’au.'

- milieu des éléments si divers qui les composent, il n’est *pas

étonnant qu’elles trouvent ceux qui conviennent à leUr naturè.

11 ne faut pas oublier non plus que leurs jardiniers savent va-

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DE LA FOBMATIO>- DES TEKRAÏfJS AGttICOLKS. "239

• rier les terres selon les difTéreàtes plantes; et qu’il y en a des ^ries entières qui ne prospèrent que quand on leur fournit do la terre de bruyère.

‘ ■ .Ce qui prouveràit'davantage, c’est que les botanistes trouvent à peu- près les mêmes plantes sur les montagnes calcaires et sur les montagnes schisteuses et granitiques. De Candolie'

* dit qu'il ne saurait citer un seul végétal qu’on puisse affîrmer n’ayoir été trouvé que dans des terrains calcaires et dans des terrains granitiques ; mais il ajoute qu’on trouve plus habi-

' ' Uiellement, sur les terrains calcaires, |e buis, la poiehiilUi rupestris et caulescens, le polypodium calcareum, la geti- ■ tiana cruciata, Vaeclepias vtneetoxieon, le cyclamen eur«- . . poeum, le trifolium montanufn, ]' adonis vernalis; plusieurs espèces d’orchis, des bupleuvres, des lichens, etc. ; et, sur les . -terres plus ou moins siliceuses., les châtaigniers, le digilali^

• purpurea , sedum villasum, pteris crispa , polystachium ; orcopteris, saxifraga stellaris, achillœd moschata, càrex

pyrenaiça*. M. Théod. de Saussure indique |c chrys-

• anthmum alpinum comme se trouvant uniquement sur les .terrains granitiques.

; Cependant de Candolie admet des exceptions à fénumé-

• ration que nous venons de transcrire. Ainsi, il ‘a trouvé le buis en abondance dans un terrain schisteux, à Cèdres (Hautes-

•' Pyrénées), dans les terrains granitiques du Morbihan, dans lés terrains volcaniques dés environs de Coblentz ; le châtaignier se trouve entre Nîmes et Alais, dans un terrain calcaire où il «St mélangé à l’olivier,

. . . Et, en effet, les influences météoriques, l’abondance des pluies, l’évaporation, les abris, l’épaisseur du sol, la situation du réservoir des eaux, sont, en général, des causes bien plus influentes sur la végétation que la présence ou l'absence do telle, espèce minérale qui peut souvent être suppléée. C'est ■ {ty Physiologie végétale, p. ii3d. '

24ô‘ ■ ■ AGROLOGIÉ. ■ ■ •

.linsiquc M. T. de Saussure* trouvait, dans l’aUalyse des ceii- * dr’es de pin, que ceux de Breven, crus sur un terrain granitique, renfermaient 13,43 de silice et 6,77 de magnésie, tandis que ceux du Reculey, venus sur un sol calcaire, ne renfer-' maientni l’une ni l’autre, de ces substances, et que tous les * autres principesy étaient dans des proportions très différentes» , • Il est probable qu'il suffit, pour la végétation, que la plante , trouve dans le s6l des bases quelconques propres à saturer les acides qui s’y forment. Quelques recherches de M. Macairë ont déjà montré qu’en calculant l’oxygène des bases diveirSes trouvées dans les végétaux qui avaient cru dans des terres djespèces différentes, on leur trouvait la même capacité de sa-' turation’. . '

M. de Gaumont a observé, en Normandie, que telleqdarite .qui croit spontanément sur les granités et sur les terrains primordiaux, ne se rencontre plus du tout. dans les plaines de* calcaire se.condaire;- mais M. Payena trouvé en Bretagne que le calcaire n’avait de plantes particulières à sa surface que parce qu’il s’échauffe plus facilement que les schistes environnants ; car il en a d’autant plus qu’il est plus friable, et toutes, celles qu’il y a rencontrées spécialement se retrouvent dans les schistes, surtout au midi de la province et sur les côtes’. •

Cependant, il ne faut pas avoir beaucoup voyagé pour se rappeler que les différents terrains présentent un ensemlde particulier de végétation qui constitue leur physionomie végétale et qui, dans nos souvenirs, se lient indissolublement avec ' lès lieux que nous avons visités. D’où vient donc ce fait général en opposition avec les faits particuliers que nous venons de citer? C’est que les botanistes, en cherchant leurs plantes; ne s’enquièrent que de leur présence ou de leur absence, .et

(1) Journal de p/i!/,«9K*e, 1800, l. Il, p. 10, note. . ,

(2) BM, univ. de Genève, nmivellc série,' t. LI, p. 283.

(3) Compte rendu de l'Académie des sciences^ 30 août tSil, p. tp3.

DE LA EORMATIOX DES tEBRAINS AGRICOLES. 241 que l’ooil apprécie aussi leur nombre relatif , leur groupement,

' leur développement. C’est cette intuition qu’il faudrait réduirè én chiffres pour apprécier réellement l’influence des terrains-; il faudrait prendre quelques mètres carrés dû sol et compter le ' • nombre de plantes de chaque espèce qui s’y trouvent, les peser même, et comparer ce résultat à celui que l’on aurait obtenu ailleurs et sur des terres différentes. C’est ainsi que, souvent, nous avons fait l’analyse botanique des prairies pour apprécier leur qualité.

Dirigées de la sorte , nos recherches nous apprendraient qu’en général la statistique des plantes indique plutôt la disposition relative des couches de terre et leur état d’atténuation que leur composition minérale, qu’ainsi le tussilaga farfara , le cichorium intybus, l’t'ntcfa dyssenteriea annoncent pliitôt un sous-sol imperméable et humide qu’une véri-r table argile , et que la nombreuse série des plantes des sables croît sur les sables calcaires comme ^r les sables siliceux.

’ Il ne faut cependant pas méconnaître que beaucoup de' plantes sont loin d’ètre indifférentes à la composition minérale du sol, que l’abondance des sainfoins, des trèfles, des mélam- • pyres, des coquelicots, de l’oUonis, indique un sol calcaire, tandis que la petite matricaire, l'oseille, la bruyère, l'ajonc, • la fougère annoncent généralement un sol qui en est dépourvu ; ' et quel est l’agriculteur, ayant devant les yeux les miracles de .la marne, de la cbaux et du plâtre, qui pourrait nier les efiets d’une substance ajoutée aux terrains où elle manque?

Après l’existence ou la fréquence des plantes sur'tel ou tel sol vient une autre question, celle des qualités spéciales que les sols communiquent aux plantes qui y croissent. M. de Gaumont alarme que les acheteurs ne craignent pas de payer 3 fr< de plus le double décalitre de blé d’une localité, parce qu’une augmentation dans le poids viendrait correspondre à cette augmentation de prix. Le fait de celte augmentation de poids et

.vorOlogie.

d« prix est \rai, quoique renfermé dans des limites plus étroites que celles que cet auteur indique ; mais il tient bien moins, ppur les pays dont nous avons connaissance, é la constitufioi> ^

' géologique du sol qu’à une meilleure exposition et à une plus grande sécheresse du terrain. En générai, les grains venus sur * des pentes exposées au midi, dans des sols graveleux et secs, compensent, jusqu’à un certain point, par leur densité, la faiblesse des récoltes qu’ils y donnent.

Le même auteur à constaté aussi, dit-il, d’une manière non moins certaine des différences dans la saveur, les qualités rela-' tives de l’alcool. Le cidre récolté dàns les plaines éalcairest devient de bonne heure acide; les pommes sont moins sucrée» que celles qui croissent sur le sol argHeux *. M. de Caunnont a *

pu arriver à dresser ainsi une carte à la fois agronomique et •

géologique, où sont indiquées les distinctions du sol de Normandie , par rapport aux quantités et à la qualité des cidres que le pommier y dorme relativement, et à la manière plus où.

'moins heureuse dont il y pousse et s’y plaît. *

Dans le congrès de Lyon*, M. l’abbé Creizet rapportait . avoir observé à cef égard, en Auvergne, que les vins récoltés sur les sols granitiques sont un peu. plus alcooliques que ceux; • . r^oltés sur les sols volcaniques. D'autres membres do ce ' congrès appuyaient cette observation en déclarant , l’ùn , que •

les terrains calcaires produisaient un vin plus léger et moins ‘

alcoolique que les terrains primitifs; un autre, qu’en Savoie, les vins les plus alcooliques et qui sc paient le plus cher sont ceux des terrains granitiques; viennent ensuite les vins des sols calcaires; puis, enfin, ceux qui sont fournis par les vigno- ' blés plantés dans les alluvions essentiellement argileuses.

Toutes ces observations ne sont vraies que relativement. Il

{!) Lettre sur les cartes agronomiques, Mémoires de la société d'agriculture de la Seine-Inférieure^ iHiS, p. 599.

(2) Tome 1, p. -(5.

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DE LA FORMATION DÉS TERRAINS AGRICOUS. 543 serait facile de citer une foule d'observations contraires. Les vins les plus alcooliques de la côte du Bbône, ceux de Roquemaure et de Tavel viennent sur des terrains entièrement calcaires. Tous les vins à eau-de-vie de Languedoc croissent sur des terrains pareils. Les vins les plus spiritueux de la Sicile, ceux de Syracuse, proviennent aussi de terrains calcaires; ceux de Madère et de Ténérifle de terrains volcaniques. On ne doit voir. dans toutes ces nuances que des phénomènes d’exposition et d’bygroscopicité, et non des phénomènes tenant à la nature géologique du terrain, jusqu’à ce que l’on ait donné des preuves plus fortes et plus dégagées des circonstances accessoires.

M. Liebig assure ' connaître des cas où la simple transplantation a suffi pour qu’un arbre qui produisait des amandes amères n’ait plus produit que des amandes douces. Il y aurait eu ici destruction d’un principe d'une grande importance, l’ar mygdaline. Il ne dit pas que le contraire aitété observé. Habitant d’un pays à amandiers, nous n’avons jamais entendu parler de la transformation dUnt parle M. Licbig; toujours ta greffe nous a donné des amandiers à fruits doux ou amers, sans que la nature du sol ait influé d’une manière qiielconque..

On ne peut cependant nier l'influence des sols, surtout l'influence de leur composition minérale, bien plus que celle de leur âge géologique. Les observations que nous venons de citer devront être recueillies avec soin, mais seulement comme des éléments, et non comme la solution d’un problème. Ëlle.s sont une précieuse indication qui nous prouve qu’il y a quelque chose à chercher. Le blé et le vin, par la grande extension leur culture, nous semblent en effet les meilleurs sujets à observer. Si l’on parvenait à prouver, par exemple, que sur les terrains de telle ou telle formation, de telle ou telle composition minérale, les céréales ont constamment plus de gluten, plus de fécule, plus de poids; que sur d’autres terrains, les

(I) Lellres sur la chimie, p. 169.

AGROLOGIE.

raisins ont plus de parties sucrées ou plus de bouquet ; si les observations étaient nombreuses et faites sous des climats différents, on aurait éclairci une matière qui, quant à présent, nous paraît loin de présenter ce degré de certitude qu’on voudrait lui attribuer. Néanmoins les cartes agronomiques que demande Af . de Gaumont auront un degré d’utilité que l’on ne peut méconnaître, puisqu'elles offriront au moins un point de comparaison aux observations futures.

Quant à présent, moins avancés, nous devons porter des conclusions plus modestes; il faut en revenir à ce point-, que si toutes les plantes peuvent végéter misérablement sur du quartz pilé, elles ne prennent tout leur développement que là où elles trouvent toutes les conditions de leur existence complètes ; que quelques germes peuvent bien s’égarer et croître loin de la station qui leur convient, mais qu’ils y restent comme des exilés et qu’ils n’y multiplient pas; que la végétation d’un terrain prise en grand a une véritable signification, et que, quand elle sera étudiée de cette manière, elle conduira à un résultat tout autre que celui auquel nous conduisent les catalogues botaniques dressés par la méthode ae^ tuelle. C'est encore une étude à laquelle nous convions les jeunes botanistes qui veulent apporter un utile tribut à la science agricole.

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