GÉNÉRALITÉS
longtemps, et les archives de l’Académie des Sciences eh font . foi, on s'était livré à d’immenses travaux qui se bornaient à distiller les plantes ; cette méthode imparfaite d’analyse reproduisait pour toutes les mêmes résultats : une huile empyreumatique et du charbon. Les gaz n’étaient pas recueillis. Quand la chimie pneumatique fut introduite, de nouvelles recherches faites par deux de nos plus habiles chimistes, MM. Gay-Lussac et Thénard, n’eurent pour objet que de constater les proportions d’hydrogène et d'oxygène des plantes. Depuis peu de temps seulement et par l'introductiqn de méthodes plus parfaites ducs à l’un d’eux, M. Gay-Lussac, l’emploi des oxydes de cuivre, la présence de l'azote dans les différentes parties des végétaux a été constatée, il y a peu de temps encore que la présence de ce gaz était , considérée comme un .caractère de l’animalité, et les végétaux passaient pour ne le -contenir que par exception, ’et seulement dans quelques organes spéciaux.
Mais c'était peu de connaître les parties élémentaires gajeuses des plantes, il fallait encore déterminer leurs éléments fixes. Th. de Saussure commença cetravaii en incinérant un certain nombre de végétaux; Sprengel, Schübler. Berthier ont analysé un grand nombre de cendres végétales ; M.-Bous^ singault vient d’y ajouter des travaux d'autant plus précieux qu’ils embrassent un grand nombre de plantes cultivées. Cette etude demande h être complétée par la comparaison des cendres des mêmes espèces crues sur différents terrains, aGn de constater quels sont les éléments essentiels de ces espèces et ceux qui peuvent leur être substitués avec plus ou moins d’avaptages. MM. Wiegmann et Polstorf ont publié des recherches intéressantes dans cette direction. . -
’ Quoi qu’il en soit, ces travaux ont déjà constaté que, parmi ces substances faisant partie du sol et regardées comme inertes et indifférentes, il en est bien peu qui ne soient nécessaires à ’organisation des plantes et susceptibles d’entrer dans leur
'AfthOLOGIE.
composition. La découverte de ces nouveaux rapports chan> geait la face de la science ; elle rendait plus utile encore la connaissance des terrains, elle indiquait les nouvelles voies dans lesquelles il fallait marcher désormais, et avec le xèlo et le talent de nos savants ces Voies ne tardèrent pas à être parcourues. C’est donc d'une science nouvelle et encore en marche que nous allons traiter ; il était nécessaire de bien préciser le point de dépaitet d’indiquer au début de ce cours les principes qui doivent y présider.
On a donné différents noms à la science qui s’occupe des terrains agricoles. Brard * la désigne sous celui de géonomie..
Ce titre nous semble trop ambitieux ; il semble indiquer une généralité dans l'étude des terrains qui ne s’applique pas purement au point de vue agricole. Thaër l’a appelée agronomie {loi des champs) ; mais outre que ce mot, usité depuis longtemps pour désigner la connaissance raisonnée de l’agriculture, a l’inconvénient de le détourner de sa signification reçue, il a aussi celui d’exprimer par son étymologie an delà de ce qu’on voudrait lui faire dire. Nous adopterons un mot nouveau qui, quoique ses racines grecques soient moins précises, peut renfermer notre sujet et no renferme que lui, c’est le mot agrologie (discours sur les champs, sur les terrains agricoles), et nous le définissons : la science gui a pour objet la connaissance des terrains dans leurs rapports avec l'agriculture. Pour déterminer les limites de cette science, il ne faudra donc que se demander sous quels rapports l’agriculture a besoin de connaître les terrains.
' Les terres remplissent deux fonctions par rapport aux plantes. Elles leur servent de point d’appui, de milieu dans lequel se développent et s’attachent leurs racines ; elles servent de ré- ’ * servoir à l’humidité nécessaire pour la végétation, et à différentes substances propres à leur nutrition, à laquelle elles par-
(1) Minéralogie appUqttée aux arts, 1. 1, p. I.
GÂSÉBAUTfe.
ticipont clIes-iRèmes par leurs propres éléments : d’où naissent deux, points de sué différents. Le premier, tout mécanique, puisqu’il a pour objet de reconnaître le plus ou moins de facilité que les racines trouvent à s’étendre dans le sol, le plus ou moins de résistance que la terre présente aux instruments par, le moyen desquels l'homme la pénètre, la divise, la prépare, en un mot pour que la plante puisse s’y développer dans les conditions les plus favorables ; le second point de vue se rapporte à la nutrition des plantes qui doivent tirer du sol une partie des élénaents qui entrent dans leur composition, soit que la terre . les reçoive et les aménage dans son sein, soit qu’ils fassent partie iptégrânte de sa constitution. L’on n’aura une connaissance parfaite des terrains qu’autant que, par leur étude approfondie, on aura reconnu et décrit les caractères auxquels ces différentes propriétés peuvent se reconnaître. Ainsi, il . nous faudra rechercher par queb signes se manifestent la ténacité des sols, l w faculté de re^rVeau et les substances qui y sont mêlées; d’absorber, de conserver les gaz de l’atmosphère ; la manière dont elles se comportent avec la chaleur' lumineuse et la chalmir diffuse; Imir rayonnement, les transformations qu’elles font subir dans leur sein, par l’effet des affinités chimiques, aux substances qu’elles renferment, et la nature de ces substances. C’est de la solution seule de ees nombreux et difficiles preffilèmes que peut résulter celle du problème 6nal que se pose l’agrologie : l’appropriation et l’appréciation des terrains; l’appropriation, c’est-à-dire la désignation précise des cultures auxquelles ils sont les plus propres sous un climat donné ; l’appréciation , c’est-à-dire leur valeur relative dans les diverses circonstances climatériques et économiques où l’on se trouve.
Mais que l’on ne croie pas trouver à la fin de ce traité la solution si désirée de ces grandes questions que l’on s’adresse depuis que l’on s’occupe d’agriculture. Quels que soient les ■
AGKOLOGIE.
progrès de la science, nous sommes bien éloignés de la croire • assez avancée pour que, par Son moy^cn, on puisse déterminer à priori la valeur d’un terrain. Nous avons cherchéé indiquer ' la marche à suivre pour arriver à ce résultat, mais on s’abuse- >
. rait si on pensait qu’on y est parvenu. Il faudra encore de bien longues recherches pour éclaircir tous les points douteux de nos solutions ; et quand tous les principes de l’agrologie seraient aussi certains qu’ils sont encore douteux sur un grand nombre de points, la complication de ces solutions, prise dans ce sens absolu en y faisant entrer les éléments du climat, nous mettrait toujours en garde contre les résultats d’un calcul qui .
, pourrait être affecté de graves erreurs. Aussi nos essais pour résoudre la question seront-ils moins ambitieux, et, tout en les recommandant comme un objet d’étude plutôt que de pratique, «’avons-nous pensé qu'à arriver à des valeurs relatives et jamais à unie valeur 'absolue. C’est par cette tentative d'ap- ])iication des principes renfermés 'dans ce cours que nous le ' ' terminerons, en demandant que l’on soit indulgent pour un .* premier essai et que l’on n’y ait que le degré de confiance attuché à l’incertitude d’un grand nombre de ces principes euxinémes. . •
Que penser donc de la prétention de quelques auteurs aile-* mands et italiens qui ont cru pouvoir baser sur des données théoriques l’importante opération de la confection d'un cadastre, surtout quand on considère le petit nombre et l’isolement des principes dont iis se servent, et l’état de la science quand ils ont publié leurs ouvrages? Pendant longtemps les indications d’un expert local, ou les données historiques recueillies dans le pays sur les produits des terrains, seront préférables à ces solutions abstraites ; mais on conçoit cependant un état de la science où ses principes, contrôlés par l’expérience et ramenés par elle an degré de certitude qu’ils n’acquièrent jamais dans les sciences d’application que par cette utile cri-
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, U41M) pourraient finir par offrir des solutions précises. C'est à cette perfection idéale que nous devons tendre, et il serait peu philosophique d’abandonner la culture de la science elle-méino parce qu’elle est encore éloignée de la perfection. Cherchons à connaître le point où elle est parvenue, faisons des efforts poui* lui faira faire de nouveaux progrès, mais ne désespérons pas d’elle, et que ses progrès récents soient d’un heureux augure pour l’avenir.
D’ailleurs, dès à présent l’agrologie est loin d’étre une étude sans application. Si nous ne pouvons pas encore résoudre son problème final, elle nous donnera cependant les lumières les plus précieuses sur un grand nombre de points où la pratique hésite et ne se décide. qu’après des expériences longues et coûteuses. Béjà elle peut prononcer sur l’appropriation de cer- . faines cultures à certains sols, sur les résultats que l’on peut s’en promettre; elle nous apprend les engrais qui peuvent convenir à . certains terrains; les sols qu’il faut amender par la chaux, les cendres, le plâtre, les os pulvérjsés ; ceux où ces amendements seraient dépensés en pure perte ; elle nous fournit des méthodes pour évaluer les forces nécessaires à la culture, et sert ainsi d’introduction aux principes d’agriculture proprement dite ; enfin, elle nous conduit à une classification rationnelle dos terrains, et nous permet ainsi déjuger et d’appréciér les ié.cits dos opérations agricoles. Les cultivateurs dont la pratique s’est renfermée' dans l’étooite enceinte de .leur territoire n’ont pas senti cette nécessité. Les qualités de leur sol, ils les connaissent par les récoltes qu’ils portent, par les travaux qu’ils exigent, par les effets qu’ils éprouvent des saisons et des •intempéries; un petit nombre de différences bien tranchées • leur suffit pour caractériser les terrains qui les entourent; ils ont leurs terres fortes et légères, leurs terres humides et sèches, leurs terres à blé et à seigle. Les mêmes expériences leur apprennent la valeur relative de ces terres. L’intuition a I. ■ • i-