‹ Cours d'agricultureChapitre 93 sur 174 · TENTAT. POUR APPRÊC. LA VALECR DES TERRAINS · texte numérisé non relu

TENTAT. POUR APPRÊC. LA VALECR DES TERRAINS

que soit leur qualité, ont fourni toutes les natures de' produit ; si les terres étaient d'une nature fort égale, on pourrait, sans ‘ inconvénient, s'écarter de cette règle. Ainsi l’assolement étant * de trois ans, on prendra six, neuf, douze et quinze années. •

Si l’on n’avait qu’une seule rotation à soumettre au calcul, ‘ on risquerait de commettre des erreurs considérables, à moins que l’assolement ne fût très long. En effet, on voit souvent trois bonnes ou trois mauvaises récoltes de suite ; il ne faudrait pas manquer alors de s’informer soigneusement de l’opinion * que l’on a des produits de ces récoltes dans le pays, et de véri-> fier le résultat moyen que l’on aurait obtenu par les deux méthodes indiquées ci-dessus.

Le domaine présente souvent plusieurs natures de récoltes ; mais il en est, dans le nombre, dont il est facile de connaître le . produit. Ainsi l’on saura toujours le produit d'une récolte d’huile au moulin à huile, d’une récolte de vin par une visite. ' dans le cellier et le nombre.des tonneaux et des foudres pleins.*

. . Pour le produit des bestiaux, il y a ordinairement des formulés toutes faites dans chaque pays, et il est facile de les appliquer ; mais, ces produits sont si variables, que nous ne pouvons donner ici aucune règle à cet égard.

Au reste, ce qui facilitera les recherches que l’on aura à faire, c’est qu'il ne s’agit ici que de produits bruts. Ainsi, quand on saura le nombre de veaux, la quantité de fromages, de beurre, on aura toutes les données nécessaires pour une exploitation de vaches ; pour les bœufs à l'engrais, il suffira de savoir lé poids moyen auquel on les achète et celui auquel on les porte * dans le pays. Cette approximation est suffisante pour le but qu’on se propose.

$ IV. — Du loyer des bâtiments.

Il se présente ici -un problème qu’il est important de ré- •I. , , . • ta.

AGK0I.0G1E. •

s<îudrc. Doit-on fdirc entrer dans les produits du domaine la valeur locative des bâtiments, et sur quoi pied doit-on la compter? Il suffît de considérer qu'en faisant un tout autre emploi de son temps, le fermier devrait se pourvoir d’un logement pour lui et sp famille ; que, d’ailleurs, ce logement est le fruit d’uh travail avancé par le propriétaire, et l’on ne mettra plus en doute que cette jouissance' ne doive être portée en recette. Mais le fermier ne peut être soumis qu’à un ■ loyer en rapport avec sa position sociale, et ne doit entrer pour rien dans les dépenses de luxe qu’on aurait pu être tenté de faire pour embellir ées constructions. ' ■

La valeur réelle des bâtiments n’est donc pas la base dont nous devons partir ; mais celle-ci n’est autre que la proportion ordinaire qui existe entre la richesse et le loyer. Cette proportion variera selon les pays, les climats, les habitudes, et elle ne 3era certainement pas la même à Naples qu’en Angleterre. C’est donc un calcul différent à faire pour chaque localité.

Dans le midi de la France, le prix du loyer d’une famille, qui ne s’élève pas jusqu’à l’opulence, est en général le douziènlede son revenu. Ainsi le fermier qui dispose d’un capital de 6,000 fr., qui doit lui rapporter 10 pour 100 (taux moyen actuel des entreprises industrielles), paiera un loyer de 50 fr. environ. Cette renteetee loyer sont ceux des familles d’ouvriers qui ne disposent que de leur travail.

Le fermier qui, outre son travail et celui de sa famille, peut encore, disposer de quatre bêtes de travail et d’un valet, se trouve avoir un capital d’au moins 12,000 fr., ce qui porte sa rente à 1,200 fr. et son loyer à 100.fr. : or, une ferme suffîsante pour lui coûtera, dans le pays, au moins 6,000 fr. de construction et un entretien annuel de 20 fr.; ainsi, la rente réduite à 100 fr. ne représente pas tout à fait 2 p. 100 de la valeur de cette construction. D’où l’on voit que les bâtiments de ferme sont une charge pour le propriétaire qui, au reste, ne

TENTAT. POCR APPRÉC. LA VALEVR. DES TERRAINS. 347 . porte (]ue la peine commune à tous ceux qui font bâtir dans une situation qui, faute de concurrence, n'est pas favorable aux loyers. . ■ •

Section IV. — Continualion de l’estimation par les produits , et les frais.

La portion attribuée à l’oiivrier pour paiement de son travail- n'est pas une aliquote fixe du produit. Elle est proportionnée à la concurrence des locataires de fermes, et n’a sou- ■ vent qu'un rapport éloigné avec la valeur plus ou moins grande du sol et la quantité plus grande ou plus petite de denrées que l'ouvrier peut en obtenir par son travail.

Le minimum en est la subsistance de l'ouvrier et de sa famille, et ce minimum n'est pas susceptible de grandes variations dans un même pays, quoiqu’il sdit fort difliérent d’un pays à l’autre, selon le genre de nourriture elle climat; mais le* maximum n'a d’autre borne que le produit total du sol, qu’i| est bien près d'atteindre quelquefois. Ainsi, l’Américaiq, qui . donne 50 fr. de la propriété de 10 acres de terre sur le Missouri, ne paie en réalité que 3 fr. du fermage d’une terre qui rapporte le triple de sa subsistance. Quand la concurrence sera aussi étendue dans ce pays que sur les bords de la Seine ou de la Tamise, au lieu de recevoir trois fois sa subsistance de son travail annuel, il lui restera à peine de quoi vivre, lui et la famille qui l’aidera dans son travail.

Dans les pays où il n’y a pas de capitaux nombreux en proportion de l’étendue des fermes, on voit donc les produits des* fermiers s'élever, tandis qu’ils sont nuis et se réduisent au strict nécessaire dans les pays bien peuplés, et où les fermes

n’ont d’étendue que celle des forces d’un ouvrier et de sa famille. C’est la circonstance sociale qui porte au maximum létaux du fermage, parce que c’est celle aussi où la coneufffs l' est la plus grande. • ^ '*'•

. 348 • ■ AGSOLOGIE. >

Mais cette concurrence né peut se mesurer par elle-même ; elle n'a d'autre expression numérique que le taux des prélits :

• ainsi, nous ferions une entreprise inutile si nous cherchions le taux des profits en voulant évaluer la concurrence ; il faut chercher à la connaître directement.

Nous appellerons profit de l’nuvrier ce qui reste à la famille de l’ouvrier au delà de sa subsistance^' après paiement de la rente du propriétaire. On sent que ce profit est parfaitetnent distinct ou plutôt opposé à ce que l'on nomme profit du fonds, qui est le revenu qu’en tire le propriétaire.

. Ce profit n’est pas égal pour toutes les classes d’ouvriers. Ainsi, dans un pays à grandes fermes, les fermiers sont ceux seulement qui ont le éapital nécessaire à leur exploitation : il y à un taux de profit pour ceux-ci , mais il n’est pas nécessairement le même que celui des prolétaires qu’ils emploient. Il ■ peut être plus grand si les ouvriers sont nombreux ; il peut être plus petit s’ils sont insuffisants. Ainsi, dans les pays malsains , de la côte de la Méditerranée, le profit de l'ouvrier est propor- . . tiounellement plus considérable que celui du fermier, tandis que, dans la Picardie et la Brie, le profit du fermier est beau^ coup plus considérable que celui de l’ouvrier.

' Pour trouver le profit de la classe des fermiers que nous de- ■ vons empipyer, c’est donc ce profit lui-même qu’il faut observer ; il a ses limites dans la nature des choses, et en connaissant celui de plusieurs fermiers, on ne manquera guère de connaître celui de tous.

' La dépense du fermier se distribue en plusieurs parties : le paiement du travail fait, soit par les hommes, soit par les animaux ; l’intérêt du capital d’exploitation ; 3** les profits' qu'il fait dans la ferme ; 4*^ le fermage du propriétaire. C’est pour arriver à cette dernière valeur que nous voulons connalt ale'u$ trois autres éléments, c’est-à-dire que nous avons cette éleiftion : le produit brut = le travail + le profit du fer-

TE.\TAT. POLR A^PBBC: LA VALEUR DES TERRAINS. 349 micr + le fermage du propriétaire. Ici nous connaissons le pro> duit hrut par les investigations auxquelles nous nous sommes livré dans Je chapitre précédent; il noUs reste à chercher leS autres éléments, c’est ce que nous allons tâcher de faire. ■'

S-P'. — De la valeur du travail fait sur une ferme.

La masse de ttavail au moyen de laquelle une terre est mise en étàt de production n’apparalt pas toute sous la même forme ; il. y. a du travail actuel et du travail accumulé : le premier seul retient le nom de travail ou de capital circulant; les auteurs agronomiques donnent au second le nom de capital de cheptel. ■ Que celui-ci ne soit en dernier résultat, aux yeux de l’économiste, que du travail accumulé, c’est ce dont il sera facile de se convaincre au moyen de quelques observations.

Le capital de cheptel du fermier consiste en outils et en.bcstiaux : il est assez évident que les outils ne sont que le produit du travail des ouvriers qui les ont confectionnés, mis en réserve . par le fermier. Quant aux bestiaux, ils ne sont également qiie la représentation dés fourrages qu’ils ont consommés , et sans . lesquels j!s n’auraient pu vivre; la valeur du germe animé de Vanimal n’est elle-même qu’une partie de la valeur de la nour- . riture de la mère, et peut-être cette valeur est-elle négative pour le fermier, qui perd une partie du travail ou du produit do la mère pendant qu’elle porte son fœtus. Ainsi le capital de cheptel tout entier n’est que du travail appliqué à l’exploitation de la ferme.

On sent donc qu’il n’y a qu’une nuance légère entre le capital chculaiitet le capital de cheptel : l’un paie un travail actuel, qui . doitêtrerenouveléchaque année, ou du mpins chaque fois que l’on prépare de nouveau le champ qui doit porter une plante ; l’autre paie un travail fait, dont la durée doit être de plusieurs années; mais que de nuances insensibles entre l’un et l’autre f

AGB0L06IE.

Pour semer une luzerne, il faut accumuler un travail dont les ré-' sultats doivent s'étendre à cinq ou six années ; si nous plantons une vigne, l’effet de ce travail durera cinquante, centans. Le premier travail est-il compris dans le capital circulant, le dernier dans le capital de cheptel ou dans celui du fonds ? Le bœuf acheté pour l’engrais est revendu au bout de quelques mois, une vache n'est vendue qu'après quelques années. On voit donc que cette classiGcation des capitaux est purement artificielle, et qu'il est difficile de tracer une ligne bien tranchée entre eux. D'ailleurs, quant à leurs effets économiques sur l'estimation du bail, une loi générale lés régit : c’est que les fermiers, pour pouvoir continuer à perpétuité l’exploitation du sol, doivent se trouver, ^ l'expiration du bail, quant à leurs capitaux, dans la même po- ' sition, au moins, où iis étaient à son origine : ainsi les produits du sol doivent entretenir le capital.cn état de service, et le reproduire ù mesure qu'il éprouve une déperdition ; ce qui exige nécessairement, pour le capital du cheptel, un renouvellement annuef, que l’on ne peut pas fixer au-dessous d’up douzième dé sa valeur. . .... . .

La quantité de travail employée sur une terre est en rapport avec le genre d’exploitation auquel elle est soumise; ainsi, . une faible étendue de jardin occupe un homme toute l’année^* dans le système avec jachère, H cultive commodément 10 hect. . à l’aide de deux bêtes de travail seulement. Pour nous faire une idée nette de ce que les différentes positions agricoles exigent d'avance en main-d'œuvre, il nous semble donc que le meilleur moyen sera d'établir cette proportion dans plusieurs classes d’exploitation , qui comprennent les principales situations agricoles que l’on rencontre sur notre continent; il sera.lacjlc ensuite au propriétaire de se classer dans une de ces positions , ou entre les limites qui les séparenU Nous aurons ainsi fait tout ce qu’il est possible de désirer dans les bornes que nous nous sommes prescrites. J

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TENTAT. POüR APPRÉC. LA VALEUR DES TERRAI^'S. 351

I^ous allons donc eicaminer la valeur du capital circulant ( travail annuel ) et du capital de cheptel ( travail accumulé ) du fermier.: 1* dans les pays où la terre est employée à des cultures sarclées de vég,étaux de commerce ( plantes tinctoriales, 'oléagineuses, maraîchères, etc. ) ; 2° dans ceux où les prairies artificielles occupent au moins un quart de la ferme, tandis que les récoltes sarclées de commerce n’y occupent qu’un espace insigniGant, et où, si l’on fait des récoltes sarclées, ce sont encore des récoltes de plantes propres à être consommées dans la ferme ( assolemënts avec fourrages et racines) ; 3° dans ceux où J’çn a conservé-le.système de la jachère, et où les prairies artificielles, quand il en existe, n’occupent qu’une partie peu considérable du terrain de la ferme ; 4° dans ceux des fermes à pâturages où les terrains cultivés ne sont qu’un accessoire de la ferme.

A. — Culture sarciée des végétaux de commerce.

La Flandre est certainement le pays de France et peut-être dé l’Europe où la culture dos plantes sarclées a été poussée le plus loin. Un tiers de l'étendue des fermes est consacré, dans les environs de Lille, aux cultures du lin, du colza, du tabac ; le capital du fermier, qui doit, aux prix actuels, représenter ce travail disponible sur la ferme, y est de 256 fr. 60 c. par hectare, sans y comprendre la partie qui sert à payer le fermage*. Cette somme est répartie de la manière suivante :

Travaux annuels 112 fr. 10c.

Achats d’engrais 12i SO

. Cheptel, 240 fr. par hectare, qui demandent un entretien annuel d’un douzième au moins 20 ■

(1) Ces données sont tirées de l’ouvrage de M. l’ingénieur Cordier sur l’agriculture de la Flandre française et l’économie rurale, 1 vol. in-8 avec atlas. A la Librairie agricole. • . . i

352 • ' ' '■ AGKOLOGiE".

A l’autre extrémité de la France, dans le midi, on trouve aussi des exemples frappants de culture des végétaux de commerce. Le département de Vaucluse, dans sa partie cultivée spécialement pour la garance; le départemènt des Bouchesdu-Rhône, dans toute la contrée qui reçoit les arrosages de fa Durance; les environs de Marseille et de Ntmes offrent, i cet égard, des positions agricoles très riches ef très curiëuses à étudier.

Dans l’assolement de garance, luzerne et blé, qui est le plus perfectionné de tous ceux où l’on intercale cette racine tiqctoriale, et quand la culture a toute son activité, -les capitaux du fermier sont distribués ainsi qu’il suit ' :

Travaux et récoltes 158 fr.

Fumier 135

Cheptel, 200 fr., dont le douzième. . . 17

Par hectare, annuellement. . . 3 10'

Un cultivateur, M. Quenin, a doniié une description très intéressante de la culture de Château-Renard ( Bouchés-du- ' Rhône) ^ ; les détails en sont d’une parfaite exactitude. La multiplicité et la perfection des cultures introduites dans cette commune industrieuse doivent frapper d'étonnement toute personne. versée dans l’agriculture : c’est la Flandre transportée en Provence, au moyen des arrosements, qui suppléent au ciel d’airain du climat.

Nous voyons dans ce mémoire que le capital du fermier est réparti ainsi qu’il suit :

Travail 206 fr.

Engrais 61

Cheptel, 200 fr., dont le douzième. . . 17

(!) Guide du propriétaire de bietis sournis au métayage, par M. de Gaspariii ; Culture de la garance, p. 1 89 et suiv. A la Librairie agricole. (2) Afém. de la Société royale et cenlrale'd'agricuH., t. XVI, p. Hl9’

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