‹ Cours d'analyse de l'ecole polytechnique. Vol. 1Chapitre 14 sur 340 · NOTICE. XVII · texte numérisé non relu

NOTICE. XVII

très-distingués. Il faut lâcher de m' élever à peu près à leur niveau. »

Ce premier séjour à Paris fut de courte durée. Sturm y revint un an après avec son ami d'enfance, M. Daniel CoUadon, aujourd'hui professeur à TAcadémie de Genève et physicien distingué. De iSaS à 1829, les deux amis vécurent ensemble, mettant en commun leurs travaux, leurs espérances, leurs joies et leurs peines. Le II juin 1827, une haute distinction venait récompenser leurs efforts : ils remportaient le grand prix de Mathématiques proposé par l'Académie pour le meilleur Mémoire sur la compression des liquides.

Sturm était venu à Paris avec une lettre de recommandation de M. Lhuilier pour M. Gerono. L'éminent professeur accueillit le jeune mathématicien avec une cordialité dont celui-ci lui a toujours gardé une profonde reconnaissance, et lui procura des relations utiles. MM. Arago, Ampère et Fourier suivaient avec intérêt les travaux de Sturm et de son ami. Je n'ai pas besoin de dire que les jeunes savants étaient obligés d'abandonner parfois' la haute théorie pour des occupations moins relevées, mais plus lucratives. M. Arago, dont la prévoyante amitié embrassait tous les détails, ne laissait échapper aucune occasion de leur envoyer des élèves.

A cette époque, M. Fourier réunissait autour de lui quelques jeunes géomètres, dont la réputation commençait à se faire jour, et qui ont tenu depuis ce qu'ils promettaient alors. L'illustre savant les initiait à ses travaux de prédilection et les entraînait dans la route où il avait fait de si importantes découvertes. Sturm subit l'heureuse influence de ce maître vénéré, dont il ne parlait jamais qu'avec émotion. Il dirigea ses recherches vers la théorie de la chaleur et l'analyse algébrique. C'est en étudiant les propriétés de certaines équations différentielles qui se présentent dans un grand nombre de questions de physique mathématique^ qu'il trouva son célèbre théo^

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rème. Celte découverte, publiée en 1829, fit sensation et plaça son auteur au rang des premiers géomètres.

Sturm accueillit avec joie la révolution de Juillet, dans laquelle il crut voir l'avènement définitif d'une sage liberté. Cette révolution lui fut du moins favorable en lui permettant d'entrer dans l'Instruction publique^ dont sa qualité de protestant l'avait éloigné pendant la Restauration. La haute protection de M. Ara go le fit nommer, à la fin de i83o, professeur de Mathématiques spéciales au collège Rollin.

C'est de cette époque que date son amitié avec M. Liouville, amitié qui a duré jusqu'à sa mort.

Le 4 décembre i834) l'Académie des Sciences Thonora <lu grand prix de Mathématiques, qui devait, aux termes du programme, être décerné k l'auteur de la découverte la plus importante publiée dans les trois dernières années. Le Mémoire couronné, déposé au Secrétariat le 3o septembre 1 833, était relatif à la théorie des équations.

En i836, Sturm fut nommé Membre de l'Académie des Sciences, en remplacement de M. Ampère, par 46 voix sur 52 volants.

Entré à l'Ecole Polytechnique en i838, comme répétiteur d'Analyse, Sturm devenait deux ans plus lard professeur à cette Ecole. Dans la ftiême année (1840), présenté en première ligne par le Conseil académique ex par la Faculté des Sciences, il occupait à la Sorbonne la chaire de Mécanique, laissée vacante par la mort de Poisson.

Slurm était, en outre, officier de la Légion d'honneur (1847), Membre de la Société Philomathique, des Académiesde Berlin (i835)etde Saint-Pétersbourg (i836), de la Société Royale de Londres (1840). Cette dernière lui avait décerné la médaille de Copley pour ses travaux sur les équations.

Slurm se montrait digne de tous ces honneurs par son zèle à remplir ses diverses fonctions. Doué d'une con-

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stitution nalnrellemenl forte, il pouvait compter sur une longue carrière et de nouveaux succès. Malheureusement, vers i85i, sa santé subit une altération profonde par suite d'une trop forte application à des recherches difficiles, et il fut obligé de se faire remplacer à la Sorbonne et à TEcole Polytechnique. Il reprit ses cours à la fin de i852, mais il ne se rétablit jamais complètement. Malgré les soins de sa famille, qui relardèrent mais ne purent arrêter les progrès du mal, il succomba le 18 décembre i855, à Tâge de cinquante et un ans.

Sturm n'était pas seulement un homme de talent, c'était aussi un homme de cœur, bon pour sa famille, bon pour ses amis, dont le nombre était grand, a J'ai beaucoup d'amis, » disait-il avec un naïf orgueil, et cette parole, qui chez tout autre aurait passé pour une exagération, était rigoureusement vraie. A ceux que j'ai déjà cités, j'ajouterai, sans prétendre à une énuméralion complète, MM. Lejeune-Dirichlet, Ostrogradsky, Brassinne, Cassanac. Catalan. M. Faurie, d'abord élève, devenu ensuite l'ami intime de Sturm, mérite une mention spéciale pour le dévouement dont il a fait preuve dans les circonslajnces les plus pénibles.

Dans sa prospérité, Sturm n'oubliait pas les jours difficiles et le généreux appui qu'il avait reçu de MM. Ampère, Fourier, Arago. Il se plaisait à venir en aide aux jeunes gens qui débutaient dans la carrière des sciences, et il savait les obliger avec une délicatesse admirable.

Sturm se taisait volontiers avec les personnes qu'il ne connaissait pas; mais quand sa timidité naturelle était vaincue, il révélait tout le charme d'un esprit fin et original. Il était passionné pour la musique des grands maîtres, et nous tenons* de lui qu'à une époque où ses ressources étaient bien faibles, il s'imposait des privations afin de pouvoir entendre les chefs-d'œuvre de Rossini et de Meyerbeer.

Comme professeur, Stùrm se distinguait par la clarté

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