DE LA TÈTE
Des yeux.
On comprend dans la desctiptlon des yonx ce]io de parties accessoires, les sourcils, les paupières et les voies lacrymales , et celle de la partie principale <|ui forme un globe logé dans l'orbite, et entouré d plusieurs parties molles,
La description que nous avons donn()e de l'orbite nous paroît assez détaillée pour ne rien dire de plus ^ cet égard. Sa face interne est, comme on sait, recouverte par le périoste, et il y a entre le périoste et le î^lobe de l'œil une très-grande qnautité de grnisse qui facilite sans doute les mouvemens des muscleq de la paupière supérieure , et dii globe lui-même.
Remarques. Cette graisse plus on moins abondante rend le j gl;^bc de l'œil plus ou moins saillant. De-là vient qne ceux qui ; sont maigres ont les yeux plus on moins enfoncés : dans ces indi- ' vidus, les humeurs même des yeux sont ordinairement en moins j. grande quantité. j
C'est dans le corps graisseux qui entoure Tœil , que se for-s • ment dfs loupes ou autres tumeurs stéatomateuses , des sarcomes, j des abcès, des ulcères, des carcinomes qui en augmentent la . duveté, acquièrent quelquefois celle des cartilages, et donnent; iiou à des végétations d'un voluiue prodigieux, et quelquefois à la\ çarie' des os. >
La goutte, les maladies scrophuleuses , vénériennes , et auîres « provenant de diverses acrimonies, et souvent des contusi<uis et ; des plaies, ont été la cause de ces maux affreux. J'ai vu avec l'oculiste Graiijsan le globe de l'œil et les parties molles qui i l'entouroient, rongées entièrement et dans peu de jours, dans une • femme chez laquelle la goutte avoit subitement disparu du pied ' droit très-gonflé , sans aucun topiciue répercussif. Il survint une pphthalmie si violente , r^u'eUe fut bientôt suivie de la destruc-r tion de toutes les parties renfermées dans l'orbite j comme si elle^ ^ys^çiit été rongées pjir des caustiques,
DE LA SPI. ANClINOnOGIJÏ.
Des sourcils.
Au -dessus des paupières^ sont denx éminences demi- circulaires, formées par les muscles surciliers, par la portion supérieure de l'orliiculaire des paupières, par du tissu cellulaire plus ou moins chargé dégraisse, par la peau plus épaisse qu'à la paupière , et par des poils avec leurs bulbes, lesquels sont naturellement inclinés de dedans en dehors , et forment deux espèces d'arcs plus larges et plus élevés vers le nez que vers l'angle externe de l'orbite où ils sont grêles et allongés; on leur donne le nom de sourci/s: leur extrémité interne est appelée la tête , et leur extrémité externe, la queue. *
Les poils de ces sourcils sont plus ou moins nombreux, plus ou moins longs, ayant plus ou moins de grosseur; ordinairement ils ont la couleur des ' lieveux, et sont plus ou moins régulièrement inclinés en dehors, ou relevés. Leurs têtes sont séparées par un. petit espace glabre ou sans poils, ce qui l'a fait appeler glubella. Il y a cependant des sujets chez lesquels les sourcils, par une continuation des poils, se touchent, ce qui donne à la figure un air très-rude.
Les éminences sourcilières reçoivent leurs vaisseaux smguins des ophthalmiques , et leurs nerfs de l'ophrhahnique, rameau de la première branche des trijumeaux , du facial ou de la septième paire de
miiis.
Remarques. On a dit que les sourcils poiivoîent empêcher la siiftur du front de coulr r sur le globe de l'oçil ; mais cet usr.^e est-il le seul qu'ils remplissent ? sont-ils aussi, comme on l'a dit, lf"s premiers modérateurs de la lumière? ils sont du moins une f îpèce d'ornement du visage. Les sourcils se raccourcissent er» iu rapprochant l'un d« l'autre , remontent ou descendent plus ou
ANATOMti: MÉDICALE,
iiKuris ; leurs mouvemens sont opérés par le muscle surcilier , par le muscle épicrâne , et par le muscle orbiculaire des paupières.
De la diversité de mouvement des muscles des sourcils, il en resuite des différences bien remarquables dans le visage; leur ■violente contraction produit le redrrssement des poils des sourcils, C]ui annonce un mouvement de frayeur ou de colère; les attaques d'apoplexie sont quelquefois précédées d'un relâchement dans ces muscles , qui donne lieu à l'abaissement des sourcils ; les convulsions générales sont aussi quelquefois annoncées par celle d'un ou des deux muscles surciliers. La réunion des sourcils donne au visage im air sombre , de mauvaise humeur. Voyez des remarques à ce sujet dans VHistoire naturelle de Buffon. et dans la Physicgnomie de Lavater'^ on trouvrra, à l'article des cheveux^ quelques remarqxies sur leur chute et sur celle des sourcils. Ou pourroit aussi consulter V orthopédie d'Andry^ pour quelques vices des sourcils et des cils.
Des paupières.
Quoique les paupières forment un cercle continu f[ui couvre les parties antérieures du globe de l'œil , on en admet cependant deux , une supérieure et une inférieure; la première est plus large, et recouvre environ deux tiers du globe de l'œil ; les paupières sont plus OLi moins convexes, selon que le globe de l'œil est plus ou moins saillant.
Division. On peut y considérer deux faces , une antérieure, et l'autre postérieure ; deux bords, l'un fixe, et l'autre mobile. Des deux angles qui résultent de leur rencontre , l'interne est appelé le grand angle , et l'externe le petit angle.
Structure. La' peau forme la paroi antérieure des paupières î une portion de la conjonctive en fait la paroi postérieure ; entre ces deux membranes sont compris les ligamens palpébraux, des muscles, des vaisseaux, et des nerfs.
La peau est d'un tissu plus fin que le reste de la peau du visage 5 on y distingue qiîelques follicules
DE LA SPLANCIINOLOGIE. og3
r|ui laissent sninter extérieurement une petite quan- Ité d'une humeur muqueuse.
Les ligamens palpébraux sont minces, et adhèrent par un bord à l'orbite, et par l'autre bord au car- I liage tarse. Leur face antérieure est recouverte par J'j muscle orbicalaire. La face postérieure du ligajuent palpébral supérieur répond au muscle releveur <le la paupière ; celle de l'inférieur est recouverte par la conjonctive.
La paupière inférieure est pourvue, indépendamment des fibres de l'oi biculaire , de quelques libres formant un petit muscle plat qui s'attache au bord inférieur de l'orbite : c'est une espèce d'abaisseur dont Caldani a parlé ; mais ce muscle n'est pas constant , comme nous l'avons dit à l'article des muscles.
Les vaisseaux sanguins des paupières sont artériels et veineux, et viennent des surciliers, des temporaux superficiels , des optiques , des sous-orbitaires externes.
Les nerfs viennent de la première branche des trijumeaux et du nerf facial.
Les paupières ont aussi leurs vaisseaux lymphatiques j entre ces parties, il y a un tissu cellulaire abondant et d'une structure lâche.
L 'Remarques. Les paupières garantissent l'œil des impressions, d'une trop vive lumière; en se rapprochant, elles interceptent le passage des rayons lumineux dans le globe de l'œil j mais la paupière supérieure , soit en s'élevant, soit en s'abaissant , parcourt beaucoup plus d'espace que l'inférieure. Par un effet du mouvement des paupières , les larmes se répandent entre elles et le globe de l'œil, et parviennent dans les conduits lacrymaux.
Les filles , avant les prem.ières règles sur-tout, ont les paupières d'un rouge obscur, quelquefois elles sont très - noires. Il y a des femmes chez lesquelles on peut connoîlre l'approche des règles , par la couleur noirâtre de leurs paupières. L'hydropisie des paupières arrive aussi fréquemment, par rapport à l'abondance et à
la débilité de leur tissu cellulaire ; 1rs pl.tliisiqurs , et ceux encore qui ont des engorgemens du poumon , ont les naupieres plus ou moins gonflées et quelquefois bleuâtres ; elles sont aussi tuméfiées dans des sujets dont le cerveau est engorf^é; ordinairement les paupières prennent une teinte jaune et même noire dans l'ictère , avant que la peau du visage ait perdu sa couleur naturelle.
Nous rapprochons naturellement les paupières , sans y penser, lorsque nos yeux sont frappés par une vive lumière. Cependant nous pourrions, en nous faisant quelque violence, les mainlenit ouvertes ; mais nous ne sommes pas également maîtres d'einpèclier la pupille de se contracter : cette observation m'a été quelquefois titile pour distinguer si les syncopes étoient feintes ou réelles.
Les paupières sont sujettes à une infiltration plus ou moins considérable qui produit leur gonflement et donne lieu à divers replis de la conjonctive. Chez les vieillards, le tissu celiulaii-e-^ étant généralement endurci et retiré, les paupières sont néces- sairement ridée*.
Les paupières ont une sorte de transparence qui ])ermet , lors- qu'elles recouvrent exactement le globe de l'œil , de distinguer 1«> jour de l'obscurité.
Cartilages tarses,
^ Les bords mobiles des paupières sont pourvus de chaque côté de deux cartilages appelés ^(^/•>s'<?5 (i) , dont les extrémités sont réunies par un très-court ligament ; ce qui les a fait paroître continus, et a fait croire à q^uelques anatomistes qu'il n'y avoit qu'un seul car- \ tdage dont une partie appartenoit à la paupière ; supérieure, et l'autre à la paupière inférieure (2). s
Ces cartilages sont beaucoup plus larges au milieu qu'à leurs extrémités, et cette différence estplus grande i au cartilage supérieur qu'au cartilage inférieur^ mais Testrémité de l'un et dfe l'autre cartilage qui corrcs- ])ond aux tempes est beaucoup plus grêle que celle . qui aboutit au grand angle de l'œil; le ligament de \ celle-ci est confondu avec le tendon direct du muscle
(1 ) Vesalc les a bien distingués: De htm. cotp.fah. in-f. p. 244' (2) Drouin , Descript, du cerveau, Paris, 1681, in-i3.
DE LA STLANCHNOLOGli:.
orbiciilaire. Chaque cartilage est à-peu-près prisma- ■qiie, ayant trois faces et trois bords j une face )uche au globe de l'oeil , l'autre correspond au luscle orbiculaire et à la peau, et la troisième j-cgarde l'autre cartilage: des bords, le supérieur, dans le cartilage supérieur , est continu avec le ligament P dpébral^ et des inférieurs, l'antérieur est garni des jîoils des cils, le postérieur, qui ne présente rien de ])arliculier, correspond au globe de l'oeil. Dans le cartilage inférieur, c'est le bord supérieur et antérieur qui correspond aux cils , le supérieur et postérieur n'a rien de particulier, et l'inférieur est continu avec le ligament palpébraL La face inférieure (lu cartilage tarse supérieur et la face supérieure du cartilage tarse inférieur sont coupées de manière que, lorsque les paupières sont rapprochées, ces ( artilages se touchent vers les cils , et sont écartés du lté du globe de l'œil ; ce qui forme une espèce de mal, à la faveur duquel les larmes sont conduites ;nns les points lacrymaux. Ces cartilages servent à j^iévenir les replis vicieux des paupières, et à faciliter leurs mouvemens.
Remarques. Les cartilages tarses se cicatrisent aisément quand il:» ont été divisés par un instrument tranchant. Dans un liorame nui avoiteu une ophthaltnie vénérienne, une tumeur, de la grosseur ci'iin pois, s'étoit formée dans le milieu du cartilage tarse inférieur; sa substance s'étoit gonflée comme celle des os dans l'exoslose. On a divers exemples de ces tumeurs des cartilages.
Des cils.
Les paupières sont terminées par une rangée de poils qui forment les cils, et on sait qu'ils sont plus o\\ moins longs, et ordinairement de la couleur de 'ceux des sourcils ; ils sortent d'un, bulbe, et tombent uand ces l>ulbes sont détruits : c'est ce qui arrive ans quelques maladies. Les cils de la paupière supérieure soiit ordinairement plus nombreux et j)lus
A N A T O M I E M li n T C A r E,
longs que ceux de ]a paupière inférleurej clans l'une et 1 autre paupière^ ils sont plus lon^rs au milieu que Ters les extrémités.
Remarques. Le principal usage des cils est de défendre leit, yeux des insectes ou des corps pulvérulens qui pourroient lef, alfecter (1). Mor^agni croyoit que la couleur noire des cils servoit à fortifier la vue. Ceux , dit-il , qui ont les cils blancs î ont la vue plus foible 5 aussi y a-t-il des personnes qui se noirî, cissent les cils pour pouvoir mieux distinguer les objets (2). Le*' larmes sont quelquefois si acres, qu'elles rongent les bulbes d-*" Cils (3).
On découvre, parmi les bulbes des cils^ des corp'^ glanduleux, qu'on appelle glandes de ]SleUwniius\, anatomiste, qui les a décrites j ces glandes sont généralement connues aujourd'hui. Il paroît que les anciens les avoient aussi connues, parmi lesquels on peut compter Galien , et Charles Etienne qui en a mieux parlé. Ces corps glanduleux sont nombreux, et de la grosseur d'une petite tête d'épingle.
Remarques. Il suinte de ces corps glanduleux une humeur jaunâtre qui humecte les poils des cils et les cartilages tarses. Or, cette humeur qui découle de ces glandes de Meibomiusy est quelquefois si abondante et si glulineuse , qu'elle colle les paupières ensemble 5 c'est ce qui arrive sur-tout chez les vieillards, qui ne peuvent ouvrir les paupières qu'après les avoir bien lavées avec une lotion détersive. Quelquefois cette humeur acquiert une acrimonie extrême dans des ophtlialmies, sur-tout dans celles qui proviennent d'un vice dartreux, vénérien, scrophu-. leux ; son écoulement est quelquefois très - abondant dans les gonorrhées , sur-tout lorsqu'elles ont été supprimées.
(1) Voyez dans VHistoire de l'anatomie ^ t. VI, p. 417, verses remarques historiques sur les cils, et dans \' Orthopédie d'Andry des observations utiles sur les altérations des cils.
(2) Epist. anat. XIII, art. 29.
(3) Orthoped. t. II, p. 11 5.