D J! LA S P I. A N C II N O L O G I E
Les anatomlstcs ont connu cette cloison sons différens noms; quolqnes-uns hii ont donné celui i}^mée par rapport à la couleur noire de sa face postérieure, (^t d'autres l'ont appelée iris par rapport à la variété >!os couleurs que présente sa face antérieure : nous adoptons cette dernière dénomination , parce qu'elle est la plus généralement reçue.
Divisions. On peut considérer da-as l'iris deux laces, l'une antérieure, et l'autre postérieure; on Y considère aussi une grande et une petite circonférences.
La face antérieure, qui est diversement colorée, correspond à la chambre antérieure. Sa face postérieure est noirâtre comme la face interne de la cho:r roïJe. Elle est remarquable, sur-tout quand on a enlevé la couche de l'humeur noire qui l'enduit, par juelques linéamensrayonnés qui paroissent formés par des replis de la choroïde, et qu'on appelle les^roc<?5 ciliaires. Ces linéamens, en forme de rayons, s'étendent de la grande circonférence de l'iris à la petite. Les anatomistes ont varié sur leur nombre : Eustaclii en admettoit soixante - six ; Verle y quatre-vingts; Tallucyf qnatre-vingt-dix; et Zimiius s'est rapproché du calcul cVEuslacâi. Je crois qu'il est bien difficile de rien dire de positif à cet égard, le nombre de ces rayons ciliaires pouvant être phis ou moins apparent; peut-être aussi que leur nombre n'est pas toujours le même.
Les auteurs ont été de divers avis sur la structure des procès ciliaires : les uns les ont regardés seulement cormue vasculaires , tels que Kuysch , Cassehohrn , Zimiius ; d'autres comme musculeux, et d'autres comme nerveux (i).
(i) Voyez , pour les rpinarq[ues historicj[ues sur cet objet ^ Morgagny , epist. anat. XVII.
On voit évidemment que les procès ciliaires reçoivent un grand nombre de vaisseaux qui communiquent avec ceux de la choroïde. La face antérieure de la capsule qui renferme l'humeur vitrée jusqu'à la circonférence du cristallin , est marquée de lignes noirâtres qui correspondent aux procès ciliaires.
Indépendamment de ces linéamens rayounés , les anatomistes ont admis dans l'iris , autour de sa petite circonférence , des fibres circulaires qu'ils ont cru être musculaires.
La grande circonférence de l'iris est unie dans son contour au ligament ciliaire , et à la circonférence de l'ouverture intérieure de la choroïde.
La petite circonférence de l'iris est le contour d'un trou qu'on appelle la primeLle ou pupille : ce trou est toujours rond dans l'homme (i) , du moins dans l'état naturel : il n'est pas parfaitement au milieu de l'iris. Jxuysch a remarqué (2) qu'il étoit plus proche du nez (|ue des tempes : Morgagriii^')çX TVinslow (4) ont ensuite fait, avec raison, la même remarque.
Selon François Petit y lorsque le trou de la pupille a son ouverture ordinaire , le diamètre de ce trou n'est que d'une demi-ligne (5) ; mais comme il peut se rétrécir encore davantage, il peut aussi se dilater, et au point que son diamètre soit de quatre à cinq ligues.
L'iris est à peu près plane dans l'état naturel : mais lorsque le globe de l'œil est comprimé par les muscles ■
(1) Duverney , OEuvres posthumes^ t. ï, p. i46 ; Halfer, Elément, physiol. t. V, p. 36o. Bourgelat a remarqué qu'elle étoit transversalement oblongue dans les animaux ruminans p - dan$ le cheval.
(2) Thésaurus II, tab. I, f. j. -,
(3) Epis t. anat, XVII.
(4) Winslow, Académie des sciences^ année 1721. j
(5) Académie, des scimccs^ année 1723,
DE xa spi.anchnol6gie. 4^1
obliques, ne devient-il pas convexe , étant alors repoussé en avant par les humeurs ? Weibrecht et juelques autres anatomistes- l'ont cruj ils ont aussi ^ensé qu'il étoit un peu convexe lorsque la pupille îtoit dilatée : bien plus, ils ont voulu attribuer consainment cette dilatation au mouvement en avant jue faisoit alors l'iris (i) j mais cela n'est rien moins ]ue prouvé : peut-être que la pupille paroît s'approcher de la cornée transparente , parce qu'en se 1 datant, son contour se rapproche de la circonfeence de la cornée.
Structure de l'hais . On peut considérer dans l'iris leux lames , dont l'une est antérieure et l'autre postérieure j elles sont d'une texture molle , et ont réunies par un tissu cellulaire lâche et plein le vaisseaux. On y voit diverses artérioles , dont juelques-unes sontévldemment fournies par les artères ;iliaires, lesquelles, après avoir serpenté entre la i;ornée opaque et la choroïde , sont venues se répandre 1 ans l'iris, en se propageant de sa grande circonfeence vers la pupille , comme par des espèces de ayons.
On y voit aussi des filets nerveux bien distincts, enant des nerfs ciliaires , rameaux fournis par le ^;anglion lenticulaire j et je ne doute pas aussi qu'il 'y ait des vaisseaux lymphatiques (2).
Tous ces vaisseaux et nerfs sont flexueux , et :omine autant de rayons plus ou moins prolongés ,
(1) Selon VooUiouse et JVinslow , le cercle de l'iris est plane ; r selon F. Petit ^ Weibrecht, il est convexe. Haller dit l'avoir a évidemment convexe dans le fœtus ; mais Zinnius n'en est
s persuadé. Voyez l'opinion de ces auteurs dans leurs ouvrages t dans V Histoire de l'anatomie , pour pouvoir y recourir.
(2) Ferrein a vu les vaisseaux lympliatiques de l'uvée ; il a ru devoir les diviser en artériels et en veineux- Académie des . Jences ^ ijZQ^
réunis Cîisémble ou isolément , et s'étendant sur les lames de l'iris
On a aussi admis dans l'iris des fibres musculaires rayonnées , et encore des fibrcéi circulaires ; mais il paroît que l'on, a admis ces . fibres plutôt d'après les mouvemens de dilatation et de contraction dont jouit la . pupille , que d'après de bonnes observations : aussi les anatoraistgs ne sont pas d'accord à cet égard j car les uns admettent ces deux ordres de fibres musculaires ; d'autres n'admettent que les fibres rayonnées, et quelquesuns que les circulaires. Raw j Ri/yschy Heister,, M^'inslopFf J?orterfiel(l\ Morgagni , Zinnius y Wcitbrecht y Lieiifoud , Sabaiîer , ont admis des fibres rayonnées qu'ils ont cru destinées à dilater la pupille, ainsi que des fibres musculaires circulaires , auxquelles ils ont attribué la fonction de la rétrécir j ; mais Méry n'a voulu admettre que les fibres rayonnées et non les fibres circulaires , et son opinion j a été aussi celle de quelrpies anatomistes. Demours, au contraire, a cru devoir nier l'existence des fibre.' longitudinales, et a soutenu que celles qu'on voit dans l'iris , ou, comme il le dit, dans l'uvée, étoieni autant de tendons grêles, ronds, durs, lisses, blanchâtres , élastiques (i). D'autres anatomistes oni regardé ces corps grêles rayonnés comme de vraiî vaisseaux.
Sur la face antérieure de l'iris , on peut apercevoir une membrane très-line, qui fait portion du sac qu renferme l'humeur aqueuse dans la chambre antérieure. On en observe aussi une autre à sa face postérieure, qui paroît appartenir à ce même sac, comme on le dira plus bas.
(i) Académie des sciences; Mémoirei des savant étrangers l. II.
T> s tA SPLANCHNOLOGIE. <(23
Remarques. On ne connoît donc pas encore les véritables agens r[ui opèrent la dilatation ou le resserrement de la pupille; cependant, comme tous les mouvemens connus du corps sont l'effet (^s contractions des muscles , il paroîtroit que ceux de l'iris evroient être produits par les mêmes moyens, et qu'il est pourvu (le libres musculaires rayonnées et circulaires : mais on les supj'ose plutôt qu'on ne les démontre. Tous les muscles , après la laort , sont dans le relâchement, même après celle qui succède ;uix plus affreuses convulsions ; la pupille est aussi très-dilatëe y ([uelque resserrée qu'elle fût avant la nioft; elle est très-dilalée dans le sommeil, dans les affections comateuses, et d'autant plus, qu'elles sont intenses.
La pupille se dilate dans l'obscurité ; elle se rétrécit à pro- ]iortion que la lumière est A'ive , et toujours involontairement : c'est même quelquefois par ce signe qu'on peut jup,er si le sommeil ( st vrai ou simulé; cette observation m'a été utile pour décou- ^ rir la vérité.
Ne paroitroit-t-il pas d'après cela que la dilatation est l'état naturel, et que le rétrécissement est l'effet de l'irritabilité de linéiques fibres musculaires circulaires, et qu'il suffit qu'elles cessent de se contracter , pour que l'iris jouisse par son élastic ité se retirer vers sa grande circonférence > et donner ainsi ij lieu à la dilatation de la pupille ? Mais , dans cette supposition, il faut admettre des fibres musculaires circulaires dans Tiris, car il n'y a que les fibres musculaires qui soient irritables, et les fibres circulaires qui peuvent seules resserrer ■ i pupille. Si ces fibres musculaires n'existoient point, et que s corps grêles rayonnés , qu'on voit évidemment, ne fussent (Hie des vaisseaux , ne pourroit-on pas croire alors que, lorsqua Il rétine éprouve le contact de la lumière un peu vivement, le sang de ses vaisseaux reflue dans ceux de l^iris avec lesfjuels ils communiquent, et qu'alors ceux-là se gonflent, s'allongent 5 oi^ au moins quo leurs contours diminuent? Or alors la pupillft seroit rétrécie : mais lorsque la rétine n'est plus stimulée, ou qu'elle a perdu sa sensibilité , le gonflement dans les vaisseaux de l'iris n'ayant plus lieu , la pupille est dilatée.
La contractilité de la pupille n'est pas à beaucoup près la môme dans tous les sujets: elle se resserre bien plus vite et plug ( oMiplétement dans un jeune enfant que dans un adulte, et dans rrlui-ci que dans un vieillard ; daos les femmes hystériques , dans les hommes mélancoliques, que dans les autres individus ; dans ceux r iifin qu'on dit être nerveux , sensibles , irritables , que dans ceux qui sont engourdis. Dans quelques individus, la plus vive lumière Ij. fait à peine rétrécir ou point du tout , tandis que , dans d'autres.
42)4 AN A tO MIE MÉDICALE,
la njoindre lueur excite son resserrement ; aussi de pareils sujets voient quel(|iiE-fois dans l'obscurité même (i). Il paroît que c'es^'t dans la difféi-pnce de sensibilité de la rétine avec laquelle lai pupille a les plus grands rai)ports moyennant les nerfs ciliaires, , qu'il faut trouvf r la cause des différons degrés de sensibilité dç i l'iris. En effet, dans ceux dont la rétine est d'une excessive sen- • sîbilité, la luniière la moins vive leur suffit pour y voir, et . alors aussi la pupille»Se resserre très-prompteraent ; ce qui fait qu'ij lie pénètre pas beaucoup de lumière dans l'œil , et que la rélinç ■ est ainsi à couvert d'une ultérieure irrit;ition: mais si cet organe est peu sensible, il faut, pour l'exciter, une lumière plus vive, ou un plus grand nombre de rayons lumineux.
On voit ainsi que la rétine est sous la sauvegarde de la pupille, mais que celle-ci est , pour ainsi dire, dans sa puissance. ■ Les hommes qui vivent dans des pays couverts de neige , ont Iiabituellcment la pupille tiès-resserrée , et y voient clairement, tandis que ceux qui habitent des lieux humides, couverts de nuages, ont la pupille très-dilatée.
On sait que les individus ( Xposés à une lumière trop vive ne peuvent distinguer les objets lorsqu'ils passent {subitement clans l'obscurité, mais qu'après un temps plus ou moins long, ils terminent par recouvrer la vue dans l'obscurité même ; car les personn('s,jeunes sur-tout, détenues dans des lieux obscurs , finissent j)ar voir presque aussi clairement que ceux qui sont au grand jour.
On peut , dans beaucoup de cas, juger de la sensibilité, nonseulement de la rétine , mais même de celle du cerveau , par celle de la pupille : si elle ne se resserre pas à l'approche d'une vive lumière, c'est souvent une preuve que le plus grand engorgement a lieu dans ce viscère j tel est l'état de la ])upi]le dans les apoplexies, lorsque, dans une fièvre elle reste dilatée et insensible à la lumière, c'est d'un Jmauvais présage , car bientôt le nia'ade tombe dans un profond assoupissement; si le contraire a lieu, ou enfin si la pupille reprend son irritabilité primitive, c'est presque toujours un signe que l'assoupissement diminue. Mais si la pupille est très - irritable dans Tétat naturel par les r&yons lumineux, elle l'est sur -tout dans les convulsions : si celles-ci sont suivies d'une grande dilatation de la pupille, elles sont ordinairement mortelles en annonçant l'assoui)i-.seinent le plus profon.d. Dans quelques affections particulières du cerveau , on a vu une pupille conserver toute sa sensibilité , tandis que l'autre l'avoit entièrement perdue : or alors , on
(\) Nous enayons rapporté des exemples dans notre ouynige sur la Hage, ,art. 5.
DE LA SPLANCIINOLOGIE.
1 plusieurs fois trouvé la couche optique du côté opposé, plus ,u moins altérée dans son volume ou dans sa texiure ; mais bien lus souvent on a reconnu quelque lésion dans la couclie et le nerf ^tiquedu même œil, comme quelque tumeur extérieure, unedila- 'tionde ses artères, de ses veines, une infiltration de leur tissu qui lurûit ramolli, ou une humeur lymphatique, concrète, scroluleuse, qui Tauroit durci (i). Cependant très-souvent les ourtures des corps ne démontrent aucune affection dans les couches iu dans les nerfs optiques des sujets qui ont cejjendant éprouvé la outte sereine la plus complète, et particulièrement après des lections catarrales, après des coups ou chutes violentes sur la i te , après des blessures des partit s voisines de l'œil, telle que 1 Aie du nerf ophthalmique (a) , après des convulsions des yeux , .Liiez des enfans par cause de vers ou de la dentition.
Les pupilles dont l'ouverture n'est pas ronde , mais irréguliè- •ement ovale , sont dans un état de maladie qui annonce souvent a perte de la vue. J'ai remarqué dans deux jeunes nyctalopes ^ )u dans deux enfans qui voyoient pendant la nuit, qu'ils avoient pendant le jour la pupille très-dilatée , et peut-être par suite de l'habitude ou elle étoit d'être très-dilatée pendant la nuit. Les modernes ont observé que les lotions de la conjonctive avec des liqueurs chargées d'opium, et, encore plus, avec le suc même de l'opium, de la belladona ou autres plantes stupéfiantes, produisoient une dilatation plus ou moins grande de la pupille ; sans doute par l'absorption de la partie calmante de ces topiques par les vaisseaux lymphatiques , laquelle agit sur les nerfs de l'iris. On a déjà tant de fois éprouvé les effets des applications exté* rieures des caïmans pour diminuer^la sensibilité des nerfs ainsi que l'irritabilité des muscles ; pourquoi ne procureroient-ils pas lea mêmes effets sur les yeux ?
C'est à travers le trou de la pupille que l'oculiste , dans l'opération delà cataracte, après avoir incisé la cornée transparente, porte son aiguille pour ouvrir la capsule qui renferme le cristallin , et pour l'extraire. 11 faut sans doute qu'il ait une main bien assurée pour ne pas blesser l'iris ; mais il n'est pas cependant aussi difficile à éviter qu'on pourroiL d'abord se l'imaginer, parce qii'alors il n'a pour l'ordinaire que peu ou point de mouvement , la rétine n'étant pas excitée par la lumière , par rapport à l'opacité du cristallin ou de sa capsule : de plus , la légère compression que l'oculiste fait sur l'œil pendant l'o-
(i) Observéfi par Valsalva , et citée par Morgagni, epist. XIII, art. 5. (a) Voyfz dans Morgagni, epist. XIII, art. u , des remarques sur la goiiflemeut et sur l'atrophie du ncii' optique.
4'i6 A N A T O M I E M É D I C A t e, pération, concourt encore à inainlenir l'iris dans inie espèce d'engourdissement, et la pupille dans un état de diUtatiim' à moins que l'iris n'ft^lt contracté , par sa face j)ostérieure , uni adhérence avec la face antérieure de la capsule du cristallin • ce qui arrive quelquefois, et dételle manière, qu'on ne peut extraire le cristallin cataracte ce qui pourroifc alors rendre la méthode d'abaisser le corps lenticulaire préférable à l'extraction : c'est aussi ce qui a fait imaginer de le détruire par parcelles (i); sa substance atténuée termine par être abs3rbée ; et ce corps qui , pat son opacité, erapèchoit les rayons lumineux de parvenir à la retme , étant détruit , ils y parviennent librement, et y produisent l'impression nécessaire pour la vue.
On a plusieurs exemples de plaies de l'iris heureusement cicatrisées, sans que la vue ait été détruite. Bien plus , on n'a pas craint, la pupille étant oblitérée , d'en faire une autre en pra- f tiquant une omerlure dans l'iris^ et même près de sa grande circonférence, lorsqu'il y a une tache dans le milieu de la cornée transparente. Des malades ont été ainsi opérés par le citoyen Demours fils, avec un tel succès, qu'ils ont pu non-seulement revoir la lumière, mais distinguer très clairement les objets.j
L'iris contracte quelquefois des adhérences avec la cornée transparente, et d'autres fois , après une solution de continuité dans celle-ci, l'iris s'est engage par l'ouverture contre nature, et il s'y est fait une espèce de hernie qu'qn appelle staphylônie.
L'iris , quoique très-irritable par la lumière, a paru très-peu sensible lorsqu'on l'a incisé.
Les cnfans, en venant au monde (comme il a été dit à l'article A\\ fœlits )^ ont la pupille bouchée par une membrane si mince, qu'elle se déchire pendant l'accouchement^ ou peu de temps après la naissance; sans cela ils resteroient aveugles ; plusieurs même ont été privés de la lumière par cette cause. Des oculistes habiles ont proposé d'ouvrir la pupille par l'incision, afin de leur donner la vue. N'a-t-on pas pris quelquefois cet état pour une espèce de cataracte de naissance, quoique le cristallin' et sa capsule fussent parfaitement sains? Nous renvoyons aux autejws qui ont écrit sujr les maladies des yeux , pour d'autres remarques sur les affections de l'iris ; nous n'avons voulu en esquisser qu'un foible tableau.
CO Voyez, sur cet objet aussi curieux qu'important, Pt sur hoaiicniip tVautres relatifs aux luaL-ulies des yeux, l'ouvrat^c du célèbre Scarpn , que M. Léi cUIé, plein <le -mAc pour le progrès des sciences qu'il cultive avec succès , a traduit en nouç langue.
DE LA SPLANCHNOLOGIl.
De la rétine.
C'est la troisième tunique du globe de l'œil , ainsi appelée par rapport à sa structure.
Situation. Elle est placée entre la choroïde et le corps vitré qu'elle embrasse jusqu'aux procès ciliaires (i).
Division. On y considère deux faces et un bord. Des deux faces ^ l'une est postérieure et correspond à la face interne de la choroïde , avec laquelle elle contracte une légère adhérence ; la face antérieure couvre le corps vitré sans aucune adhérence. Une artère appelée centrale passe du nerf optique a travers la rétine , pour s'insinuer dans la partie postérieure et moyenne du corps vitré j le bord ou la circonférence de la rétine adhère aux procès ciliaires.
Structure. La rétine paroît formée de deux parties, dont l'une est pulpeuse , et comme un prolongement de la substance médullaire du nerf optiipie, et l'autre est formée par une membrane très-tenue , composée d'un tissu ceUulaire très-fni (2) , comme le ])éduncule du nerf optique dont elle émane : elle est placée plus intérieurement que l'axe du globe de l'œil; il en résulte que la rétine a plus d'étendue en dehors qu'en dedans. Indépendamment du tissu cellulaire ([ui est dans la rétine , il y a des artères et des veines nombreuses que les injections rendent trèsapparentes , ainsi que les inflammations ou autres
(1) Selon Galien, la rétine se prolonge jusqu'au cristallin. TJ^inS' low f Casseholun^ Ferrein^ Lieutaud^ ont adopté cette opinion j mais Vf.sale n'a pas cru qu'elle eiit une si grande étendue. Fallope ^ Plempîus^ Vcrrhcyen et Morgagni ont été du même avis que Vesale. Cependant ^/-z^^, et plusieurs autres anatomistes, ont soutenu , et avec raison , que la rétine s'étendoit jusqu'aux; procès cili.iircs.
(2) Zinuius, Descript: ocuU humcinU
maladies : on pourroit présumer que, parmi les fibres médullaires du nerf optique , il y a aussi des i filets du nerf que la troisième paire fournit au pé- duncule du nerf optique.
La portion pulpeuse de la rétine est tellement mêlée î avec le tissu cellulaire de sa portion membraneuse,, , qu'il est impossible de l'en séparer. On y a remarqué j des stries filamenteuses plus ou moins droites, épa- noTiieset divergentes, du nerf optique vers la cir-'conférence de l'œil, et qui se propagent vers les procès i ciiiaires. Alhinus (i) est un des premiers qui ait divisé ' la rétine t:n deux parties , et qui ait fait remarquer que la membraneuse étoit antérieure' à la médul- j laire (2) : cependant cette division se conçoit plutôt ' qu'on ne peut l'opérer par la dissection. Ce qu'il y a seulement de certain, c'est que^ par la macération dans de l'eau tiéde^ on sépare la substance médullaire de la pa^rtie membraneuse.
Le célèbre Soeminering, si avantageusement connu des anatouiistes par de bons ouvrages qu'il a publiés, a reconnu dans la rétine , en 1791 , un pli , une tache jaune , un trou dont Michaelis y et , en dernier lieu, Marc qX. héveillé ^ nous ont donné la description. Pour voir ces objets , « il faut , disentils.(3) , faire deux segmens d'un œil sain , ménager, 33 autant que possible, le corps vitreux , plonger en- 55 suite l'œil dans l'eau claire , et vous apercevrez » alors une tache jaune , dont la teinte a plus d'éclat >5 dans le milieu. La grandeur et la teinte de cette 33 tache varient j mais sa position est toujours la 33 même. Son plus grand diamètre est d'une ligne à 33 une ligne et demie : le petit diamètre est d'une
(1) Acad. annot. lib, III, cap. IV.
(2) De non null. singul. circa nenos opticos. Epist.
(3) Mém. de la société médicale d'émulation^ t. I, p. 23^.
DE LA SPLANCHNOLOGIE.
. ligne au plus. Lorsque la rétine est ensuite bien à
> découvert et isolée des membranes environnantes,
> on voit, au milieu des plis vagues et rayonnans
> qui s'y montrent , autre pli constant dans ) sa forme, sinueux,-^ plus interne qu'externe j ce
> pli commence près**3e l'insertion du nerf optique » par une extrémité très-déliée, et va se terminer à
> l'extérieur par une extrémité plus arrondie. L'é-
> tendue de son trajet est d'une ligne et demie. En
> continuant les observations sous l'eau, et en pres-
> sant l'œil, l'endroit où se voy oit la tache se présente » sous la forme d'une protubérance ovale : on aper- ) çoit en même temps un point transparent, un trou
> d'environ un quart de diamètre.»
On lit , dans le même ouvrage , que Michaelis a îomparé , relativement à ces nouveaux objets d'oblervations, « des yeux sains à des yeux altérés diver- » sèment par diverses maladies. Il a vu la tache ) jaune disparoître dans des yeux opaques, être rem-
> placée par un point à peine visible dans un œil
> staphylômateux , et par une tache noirâtre dans
> un œil affecté de goutte sereine, w
Des observations aussi intéressantes n'ont pas manpé de piquer la curiosité des anatomistes modernes, ît sur-tout de notre confrère Cuvier, qui tient à juste itre un rang si distingué parmi les naturalistes : il :roit que les dispositions observées dans l'homme par Soemmering et Michaelis appartiennent exclusivenent à l'espèce humaine , ne l'ayant pas reconnue dans plusieurs animaux. G/2 ^-^z/'û? assure que les objets découverts par Soemmering existent constamment dans les yeux de l'homme (i).
Remarques. Les physiologistes regardent généralement la rétine
(i) Traité de la spUnchnologic ^ p. 44 1»
ï(3o ANATOMIE MÉDICAL H,
comme l'organe immédiat de la vue ; ils croient que c'est cr elle que se fait l'impression des corj)s lumineux. Etant formée de la substance pulpeuse du nerf optique, sa sensibilité doit être SI grande , qu'une foible lumière , qui ne peut affecter les autres nerfs, peut cependant par son coi^tbçt y produire l'impressioa delà figure de l'objet extérieur, ef^dfflg un sens renversé, parce que les rayons lumineux en traver^mt le trou de l'iris ou la pupille se croisent; ceux qui viennent de la partie supérieure tombent sur la partie inférieure de la rétine, et ceux qui vien- nent du côté droit de l'objet tombent sur la partie gauclie de la^ rétine : mais le toucher , sans doute aidé du jugement , rectifie cette erreur d'optique, etc.
Galien a fixé dans la rétine le siège de la vue, et son opinion a été celle de Kepler ^ Schneider ^ Plempius ^ Duverney ^ Perrault ^ Tozzi, Heister^ Haller^ Senac^ Cowpér^ Noguès, etc. (i) : cependant Mariotte , physicien , membre de l'Académie des sciences , et, après lui , Lecat^ Gauteron , et quelques autres , ont refusé à la rétine cette importante fonction pour l'attribuer à la choroïde; mais cette dernière opinion n'est point étayée de preuves assez solides pour faire abandonner celle des anciens. Les nerfs sont par-tout les organes des sensations; pourquoi la rétine, qui n'est qu'une expansion du nerf optique, ne jouiroit-elle pas de la même faculté?
Il est vrai que divers faits prouvent que l'on ne distingue pas l'objet, lorsque son image tombe sur le péduncule de la rétine (2) ; mais cela ne détruit pas l'opinion de ceux qui croient : qu'elle est l'organe immédiat de la vue : peut-être qu'en cet endroit de la rétine, se trouvent des vaisseaux sanguins plus gros» qu'ils ne le sont dans le reste de son étendue. Ce qui sembleroit le » confirmer, c'est que si, par état de maladie, les vaisseaux de la i rétine sont trop dilatés par le sang ou par cause de pléthore géné- raie ou partielle, alors l'individu ne perçoit plus en entier l'image; de l'objet, ou le perçoit mal, et avec des taches noires ; soit; que cela provienne de ce que les rayons lumineux tombent surir des parties qui ne sont pas capables d'en percevoir l'impression, , soit que les vaisseaux sanguins trop dilatés compriment les fibres'i nerveuses et leur ôtent la faculté de sentir : d'où il résulte qud i ceux qui voient des points noirs, des taches qu'ils comparent ài> des mouches ou à d'autres objets plus ou moins étendus , diver-'sèment terminés , et plus ou moins opaques , n'ont de tels vices i
(i) Voyez V Histoire de l'anatomie , t. VI, p. 44''
{a) Noufdle d<iGowert9 tQuche-nt la vue. Pans, 16C8, 111-4".
DE T. A SPLA^'C^îfOLOGIÏ. 4^1
5 la vue, que parce que la rcéline ne perçoit point dans quels endroits de son étendue riiupression de l'objet. Mais , par raison contraire, il pourroit arriver, et cela a été observé, des malades voient des points plus brillans , mieux éclairés ^uu d'autres , dans quelque,*; objets, parce qu'il y auroit plus de ensibilité dans quelques-unes des parties de la rétine que dans l'autres; car on sai; que lorsqu'elle est généralement trop senible , ils voient les objets comme s'ils étoient éclairés par une rop vive lumière : de-là viennent sans doule les héniéralopies et esnyctalopùs. Les premiers malades n'ayant pas assez de sensi- )ilite dans la rétine, ne voient les objets que lorsqu'ils sont rivemeat éclairps , el par un grand jour 5 et les autres , au conraire , trop affectés par une telle lumière, ne peuvent les disinguer que lorsau'ils ne sont presque plus éclairés : comme la mpille est d'autant plus resserrée que la sensibilité de la rétine ;st vive, les héniéralopes l'ont d'autant plus dilatée pendant le our . que les nyctalopes l'ont rétrécie.
Dans la goutte sereine, le nerf optique et la réiîne ont perdu eur sensibilité, ou, comme on le dit, sont affectés de paralysie, jette maladie est souvent occasionnée par l'engorgement des vaisleaux sanguins du nerf optique et de la rétine, avant ou après une attaque d'apoplexie ; car, plus d'une fois, l'apoplexie a été annoncée ou suivie de la perte de la vue d'un ou des deux yeux. La goutte sereine a été souvent la suite de la répercussion des humeurs sur la rétine , par diverses métastases ; souvent elle a été précédée de migraine ou autres douleurs de tête violentes, qui ont quelquefois cessé lorsque la goutte sereine a eu lieu : comme aussi on a vu cette niiladie cesser ou diminuer lorsque ces douleurs de tête revenoient , ou autres douleurs, sur-tout les rhumatismales ou arthritiques, et souvent aussi lorsque des dépôts, des abcès , se lormoient en des parties du corps plus ou moins éloignées des yeux , ou qu'il survenoit des éruptions à la peau. Une gale rendue à une femme en lui faisant porter la* chemise d'un galeux, la guérit d'une goutte sereine que la répercussion de cette humeur psorique avoit occasionnée 5 d'autres malades ont été guéris de la goutte sereine par des ^évacuations. Des femmes sont devenues aveugles pendant le travail d'un accouchement laborieux 5 -^on eût peut-être pu prévenir cet accident par des saignées qu'on néglige trop aujourd'hui chez lea femmes grosses : en général, dans cette espèce de goutte sereine, les saignées copieuses sont très-avantageuses. Avec quel succès ne les ai-je pas conseilices dans des cas semblables, non seulement pour les guérir , mais aussi pour en préserver de$
432 ÀNATOMIE MÉDICALlî,
sujets qui en étoient menacés ! J'ai trouvé dans des cadavres la rétine très-endurcie (i) , ayant la consistance d'un cartilage.
Il est dt s hommes qui , pour paroître atteints d'une goutte sereine, maintiennent les yeux ouverts, quoique frappés d'une vive lumière; mais il suffit de faire semblant d'aller leur presser l'a avec les doigts ou de quelque autre manière , pour qu'ils ra prochent bit ntôl les paupières (2) : d'ailleurs , s'il arrivoit qui quelqu'un pût les maintenir ouvertes, il ne seroit pas égalemeni maître d'intercepter les mouvemens de la pupille, qui se resserre, comme on l'a dit, par l'impression d'une vive lumière, et qui se? dilate lorsque cette impression cesse.
Les ouvertures de corps n'ont quelquefois démontré aucun altération , ni dans la rétine , ni dans les nerfs optiques , de quel ques sujets qui avoient cependant été privés de la vue , ou qui l'avoient eu diversement viciée. Mais aussi a-t-on trouvé alora»] quelquefois des causes morbifiques dans des parties du cerveau qui avoient des correspondances avec les nerfs optiques. Les affections du cerveau se transmettent dans l'organe de la vue» comme dans les autres parties du corps ; c'est sans doute pact cette raison que ceux qui sont dans le délire, furieux oui tranquilles, croient voir des objets, des pliantômes, etc. quii n'existent en aucune manière devant eux. On peut dire aussii que quelquefois des impressions faites sur les yeux, par lai présence de quelques objets, peuvent produire sur le cerveau,, moyennant la rétine et le nerf optique, des impressions telles,, que n'étant pas rectifiées par la raison , il en résulte des idéesî bien vicieuses. C'est ce qui a sans doute déterminé les anciens* médecins de recommander de n'entourer les malades qui étoientt atteints de phiénésie d'aucun objet qui pxit fixer leur attention , , pas même en j^eintxne. Parietes laeces sint ^ aequales ^ nequesu-pereminentes ^ neque festucas aut aliquid exertuni habentes y ^ neque picturis exomentur (3). Cette précaution n'a pas étéi recommandée inutilement, comme nous nous en sommes convaincus quelquefois en traitant des plirénétiques.
(1) On l'a même trouvée pierreuse. Voyez Moeller, Diss. circa tunicam ' rehnœ et neiviun opticum; Haller, Elément. physioLt. V, p. 385.
(2) Voyez Morgagni, epist. XIII, art. i3.
(3) Ai-eteus cappad.. De curât, morbor. acut. lib. I, cap. I.
DE LA. STLANCHNOLOGIE.
Humeurs des yeux.
On volt , par ce qui a été dit , que la sclérotique , la choroïde et la rétine forment un globe creux et d).vlsé en deux cavités par l'iris. La cavité postérieure , cj^ui est plus grande , est remplie par le corps vitre , par le cristallin et par très-peu d'humeur aqueuse ; la cavité antérieure, qu'on appelle chambre antérieure , est pleine d'un liquide clair , limpide comme de l'eau : ce qui l'a fait appeler hu- 2neur aqueuse.
Le corps vitré est une espèce de globe , composé d'une membrane qui en forme l'enveloppe , et qui s'enfonce par divers replis dans l'intérieur , ' pour y former des cellules d'inégale grandeur , dans lesquelles est contenue une humeur qui a la transparence du cristal (i) : c'est l'humeur vitrée. La portion raemi)raneuse du corps vitré appelée membrane hyaloïde est d'une pellucidité extrême , et d'une telle ténuité que , dans l'état naturel , on a de la peine à l'apercevoir. Cette membrane , qui revêt antérieurement le corps vitré, quelque mince qu'elle soit, est cependant formée de deux lames, laissant un intervalle assez grand , du moins antérieurement, \ pour pouvoir contenir le cristallin , et une quantité de sérosité qui l'entoure. De ces deux lames , l'une couvre la partie moyenne et antérieure du corps vitré, fait portion du sac membraneux qui la contient, et lui fournit des prolongemens qui le pénètrent; tandis qvie la lame antérieure est derrière les procès cilialres, où elle est marquée de quelques taches noirâtres.
Dans l'écarteraent de ces deux lames antérieure
(i) Académie des sciences f 1741.
ANITÔMIB MÉDICALE,
et postérieure , est un petit canal circulaire , appelé » canal circulaire et canal godronné par Françoise Petit {\).
La face postérieure du corps -vitré est convexe ; , sa face antérieure est légèrement concave, pour • recevoir la partie postérieure du cristallin. La quan* • tité de l'humeur vitrée est si grande, relativement: aux autres parties de l'œil, que, dans un sujet dont: le globe avoit un poids de 142. grains, l'humeur vi- • trée en pesoit 104 : ce qui fait voir combien le poids ; de cette humeur est considérable , relativement à . celui des autres parties.
Le corps vitré est traversé par une artère qui pro» . vient de l'ophthalmique et qui en paroît la continua-, tion^ comme Zinn l'a très-bi-en remarqué. Cette artère • traverse flexueusement le corps vitré , et y répand . divers rameaux, dont quelques-uns se rendent danst la membrane hyaloïde , et il en est d'internes et ; d'externes. Parmi ceux-ci il en est de supérieurs,, d'inférieurs et de latéraux, qui communiquent en- • semble , comme on le voit , après de vives inflam- • mations des yeux : ces artérioles se prolongent dans 1 la capsule du cristallin.
Remarques^ Les anciens ont comparé l'humeur vitrée à da 1 verre fondu , et n'ont rien dit sur la membrane ni sur les diverses 1 cellules qui la renferment. Suivant /Tot'/M* et Boerhaave ^ l'hu-nieur vitrée est contenue dans un peloton de vaisseaux diverse-ment repliés et entortillés; mais on n'observe rien de semblable.. Les vaisseaux qui se répandent dans la paroi membraneuse et; dans ses cellules, sont des artères et des veines sanguines qu» les injections rendent très-apparentes , et que les inflammation» peuvent aussi rendre très-visibles.
Riolan avoit cependant une idée plus juste de la nature du
(1) Académie des sciences 1728.
DB LA SPLAÏICIÏNOI.OGÎE. 4^5
corps vitré. Il est formé , dit-il , d'une Kumeur vitrée , et d'un sac membraneux qui la renferme j ce sac est diaphane et jette dans toute la masse vitrée une quantité de prolongemens cellulaires qui communiquent ensemble. Ce sont ces cellules^ dit Duverney ^ qui contiennent l'humeur vitrée , laquelle peut couler de l'une dans l'autre.
L'humeur vitrée est liquide * quoique un peu gluante; et si elle paroit cependant avoir plus de consistance qu'elle n'en a réellement, c'est que ses globules sont interposés dans le corps cellulaire, lequel, étant déchiré, laisse couler l'humeur.
Exposée au feu, l'humeur vitrée s'évapore pour la majeure partie^ ét le reste acquiert la consistance du blanc d'œuf épaissi. Les acides augmentent sa consistance. Lorsqu'on la fait geler on peut se convaincre de la nature cellulaire du corps membraneux vitré ; divers glaçons plus ou moins volumineux remplissent ces cellules (i).
L'humeur vitrée, ou plutôt les parois de ses cellules, sont exposées à l'inflammation et à ses suites , l'induration , la suppuration. Dans quelques maladies, cette humeur devient opaque (2) ; d'autres fois, elle a paru avoir la consistance d'un cartilage (3): je l'aï trouvée blanche et compacte comme du blanc d'œuf durci au feu. On voyoit , dans un homme scrofuleux , des globules qui avoient la consistance et la couleur du miel.
On ne peut dciuter que l'humeur vitrée ne soit le résultat d'une sécrétion par les vaisseaux artériels sanguins, et qu'elle ne soit repompée par d'autres vaisseaux, sans doute lymphatiques 5 ce qui fait qu'elle se régénère comme toutes les autres humeurs^ mais d'une manière plus lente que l'humeur aqueuse. Aucune observation bien constatée ne prouve que l'humeur vitrée 66 soit régénérée dans sa totalité , ou à peu près , comme Bur~ rhus , alchimiste célèbre de Milan , prétendoit que cela avoic eu lieu. Son opinion a trouvé des partisans. Eh! quelle est celle qui n'en a pas ?
(1) Voyez les Observations intéressantes de Demours : HisXoire de l'A-- €adémie des sciences y 1741-
(3) Fallope , Observât, anat.
{i) Morgagni, ^pist. anat.
436 ANATOMIE MBDICAil,
Du cristallin,
^ Le cristallin est logé dans l'enfoncement antérieur du corps vitré. Sa figure approche de celle d'une lentille (i) : sa face antérieure est plus aplatie cjue sa face postérieure (2)5 mais l'aplatissement de cette face antérieure est bien moindre dans les jeunes sujets que dans ceux qui sont d'un âge avancé.
La couleur du cristallin varie dans les différens âges. Il est à peu près transparent jusqu'à vingt ou trente ans j il devient ensuite plus opaque, et il est jaune dans les vieillards. Ce changement de couleur a été connu de Galien ( 3 ) ; il n'a point échappé à Molinetti (4). Pour four du Petit (5) ^. publié de nouvelles observations sur le changement :! <ie couleur du rristallin, qtii ont fixé l'attention des ; ànatomistes sur sa figure, sa couleur et sa densité.
Le cristallin perd de son volume avec l'âge , et sa i densité augmente en proportion, comme on peutîj facilement s'en convaincre , en comparant les cristallins de sujets de divers âges, «
Structure, On réduit le cristallin en différentefilj lames minces qui se recouvrent réciproquement, comme celles d'un oignon. Elles paroissent compo^-
(1) Ilippocrate et Galien l'ont comparé à un grain d'encens.
(2) Mery, Mém. de VAcad. des sciences^ 171 3.
(3) Anat. <Ie Morgagni , Epis t. XVIII.
(4) Dissert. anat. De sens, organ.
(5) Sur le cristallin de l'œil de l'homme , Acad. dci sciences.,
DB LA SPI. A3SrCHNOT, OGIE. À^J
sécs de libres parallèles et pellncides : on ne voit ]H)uit de fibres qui fixent ces plaques ensemble. On a observé que le cristallin perdoit de sa trans- ]^arence lorsqu'on le plongeoitdans de l'eau chaude, ou dans quelque liqueur acide.
Vaisseaux. Les anciens ont prétendu que le cristallin étoit dépourvu de vaisseaux sanguins j rnâis lluysch j qui avoit d'abord adopté cette opinion , assura ensuite s'être convaincu que divers rameaux de l'artère centrale du corps vitré s'iusiriuoient dans le cristallin par sa face postérieure. ALbinus (i) et Jpel (2) disent s'être assurés de l'existence de (juelques-uns de ces vaisseaux. Cepondant les anato- ] (listes modernes pensent que les vaisseaux sanguins st; perdent dans la capsule en se prolongeant même jusque dans les procès cilialres j mais ils n'ont pu t Mcore clairement apercevoir aucun vaisseau sanguin dans le cristallin. 5 et les recherches que nous avions laites ne nous ont rien appris de plus positif.. Quoi (pi'il en soit, le mécanisme de la nutrition du cristallin peut être troublé de manière qu'il devienne ])lus gros qu'il ne convient , ou qu'il perde de son volume, et au point de s'atrophier et de disparoître <:omme par une espèce de fonte. C'est sur-tout ce (]ui arrive lors(iu'après avoir été déplacé, il est passe dans la chambre antérieure de l'œil, ou qu'il a él;é léprimé derrière l'iris, dans l'humeur vitrée. Souvent, en examinant les yeux des sujets opérés delà cataracte par déplacement du cristallin, on le trouve singulièrement diminué de volume , ou on n'en trouve
(1) Haller a vu des vp.isseaiix (îans le cristallin des poissons: Elément, physiol. t. V, p. 3^i,
(2) De ocul. human.fabric.hu'^à. jy/^i. Camper, De quihuS' dam ocul. part. Lugd. 1745.
aucun vestige. On s'est aussi assuré que les me in bran esî j commune et propre du cristallin ayant été ouvertes,, ^, et le cristallin lui-même altéré par la pointe d'une aiguille ou autre instrument approprié , termlnoient: l par se'fbndre entièrement. C'est ce qui a déterminé le- ^ célèbre Scarpa à conseiller une pareille manœuvre dans quelques cas où l'opération de la cataracte f ne pourroit être pratiquée avec succès. i
Enveloppes membraneuses du cristallin. 1
Le cristallin est pourvu d'une capsule qui lui est; ] propre ; il en a une autre qui lui est commune avecl'humeur vitrée. La première est naturellement très- mince , quoique assez foible et élastique j la seconde en est séparée : le petit intervalle qu'il y a entre elles; est rempli de sérosité , connue sous le nom d'humeur de Morgagni (i) , qui l'a bien décrite.
Cependant Zlnnius (2) assuroit .que la membrane vitrée ne se prolongeoit point complètement sur la. partie antérieure du sac membraneux du cristallin,, mais qu'elle s'y réunissoit circulairement par une série des petits filets transverses qui forment uneespèce de ceintTire ou de cercle godronné.
Remarques. Le cristallin rapproche les rayons lumineux de > la perpendiculaire , et d'autant plus , que sa forme est lenticulaire , et que sa densité est beaucoup plus grande que celle de l'humeur aqueuse. C!?ux qui ont le cristallin trop convexe ne peuvent voir que les objets qui sont très- près d'eux ; et on les appelle myopes. Ceux chez lesquels le cristallin n'a pas assez de convexité ne voient que les objets éloignés : ce sont les presbytes. Les premiers ont besoin de lunettes concaves, et les autres de lunettes convexes- Quelques physiologistes ont voulu expliquer ces différences de la vue en supposant que le cristallin étoit, ou plus éloigné de la rétine par l'effet de la contraction ■■
(1) Anat. Epist. XVJI.
(?) De oculo , p. 123..
DE LA SPLANCHNOLOGIE. 4^9
les muscles oblicpies , ou plus rapproché par celle des muscles îroits (le l'œil : mais cette explication n'est que systémalic^ue ; U :ontraire même est démontré.
Les anciens, qui ont cru que le cristallin étoit l'organe immédiat le la vue (i), seroient bien surpris s'ils vo voient qu'on l'extrait lujourJ'hui par l'opératio» de la cataracte, pour rendre la vuej et que lorsque l'œil est d'ailleurs parfaitement sain , elle continue d'avoir lieu après comme auparavant ; du moins, moyennant une unette lenticulaire , et souvent sans ce secours étranger , sur-tout quelque temps après l'opération.
Il est aujourd'hui généralement reconnu que le cristallin est le siège le plus fréquent de la cataracte , étant sujet à diverses altérations, telles que l'endurcissement squirreux, cartilagineux, pierreux : le cristallin peut «aussi se ramollir et dégénérer en, «ne humeur aqueuse , laiteuse , mucilagineuse , purulente 5 il devient quelquefois grisâtre, blanchâtre, jaune, rougeâtre dans sa totalité ou dans quelques-unes de ses parties seulement; il augmente ou diminue de volume, et change de forme par des enfoncemens extérieurs ou des élévations.
Les membranes du cristallin peuvent perdre leur diaphanéité dans toute leur étendue ou dans quelques points seulement, et former ainsi des cataractes véritablement membraneuses , seules , ou compliquées avec l'opacité du cristallin. Ces effets peuvent dépendre de diverses causes , mais principalement de l'inilammation (2).
L'humeur cristalline, celle qui remplit l'interstice que laissent entre elles la membrane propre du cristallin, et la membrane qui lui est commune avec l'humeur vitrée , est quelquefois plus abondante qu'il ne convient , et cette eau peut être viciée dans sa consistance et dans sa qualité *, elle peut aussi être en défaut et de manière qu'alors les membranes propre et commune du cristal- Un sont contiguës, même collées ensemble : c'est ce qui a été remarqué. Eu général, l'excès de l'eau cristalline est commun à celui de l'hydropisie du sac vitré et même à l'hydropisie du globe de l'œil. On trouve aussi toujours beaucoup plus d'eau dans les yeux des animaux qui sont morts depuis long-temps, que dans les yeux de ceux qui viennent de mourir.
Dans quelques animaux qu'on venoit de tuer, je n'ai point
(1) Voyez Dulaurpns, OJBuvres anat. liv. X.
(î?) Hoin , ^ccid. de chir. Mém. t. II. Tenon , notre célèbre et respectal)le conlière. Mém. des savans étrangm de l'^çadémie des tciences , ». III.
44° ANATOMIE MIÎDICA IE, trouvé d'humeur cristalline ; ce qui me donne lieu de croir» qu'il en est de cette humeur comnie de celle du péricarde et autres sacs membranexix, qui n'est, dans son état naturel, qu'une espèce de vapeur, laquelle se condense et auf^niente en quantité par diverses causes. La cataracte a quelquefois paru liérédilaire , étant survenue aux pères et aux enfans. Morgagni cite un exemple de cataracte qui eut lieu dans toutes les filles d'une famille trois sœurs , et non dans les garçons , aussi au nombre de trois (i).
Pendant long-teraps on s'est contenté de déplacer le cristallin cataracte : mais comme cette opération avoit des inconvéniens , les oculistes ont cru devoir l'extraire; et cette méthode est aujourd'hui généralement reçue, quoiqu'il y ait cejjendant quelcjuesi cas qui pourroient peut-être forcet de donner la préférence à la méthode de l'abaissement (2).
Chambres de l'œil. |
L'espace formé par la cornée transparente et par ' l'iris est appelé chambre antérierire , et l'on donne ! le nom de chanilne postérieure à celui qui exista ) entre la lace postéi-iicure de l'iris et le cristallin j mais cet espace est si petit qu'il y a peut-être une con- ; tlguité parfaite de la face postérieure de l'iris avec ; la l'ace antérieure de la membrane qui re\êt le cris-' tallin.
Eu effet , comment comprentire, dit Lieutaud , \ qu'il puisse y avoir un vide entre une membrane molle et une surface qui a quelque convexité.
La diversité des opinions des anatomistes sur la ca- ; pacité des chambres prouve beaucoup en faveur de celle de Lieutai/d.
Suivant Woolhouze , la c^iambre postérieure de \
(i) Anat. riied. Epist. XIII , ail. 18.
(■2) Nous renvoyons ceux qui desircroient des détails ultéj-ieiirs stn- Ips aHections inorl)ilîr]iirs tin crislailin et dr ses nicinbrnnVs , aux aiilrîirs qui ont L'crit sur lï>s iiuiladies des yeux, <lout on tiDuvera unë lonyuo (^iiunioration dans notre Jii.s!. de l'aïuit. t. VI, p-4't7i et à quelques auln s ouvrages qui ont paru i!e|)iiis jîeu il'annéés , ]n-ii\( i])alenienl à celui de Sairpn, célèbre anatoniiste italien, traduit en l'rarcais par M. Léi'cillc, bien connn par ses lumières et par son zèle pour Van de guérir.
DE LA SPLANCIINOLOOIE. 44^
]\eil est plus ample que l'antérieure (i). F. Petit ^ '[oroan;ni , Heister , croyoient au contraire que tt(f chamlire étoit beaucoup plus petite que la iiambre antérieure : ces célèbres anatomistes ont {ùché de déterminer précisément les dimensions et id capacité de ces deux chambres. François Petit fit cler plusieurs yeux , et il observa que la chambre postérieure n'étoit à peu près que le tiers de la chami)re antérieure 5 mais cette expérience est si infidèle , (ju'ou ne peut absolument compter sur ses résultats.
T)e l'humeur aqueuse.
Les chambres de l'œil contiennent une humeur trèsl-mpide, ^L^'peXée humeur aqueuse , dont on ne peut estimer la c[uantité que d'une manière vague , étant très- variable par rapport à l'âge du surjet et par rapport à diverses affections morbilitjues 5 on l'a cependant évaluée de quatre à cinq grains. Les aiiciens savoientque l'humeur aqueuse se renouveloit (2.) dans les animaux vivans bientôt après qu'on Tavoit évacuée 5 les modernes ont observé qu'elle est rougeâtre dans le fœtus (3) , et qu'elle est trouble dans les vieillards (4). Les anatomistes ont fait diverses recherches pour découvrir les sources de l'humeur aqueuse, et sur - tout vers le commencement de ce siècle. Méry prétendit qu'il y avoit des glandes entre les fibres du ligament ciliaire , et qu'on devoit les regarder comme les vraies sources de l'humeur aqueuse 5 iSluck] fut d'un avis contraire. Il dit que ces glandes étoient un être de raison j mais il crut avoir découvert
Disserta de cataract. et glaucom. p. 70.
(2) Aristote, Pline , CeUe j JDe medici/i. Galien, Symp.'caus. lib. I , cap. II.
(3) Zinnius , Descript. ocul. p. 146.
(4) Voye» Elément, physiolo g, de Haller ^ t. V, p. 4 10.
des conduits qui portent et qui versent cette Iiu- • meur dans la chambre antérieure. Ruysch et San- ■ iiû torini les ont admis; mais Brouet , ^Haller (i) et f Zinnius (2) se sont convaincus que ces prétendus fl^ conduits de Nuck n'étoient autre chose que les le extrémités capillaires des artères de l'iris, obser- SD nations qui sont conformes à nos propres recherches. Dans le fœtus l'humeur aqueuse est d'une couleur rou^eâtre j ^ elle devient plus claire peu de temps \ après la naissance (3). i
L'humeur aqueuse est renfermée dans un sac : ^ membraneux qui tapisse la face postérieure de la ^ cornée transparente, se réfléchit sur la face anté- ; ' rieure de l'iris , et devient ensuite si mince , qu'il i est difficile de la suivre plus loin. Cependant DemouT's conjecturoit que cette membrane fournis- 1 soit une enVteloppe à toutes les parties qui concourent à la formation de la chambre postérieure. C'est ainsi , dit-il , qu'elle forme un sac capsulaire qui contient l'humeur aqueuse (4)- Descemet , médecin de la Faculté de Paris , ne croyoit pas que ce sac recouvrît le fond de la chambre postérieure ; mais il pense que cette membrane tire son origine de la choroïde , qu'elle s'amincit peu à peu-, qu'elle se propage vers l'endroit où la cornée opaque se réunit à la cornée transparente. « Elle 35 s'en élois^ne ensuite, dit Descemet ^ s'insinue >î entre les fibres du ligament clliaire , couvre la face 5> postérieure de l'uvée , se prolonge presf|ue vers la » circonférence; elle s'étend enfin très-diaphane et 55 fort élastique sur la concavité delà cornée, qu'elle
(1) Elem. pJiysiol. p. 4 '3.
(2) Descript. ocul. p. 148.
(3) Zinn. JDescript. ocul. p.
(4) Lettre de Demours ^ 3 mars 1767,
DE LA SPLANCHNOLOGIE. 44^
. revêt, etc. (i) ». Il résulte de ces descriptions que uns ne connoisoons pas encore aussi bien ia partie ostérieure de cette membrane que nous en con-
noissons la partie antérieure j il faut espérer qu'avec
c temps nous aurons des connoissances plus positives
Dur cet objet.
Remarques. L'humeur aqueuse étant plus dense ^ue l'air, doit ronserver aux rayons lumineux à peu près ia convergence que i;i cornée transparente avoit commencé d'opérer en eux.
L'humeur acjueuse pèche souvent par défaut, elle peut être aussi \iciée dans sa quantité.
Il est très-peu de sujets chez lesquels cette humeur soit plus abondante qu'il ne faut pour tenir la coinée transparente convenablement distendue 5 cependant cela arrive quelquefois. Alors la cornée transparente fait une très-grande saillie en avant et la (hambre antérieure devient plus ample qu'elle ne doit l'être naturellement : j'en ai vu des exemples remarquables dans des
ux dont le cristallin et l'humeur vitrée étoient dans leur état il iturel. Dans cerLiines hydropisies de l'œil, l'humeur aqueuse excède en quantité, mais non pas dans toutes; il y a des hydropisies de cet organe qui ne dépendent réellement que d'une infiltration d'eau dans le tissu cellulaire de ses membranes.
L'humeur aqueuse , bien loin d'être limpide et claire comme elle l'est naturellement, est quelquefois très-jaune dans ceux qui ont la jaunisse 5 elle est aussi quelquefois mêlée avec du sang: car ce liquide peut s'épancher dans la chambre antérieure par l'inflammation , par des chutes, des piqûres; ou bien l'eau est mêlée avec du pus, lorsque, après quelque suppuration dans cet organe, l'abcès s'ouvre dans la chambre antérieure ou qu'il y est transporté d'ailleurs.
J'ai vu l'eau de la chambre antérieure troublée par l'humeur laiteuse dans des femmes enceintes ou en couche , et dans des nourrices; il y en a même qui sont restées aveugles : cependant , souvent elles recouvrent la vue lorsque le lait épanché est rentré dans la circulation générale.
J'ai aussi vu une personne atteinte d'engorgement scrofuleux dans les glandes parotides , maxillaires et autres glandes
(i) Thèse soutenue aux écoles de médecine, 1758. Voyez un Précis des recherches de Demours et Deacernet dans notre JiU^ foire j t. "V, p. 227.
444 A Tî A T O M I E MÉDICALE,
de la face , cnii devint aveugle par l'épanclienieiit d'une humeur blanchàlie dans la chambre antérieure de l't»il , laquelle inteitoptoit le passage des rayons lumineux par la jiupille. Persuadé t^ue cette humeur épanchée provenoit des vaisseaux lymphatiques , je pensai que pour faciliter son absorption, il falloit dégor^t r les glandes et les vaisseaux lyn)phalii[ues par les remèdes antiscorbu» tiques et mercuriaux : ce traitement eut eu effet le plus heureux succès (i).
L'humeur atiueuse de l'ccil est évacuée toutes les fois que la, cbrnée transparente est ouvet-te par une plaie, un ulcère, etc. ; mais. ^ dès que la cicatrice de cette nuMnbrane est firite , cette humeut *, se répare proiuptement II y a long-temps qu'on l'a d'abord i observé dans les animaux (2) , et ensuite dans l'homme. ' î
Des oreilles. H
Situation et division . Les oreilles sont placées sur les | parties latérales etiiilérieures de la tête ; elles sont l'ori mées de parties qu'on aperçoit au- dehors, et d'autres qui sont jjrof on dément cachées : aussi les anatomisl es les divisenL - ils en oreille externe et en oreille interne.
De l'oreille externe.
Uoreille externe comprend le pavillon de l'oreille et le conduit auditif externe.
Le pavillon comprend un «^rand cartilage demicirculaire, une partie molle, pendante à sa partie inférieure , qu'on nomme le lobule.
Le cartilage de l'oreille est concave en dehors et convexe en dedans , ou du côté de la tôte ; on voit à sa face externe des éminences et des enfonceniens.
(1) Voyez, le détail de celte observation intéressante dans mou îVaiVrf du rachitisme.
(2) udristoie , Cehe , Fline , Galicn.
DB LA SPI. ANCTIKOLOr^IK. 44^
Parmi les éîninences est celle qu'on appelle VhéUx z Ile coiiiinence au-dessus du milieu tle la conque, e porto en avant et en haut au-dessus du tragus^ et l'iiilt au lobule. Plus en dedans est l'éminence appelée aiukélix , qui est plus courte et plus saillante que Phélix ; elle est divisée supérieurement en deux hraiiclies qui s'écartent l'une de l'autre. Au-dessous de la partie antérieure de l'hélix et au-devant de laf conque , est une autre élévation cartilaE^ineuse , qu'on nomme le trdgus -, l'éminence qui lui est op- ])0sce , qui est placée au-dessous de Panthélix , est appelée Vant/tragus.
Enfonce mens. Entre l'hélix et l'anthélix est un enfoncement qui commence à la partie supérieure de la conque , suit le contour de l'hélix , et se termine auprès du lobule j il est assez profond dans plus 'es deux tiers de son étendue. Dans l'écartenient eies deux branches de l'extrémité supérieure de l'anthélix est placé un autre enfoncement qu'on apl^eWe fosse iiavicidaire . Le tragus est séparé de l'antitiaguspar une échancrure assez considérable; mais l'enfoncement le plus remarquable est celui qu'on appelle la conque , qui est située entre l'anthélix, le tragus et l'antitragus : elle est divisée en deux parties par le commencement de l'hélix. On y voit îtussi l'enfoncement qui précède le conduit auditif externe, lequel est d'abord cartilagineux, et ensuite osseux.
La face interne est unie, convexe, et obliquement tournée en arrière, étant pins ou moins éloignée du crâne : ce n'est qne par l'effet d'une compression long-temps soutenue, que les cartilages des oreilles terminent par s'aplanir et s'appliquer contre le crâne.
L'étendue du cartilnge de l'oreille externe, ainsi •c[ue sa forme, varient l^eaucoup, y ^.yant des indi-
vidus cliez lesquels il est bien plus considérable que chez d'autres j en général , on regarde dé petites oreilles comme un signe de beauté ; il y a aussi des personnes qui n'ont pas le contour de l'oreille aussi régulièrement arrondi que d'autres.
Structure. Le cartilage de l'oreille externe est •jnince, compacte et très-élastique j il est reconverti ^ d'une membrane ou périchondre ^ qui est épaisse,/ et qui lui est si intimement unie par un tissu cellulaire, serré, et par des vaisseaux sanguins nombreux , qu'il est très - difficile de l'en séparer. Sai c face interne est intimement adhérente à la peau,, dans laquelle on découvre quelques corps arrondiss en forme de glandes, de cryptes et de lacunes,, desquelles découlent une humeur grasse qui humecte sa surface , et qui y forme quelquefois uni enduit visqueux.
Le lobule de l'oreille est formé d'un tissu assezj semblable à celui des lèvres, mais plus compacte ett plus rapproché. Dans la première jeunesse, il a uni peu moins d'étendue que dans un âge avancé j quelquefois il est collé à la peau de la face par son bordl antérieur, et d'autrefois il en est très-détaché. ,
L'oreille externe est attachée au crâne par uni fourreau ligamenteux , lequel adhère à l'os temporal,, autour du trou auditif externe. Le conduit carti-lagineux de l'oreille se confond avec le péricrâne.. On y remarque quelques petites bandes ligamen-teuses.
Muscles extrinsèques de l'oreille externe.
On observe autour de l"oreille externe trois muscles dont les fibres rayonnées sont plus ou moins rapprochées: l'un est antérieur, l'autre sirpérieur, et le dernier postérieur j très-fréquemment le mus-
DE LA SrLANCHNOLOGIlî. 447
cle antérieur ne paroît pas. Ces trousseaux musculaires viennent de l'aponévrose qui revêt le crâne ; ils doivent donc être considérés comme des portions du muscle épicrâne (i). Ils sont attachés par leur autre extrémité au cartilage de l'oreille près de sa réunion avec le conduit auditif externe. Les muscles postérieurs sont indépendans du muscle épicrâne , et existent toujours.
Il y a des sujets chez lesquels tous ces muscles sont très-apparens , et d'autres chez lesquels on les chercheroit inutilement, sinon tous, du moins la plupart.
Usages. Leur usage est de mouvoir l'oreille externe. Les supérieurs la relèvent 5 les postérieurs la portent en arrière, et les antérieurs en avant; ils peuvent la diriger vers l'objet sonore, et tous peuvent agir de concert pour dilater le conduit auditif externe, afin qu'il reçoive plus de rayons sonores.
J'ai vu des hommes qui pouvoient si librement mouvoir leur oreille externe , qu'ils l'inclinoient tantôt en avant et tantôt en arrière , et la relevoient encore de la manière la plus visible ; mais, dans la plupart des sujets, l'oreille externe n'a aucun mouvement, et il paroît que c'est principalement dans ceux dont les tempes ont été comprimées avec des bandes ou des coiffures trop serrées, que le mouvement de ces muscles est entièrement détruit.
Histoire. Les anatomistes ont eu diverses opinions sur les muscles externes de l'oreille. Aristote ne crovoit pas qu'elle en fût )ourvue 5 Schelammer même disoit j dans ces derniers temps, les avoir cherchés en vain dans plusieurs sujets ; Valsalva i^iélendoit que les muscles supérieur et antérieur, admis des anato-
(i) Voyez la description de ces muscles, tom. II.
448 AN A TO MIE IMliDlCALE, tomistes , n'existoient pas , mais que le muscle postérieur existojt toujours ; Méry assuroit qu'il y avoit un muscle supérieur et un muscle postérieur : quant au muscle antérieur , il a nié son existence. Fallope est le premier qui ait attribué trois muscles à l'oreille externe 5 mais Vieussens croyoit qn'indépendainment^ <le ces trois muscles on devoit en admettre un autre , congés J nère du muscle postérieur. Casserius a admis trois musciQs J postérieurs; Marcliettis ^ et après lui Haller , ont disséqué un sujet dans lequel ils ont trouvé quatre muscles i)ostérieurs ; TV ilther en a disséqué un autre , dans lequel il dit avoir distinctement observé deux muscles antérieurs et deux muscles postérieurs. Selon Morgagni et tous ceux qui ont consulté la nature , rien n'est plus variable que les muscles moteurs externes de l'oreille (1). ' *
Muscles intrinsèques de Voreille extejvie.
On trouve cinq muscles sur le cartilage de chaque oreille. Celui qui est placé sur la face convexe de lai conque, et qui s étend par des fil)res transversale^ i justju'à la saillie qui répond à renfoncement de l'hélix , est appelé le muscle transversal son usaee
rable que l'autre. Le premier, ou le grand muscle de l'hélix^ occupe quatre à cinq lignes de cette éminence immédiatement au-dessus du tragus. Le second, ou le petit muscle de l'hélix ^ se trouve à l'ori-- ^ine de cette éminence dans la conque. Toute lai iace externe du tragus , depuis la basé jusqu'au 1 sommet, est recouverte par des libres musculaires, formant le muscle du tragus. Le muscle de Vantitragus s'étend depuis le sommet de rantltrnguB* jusqu'à l'extrémité inférieure de l'anthélix. L'usagé • de ces quatre petits muscles paroît être d'augmenter ; la concavité de la conque.
(1) JE^iistol. IV) anat. ad expia nand, opéra Valsai vce.
DE LA SPLANCHNOLOGIE.
Divers anatomlstes , parmi lesquels est Dracke , ont nié l'existence des trousseaux musculeux dans le cartilage de l'oreille j ^p'mslopr et Lieutaud n en ont point parlé ; Falsalva^ Santoj'ini et Morgagni en ont décrit quelques-uns 5 Albinus , Sabader , Caldani , Gamrd , ont décrit les cinq muscles que nous avons lussi admis d'après nos propres reclicrcîies : il est cependant très-diificile de les trouver dans certains individus.
JDu trou et du conduit auditif externe.
Le trou externe de l'oreille est l'orifice d'un conduit en partie cartilagineux et en partie osseux, qui s'étend de la conque de l'oreille qui lui sert comme de vestibule jusqu'à la membrane du tympan 5 l'orlîce de ce conduit cartilagineux est formé par le rétrécissement de la conque. Sa longueur est d'environ quatre à cinq lignes j elle est entrecoupée de diverses scissures ^ qui en interrompent la continuité dans quelques endroits, mais non totalement dans le contour : ces scissures se trouvent sur-tout dans la Dartie supérieure de ce conduit j elles sont recouvertes par le fourreau ligamenteux externe, par la 3eau et l'épiderme qui tapissent la face interne de ce conduit. Santorini croyoit avoir découvert dans 'interstice de ces membranes quelques fibres musculaires Ci).
Glandes. On voit, après avoir enlevé l'épiderme 3.6 ce conduit . divers corps ovalaires, jaunâtres, adîérens à la peau, et qui y sont un peu enfoncés/, ce sont les glandes qui sécrètent l'humeur cérumiaeuse qu'on trouve dans ce conduit.
Ces glandes ont été décrites par Fallope et par les matomistes qui lui ont succédé, mais sur- tout
(1) Ohs, anat. p. 43.
45o ANATOMIE MÉDICALE,
par StenoTLy Diiverney^ Valsalva^ Cheselderiy Wins-low et Haller (i).
La portion cartilagineuse du conduit est attacliée > par son bord postérieur aux aspérités du rebord ex- ■ terne de laportion osseuse du conduit auditif externe,, qui a à peu près la même étendue que la portion cartilagineuse j mais, dans les jeunes enf'ans, elle n'est: formée que par un anneau étroit, tronqué supérieurement. Ce conduit se porte de haut en bas, d'arrière? en âvant et de dehors en dedans j il forme une courbe; dont la convexité est en bas.
La portion osseuse du conduit auditif externe est ; terminée par une rainure, dans laquelle est en-chassée la circonférence de la membrane du tympan : le conduit auditif externe est arrondi dans les jeunes; sujets j mais il est un peu aplati obliquement de : devant en arrière, soit que cela provienne de la; compression du condyle de la mâchoire inférieure,, soit du développement de la lame vaginale osseuse de ; l'apophyse styloïde.
Vaisseaux et nerfs de l'oreille externe. L'oreille î externe reçoit ses vaisseaux de l'artère auriculaire; postérieure, de la stylo-mastoïdienne. L'artère tem-porale fournit aussi des rameaux à l'oreille ex-terne, sur-tout celle qui passe sur l'articulation de; la mâchoire inférieure avec la cavité glénoïdale; du temporal, et qui répand des rameaux dans le? conduit auditif externe cartilagineux.
Les veines viennent de la veine jugulaire externe, , et sont pour le moins aussi nombreuses que les ar- • tères ; les nerfs sont des rameaux du facial et dui plexus cervical.
Remarques. L'oreille externe est une espèce de cornet ou de' conduit acoustique qui rassemble les rayons sonores , et qui j les dirige dans le conduit auditif externe pour aller frapper r
(i) Elément, physiol. t. V, p. 19.
DE LA 8 r X A N C H N O L O G î E. 4^1
a membrane du tambour. Les animaux auxquels on coupe ces conduits entendent plus difficilement que les autres , du moins pendant quelque temps ; les sourds emploient avec succès des corlets acoustiques, et en retirent plus ou moins d'avantage.
Les plaies du cartilage de l'oreille se réunissent assez facilement. J'ai vu une oreille externe coupée dans toute sa longueur HT un instrument tranchant, qui s'est parfaitement réunie ; dans lin autre sujet, la conque détachée du crâne par un coup de sabre , et qui ne tenoit que par un petit lambeau de peau audessous du conduit cartilagineux qui étoit coupé , ayant été relevée et maintenue en place par un bandage convenable , s'est parfaitement réunio.
Combien d'exemples n'avons-nous pas de réunion des parties d'un membre qu'on auroit autrefois achevées de couper et qui se sont cicatrisées ? On trouvera ailleurs d'autres remarques sur cet objet intéressant.
Dans quelques personnes atteintes d'une humeur dartreuse , es glandes de la peau de l'oreille externe se gonflent quelquefois si prodigieusement, qu'elles deviennent très-saillantes, et qu'elles laissent suinter une humeur âcre et corrosive qui rend es oreilles extrêmement douloureuses ; j'ai vu des oreilles qui avoient acquis un travers de doigt d'épaisseur. C'est une chose remarquable que l'extrême épaisseur que le lobule acquiert dans les femmes qui portent des pendans d'oreilles trop pesans : sans doute que l'irritation continuelle de cette partie , quelque légère qu'elle soit, y attire une plus grande quantité d'humeurs, qui en opère le gonflement. Le lobule des oreilles est souvent très-gonflé dans des sujets atteints du vice scrofuleux. Les médecins conseillent quelquefois de faire percer les oreilles pour détourner et évacuer les humeurs qu'on présume être la cause d'ophthalmies très-rebelles 5 et ce moyen n'est pas toujours sans succès.
L'humeur jaunâtre, sécrétée par les glandes de l'oreille externe et sur-tout par celles du conduit, qui sont en plus grand nombre, lui donne de la souplesse , et; empêche que l'air ne fasse une trop vive impression sur lui ; mais si elle s'épaissit ou se durcit trop dans le conduit auditif externe , elle forme une espèce de bouchon qui empêche les rayons sonores de parvenir jusqu'à la membrane du tympan : diverses surdités ont été occasionnées par de
K)areilles concrétions qu'on a heureusement dissoutes ou extraites ; e conduit auditif externe en est quelquefois entièrement oblitéré dans toute sa longueur , mais d'autrefois ces concrétions formentr une fausse membrane du tympan , qui a plus ou moins d'épaisseur • plus souvent elles augmentent l'épaisseur de celle qui est naturelle. Il y a des sujets qui , par vice de naissance , ont deux
membranes dans le conduit auditif externe, la première plus ou moins près de l'orifice extérieur de ce conduit , lequel est aussi quelquefois bouché par un cylindre cliarnu plutôt que par un» • membrane : alors , il faut sans doute que la cliirurgie varie ses moyens curatifs, comme aussi lorsqu'il faut extraire de ce conduit des corps étrangers, de petites pierres, des pois, des boules de cire que les enfans y introduisent quelquefois (i).
C'est dans le conduit auditif que se forment quelquefois de petites excroissances polypeuses qui le bouchent j d'autres fois les corps glanduleux gonflés l'obstruent (2) : des vers s'y sont développés ou s'y sont insinués (3).
Il n'est pas rare qu'il survienne par l'oreille externe des écoulemens jaunâtres , roussâtres , séreux , purulens ; ils sont quelquefois si considérables , qu'on n'en peut reconnoître la véri^ table source : on en a vu de séreux , si abondans et pendant plusieurs jours , qu'ils trempoient plusieurs grands linges ; mais ce qui feroit croire que ce liquide ne vient pas de l'oreille interne, c'est que souvent l'ouïe alors n'est viciée nullement. Cependant, dans plusieurs circonstances , ces écoulemens ont été très-favorables , sur-tout dans des surdités , dans des affections comateuses et même convulsives 5 leur suppression a été plusieurs fois trèsfuneste , sur-tout quand ils exïstoient depuis long-temps : des, douleurs atroces de tête, le délire , des convulsions , l'épilepsie, l'apoplexie et la paralysie ont été les suites funestes d'une pareillesuppression.
De l'oreille interne.
L'oreille interne est séparée de l'externe par la membrane du tambour; elle comprend le tambour et le labyrinthe.
De la membrane dit tambour.
Situation. Cette membrane est placée entre le conduit auditif externe et la cavité du tambour , ou , si l'on veut, entre l'oreille externe et l'oreille interne.
Sa circonférence est engrenée dans la rainure de
(1) Voyez les ouvrages de Kalsalva, de Duverney , etc. les articles irès-savaus, 10, 11, i3 île VJEpisl. XIV de Morgagni; la chirurgie à!Heister} et aussi noue Précis de chirurgie , t. Il, p. 484-
(2) Quelnialz , De obturât, meatûs audit, à polypo , lySa.
(3) Les plus anciens médecins ont cité de pareils exemples, et plus postéricureaient KaUalva , Duyemey , etc.
DE LA SPLANCHNÔLOGIE. 4^3
l'os temporal , qui sépare le tambour du conduit auditif externe, et elle y est attachée fortement dans tout son contour par des filamens ligamenteux ; elle est placée obliquement, de manière que sa partie postérieure est un peu plus externe que l'antérieure (i) ; elle est plus ou moins tendue, et ordinairement un peu enfoncée dans son milieu; le manche du marteau est attaché dans toute sa longueur à la face interne de cette membrane par un feuillet de tissu cellulaire qui fait l'office d'un ligament.
Structure. La membrane du tambour est formée de trois lames : l'une, externe, est une production de la membrane qui revêt le conduit auditif externe; l'autre, interne, est une continuation de celle qui tapisse le tympan; la troisième est formée par un tissu cellulaire : c'est la membrane propre , comme Ruyscli l'a dit (2) , dans laquelle se distribuent les artères et veines sanguines, quelquefois très-apparentes, et des vaisseaux lymphatiques.
La membrane du tambour n'est nullement percée par un trou, comme Kivinus , anatomiste de Leipsick , a dit l'avoir découvert en 1689 (3). Cet anatomiste assuroit que ce trou est placé à la partie postérieure de la memlîrane du tympan , et que son contour étoit garni d'un sphincter ; mais Kivinus a pris pour constant ce qu'il n'avoit vraisemblablement trouvé que dans quelques membranes altérées. Mu~ nicks , Velsch , Heister, fValther, Cowper, Kulmus , Nicolaï , Leproti , et autres anatomistes j ont cru à l'existence de ce trou ; Iluysch s'est le premier élevé contre cette opinion, et Morgagni a dit que si ce trou existoit quelquefois, c'étoit par
(1) Fallope , Ohs. anat. p. 365»
(2) Epis t. VIII, p. jo.
(3') De auditûs vitiis. Lips. 1717. L'existence de ce trou avoit cependant été admise avant lui par Fabrice de Hilden ^ Schnei" der j Marche ttis , etc.
état contre nature : et c'est aussi ce que pensent les anatomistes modernes exacts (1).
Remarques. La membrane du tambour ne peut être agirée vibrée par l'air sonore , sans qu'en même temps il n'en résulte un mouvement danr- l'air contenu dans la ca\ité du tambour et dans la chsine formée par les quatre os de l'ouïe. Or, l'étrier étant mu, il doit en résulter un déplacement plus ou moins rapide dans la membrane de la fenêtre ovale à laquelle cet os est attaché. Ainsi s'opère la propagation des vibrations sonores dans le labyrinthe. CepemJant on ne peut se dissimuler qu'oit a trouvé la membrane du tambour ouverte, détruite même dans des sujets qui ab oient cependant l'ouïe dans toute son intégrité (2) : on l'a ouverte à des chiens, des chats , qui ne sont pas devenus sourds j on l'a même ouverte à quelques hommes pour leur rendre l'ouïe qu'ils avoient perdue, mais souvent sans avantage , et quelquefois avec danger , quoique Riolan ait dit qu'un homme sourd de naissance s'étant enfoncé un cure-oreille clans l'oreille, rompit celte membrane, et entendit ensuite trèsbien (3). Plusieurs personnes ont perdu par des ulcères, des caries^ ou autres causes movbifiques , les os^f Jets de l'ouïe, à l'exception de l'étrier, et ont cependant continué d'entendre, sans doute noa pas tant j>ar rapport à la conservation de ce dernier os , que parce que la membrane de la fenêtre ovale à laquelle il est attaché étoit conservée. Littre a trouvé la membrane du tambour déchirée dans le cadavre d'une femme qui avoit été étranglée (4); o;i l'a trouvée ossifiée dans une personne et infiltrée dans une autre : ces deux personnes n'avoient pas été sourdes (5). Cette membrane s'opposanl aux injections qu'il convient de faire quelquefois dans la cavité du tambour, on a proposé, mais, je crois , sans l'exécuter , de les faire par la trompe à''Eustacfii (6).
De la cavité du tambour.
Au côté interne de la membrane dont je viens de donner la description , est une cavité qu'on appelle la
(0 Voyez VHist. del'anat. t. III, p. 570; et t. VI, p. i et 469.
(a) Observations rapportées par Cheselden , et auparavant par Schneider et ff^illis.
(3) Mniivel anat. liv. 4- pfg- 4^3. • •
(4) Morgagni, epist. XIV, art. 7; chirurgie d'iïez5«er ; les obseiTalions de Jourdain.
(5) On trouvera diverses observations siu les ahératioiis de la membraue du tympan ; Dissert, de Plùtner. Lips. 1780, in-4'''
(6) Transact. philodoph. année 1734.
DE LA SPLANCHNOLOGIE.' 455
cavité du tambour ow. du tympan :Fallope lui a donné ce nom (i). Elle est irrégulièrement arrondie, plus larf^e qu'elle n'est profonde, sa largeur étant de c uiq à six lignes, et sa profondeur de trois à quatre soulementj elle est proportionnellement plus grande chez les enfans que chez les adultes.
On doit y remarquer cinq ouvertures , trois éminences , une fêlure j elle contient quatre osselets.
Des ouvertures , deux sont situées à la partie antérieure de la circonférence : Tune est l'orifice postérieur de la trompe à' Eustachi ; l'autre, supérieure à celle-ci , donne passage au muscle interne du marteau. A la partie postérieure de cette circonférence , est une ouverture qui aboutit aux cellules mastoïdiennes ; elle est quelquefois double.
• , Les deux autres ouvertures sont placées au fond du tambour, et l'une, qui est de figure ovale, et la plus erande , communique avec le vestibule. Au-dessous de celle-ci est l'autre ouverture, un peu plus petite , plus arrondie, et qu'on appelle la fenêtre ronde , qui communique avec la rampe interne du limaçon.
De la trompe d'Eustachi. Cette partie tire son nom de sa figure et du grand anatomiste qui l'a découverte (2). C'est un canal plus large à ses extrémités qu'à son milieu , qui communique d'une part avec la cavité du tympan , et de l'autre avec l'arrière- bouche ; on pourroit y introduire une petite plume : sa direction est de dedans en dehors , de bas en haut , et de devant en arrière.
La portion de ce canal qui s'ouvre dans l'oreille ,
(1) Quae tympanum semper à me vocahitur oh eam quant hahet cum militari tympano similitudinem. Fatlopii. Obs. anat. Venet. i56i.
(a) Opuscul. anat. p. 146. Venet. i564) in-4°. Cependant Eustachi cile Alcméon^ disciple de Py^^a^ore , qui avoit remarqué , au rapport à^Aristote , que les chèvres respiroient par les oreilles.
456 AÏ^TATOMIE MÉDICÀLE,
est osseuse 5 elle est située dans l'angle rentrant du rocher avec la portion écailleuse du temporal , et formée aussi par l'extrémité postérieure des grandes ailes du- sphénoïde -, son ouverture dans la cavité du tympan est à la partie antérieure de la çirconlérence, et presque vis-à-vis de celle des cellules mastoïdiennes . qui est postérieure; elle est séparée de la cavité qui renferme le muscle interne du marteau, par une lame osseuse très-mince.
L'extrémité de la trompe qui s'ouvre dans l'arrièrebouche est beaucoup plus évasée que l'autre, et ressemble à une espèce de pavillon obliquement tourné en avant dans la partie supérieure de l'arrière- bouche, à côté de l'ouverture postérieure des narines. Ce pavillon est formé de deux cartilages, dont l'un est postérieur et supérieur , et l'autre est antérieur et inférieur : le premier est placé du côté de l'apophyse cunéiibrme de l'os occipital^ et y est attaché par quelques expansions ligamenteuses , ainsi qu'à la pointe du rocher du temporal, et à l'aile interne de la racine de l'apophyse ptérygoïde ; il est do* ] forme triangulaire , contourné. La pointe de ce cartilage est postérieurement attachée à l'extrémité antérieure et supérieure de la portion osseuse de la' ^ trompe , et le bord antérieur, qui est arrondi, est libre j et mobile.
Le second cartilage de la trompe est plus petit. \ Il est attaché^ par son extrémité postérieure , au , bord inférieur et postérieur de la portion osseuse de I la trompe ; ses bords supérieur et inférieur sont , contigus avec ceux du grand cartilage de la même ; trompe qui lui correspondent , et son bord antérieur qui ne s'avance pas en avant autant que le cartilage supérieur est complété par une membrane contournée. \
Le pavilicTî de la trompe est évasé et un peu ;
DE LA SPLANCHNOLOrxIE. 45?
(j aplati de devant en arrière, ce qui en rend l'ou-
'j vertnre ovalaire.
La trompe est intérieurement recouverte dans toute
( son étendue par une membrane , dans laquelle on peut décoiivrir quelques corps glanduleux , des follicules et des lacunes muqueuses, comme on en voit dans la membrane pituitaire dont elle paroît une continuation j elle se prolonge dans la cavité du tympan, et recouvre sa surface interne en forme de périoste.
Les muscles qui s'attaclient à la trompe, qui ont été décrits dans le Traité de Myologie , sont le péristaphylin interne ou supérieur, et le péristapliylm externe ou inférieur. Le premier doit;, en se contractant, éloigner le cartilage supérieur de Vautre, et par conséquent agrandir la trompe, tandis que le muscle péristaphylîn externe ou inférieur , qui adhère à l'aile externe de cette trompe , doit , quand il se contracte, le rapprocher de l'interne, et concourir ainsi à rétrécir Touverture de son pavillon.
Remarques. C'est par les trompes S^'EustacIù que l'oreille interne communique avec les cavités des narines 5 une portion de l'air qui pénètre ces cavités parvient dans le tympan, et avec d'autant plus de facilité , que leur pavillon cartilagineux est plus ouvert : l'air parvenu dans la cavité du tympan contrebalance l'action de l'air extérieur sur la membrane du tambour, et facilite ainsi ses vibrations, et sans doute qu'il est régénéré à proportion que son ressort est détruit ou qu'il a reflué dans les cavités nasales. Les observations ont appris que la surdité avoit été plusieurs fois occasionnée par des congestions humorales, des tumeurs polypeuses ou autres, qui, en bouchant la cavité de la trompe , empêclioient le libre accès de l'air dans la cavii.é du tympan.
C'est par la trompe A''Eustachi que divers dépôts de l'oreille interne se sont évacués dans les narines , et que des maladies du nez se sont propagées dans les oreilles. La membrane qui revêt la face interne des trompes étant continue , et de même nature que celle du nez et de la cavité du tympan , les engorgemens d'une portion de cette membrane se transmettent bientôt à l'autre : c'est ce qui
45B ANATOMIE MÉDICArE,
fait que , dans la plupart des rhumes et des catarres , tantôt la i sensation de l'ouïe diminue considérablement , et que tantôt elle est ( viciée de manière que les malades peuvent entendre des bruita i trùs-inconimodes. Ces sortes d'afleclions dans l'oreille ont été plus i d'une fois incurables ; mais très-souvent elles se dissipent avec les i ^ chaleurs de l'été , quand la transpiration est bien établie , et que t le dégorgement de la membrane pituitaire est bien complet. ^ Des surdités ont été occasionnées par des congestions purulentek ; ^ ou d'autre nature dans la trompe, après des fièvres putrides, de petites-véroles , après des chutes ou des coups à la tète. Oa a vu des engorgemens cancéreux de la membrane pituitaire se propager dans la trompe ] des excroissances s'y sont formées ; elles ont été bouchées par le gonflement inflammatoire , ou de toute autre nature , de ses parois ; des vers s'y sont introduits par les voies nasales après l'ouverture de la membrane du tympan ; il ' y a eu une communication si libre entre le conduit auditif ex- I terne, les narines et la bouche, qtie la fumée pouvoit facile- : ment passer de la bouche dans l'oreille , et en sortir visiblement par le conduit auditif externe. On a dit avoir fait avec le plus grand avantage des inje;;tions dans l'oreille par les trompes (i). y
Ouverture mastoïdienne. L'ouverture qui cornmunifjue avec les cellules mastoïdiennes (2) est plus grande que celle de la trompe Eustachi ; elle est quelquefois deux fois plus grande, et quelquefois au lieu d'une il y en a deux : cette ouverture est à la partie postérieure de la circonférence de la cavité du tympan ; les cellules mastoïdiennes sont plus ou moins nombreuses et plus , ou moins amples 5 elles communiquent ensemble, n'étant séparées qiie par quelques filets ou lames osseuses j elles sont tapissées d'une membrane en forme de périoste, dans laquelle se distribuent des
(1) Transactions philosophiques , année 1734 , ^cad. de chirurgie; notre Trécis de chiiurgie, p. 4^° >
(2) L'antre mastoïdien de Valsalva ; sinus mastoïdiens de Cassebohm. 1
DE LA SPLANCIINOI. OGIE. 4-^9
\ aisseaux sanguins : cette membrane communique avec celle de la cavité du tympan.
L'apophyse mastoïde est d'autant plus saillante extérieurement, que ses cellules sont nombreuses et amples 3 elles contiennent naturellement une humeur rougeâtre qui peut s'écouler facilement dans la cavité'du tympan : je n'ai jamais vu aucune membrane qui bouchât l'ouverture mastoïdienne dans le tympan (i).
L'apophyse mastoïde n'est point développée dans le fœtus, ni dans l'enfant du premier â^e 5 elle se développe à proportion que l'enfant croit, et pendant long-temps : ce qui fait qu'elle est très-ample dans les'adultesj et alors elle n'est recouverte extérieurement que d'une lame osseuse très -mince, à travers laquelle passent de petits vaisseaux qui éta- Llissent une communication entre la membrane interne de ces cellules et le périoste qui revêt l'apoj'hyse mastoïde. Quelques physiologistes ont dit que ces cellules servoient à augmenter l'intensité du son dans l'oreille; mais cet iusage n'est pas bien prouvé, ('ette apophyse peut être affectée de carie ; on a été obligé de la trépaner, au rapport de Kiolan et de quelques autres auteurs.
Des deux ouvertures de la paroi interne du tambour, l'une est appelée fenêtre ronde ^ et l'autre, fenêtre ovale , quoique ces dénominations ne répondent pas parfaitement à leur forme.
On y observe^ sur- tout dans l'ovale, une petite rainure, dans laquelle est attachée la membrane qui les bouche ; car il est certain que les deux fe-
(0 Cette cloison membraneuse a été cependant admise de plusieurs anatomistes , notamment par Cassebohm; Morgagni n'a point osé se décider sur son existence, et Haller n'en a point lait mention. Elément, physiol. t. V, p. 221.
46o ANATOMIE MEDICALE, ||'
nêtres, ronde et ovale, sont bouchées par une membrane ; mais les anatomistes ont singulièrement variété' à ce sujet (i).
La fenêtre ovale est un peu plus grande que laa ronde j elle est placée à peu près vers le milieu de laa paroi interne de la cavité du tambour j elle s'ouvrei dans le vestibule 5 elle est, du côté du tympan, bouchée par la base de l'étrier , lequel adhère à la mem-.- ai brane qui la ferme. \
La forme de cette ouverture n'est pas bien ovale,, ri puisque elle a un bord inférieur droit j et c'estt sur lui comme sur un petit rebord en forme dea ^ feuillure , dit Duverney y qu'est placé le bord ini'é— f rieur droit de la base de l'étrier. 1
(1) Fallope avoit assuré que la fenêtre ronde n'étoit point t bouchée par une membrane : A7///z/'c^,î paroi t être le premier quii l'ait vue * ; mais Scarpa en a donné, dans ces derniers temps , imee description si détaillée, qu'on ne peut plus douter de son exis-tence : on peut facilement la voir.
Quant à celle qui bouche la fenêtre ovale , elle a été décrites par la plupart des anatomistes, par Fallope, Vidus-Vidiiis ^ , Manfredi , Molinetti , Duverney , Morgagni. Vicussens dit t l'avoir trouvée ossifiée dans un sourd.
Cependant il-ferj' , très-habile chirurgien français , quoique cé- ■ lèbre par les paradoxes qu'il a soutenus , ne craignit pas d'assurer • que la fenêtre ovale n'étoit point boucliée par une membrane, comme on le pensoit; mais il affirma que la fenêtre ronde étoit fermée • par une cloison membraneuse. La vérité est que chaque fenêtre est bouchée par une membçane particulière : plusieurs anatomistes , et particulièrement Lieutaud , Pont dit d'après leurs observations , ,€t nous ne craignons pas de l'affirmer d'après les nAtres. Nous croyons aussi que ces deux membranes sont d'un tissu beaucoup plus serré , et d'une structure différente de .celle du périoste qui tapisse les cavités de l'oreille, quoique Ilaller pense que les aliatomistes ont pris une expansion du périoste sur las fenêtres ronde et ovale pour de$ membranes païticulières
* De Te anat. ultraject. 1697.
' »* Haller, Elément. dei>hysioI. t. V, p. 226.
DE LA SI'LANCIINOLOGIE. /^6l
La fenêtre ronde est placée vers la partie inférieure Ijde la paroi interne de la cavité du tambour 5 elle est séparée de l'ovale par la tubérosité ou promontoire 5 elle est un peu plus petite^ et inclinée en arrière, étant également bouchée par une membrane adhérente par son contour à sa rainure : c'est cette membrane que Duverney a comj)arée à celle du tambour (1), ainsi que Scarpa l'a fait en dernier lieu (2).
La fenêtre ronde étant tournée vers la partie inférieure de la cavité du tympan , elle n'est bien visible, comme Lieutaud l'a remarqué, que lorsqu'on détruit une portion de cette cavité : sans cela, on ne peut la bien voir dans tout son contour 5 et alors elle
Ï)aroît ronde , quoiqu'elle ne le soit pas exactement : a fenêtre ronde communique avec la rampe interne du limaçon.
Eminences de la cavité du tambour. Il y en a deux, la tubérosité et la pyramide. La tubérosité, qu'on appelle aussi le promontob^e y occupe la paroi interne du tambour. La pyramide est percée dans son épaisseur ou dans son axe, de manière que l'ouverture de cet orifice qu'on voit à sa pointe est plus rétrécie que le reste de ce canal, dans lequel est contenu un petit muscle dont le tendon, qui sort par la pointe de cette pyramide, va s'attacher à la pointe de l'étrier. La pyramide est placée postérieurement et un peu au-dessus de la tubérosité, et le
(1) Traité de l'ouïe ^ in-12, i683; OEuvres posthumes j t. I, p. 177.
(2) De struct. fenestrae rotundae et de tympane secundario ohser\>., Miitinae^ij'ji , in-8° ; ouvrage très-intéressant qui honore l'Italie, si féconde d'ailleurs en grands hommes. Scarpa a fait remarquer, avec la franchise d'un vrai savant, que Schaarschmid avoit déjà observé cjue la fenêtre ronde étoit bouchée par une membrane blanche et pellucide.
canal qu'elle cache est parallèle à l'aquéduc de Fallope y ^et en est à très-peu de distance.
Le bec à cuil/er est une larae osseuse , tournée en manière de cornet qui se termine irrégulièrement; il est situé au - dessus de la trompe âfEustachi j il renferme le muscle interne du marteau.
On voit encore dans la cavité du tympan une fêlure par laquelle passe la prétendue corde du tambour f ou un rameau du nerf facial qui communique avec le nerf lingual , branche du maxillaire inférieur.
Il résulte qu'il y a dans la cavité du tambour huit ouvertures : deux d'entre elles , l'ouverture de la trompe ài Eustachi et l'ouverture mastoïdienne , ne sont bouchées par aucune membrane ; trois, celle qui communique avec le conduit auditif externe, la fenêtre ronde et la fenêtre ovale , sont fermées par des membranes ; enfin trois sont remplies par des muscles et par des nerfs : ce sont celle du bec à cuiller ^ la fêlure gléncïdale , et la cavité de la pyramide. On voit encore, comme LieutaudVa. fait remarquer, dans le fond de cette cavité une élévation demi-cylindrique qui s'étend depuis la pyramide jusqu'au bec à cuiller; elle est formée par une portion de l'aquéduc.
Des osselets de Fouïe,
Ces osselets^ qui sont renfermés dans la cavité du tambour, sont au nombre de quatre : ils ont tiré leur nom de leur figure, et ont été appelés le marteau y \ enclume , Vorbiculaire y Vélrier (i).
( 1 ) Les anciens anatomistes ne conuoissoient aucun des osselets d«
T>E L4. SPLANCHNOLOGIE. 463
Du marteau^
Situation. Le marteau se présente le premier, ?tant placé au côté interne de la membrane du tam- )our à lacjuelle il est attaché j sa longueur est de juatre à cmq lignes.
Divisions. On peut le diviser en tête , cou et nanche. La tête est grosse relativement aux autres parties ; elle est placée supérieurement et un peu Dostérieurement dans un petit enfoncement de la :avité du tambour j elle est arrondie d'un côté, inégale dans le reste de son contour, et postérieurenent couverte d'une couche cartilagineuse , trèsnince, pour s'articuler avec la base de r,enclume.
Au-dessous de la tête, le marteau est rétréci et ;rès-grêle, et cette partie de l'os est appelée le cou, i'où sortent deux prolongemens. L'un, qu'on nomme e manche du marteau , est dans la direction du bou , et l'autre est V apophyse du cou du martea,u ; [e manche a aussi une autre apophyse.
Le plus gros des prolongemens^ qui porte lenomi ie manche y se termine par un petit arrondissement, après avoir fourni une apophyse longue et grêle, [ui se prolonge jusque vers le milieu de la membrane du tambour, formant avec le cou et la tête Line espèce de rayon supérieur et un peu obliquement dirigé de haut en bas.
Le manche du marteau est adhérent à la membrane ilu tambour. L'extrémité de ce manche étant un peu pins retirée en dedans, fait que naturellement il y a au milieu d'elle une espèce d'enfoncement
"ouïe. Achillimis ^ qui a enseigné l'anatomie avec tant de succès »er<î le commencement du seizième siècle, à Bologne et à Padoue, îst le premier qui ait parlé du marteau et de l'enclume } le» 'ieux, autres ont été découverts d^ins la suite.
4^4 A N A T O M I y MÉDICALE,
du côté du conduit auditif externe, qu'on appelle ombilical, et qu'elle fait une légère saillie du côté de la cavité du tambour.
ISapophyse du cou est très-longue et très-grêle, ce qui fait qu'on la casse souvent elle se prolonge jusque vers la fêlure glénoïdale -, elle est fixée dans sa situation par un petit ligament : l'apophyse du manche sort de sa partie supérieure, en formant avec lui un angle j elle est contiguë à la membrane du tambour, et se porte en arrière (i).
JDe l'enclume.
No7n. L'enclume {incus) est ainsi nommée parrapport à sa figure.
Division, On peut y considérer une partie grosse et deux prolongemens. La première est le corps de l'enclume , et les deux autres sont deux apophyses. I.e corps est irrégulièrement arrondi j on voit à sa partie antérieure et inférieure une facette articulaire, concave vers son milieu , et relevée sur les côtés par deux éminences j elle est recouverte par un îéuillet cartilagineux. C'est par cette face que l'enclume s'articule avec la face postérieure de la tête
(i) Cette apophyse avoit été connue de Vesale , et de plusieursanatomistes qui lui ont immédiatement succédé; cependant l'apophyse du cou du marteau a été généralement ignorée , et' sans doute parce qu'elle est plus fragile que celle du manche : mais Caecilius Folius , anatomiste italien , l'a fait peindre en 1649 dans un excellent Traité qu'il a publié sur l'oreille. Voyez la figure II : Subtilior processus mallei à neniine antea observatus ^ etc. Il est donc extraordinaire qu'on ait attribué cette découverte à Kaw , professeur d'anatomie à Leyde , dont un des disciples, Michel-Bernard Valentin ^ publia vers 1720 un extrait des leçons , où il est fait mention de l'apophyse grêle du cou du marteau. C'est donc sans fondement que quelques anatomistes l'ont appelée apophysis raviana.
DE I.A SPLANCIINOLOGIE.
clu marteau ; des deux apophyses ou branches de l'enchiine , l'une est phis courte que l'autre : ]a courte est ])lacée en arrière j son extrémité est attachée par une espèce de petit ligament près de l'orilice des cellules mastoïdiennes ; direction est presque horizontale. La longue branche descend au-devant du manche du marteau , presque paralèlement à kii, et à très-peu de distance 5 elle se prolonge vers le centre de la membrane du tambour ; elle se recourbe en dedans par son extrémité inférieure , en s'éloignant d'elle , et s'articule avec l'os lenticulaire ou orbiculaire , moyennant un petit ligament capsulaire.
De Vos lenticulaire ou orhiculaire (1).
Nom. Cet os est ainsi nommé par rapport à sa figure.
Situation. Il est placé entre l'extrémité de la longue branche de l'enclume et la partie arrondie ou la tête de l'étrier j et comme il reste presque toujours attaché à l'un ou à l'autre de ces deux os , j on l'a souvent regardé comme une épiphyse de l'un ou de l'autre : c'est sans doute ce qui a fait que les anatomisies ont tardé long-temps à le bien connoître.
Volume et figure. Cet os, qui est très-petit, est un peu plus large qu'il n'est épais ; il est arrondi dans son contour , un peu convexe dans ses laces articulaires : l'interne, qui touche à l'étrier, ne l'est pas autant que. l'externe, qui touche à l'enclume (2).
(1) Valsai va, Tratc. demeure humanâ ; Cottunni et Haller rappellent os subrotundum. C'est l'os orbiculaire de Lieutaud.
(2) Cet os n'a été bien décrit que long-temps après la découverts des trois autres. CoGcilius FoUus l'appelle slapedis osscus quidam
466 ANATOMIB MÉDICAL B.
De l'étrier (i).
Situation. L'étrier , ainsi nommé par rapport à sa figure , est le plus interne des quatre os de l'oreille j j
globulus i mais Sylvius De-Le-Boë ^ professeur de médecine à ' Leyde , l'a mieux décrit qu'on n'avoit fait avnnt lui : c'est i ce qui a sans cloute déterminé les anatomistes à lui accorder i la gloire de la découverte. Colrimbus disoit , en 1.559, que ] l'osselet qu'on nomme Vétrier n'étoit peint percé au bout comme le sont les vrais étriers, d'un trou où l'on passe une courroie pour les suspendre ^ mais qu'à la place de ce trou il y avoit une i petite éminence en forme de tête, hujus capitulum extaC, N'est-ca ! pas là l'os lenticulaire ? < l
Quoi qu'il en soit, il y a des anatomistes y comme Heister et ^ autres, qui croient que l'os lentrculaire est une épipliyse, ou ^ de l'étrier j ou de la longue brandie de l'enclume. Schelammer^ célèbre analoniisle allemand , et Saint-Hiiaire ^ anatomistc français peu connu, ont regardé cet os comme propre à l'enfant; tnais il se trouve dans tous les iàges , bien distinct et séparé d© l'enclume et de l'étrier.
(1) Stapes. Sùapha. Les anatomistes les plus célèbres du quinzième siècle ont connu l'étrier. Colunibus s'en est ap|)roprié la découverte ) et lui a donné le nom d'étrier : Quod stapham , dit-il , novo vocahulo nunciipamus ^ et Coiter^ son contemporain, la lui tt accordée. Cependant liiprassias , anatomiste céb'bre de Sicile, qui étoit aussi coniemporaiu de Colunibus^ réclama cette découverte , et blâma Coltirnbus de se l'être appropriée. II assure avoir démontré cet os à iS'aples dans ses cours, et lui avoir donné le nom èiétiier : StapJiav prirnum nomen imposuimus, Fallope , contemporain des deux contendans , a accordé l'honneur de la découverte à Ingrassias , et s'est rétracté des prétentions qu'il y croyoit avoir lui-même.
Mais tandis que Columbus et Tngrassias se disputoîent la gloira • d'avoir découvert l'étrier, Eustachi^ ce grand anatomiste de Rome, l'a revendiquée en sa faveiir : il assure l'avoir connu et l'avoir fait jeindre et j^raver sur le cuivre avan t que Columbus et Ingrassias en i parlassent. Ce qui donne du poids à sa réclamation , c'est que ! ycsale^ l'antagoniste à* Eustac/ii y dit avoir connu cet os par • l'industrie romaine, et l'on sait qu'Eustacii a fait dans l'oreill© » plusieurs découvertes importantes.
Un autre anatonaiste , beaucoup moins connu que ceux que je ' viens de çiter, Collado , se flattoit d'avoir découvert l'étrier ea .
DE LA Sri, ANCIINOLOeiB. ^6'/
est placé presque horizontalement, entre la fenêtre o\.i!e et l'os orbicnlaire.
Division. On peut y considérer une base , deux branches, un col, une tcte. La base. est la partie la plus interne , et la tête est la plus externe j le bord inlérieur de sa base est droit , le boxd supérieur est ceintré : cette base de l'étrier est unie à la menibiane qui bouche la fenêtre ovale. Des deux branches l'une est postérieure et l'autre est antérieure : la première est un peu plus courte, plus grosse et plus courbée que l'autre j elles sont tontes les deuTc creusées en dedans par une rainure à laquelle adhère une mcndjranc qui remplit l'intervalle que la base de l'étrier et ses deux branches laissent entre dles.
Cette membrane existe réellement, comme Méry , JMoJitiecti , lialler f Cottunni et Sabatier l'ont dit. VaJsalva a sans raison nié son existence , . et il est ëtonjiant que Lieutaud n'en ait point parlé ayant décrit la rainure interne de cet os.
Les deux branches de l'étrier forment par leur réunion une espèce de col, à l'extrémité externe duquel est une petite tête qui s'articule avec la face interne de l'os lenticulaire.
Substance. La substance des quatre os qu'on vient de décrire est en général très-compacte ; mais, dans le marteau et l'enclume, on trouve la substance
i555 , quatre ans avant que l'ouvrage de Columbus parût, six ans avant celui de Fallope. Il est donc impossible , d'après toutes ces controverses , de savoir quel est celui à qui appartient la découverte de l'étrier. Peut-être , et cela est probable , que tous ces anatomistes l'ont connu à peu près dans le même temps. L'anatoniie eLoit pour lors extrêmement cultivée, et il est raisonnable de croire que tous ceux qui ont examiné l'oreille aycG 6oin ont vu çet os.
spongieuse ou diploïque : ces os sont ceux dont l'ossilication est le plus tôt complète.
Du périoste et des Ugamens des osselets de
l'ouïe.
Ces os sont recouverts d'un périoste , ainsi que la cavité du tympan j Ru^ysch l'a démontré , et a fait voir plusieurs vaisseaux qui s'y distribuent : il est étonnant que Spigel et Valsalva aient avancé qiie les osselets de l'ouïe étoient dénués de périoste. Non seulement ils sont recouverts par cette membrane , comme les autres os , mais encore ils sont articulés et : réunis par des capsules ligamenteuses articulaires j Tliéophile Gelée y médecin de Dieppe, et Méry chirurgien de Paris , en ont fait mention : sans doute que ces capsules renferment une espèce de suc sy-^novial qui lubrifie les surfaces articulaires.
On ne peut douter que la tête du marteau et lai tubérosité de l'enclume ne soient articulées ensemble,, et maintenues par une capsule articulaire attachées à ces deux os ; la longue branche de l'enclume estt aussi attachée à la face externe de l'os orbiculali'e» par une petite capsule articulaire, et la face interne? de ce petit os est unie par le même moyen avec lai tête de i'étrier : ces capsules sont fortifiées par des petits ligamens.
On doit aussi remarquer que la tête du marteauj est unie à la partie moyenne de la face interne de? la membrane du tambour , que son manche est hxée par la lame interne de cette membrane qui la re— ^ vêt , et que la base de I'étrier est adhérente à laa membrane qui bouche la fenêtre ovale.
Muscles. Ils sont au nombre de trois : deux s'at4 tachent au marteau et un à I'étrier. Les muscles du;^'
DE LA S r X A N C H N O L O G I 46()
iTiarreau tirent leur nom de leur situation l'un est antérieur , et l'autre est interne (i).
Le muscle antérieur (2) du marteau est attaché par une de ses deux extrémités à l'apophyse épineuse de l'os sphénoïde et à la partie externe de la trompe ATricf^'r^J,; rlWi ^1 c'WiQimifî dsus la scissure de l'os
par un petit col du marteau.
Le muscle interne du marteau est contenu dans le cana] osseux, qui marche le long de la trompe et qu'on appelle le hec à cuiller. Ce muscle est charnu dans toute la partie qui est renfermée dans ce canal. Il s'attache par son extrémité antérieure à l'aile interne du pavillon de la trompe Eustadii , à l'os temporal près de l'orifice extérieur du conduit carotidien ; par son autre extrémité, qui est tendineuse et renfermée dans la caisse du tambour, il est attache à l'apophyse du marteau : ce tendon est contenu dans une gaine membraneiise qui tapisse le canal qui renferme ce muscle. Lieutaiid a comparé cette gaîne à celle du tendon du grand oblique de l'œil.
Le muscle de l'étrier est renfermé dans le canal de la. pyramide dont il a été question ci-dessus j il deviéri^ tendineux en sortant de ce canal par le sommet de la pyramide, et ce tendon s'attache à la partie postérieure de la tête de l'étrier.
Remarques. On ne peut douter que Pafr ne parvienne danj
(i) Ces Hiuscles ont (Ué «liversenient connus des anatomistes, qui en ont lussi v'ns ou moins augmenté ou iliniinué le nombre. Voyez, à ce sujet, les reclicrchrs liistnriques iVAlbinus, qui ne laissent rien à désirer. Mistar^ muscul. p. 187, 188 et 18;.
(2) L'txlcine de Ccccilius Folius ^ ûq Du vemcj.
47° ATfÀTOMIE MÉDICALE,
la caisse lîu tambour par la trompe i'' Eustuc/ii , et qu'il n'en sorte par le conduit auditif externe dans ceux chez lesipiels la membrane du. tambour est ouverte, puisqu'il fait vaciller la flamme d'une bougie placée près de l'oreille extern^. '
Dans l'état naturel, la colonne d'air qui pénètre le condui' auditif externe excite des vibrations dans la membrane du tambour qui se transmettent, par le moyen de l'air contenu dans cette cavité, aux membranes des fenètrt-s ronde et ovale , et dt plus à cette dernière, moyennant la cliaîoe osseuse dont l'extrémité interne, formée par la base de l'étrier , y adhère, e' iaqutlle doit jouir d'un mouvement particulier que les muscle; du marteau et de l'étrier peuvent lui imprimer par loirs diverse; contniclions plus ou nuùns rapides. Combien ce mécanisme esti a'^inirable ! Mais il faut , pour qu'il s'exécute, que les osselet£ soient bien mobiles, qu'ils ne soient pas ajukylosés, comm» HoJ'nieister dit les avoir trouvés, et que les membranes du tym*. pan et des fenêtres ronde et ovale ne soient pas ossifiées (i).
Les attaclies des os entre eux par des ligamens , et avec le; membranes du tympan et de la fenêtre ovale , préviennent tout déplacemeut de ces os par les contractions trop fortes de ce: muscles.
On apsure cependant que des sujets cliez lesquels , par l'effe de quelque dépôt, les osselets étoient sortis par le conduit auditi externe après la destruction de lu membrane du tympan , avoieni continué de bien entendre.
J'ai trouvé dans la cavité du tambour d'une femme qui étoii devenue sourde quelque temps après avoir cessé d'être réglée, ei qui avoit éprouvé de vives douleurs à la tête, une concrétion dur<< et biantbe comme du plâtre, au milieu de laquelle lesitjti^lre oi! étoient renfermés : cette concrétion s'élendoit dans la' trompft à' Eiistachi. On a trouvé dans la cavité du tambour du sanj et du pus épancLés, des caries , etc.
(i) f'^ahalva dit avoir trouvé la membrane de la fciiôtre ovale ossifié*-* dniis un sourd : De aure human. p. 25; et nous avons vu préccdènniient que T'ieiLssens avoit trouvé la membrane de la fenêtre ronde ossifiée aussi* ù9-m un ïourd. i ■
DS LA SPLANCHNOLOGIE. ^Jl
Du labyrinthe.
C'est ainsi que l'on nomme la secontle partie de 'oreille interne, parce qu'elle a plusieurs détours.
Le labyrinthe comprend trois parties différentes, e vestibule, les canaux demi-<;irculaires et le limaçon.
Il est placé dans l'apopUyse yjierreuse du temporal, à. la partie interne et un peu antérieure de la cavité du tambour.
vestibule y qui est situé entre le limaçon et les canaux demi-circulaires , en dedans de la fenêtre ovale , est une très-petite cavité , de forme arrondie , tapissée , ainsi que celle du limaçon et les canaux demi-circulaires, d'une membrane très-fine en ' forme de périoste, laquelle provient, seloji Caldaniy de la lame extérieure de la dure-mere (i) , qui s'insinue dans la fente c|u'on observe à la face postérieure du rocher près de son bord supérieur, et aboutit dans l'aquéduc du vestibule.
Vers le milieu, du vestibule, il y a une petite élévation circulaire qui le sépare en deux petites cavités. L'antérieure forme un enfoncf^m^nt dont la fenêtre ovale fait l'entrée ; dans la postérieure sont divers petits trous païf lesquels les vaisseaux sanguins y pénètrent ; on y observe aussi deux orilices par lesquels deux rameaux du nerf acoustique s'introdui- ' sent dans cette cavité (2).
On y voit l'orifice qui conduit dans la rampe externe du limaçon, et les cinq trous qui doaneut en-
Ci ) Institut, anat. part. IV", p. 124.
(2) Ces orifices n'ont point échappé à Duvcmey . Voy*z soa- Traité de l'oreille et sea Œuvres postliumas.
trée aux trois canaux demi-circulaires, dont nous allons donner une succincte description. ' ;
Les canaux demi-circulaires y ainsi nommés quoiqu'ils forment plus des deux tiers d'un cercle , sont au nombre de trois, dont deux sont presque égaux j le troisième est plus court : leur diamètre est d'environ •une demi-ligne vers leur milieu j mais leurs extré-rSmités sont un peu plus grandes en s'ouvrant dans le vestibule.
^ Ces^ canaux doivent être distingués d'après leur situation : il en est un qui est supérieur , l'autre est postérieur , et le troisième est externe. Les deux premiers ont une direction àpeuprès verticale. L'externe^ ^ qui est l'horizontal^ est plus court j celui-ci s'ouvre par ; ses deux orifices dans le vestibule. Les deux verticaux, ou le supérieur et le postérieur, se réunissant par une de leurs extrémités, ne s'y ouvrent par cette extrémité réunie, que par une seule ouverture : d'où il résulte qu'il n'y a que trois orifices dans le vestibule pQttr ces deux canaux, et cinq pour les trois.
Le canal vertical supérieur s'ouvre dans la partie supérieure et antérieure du vestibule , ^éparément par une extrémité , et en commun par une autre extrémité avec le canal vertical postérieur, à la par:tie postérieure de cette cavité ; l'autre extrémité du canal vertical postérieur s'ouvre à la partie inférieure^' et postérieure du vestibule j et cet orifice n'est pointé circulaire comme les autres , mais ordinairement^ elliptique.
Le canal demi- circulaire externe, ou l'horizontal 7 s'ouvre dan s le vestibule, par son extrémité antérieure, entre l'orifice du canal vertical supérieur et la fenêtre 1 ovale, et, par son extrémité postérieure , entre l'ori-"] fice commun aux deux verticaux, et l'orifice propre du canal vertical postérieur (i).
(i) Ces canaux de mi-circukires u\nt point été connus ds» i
ï) E t A S P L A N C II N O L 0 G r IS.
Du limaçon. 11 est placé plus antérieuremein et plus en declans cpe le vestibule , ressemblant à un cornet contourne qui a deux tours et demi.
Au milieu du limaçon est une espèce de cône osseux en forme d'axe, qui se termine par une espèce d'excavation infundibulifbrme. La base de cet axe, qui communique avec le conduit auditif interne, est percée de divers trous par lesquels pénètrent des filets du nerf acoustique , et des vaisseaux sanguins qui parviennent dans la cavité du limaçon.
Le limaçon étant divisé par une cloison , il en résulte deux cavités que les anatomistes ont appelées rampes ( i ). La cloison qui les sépare est en partie osseuse et en partie membraneuse : la partie osseuse est une espèce d'arète qui appartient au noyau même ou à l'axe ) elle forme à peu près le tiers de la cloison. La portion membraneuse qui la complette , est élargie vers la base du limaçon , et
anciens anatomistes. Ingrassias les a décrits un des premiers J m&\s Fnllope sur-tout, en i56i , qui en a examiné la direction, et la figure , a remarqué que deux d'entre eux se réunissoient pour ne former qu'une ouverture dans le Testibule. Caecilius Folius ,f en 1649 ) est le premier qui ait pu séparer les canaux "demi-circulaires du reste de la substance osseuse du temporal dans les fœtus du premier âge*, et sans doute avec d'autant moins de difficulté, que ces canaux sont alors déjà très-durcis avant que le reste de l'os temporal ait acquis la solidité qu'il juend dans la suite. Mais les auteurs ont tellement varié sur les noms qu'ils leur ont donnés pour les distinguer les uns des autres , qu'ils sont très-difiiciles à entendre, les uns les tirant de leur longueur, d'autres de leur direction, et d'autres, que nous avons imités, de leur situation.
(2) Ce conduit étant ainsi divisé en deux cavités, forme deux rampes d'escalier construitPs sur le môme noyau. Duverncy ^ de l'ouïe : Oeuvres posth, t. I, j». 18a.
très-rétrécie à sa pointe , là où cette cloison mem- ^ brano-osseuse étant interrompue , les deux cavités i< du limaçon se confondent, et il n'y en a plus qu'une , seule.
On aperçoit dans la cloison membraneuse du " limaçon des fibres qui sont transversales et qu'on a comparées aux cordes d'une harpe ou d'un clavecin , qui , comme elles , diminuent de longueur à proportion que la partie membraneuse de la ra/npe i approche de la pointe du limaçon. Il paroît que cette cloison membraneuse se réfléchit sur les cavités des deux rampes , et les tapisse.
La rampe du limaçon qui aboutit à la fenêtre ronde est interne. On voit près de la fenêtre ronde . l'orifice de l'aquéduc du limaçon j l'autre rampe du limaçon est externe , un peu plus étroite , plus longue, et plus proche du sommet du limaçon : son ouverture dans le vestibule est à sa partie inférieure.
Des aqueducs du vestibule et du limaçon. Nous avons déjà fait mention, en décrivant ces deux parties de l'oreille interne, des ouvertures de ces deux conduits ; nous en allons dire un mot séparément pour en donner une idée plus précise. Dominicus Cotgnio ou Cottunnl est le premier qui les ait décrits (i). L'aquéduc du vestibule s'ouvre ])ar une de ses deiix extrémités dans le vestibule par un orifice dont le sommet est rétréci : ce qui lui donne une forme presque triangulaire. Ce conduit, qui est contourné, se rétrécit bientôt, mais s'élargit ensuite en se portant en arrière et en bas^ et s'ouvre à la face posté- . rieure de la portion pierreuse du temporal. C'est dans cette ouverture que pénétre une expansion de la durejnere , formée de deux lames q<ui laissent par leur
0) De aquae ductibus auris humanae internas . Neapoli , 1761,
DE LA sri.ANCnNOI.OGlE. 4?^
ëcarteinent une petite cavité triangulaire. Les parois de la dure-mere qui forment ce petit canal s'unissent au périoste qui tapisse la caviie du vestibule j on y voit quelques petits vaisseaux qui vont s'ouvrir dans le sinus latéral. Ce conduit est naturellement plein d'eau , ainsi que la cavité du vestibule avec laquelle il communique.
L'aquéduc du limaçon est plus court , arrondi , n'ayant qu'environ quatre lignes de longueur j il est très-étroit du côté du limaçon j il s'ouvre dans sa rampe interne , inférieurement et à peu de distance de la fenêtre ronde : son autre orifice, qui est placé vers le milieu du bord postérieur du rocher , est plus grand et un peLi;i^angulaire j il renferme un prolongement du peiioste de la rampe interne du limaçon. Ce conduit est aussi plein d'eau.
Un trou et du conduit auditif internes. Nous en avons parlé dans le traité àeV ostéologie ; nous ajouterons que le conduit auditif interne, qui paroît d'abord se terminer par un cul-de-sac , communique ccpend int par plusieurs petits trous, dont quelquesuns sont encore plus petits que les autres , avec le vestibule , le limaçon , et les canaux demi-circulaires , ainsi qu'avec l'aquéduc de Fallope , dont l'entrée est à la partie inférieure et un peu antérieure du culde-sac de ce conduit auditif interne.
Vaisseaux et nerfs. L'oreille interne a plusieurs artères. La principale est l'auditive , laquelle vient ordinairement d'une artère fournie par la réunion des deux vert(*brales 5 ses rameaux accompagnent ceux du nerf auditif, qui pénètrent le vestibule , les canaux demi-circulaires etle limaçon. L'oreille interne reçoit aussi des rameaux artériels des méningées : ces artères s'anastomosent réciproquement. On en remarque une qui va du vestibule dans la portion nicm-
ANATOMIE MÉDICAIE
bmneuse de la cloison des deux rampes qui ]a parcourt, et qui lui fournit des rameaux, ainsi qu'au reste de la membrane qui les tapisse.
^ La carotide interne fournit une branche au périoste de la cavité du tympan, et ses rameaux s'anastomosent avec ceux d'une branche de la pharyngée , qui parvient aussi dans le périoste de la cavité du tympan , après avoir parcouru la trompe à'J2ustaçhi.
Les artères des parties internes de l'oreille comniuniquent avec celles qui appartiennent plus particuiici ement aux parties externes de cet organe , notamment ave la stylo-mastoïdienne , laquelle non seulemcîU parcourt i'aquéduc de i^ilope , mais donne des rameaux aux cellules mastoïdiennes , aux muscles de i'étrier , au canal demi- circulaire externe , €t s'anastomose avec la branche de la méningée qui entre dans I'aquéduc, et vient avec elle se répandre dans le périoste du tympan.
Les anatomistes n'ont pas aussi bien décrit les veines de l'oreille interne que les artères j il paroît cependant qu'elles sont aussi très-nombreuses, et qu'un grand nombre d'elles correspond aux artères : il en est qui sortent par les aquéducs de Cottunni ; et un grand nombre de ces veines va se dégorger dans le golfe de la veine jugulaire interne.
Le nerf acoustique , après s'être insinué dans le conduit auditif interne , se distribue entièrement dans l'intérieur de l'oreille j il s'y divise en plusieurs rameaux, dont les uns sont très-petits et d'autrea sont.plus gros, lesquels se répandent dans le vestibule, le limaçon , les canaux demi- circulaires. Ces nerfs sont très-mous , pulpeux , formant dans le vestibule une espèce de lame médullaire qu'on peut séparer du périoste, mais ayant très-peu d'épaisseur dans
r)E I. A SrLANCIINOLOGIE. 47/
jc limaçon et dans les canaux demi-circulaires , où il est même difficile de la distinguer.
Sans doute qu'indépendamment de la ténuité de ces objets qui iait qu'on ne peut les apercevoir que très -difficilement, l'écoulement de l'eau du labyrinthe, qui a lieu dès qu'on y fait la moindre solution de continuité , les rend encore plus difficiles à être aperçus.
Indépendamment de ces nerfs , qui sont les vrais nerfs acoustiques , il y a , au rapport de Bertin. (i) , filet du nerf facial ou de la portion dure de la septième paire de. WHlis qui parvient dans un des canaux demi-circulaires ; mais je n'ai jamais pu le voir, quoique j'aie f^ait quelques recherches à ce sujet.
Remarques. On ne peut douter que les nerfs acoustiques qui répandent leur substance pulpeuse sur le périoste qui tapisse le \estibule , les canaux demi-circulaires , et les rampes du limaçon, ne perçoivent les impressions des sons, et qu'ils ne les transmettent au siège commun de nos sensations , à la moelle allongée dont ils proviennent.
Les impressions de l'air sonore sur la membrane du tambour déterminent son trémoussement , lequel , au moyen de l'air et de la chaîne osseuse contenus dans Ja cavité du tympan , produit les oscillations de l'humeur aqueuse du labyrinthe , dans laquelle baignent les nerfs auditifs, et de ces mouvemens infiniment variés résultent un grand nombre d'impressions sur ces nerfs , qui donnent lieu à la perception de divers sons que nous entendons : or ces nerfs sont d'autant mieux susceptibles de les percevoir , qu'ils sont mieux disposés , ainsi que la moelle allongée dont ils émanent.
Les nerfs acoustiques sont d'autant plus propres à percevoir l'impression des sons , qu'ils conservent leur mollesse. De -là vient sans doute que les jeunes gens , chez lesquels la subs-
( 0 Voyez la descriptiou du nerf facial , Traité de névrologù
tance des nerfs et celle du cerveau, dont ils sont un prolongement, est plus molle, et de plus que l'eau du vestibule est plus abondante, plus claire, plus limiiide (ju'^ille ne l'est dan» un âge avancé, et cliez lesquels encore les memiiranes de la ■ fenêtre ronde et ovale, aiiisi que la portion membraneuse desrampes du limaçon, sont plus flexibles, ont l'ouïe plus sensible, plus fine que les vieillards, chez lesquels les substances cérébrales et les nerfs sont plus compactes , les membranes plus dures et plus solides.
"On ne «ait pas encore comment l'eau du labyrinthe y afflue , ni comment elle 0Pn sort ; car on n'y a point encore démontré des vaisseaux lymphatiques: on sait seulement, d'après Cottuniii ^ que les deux canaux qu'il a découverts en sont plein» j mais on ne peut douter que Cftte humeur aqueuse ne se renouvelle, et que l'ouïe ne soit le résultat des impressions sur les nerfs acr)ustiques par l'eau du labyrinthe. Cf;s impressions se font à des degrés bien divers , puisque nous pouvons percevoir des sons si prodigieusement variés; cependant l'eau du labvriutlip , qui rf^Kiplit des us.iges importans relatif» à l'ouïe , doit être sujette à des altératiotis , soit dans sa quanj;ité , soit dans sa qualité. Est-elle troo abondante , elle doit comprimer les nerfs; ne l'esl-elte pas assez , les nerfs acoustiques se durcissent, et l'ouïe devient dure ou s'éieint , comme cela a \\:^\\ dans la vieillesse; est-elle trop acre, elle stimule trop vivement ou trop fréquemment les nerfs acoustiques ; trop visqm use , ln>p épaisse , elle n'est plus aussi susceptible d'être agilOc. .
L'ouïe peut être détruite par des hydatides dans la cavité du tambour, ou même dans celle du labyrinthe, ou par le go-ifleinent séreux du tissu cellulaire du périoste, qui soutient ses v.ii,.seaux et ses nerfs. Elle peut encore être troublée ou détruite par des épanchemens de sang, de pus dans les oreilles; par des dilatations excessives des artères et des veines acoustiques, à la suite de coups , de chutes; par des fluxions, des iuaammation-, et même par la seule pléthore. La surdité précède souvent l'apoplexie : aussi , quand elle a eu lieu , quelques praticiens onl-.ls fait pratiquer avec succès les saignées, pour conseiller qnsuile les vésicaloires et l'usage des eaux de Bourbonue ou de Balaruc
On a trouvé dans la portion osseuse de l'organe de l'ouïe des eonflemens de la nature des exostoses , quelquefois de veri- • tables caries; et l'on sait qu'elles peuvent provenir de diverses altérations, des virus vérolique , scrophuleux, dartreux, psonque :
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souvent encore c'est dans le cerveau ou dans la moelle allongée , il l'origine des nerfs - acoustiques , qu'est le siège de la surdité; il n'est pas rare même de le trouver dans Ifc côté opposé à l'oreille malade.
La perte de l'ouïe est souvent précédée de tintemens, de bruits de diverse nature (j^ue les malades croient entendre; de battenieus si incommodes, que plusieurs s'en plaignent vivement: quelquefois 'ces bruits précèdent la frénésie, l'épilepsie, la rage , ainsi que l'apoplexie. Les hypocondriaques et les femmes hystériques s'en plaignent souvent, ainsi que ceux qui sont atteints de quelqiies affections catarrales. Ces bruits ne sontils pas l'effet de l'augmentation des mouvemens des artères acoustiques , ou même encore des contractions convulsives des muscles du marteau et de l'étrier , lesquelles déterminent des vibrations contre nature des menibraoes du tambour et de la fenêtre ovale ? Les syncopes sont aussi précédées ordinairement de sifflemens dans les oreilles : or alors les bruits ne sont-ils pas l'effet de la diminution du sang dans les vaisseaux que le cœur ne pousse plus avec assez de force dans les artères, comme quelques pliysiologistes l'ont cru? Que de causes de maladies connues, et combien n'en découvrira-t-on pas de nouvelles , lorsque l'anatomie aura fait connoître les usages des parties déjà découvertes et ceux de tant d'autres qui restent encore à découvrir (i)?
Les sensations des sons ne se bornent pas dans les oreilles : divers phénomènes prouvent qu'elles agissent sur les diverses parties du corps , et y produisent des impressions plus ou moins vives , agréables , ou désagréables en agissant sur le système nerveux en général , et en particulier sur les nerfs de la langue et du laryux, d'où provient cette impulsion qui nous porte à mettre notre voix à l'unisson des sons mélodieux que nous entendons. Les sourds de naissance sont muets , parce que n'entendant pas les sons, ils ne savent ni ne peuvent les imiter; et Ceux qui oui une oreille plus (bible que l'autre ont ordinairement la voix fausse, parce que la sensibilité des nerfs des oreilles n'étant pas également excitée des deux côtés , les nerfs des organes de la voix et de la parole qui leur sont en quelque manière subordonnés, le sont inégalement.
(i) Nous renvoyons, pour les maladies de l'oreille, aux ouvrages cis JDuverney, tle Schelami/ier, de Mary, de J^ahalva , et autres, dont la plupart sont cites dans notre UUt. de l'anat.
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Les sensations des sons s'étendant sur les nerfs de tous nos «Tganes , la musique peut produire en nous des çffels étonnans. Des bruits violens peuvent affecter les entrailles et déterminerdés évacuations subites, produire de légères' contractions desinuscles et même des convulsions, ou, par une action différente, occasionner la stupeur des membres. Qui ignore les effets des sons sur le moral? Ne sait-on pas que s'il en est qui portent dans l'ame une douce mélancolie , d'autres donnent de la tristesse , d'autres disposent à la gaieté, à la joie, à la danse (i), aux combats? On s'en est très-heurensernent servi dans le traitement de quelques maladies du cerveau et des nerfs (2). Or un si grand nombre de correspondances de toutes les diverses parties . 4lu corps ne proviennent-elles que du petit filet du facial qui passe , au rapport de Berlin (3) , de l'aquéduc de Fallope dans Tiin des canaux demi-circulaires , par un canal oblique très-petit? IV'y a-t-il pas aussi d'autres communications des nerfs acoustiques . dans l'oreille , et qui nous sont inconnues , et n'y en a-t-il pas . aussi dans le cerveau même» que l'on ne connoît pas non plus?