‹ Cours d'anatomie médicale, ou, Élémens de l'anatomie de l'homme [electronic resource]Chapitre 29 sur 37 · DE LA S P L A N C H N O L O C I E · texte numérisé non relu

DE LA S P L A N C H N O L O C I E

la lanane sont très -nombreuses, et plusieurs sont très-criosses. Elles viennent de la carotide externe, dont'^la principale porte le nom de linguale, qui lonrnit les artères dorsales, ranines et sous-lmgnales. La sous-maxillaire fournit des rameaux à cet organe, qui en reçoit aussi quelques-uns des artères pharync^ées. Toutes ces artères ont dans la langue des communications multipliées, et y forment des lacis rombreux, soit sous la première enveloppe, soit dans l'intérieur de cet organe.

Les veines sont plus nombreuses et plus grosses que les artères. Il y en a de superficielles et de profondes : ces veines se divisent en beaucoup de rameaux, qui s'enfoncent dans son. tissu, ou rampent assez superHciellement j elles vont se rendre dans la jugulaire interne.

Parmi les veines de la langue, la ranine , qui accompagne une ou deux artères du même nom, est si grosse , qu'elle ressemble à une espèce de sinus ; c'est cette veine qui donne au-dessous de la langue la couleur noire qu'elle a, et qui augmente considérablement dans quelques circonstances. On trouvera une description pins détaillée de ses vaisseaux dans le Traité d' Jngéiologie.

Les nerfs lui sont fournis par la troisième branclae des trijumeaux, par le'glosso -pharyngien, par l'hypoglosse , par le nerf vague et par le grand nerf sympathique; on trouvera la description.. de cliacuii d'eux dans la Nécrologie : nous dirons cependant ici que ce n'est pas seulement le rameau de la troisième brandie des trijumeaux ou le lingual qui fournit des filets qu'on peut suivre jusque dans les cory)S pyramidaux de la langue, mais que l'hypoglosse et le glosso - pharyngien en fournissent de pareils, et que ceux-ci n'étant pas plus particulièrement répandus dans les muscles de la langue, c'est

sans raison qu'on a voulu diviser ces nerfs en moteurs^ et en gustatils.

L'anatomie ne démontre aucune différence dans ces nerls, d'après laquelle on puisse attribuer l'une de ces propriétés à certains , et l'autre propriété à d'autres.

Les anatoraistes modernes ont aussi découvert dans la langue des glandes et des vaisseaux lymphatiques qui commur.iquent avec de plus gros vaisseaux de la face et du cou j j'en ai vu plusieurs de bien distincts : il y a aussi des espèces de glandes salivaires dans l'enveloppe de la langue, pareilles à celles qu'on découvre dans la portion de membrane qui revê. le palais , les joues et les lèvres.

Remarques. Le frein modère les mouvemens de la langue en empêchant sa pointe de se porter trop en arrière ; mais lorsqu'il est trop court, ses mouvemens sont gênés, et l'enfant ne peut quelquefois têter : on est obligé alors d'en faire la section, ce qui est très-facile ; mais celte opération n'est pas toujours sans suites fâcheuses par rapport à l'hémorragie qui peut survenir sans qu'on s'en doute. Les enfans avalent leur sang , et périssent de foiblesse (i).

La tunique extérieure de la langue , pourvue de son épiderme , est d'une consistance muqueuse : elle a très-peu d'épaisseur vers les bords et vers la pointe de cet organe ; mais elle en a davantage sur sa face supérieure.

Au-dessous de cette tunique extérieure et molle est unfl autre substance cellulaire et plus compacte , qui revêt toute la langue, et qui s'enfonce dans les interstices des fibres musculaires, des vaisseaux et des nerfs.

C'est par ^es nerfs qui sont répandus sur la surface de la langue , sur-tout à sa pointe et à ses bords , qu'elle perçoit la sensation dii goût ; les hoiq)pes coniques qu'on y observe en reçoivent des filets , et jouissent de la ])lus grande sensibilité. C'est sur ces nerfs que les particules sapides des alimens exercent leur action : et de combien d'impressions ne sont-elles pas susceptibles , tant de la part des alimens que de la part des nerfs euxanêmes , dont la iensibiliié est souvent si diverse ! Elles peuvent être

(i) Voyez le mOmoirs de J. L. Petit, Acadànie des sciences, 1743.-

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infiniment nombreuses ; tie sorte qu'on peut dire que , quoiqu'il V ait une sensation du goût commune à tous les hommes, elle est susceptible de tant de -variétés, que la plupart ont des goûts différens. T.es mélancolicjues , les femmes hystériques , et tous ceux qui ont un excès de sensibilité dans les nerfs en général, ne peuvent user d'aliniens de hautgo'ût; et, au contraire, ceux qui sont engourdis , somnolens , ont besoin d'exciter leur palais par des alimens très-épicés.

Il en est de l'organe du go^ût comme des autres; à force d'être stimulé , il perd de sa sensibilité : de-là vient que ceux qui s'habituent aux alimens forts , terminent par n'en plus trouver aucun qui puisse affecter leur palais. La cessation ou la diminution des stimulans est suivie d'un surcroît de sensibilité dans les organes des sens qui augmente le\ir énergie. Les buveurs d'eau perçoivent mieux la sensation que les alimens font dans leur bouche que les buveurs de vin pur et de liqueurs. Les personnes accoutumées à vivre de lait ne peuvent supporter ■ les alimens médiocrement salés : niais il y a des variations du goût dont on ne peut rendre compte 5 il y a aussi dés espèces de modes dans l'usage des alimens qui sont plus ou moins durables. Les Romains n'employoient-ils pas de Passa fœtiJa comme épicerie? D;ins yjresque tous les pays on se sert de quelque aliment particulier dont on n'use pas dans d'autres , pour lequel même on a la plus grande répugnance ; l'ail en Gascogne et en Espagne , la choucroûte en. Allemagne, etc. etc.

Les maladies occasionnent aussi des dégoûts^ non seulement pour tel ou tel aliment, mais encore pour tous en général; quelquefois au contraire il survient un appétit pour des alimens de mauvaise nourriture , comme dans 1rs filles qui ont le* pâles couleurs , le pica , dans les femmes grosses, le mafacia. Les fièvres donnent un dégoût remarquable- 'pour les alimens^ surtout pour les alimens gras, les bouillons particulièrement, dont, malgré cela, on se plaJt tant à nourrir les malades pendant les fièvres , quelquefois les plus putrides et dans les temps les plus chauds , lorsque les boissons acidulées conviendroient infininaent mieux.

C'est par la grande mobilité dont jouit la langue par ses divers muscles, qu'elle concourt à la mastication ; elle porte les alimens à diverses reprises sur tous les points de la surface de la bouche , non seulement poTir en percevoir mieux le goût , mais encorb pour les broyer , les atténuer plus exactement , et les soumettre davantÉge à l'action dissolvante de la salive ; elle les détache des dents, de la surface interne des joues; et après les avoir en quelque manière recueillis sur sa face dorsale, qui est devenue

concave , sa pointe s'élève contre la voûte du palais , et sa bas» s abaisse plus ou moins, d'où résulte un plan incliné; en merae temps la langue se retire de devant en arrière en formant

uîie couttière; elle abaisse l'épiglotte sur la glotte, le voile on palais est épanoui et relevé, et le bol alimentaire est poussé oans le pharynx.

C'est encoie par la grande mobilité de la langue que nous prononçons diverses lettres, qu'on appelle j)our celi linguales.

Or, pour que toutes les fonctions de la langue s'exercent librement et régulièrement, ni trop lentement, ni trop vite, il faut que ses muscles et ses nerfs soient dans l'état le plus nature l. Perdent-ils de leur mobilité, comme dans l'apoplexie ou dans la paralysie, la mastication est gênée , et souvent impossible ; la parole est aussi viciée.

La langue sort quelquefois hors de la bouclie , et son extrémité antérieure pend au-devant du menton , les mwsclesqui doivent l.i tirer en arrière ne jouissant pns de leur irritabilité ; plus souvent encore elle est tournée d'un côté ou d'autre par sa poinle,les muscles d'un côté étant trop foibles pour cnntre-balancer ceux ;]e l'autre côté: or, c est ce qui arrive ordinairement dans les apoplexies. D'autres fois la langue, agitée par des mouvemcns convulsifs , se porte sous les dents en même temps que la niàclioire inférieure est fortement r<>levée jiar les muscles; ce qui donne lieu à des contusions , des dilacérations plus ou moins considiirables de cet organe. N'a-t on pas tous les jours sous les yeux de mallieureux épileptiques qui se dilatèrent la langue? La pointe en a été entièrement séparée par cette cause et par d'autres encore (i).

La langue se recourbe aussi quelquefois en se retirant en arrière, de manière à intercepter la respiration; on assure que dos nègres se sont ainsi donné la mort- Or, d'après toutes ces affections morbifiques , souvent la langue ne peut plus concourir à la formation de certaines lettres; mais , à cet égard , il faut cependant prendre garde de ne pas attribuer seulement à la lingue ce qui seVoit l'effet d'une altération cérébrale : car, dans quelques maladies somnolentes, la mémoire est plutôt lésée que les muscles de la langue ou autres servant à la voix ou à la parole ; ce qui fait que les malades ne peuvent prononcer certains mois dont ils ne se souviennent plus , et en prononcent souvent d'autres que le souvenir leur retrace. L'inégalité de force de quelques muscles de la langue et d'autres parties servant à la formation de la voix , du voile du palais , de

(i) Voyez, divers exem^iles des plaies de la langue. Acad. de chirurgie y t. V, p. 4«(5.

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la luette particulièrement, n'est-elle pas la cause du balbutiement , bathulics , hlci>itas (i) ?

C'est par l'inspection de la langue que les médecins acquièrent des connoissances sur la nature de plusieurs maladies et sur leurs divers états ; il est donc bien essentiel que les jeunes médecins s'exercent à ce genre d'observation : cependant il ne faut pas croire, avec quelques médecins, c|ue l'inspection de la langu© puisse fournir des signes infaillibles (a); car très-souvent elle paroJt dans l'état le plus naturel , dans une maladie qui est cependant mortelle ; ou bien elle peut être dans l'état le plus effrayant , et cependant le malade revenir à la plus parfaite santé 5 mais il faut avouer que ce sont des exceptions , et qu'en général on peut tirer de la langue des signes utiles pour le diagnostic et le pronostic de la*xualadie , et même pour la prescription des remèdes- La couleur de la langue , qtii est naturellement d'un rouge piMe, devient écarlate dans les maladies inflammatoires en général, et plus particulièrement dans celles de l'estornac, des intestins, du foie, et même dans celles du poumon : cette couleur rouge diminue à proportion que l'inflammation se ralentit j elle devient pille, blanche, et se couvre d'une humeur blanchâtre lorsque l'inflammation est terminée : au contraire, elle est sèche, se gerce, se fend, lorsque cette inflammation fait des progrès ou termine par la gangrène.

Dans le commencement des fièvres continues , la langue est sèche ; elle blanchit et s'humecte à proportion que la maladie avance et tend à une heureuse terminaison : quelquefois la surface de la langue est blanche sans aucune couche limoneuse , comme au commencement de quelques fièvres appelées putrides j d'autres fois, sur-tout vers la fin heureuse de ces fièvres, elle se couvre d'une couche plus ou moins épaisse et plus ou moins blanche : on dit alors que la langue est chargée , et qu'ell» annonce la nécessité des purgations. En général cela est vrai , pourvu toutefois que le pouls soit dans un état de relâchement car s'il y avoit de la disposition à l'irritation, à Tinflammation (quoique la langue fût très - chargée), ou encore plus une inflammation prononcée dans quelque organe , comme dans l'esquinancie , dans la péripueumouie , dans rhéj)atitis , dans le gastritis , l'entéritis , maladies dans lesquelles la langue pourroic être chargée comme dans certaines indigestions, il ne>faudroit

]Epi\\^xIv''-irr''3T'^''^"^' '^""''^^ ces aricctions de la voix, Moi^agni^ (2) Praxis medic. lib. I, cap. XIU.

^2.6 A N A T O ]M I E MÉDICALE, pas prescrire les purgatifs ; au contraire , il faut les éviter , 1 expérience ayant prouvé quMs étoient funestes lanî ces cas , et que les antiplilogistiques , les saignées m-nae . les délayans , pouvoient suffire pour produire une déiente qui a.Deuoit une sueur , pendant laquelle la langue se nettoyoit souvent parfaitement.

La langue commence d'abord par rougir sur les bords et à la pointe 5 la ligne médiane reste assez souvent sale , et enfin elle se nettoie à proportion que l'économie animale se rétablit : cependant quelquefois la langue se présënte sous une forme bien contraire 5 le malade est entièrement remis , qu'elle est encore recouverte d'une humeur blanchâtre, noirâtre, dont elle ne se nettoie que trèslong-temps après que le malade est rétabli , et après qu'il a réparé ses forces et son embonpoint par une bonne nourriture : on comprend que , dans de pareils cas , il ne faut pas abuser des purgatifs.

Dans la jaunisse, la langue est ordinairement enduite d'une couleur jaunâtre, et quelquefois noire, ainsi que la membrane du palais et du reste de la bouche ; la salive -est si épaisse et si amère , qu'elle donne aux alimens le plus mauvais goxit : dans les inflammations de poitrine , lorsque la langue perd de sa rougeur , qu'elle s'humecte , et prend un couleur jaune , c'est bon signe.

Dans les fièvres putrides et malignes , adynamiqucs et ataxiques de quelques modernes , la langue noire est d'un mauvais présage , sur-tout si elle est gercée ; cependant on voit fréquemment des malades qui ont la languejdans un tel état, et qui se rétablissent parfaitement : c'est ce qui arrive souvent lorsque les autres signes ne sont pas mauvais ; car , comme Hippocrate l'a si bien remarqué ^ il faut qu'il y ait un concours de symptômes pour en pouvoir déduire un présage certain (1). La langue noire , quand d'ailleurs les symptômes de la maladie sont funestes , présage la mt)rt ; mais dans la plupart des maladies de poitrine , la péripneumonie , la phtliisie pulmonaire , la couleur rouge delà langue est d'un mauvais signe.

La langue sèche annonce une disposition inflammatoire 5 et si le malade n'éprDuve pas alors de la soif, c'est qu'il est dans \ine tendance au délire. Les jeunes médecins doivent prendre garde de ne pas confondre la sécheresse de la langue par état de maladie avec celle qui a lieu par l'effet de l'air de la respiration ! c'est ce qui arrive lorsque les malades dorment la bouche ouverte, ou qu'ils sont forcés de ne respirer que par cette voie, les narines étant obstruées.

Cl) Epid. Ub. I, sect. VIL

DE LA SPLANCHNOLOGIE. BiJ

La langue est souvent pâle et ramollie dans les cachectiques, dans les hydropiques , après des diarrhées.

En général , le tremblement de la langue dans les fièvres malignes est funeste 5 et si le malade , après l'avoir sortie pour la montrer au médecin , oublie de la rentrer , c'est une preuve qu'il est dans l'assoupissement , ou qu'il est dans la disposition d'une affection comateuse.

La langue est souvent très-gonflée dans les fièvres , et c'est d'un très-mauvais augure ; car ordinairement le malade tombe alors dans le délire. Elle se gonfle quelquefois tellement dans certaines maladies du cou ou de la poitrine, que les malades ont peine à la contenir dans la bouche 5 c'est ce qui arrive aussi dans certaines affections soporeuses : dans les scorbutiques , elle est quelquefois très-gonflée , ramollie , et laisse suinter du sang de sa surface.

J'ai vu dans une femme la langue couverte de poils , qui avoîen$ cinq à six lignes de hauteur; ils étoient assez rudes, et reparoissoient peu de temps après qu'on les avoit coupés : l'usage des antiscorbutiques long-temps continué , guérit cette singulière maladie.

Une femme , atteinte de scrophules , avoit la langue si volu-r mineuse, qu'elle pouvoit à peine la contenir dans la cavité de la bouche. Cette femme étant morte à la suite du temps appelé critique , j'examinai sa langue , que je trouvai pleine de concrétions stéatomateuses , dont quelques-unes étoient globuleuses y de la grosseur d'un pois. J'ai disséqué d'autres langues qui étoient gonflées , tantôt par une infiltration sanguinolente , tantôt par une infiltration séreuse , et quelquefois par une espèce de suc graisseux.

La langue est sujette à l'inflammation, et cela n'est pas étonnant , puisqu'elle est pourvue d'un grand nombre de vaisseaux sanguins. Cette inflammation peut être essentielle ou symptomatiquej la première est rare , l'autre est plus commune. Divers phthisiques éprouvent de la douleur dans la langue; certains l'ont rouge comme du feu ; chez d'autres , elle est durcie comme du cuir desséché ; il en est qui l'ont couverte de boutons, dont quelques-uns suppurent ; d'autres fois elle est pleine d'aphtes , de chancres , qui la rongent plus ou moins profondément , en même temps qu'ils donnent lieu à des escarres gangreneuses qui détruisent la membrane de la bouche (i). Ces effets ont également lieu dans de vraies csquinancies , chez des enfans , sur-tout pen-

(1) Voyez clans notre TvaiU de la vhthUie pulmonaire divers exemples ce ce genre. ,

daiit le travail de la dentition : bien plus , la langue peut être rongée par un ulcère après lu pe(ite vérole, à un tel point, qu'elle a été presque détruite, liiolan (i) cite l'exemple d'un enfant de cinq ans qui perdit la langue par un ulcère survenu après cette maladie, et j'ai vu (3) à Paris une femme qui avoit perdu, par la même cause, la majeure partie de la langue, et qui parloit cependant très-distinctement. Morgagni a aussi fait mention d'un enfant qui , en tombant , se coupa avec les. dents une partie considérable de la langue , et qui cependant continua de. bien parler. Il a cité d'autres exempks remarquables de cô genre (3).

Les excoriations, les ulcères même de la langue par vice vénérien et par d'autres acrimonies , sont très-communs. Il se forme; aussi assez souvent dans la langue de petits gonîlemetis comme charnus , ou des concrétions squirreuses , stéatomateuscs , qui non seulement ont troublé la déglutition, mais qui on^ de plus pris un mauvais caractère. Les auteurs en ont cité des exemples , et j'en pourrois rapporter d'autres d'après le résultat de mes dissections. Les corps glanduleux de la base de la langue se gonflent quelquefois sans accidens fâcheux ; mais d'autres fois ce gonflement est suivi du cancer par rap^Jort à quelque vice des humeurs ou par de mauvais traitemens.

La sensibilité de la langue peut augmenter considérablement par état de maladie. Morgagni en a rapporté un exemple remarquable (4). J'en ai aussi recueilli un, que je pourrois citer, sur une femme atteinte d'une maladie vénérienne , qui se plaignit d'une vive douleur à la langue pendant long-temps , sans qu'oa y observât la moindre altération 5 cepend^t la langue rougit , se gonfla , durcit , et il s'y forma un ulcère dont on arrêta les progrès par l'usage des frictions merctirielles , ainsi que par celui des antiscorbutiques , réuni au sublimé corrosif en petite quantité , pris intérieurement jjendant long-temps. Combien de fois n'a-t-on pas réuni avec succès les remèdes antivénériens intérieurs avec les externes !

J'ai vu plusieurs fois la langue sèche, limoneuse d'un côté et ron de l'autre; quelquefois un seul côté de la langue est chargé de boutons, d'aphtes, d'ulcères, d'indurations, etc.

(1) Erosam liaguani expuisse. Anthropogr. lil). V, ]>. 289^

(2) Voyez l'extrait de mes leçons sur la |;etite vérole, publiées par Sal- Viade l'an i8co.

Jllinguis fœminœ loquela. F. Aiirran, Argent. 1766, in-4°.

(3) Morgagni , De sed. et caus. i/iorbor. Epist. L j art. a5,

(4) £]}ist, anat. nied, LU, art. 43*

DE LA SPLANCHNOLOGIE. 5^9

Dans quelques paralysies , la langue perd de son volume , et tombe dcius une espèce' d'atropliie : on a vu des malades dont la lansue étoit privée de sentiment et de mouvement d'un seul côté, lorsque quelquefois l'autre étoit affecté de mouvemens convulsifs. De combien de remarques intéressantes, physiologiques et palliologiques , la langue ne pourroit-elle pas être l'objet (i)

De l' arrière-bouche ou du phar^ux.

On appelle arrière-bouclie ou gosier la cavité placée derrière celle de la bouche, dont elle est une continuation , et qui est principalement formée par le pharynx.

Divisions. On peut y considérer une face externe et line lace interne.

Figure et capacité. Cette cavité est plus large à sa partie moyenne qu'elle ne l'est supérieurement, et encore plus qu'inférieurement : elle communique avec les fosses nasales , avec la cavité de la bonclie , avec les deux trompes à' Eustachi j et avec la glotte, ïnférieurement le pharynx se termine dans 1'<xîsopliage.

Le pharynx a beaucoup plus de hauteur en arrière qu'en avant 3 il est aussi plus étendu d'un côté à l'autre qu'il ne l'est de devant en arrière, sur-tout hors le temps de la déglutition j car lorsqu'il est plein d'alimens , il est à peu près arrondi. Lorsqu'on avale , le pharynx est relevé , ainsi que l'os hyoïde et le larynx, auxquels il est attaché par^sa face antérieure , et dont il suit les mouvemens.

Situation. Le jîharynx est contigu, par sa face postérieure , au surtout ligamenteux qui recouvre la face antérieure des trois à quatre premières vertèbres cervicales, ainsi qu'aux muscles droits antérieurs de

(1) Voyez, à ce sujet, les ouvrages de 3Iorgagni, de Lieutaud, clé HiiUcr. Voyez aussi l'ariicle sur les maladies de la langue : HbL. de l'anal. de la chirurgie, t. Yl > 863.

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la tête et long du cou ^ auxquels il est uni par un tissu cellulaire bien lâche.

Attaches. Supérieurement , il est attaché à l'apopliyse basilaire de l'occipital, à l'os temporal, à la trompe d' Eustachi y à l'os de la mâchoire inférieure, au voile du palais , à la langue, à l'os hyoïde, par des bandes musculaires , qu'en a prises pour autant de muscles distincts.

Membrane du pharynx. Le pharynx est intérieurement formé d'une membrane qui est la continuation de celle de la bouche , et qui est pourvue , comme elle, de diverses glandes lymphatiques, de cryptes et de follicules muqueuses ; cette paroi membraneuse adhère par du tissu cellulaire aux fibres musculaires, qui la recouvrent extérieurement.

Direction des jibres rriusculaires. En général, on peut considérer dans le pharynx trois plans de libres musculaires j les unes descendent obliquement en se portant en avant; les autres montent, et d'autres marchent plus horizontalement : de la réunion de la plupart des muscles du pharynx résultent, comme il a été dit dans le Traite des muscles y trois espèces de constricteurs, le supérieur, le moyen et l'inférieur.

Le siipérieur comprend les ptérygo,les basio, les buccinato, les mylo, les glosso-pharyngiens.

Le constricteur moyen est formé par les grand et petit hyo-kérato-pharyngiens et par le syndesmo-pharyngien.

Le constricteur inférieur est formé par les thyro €t les crico-phai-yngiens. En outre, il y a deux muscles au pharynx, les stylo-pharyngiens (i), qui peuvent être considérés comme cbmmuns aux trois constricteurs.

A la partie postérieure et moyenne du pharynx , on découvre une ligne étroite, blanche, aponévro-

(i) Voyea t. II, Myologic.

CE LA STLANCHNOrOC-IE. 53l

tique, qui est formée par les divers trousseaux des muscles qui vont y aboutir. Jl paroît que ces muscles s'entrecroisent en cet endroit j on ne voit pas la même ligne médiane à la partie antérieure du pharynx : if est présuniable que les trousseaux du stylopharyngien entourent le pharynx , de manière que ceux d'un côté se réunissent à ceux de l'autre côté.

Vaisseaux et nerfs. Les artères qui se répandent dans le pharynx viennent de la laryngée supérieure, de la pharyngée , dès thyroïdiennes, des linguales , des palatines. Toutes ces artères, après avoir serpenté plus ou moins dans la couche du tissu cellulaire qui revêt le pharynx, s'insinuent entre les trousseaux rausculaiies , les parcourent en se subdivisant et s'anastomosant entre elles. Diverses ramifications capillaires qui en émanent, vont former un réseau très-fîa dans la membrane interne du pharynx.

Les veines, plus nombreuses et plus grosses que les artères, les accompagnent, et portent les mêmes noms : ces veines s'ouvrent dans les jugulaires interne et externe.

Le pharynx reçoit aussi un très-^^rand nombre de nerfs j les glosso-pharyngiens s'y distribuent principalement ) riiypo-glosse lui donne des rameaux; le nerf vague lui en fournit bien davantage, tant de ses premières branches que des nerfs récurrens; le grand sympathique et les premières paires cervicales lui donnent aussi des rameaux nombreux, dont la plu^ part se réunissent entre eux : d'où il résulte que le pharynx est presque couvert de plexus nerveux trèslins et très^nombreux.

JDe Vœsophage,

Situation. Ce canal qui établit la communication du pharynx avec l'estomac, et avec lesquels il est continu, est placé supérieurement entre les artères

carotides primitives et les veines jugulaires internes, derrière la trachée- artère j il répond au corps des quatre dernières vertèbres cervicales, paroissant cependant un peu plus du côté j^auche du cou que du côté droit, par rapport à la d'éviation de la trachéeartère de ce côté (i). Parvenu dans la poitrine, il est placé au- devant des vertèbres dorsales entre les lames du médiastin postérieur ; cependant , vers la quatrième vertèbre dorsale, il s'incline un peu à droite, et est placé à côté de l'aorte 5 il continue son trajet à côté du péricarde dont il est séparé par la lame gauche du médiastin; et, parvenu près de la neuvième vertèbre dorsale, il .revient à gauche, et un peu en avant, pour pénétrer l'ouverture du diaphragme qui lui donne passage, et s'unir à l'orifice cardiaque de l'estomac.

Structure. L'œsophage est formé |i!'une tunique interne, qu'on a aussi nommée veloutée i elle est une continuation de celle du pharynx et de celle de l'estomac ; elle est formée d'un tissu cellulaire rapproché. .

On y observe divers orifices qui aboutissent à des cryptes et à des lacunes d'où s'écoule une mucosité qui enduit sa face interne.

l^ù. tunique musculaire est composée de deux plans de fibres , dont l'un est interne et l'autre externe j celles de l'interne sont circulaires, celles de l'externe sont longitudinales : l'un et l'autre plans ont toujours assez d'épaisseur pour être bien distingués.

Dans quelques animaux, le plan musculeux interne étant formé de fibres spirales , presque tous les anciens anatomistes ont été induits en erreur par une fausse application de l'anatomie comparée à l'homme.

(1) Eustachi l'avoit déjà remarqué ; Guattani a aussi , en dernier lieu, fait la inême observation, Acad, de chirurg. t. 11,

DE LA S P L A K C H ISr O L O O I E. 533

dans lequel ce plan mnscnleux interne est formé defibres circulaires : observation qui n'a point^clmppé à Duverncy , pV'msloir , Morgagni y et, en dernier lieu, à Galéatlus (i), anatoraiste célèbre de Bologne.

Les fibres musculaires sont recouvertes, du côté de la cavité de l'œsophage , par un tissu cellulaire serré , dont on a fait la tunique nerveuse , et qui sert à les unir à la tunique interne, que nous avons décrite. En. dehors , elles sont reconvertes par du tissu cellulaire qui fixe l'œsophage aux parties environnantes.

Glandes lymphatiques. C'est dans le tissu celluaire qui recouvre les fibres musculaires que sont contenues les glandes lymphatiques , parmi lesquelles 1 y en a deux plus grosses vers le tiers supérieur de œsophage (a).

Vaisseaux sanguins et nerfs. L'œsophage reçoit beaucoup d'artères dont l'origine et le nombre sont variables ; elles viennent de l'aorte , de la thyroïdienne inférieure , des intercostales supérieures, des bi "oncîdques, des péricardines , des médiastines , des thymiques , des laryngées , des pharyngées^ des diaphragmatiques, et même de la coronaire stomachique. jCS rameaux de toutes ces artères serpentent d'^abord dans le tissu cellulaire extérieur de l'œsophage , pénètrent l'interstice des trousseaux musculaires , et parviennent dans sa tunique interne , après s'être diversement anastorbosés.

Les veines de l'œsophage sont aussi très -nombreuses ; elles viennent des thyroïdiennes , des mam-

(1) Instit. Bonon ^ t. II.

(2) Ces glandes sont quelquefois squirreuses, et d'un si gros Yoliiine ) qu'elles compriment et resserrent l'œsophage à un tel point , que la déglutition des alim^ns en est empêchée *.

* Voyez Morga^ni , De sed. et caus,. morb. ; et Haller, Elément, gh^/siol^ t. VI, p. 190.

maires internes, des bronchiques, des vertébrales , des périgardiiies, des médiastines, des diaphruf^matiques , et de Ja coronaire stomachique : ces veines, ainsi que les artères, ibnnent miJacis continu, apparent.

Les nerfs viennent du glosso-pharyngien , du nerf vague et du grand nerf sympathique , des cervicaux, des dorsaux : il y a une continuité des vaisseaux sanguins et des nerfs de la bouche, du pharynx , de l'œsophage, de l'estomac, et même des intestins.

Remarqjies relatives aux vices de la déglutition,

La mastication des alimens une fois faite , et la langue s'en étant chargée pour les porter dans le pharynx, parle moyen des musf les qui lui sont propres, df ceux des joues et des lèvres, et avec le secours du voile du palais qui concourt lui-uième au transport et à la protrusioa des alimens dans l'arrière-bouche , et à empêcher aussi qu'ils ne refluent dans les narines, la langue s'élève par sa face dorsalt! ; elle est retirée en arrière ]jar ses muscles , et ren- Tévsée dans la cavité supérieure du pharynx 5 elle s'oppose ainsi âu retour des aiimens dans la bouche et dans le nez , conjuintenient avec le voile du palais, comme nous venons delà dire; alors le consfrictrur sii|)érieur, qui avoit été élargi par le bol alimentaire , se contracte , se rétrécit , et le bol alimentaire passe dins lii partie du pharynx qui correspond au conatricteur moyen ,

ensuite dans celle que le constricteur inférieur entoure ; ces constricteurs, par leur contraction successive, poussent ce bol alimentaire dans l'œsojihage qu'il parcourt.

La déglutition des liquides commence par une espèce de suc-cion , et est teruiinée , comme celle des solides, par la contraction ries trois constricteurs du jiharynx et des deux couches; musculaires de l'œso|ihage. Oîi pourroit croire que cette déglutitiom exige pins de foi ce de la part des puissance!> qui l'opèrent que celle des solides L: s enr.igés ne pf nvent ni ne veulent avaler aucun liquide; ils ont d'auiai t plus d'aversion pour eux , qu'ils sont plusi ptlliicidi s , quoiqu'ils avalent quelquefois des alimens solides : mais? ce n'est ])as senh.m^nt dans (a rage que cet effet a lieu 5 la» diffii ul d'av.ilt r les liquides et les solides survient quelquefoisà.\i\^ les inflammations du (jharynx et même dans des maLdies» convulsiM :. J'ai vu des exen-'ples de ces liydropKobes , et less auteurs en sont remplie.

»B LA SPLANCHNOLOGIE. 535

Des corps étrangers arrêtés dans le pharynx ou dans l'oesoj)liage sont une cause assez fréquente de la dillîculté ou plutôt de l'impossibilité d'avaler: or ces corps peuvent être de diverse nature ^ ou alimentaires comme un morceau de pain, de viande, de chani- ]>ignon , un pruneau , une pèclie ; ou ce sont des fragmens d'os, des arêtes de poisson, des épis de blé, de seigle, des noyaux de divers fruits; ou enfin d'autres corps étrangers, comme des épingles, des aiguilles, des dez à coudre, des fragmens de fer ou d'acier, des ciseaux, des couteaux, etc. (1)5 et de ces corps étrangers il convient de pousser les uns dans i'estorpac, tels que ceux qui sont alimentaires , et de retirer les autres par la bouche , si cela est possible, et par les moyens appropriés : en pareil cas, on pourroit même, comme Guqttani l'a dit, ouvrir par l'incision l'œsophage (2) dans sa portion cervicale , et extraire les corps étrangers. Nous ne pouvons entrer dans tous les détails qu'un objet aussi intéressant exigeroit, et nous renvoyons aux savans mémoires qui ont été publiés sur cet objet , sur-tout celui de M. Hévin (3).

La déglutition pourroit aussi être lésée et même interceptée par quelque tumeur dans le médtastin , par un anévrisnie de la crosse de l'aorte , par l'engorgement des glandts œsophagiennes et de celles appelées thorachiques , qui touchent l'œsophage , et qui ne peuvent se gonfler sans le comprimer ; elle peut aussi être interceptée par le gonflement du thymus , par des vices de la trachée-artère et même des poumons, et encore par des obstructions du foie , principalement dans la portion de ce viscère qui recouvre la partie supérieure de l'estomac, et qui comprime quelquefois Ue^trémité inférieure^de l'œsophage, par des congestions près de i'ouverture du diaphragme, qui donne passage à l'œsophage.

L'inflammation de l'œsophage est toujours accompagnée de la dysphagie, et on a aussi remarqué que l'inflammation du dia~ phragme avoit été suivie d'une extrême difficulté d'avaler 5 enfin la cavité du pharynx et celle de l'œsophage peuvent être si rétrécies par l'irritation de leurs fibres musculaires , soit par quelque liqueur corrosive avalée, soit par quelque humeur acre intérieure , que les malades ne peuvent q^uelquefois même avaler leur propre salive.

(0 Voyez dans notre ILm. de l'anat. t. VI, p. 837, une longue liste d'ouvrages relatifs à cet objet. ^ ' c j -.i-tr

^ (2)^ Voyez, le mémoire de Guattanijur l> QEsophagotomie. kc^à. de chir. (3) jdcad, de chiru-g. t. I , p. 444.

36 A N A T O AI I E i^ï É D I C A L E,

Les maladies convnlsives , comme l'épilepsie , l'iiydrophobie (i), sont fré(|i!emment suivies d'une dyspliagie complète: la dyspliagie a eu lieu chez des personnes qui avoient éprouvé de vives douleurs jjar des opérations chirurgicales , chez des femmes en couche , etc.

Les inflammations de l'estomac , des intestins et d'autres organes abdominaux , de la matrice , ont été suivies de la dysphagie la plus complète , sans cependant qu'on ait trouvé à l'ouverture du corps la moindre marque d'inflammation dans le pharynx ni dans l'œsophage.

Les femmes vaporeuses, les mélancoliques, les plithisiques , éprouvent aussi assez souvent de la difficulté d'avaler par l'excès de contraction des fibres musculaires du pharynx et de l'œsophage (1)5 et cette cause de dysphagie est, comme les autres , susceptible de divers degrés.

Une cause bien différente peut produire la dysphagie, c'est le défaut d'action des muscles du pharynx et de l'œsophage : telle est celle qui précède , accompagne , ou succède aux attaques d'apoplexie et aux affections paralytiques (3). Il est des sujets qui ne peuvent avaler que des morceaux d'un certain volume. J'ai vu un malade qui avoit la plus grande peine d'avaler de la semoule , du riz , du vermicelle , et qui a\aloit des morceaux de pain sec ou seulement trempé dans du bouillon. Morgagni a cité l'histoire d'un autre malade qui ne pouvoit finir d'avaler une pillule qu'autant qu'il en avaloit bientôt une seconde, et ainsi des suivaiites ; il conservoit quelquefois la dernière jusqu'au repas suivant , à moins qu^il ne fût atteint de quelque quinte de toux qui l'obligeât de la rendre par la bouche (3).

(1) Morgagni, Epiit. anat, med. XXVIIT , art. 17.

(2) Un vieillard auquel je iloniiois des soins ne pouvoit avaler ni liquides ni solides ; ou le noiirrissoit par des injections de bouillon dans l'œsophage et par des laveinens tie même nature. Il avoit un vésicatoire au cou, et on lui inj(Xloit tlans l'œsophage des eaux de Balaruc. Il p.-roissoit dans un meilieur état, lorsqu'on lui conseilla d'abord l'usage de l'électriciré par bain , qui iit peu il'efïet : son pouls, les premiers jours, en tut un peu agité; mais ensuite il ne tut ])as plus fréquent. On lui conseilla l'éleclrici lé. p.ir étincelle , qui ne fut pas plus efficace ; mais on voulut recourir à celle par commotion , et tantôt les coups furent portés sur la partie antérieure <lu cou, et taïuàt sur la tète. Ce vieillard moui-ut peu de temps après l'une de ces uj)éiations.

Si l'on a obtenu quelques heureux effets, par l'électricité, dans les maladies par engorgcmeui , par débilité, par stupeur, combien de lois n'eu a-t-on pas al)usé dans celles qui dépendent de trop d'éréiisme et d'excès de sensibilité! Danscondiieu de maladies encore l'électricité n'est-ellc i)as inférieure aux autres ren)èdes ! Leur est-elle jamais supérieure i Le ^aU'anUinc, dont ou dit aujourd'hui tant de merveilles, sera-t-il plus ellicace î

(3) Epist. XXVII, art. i5.

t)E LA SPLATTCIINOLOGIE. 53/

Diverses maladi^-s Ju Larynx et de la trachée - artère ont été suivies de la dysplia^ie la plus complète. Leur inflammation se transmettant au pharynx et à l'œsophage, en trouble les fonctions relatives à la déglutition. Les congestions qui se sont faites entre l'œsophage et les vertèbres, ainsi qu'entre les canaux aériens et l'extrémité inférieure du pharynx ou l'œsophage , en ont produit le rétrécissement, et ont empêché le passage des aliniens. On a aussi parlé d'une dysphagie occasionnée par la luxation d'une des cornes de l'os hyoïde. Enfin, dans la plupart des dysphagies, la déglutition peut êtrf tellement interceptée, que les sujets ne puissent plus avaler aucune espèce d'aliment, et qu'ils soient destinés à mourir de faim. Quelquefois on n'a pu les nourrir pendant plus ou moins de temps qu'en leur injectant dans l'œsophage du bouillon avec une seringue armée d'un long tuyau de gomme élastique, dont nous nous sommes servis nous-mêmes avec succès pendant plus d'un an, dans un sexagénaire qui ne pouvoit avaler, sans ce secours, aucun aliment liquide ni solide. C'est dans les bons ouvrages de chirurgie qu'il faut chercher d'ultérieurs détails sur un objet aussi important.

Maladies de V œsophage reconnues par l'ouverture

des corps.

On a trouvé les parois de l'œsophage atteintes d'inflammation , de suppuration , de gangrène , de sphacèle ; on les a trouvées ulcéiées, percées, cartilagineuses, pleines de concrétions stéatomateuses ; sa cavité"^ très-rétrécie , oblitérée , couverte de vaisseaux variqueux.

Ceux chez lesquels on a trouvé l'œsophage enflammé avoient éprouvé de^ la difficulté d'avaler, une douleur profonde dans la poitrine , quelquefois le hoquet et des vomissemens , luie fièvre plus ou moins intense. L'inflammation de l'œsophage a plusieurs fois été produite par des boissons froides, corrosives, par des aiimens solides acres, par de vrais poisons styptiques corrosifs, par du verre pilé , des fragmens d'os avalés , des arêtes de poisson, etc. On a assuré que l'œsophage avoit été trouvé enflammé dans le cadavre d'un htnume mort de la rage (i) j i.* is cet effet non-seulement n'est pas constant dans cette maladie ; au contraire , il est infiniment rare , puisqu'on ne trouve ordinairement

(i) Académie des sciences: et Lieulaud , IlhjH^.. anai. med. t. 11, p. ooj. j^^^!^'"'

aucune altération remarquable, ni dans le pharynx, ni dans 1 œsopli.igd de ceux qui ont péri de la rage (i).

Des ahcès considérables dans l'œsophuge ont été reconnus par ■ les ouvertures des corps, et dans des personnes qui avoient \ rendu du pus par l'expectoVatiou ; ce qui a fait croire quelque- j fuis qu'il provenoit du poumon. Mais l'absence de Ja toux avant ' l'expectoration sur-tout, et la difficulté d'avaler qui avoit lieu , me^ firrnt présumer , dans une femme que je voyois , que le pus \ qu'elle rendoit par cette espèce d'expectoration ne provenoit pas ' du poumon , mais de i'desofhage } ce qui fut confirmé par l'ouverture du corps.

D'autres personnes qui avoient long-temps rendu du pus par la bouche, comme par expectoration, étant mortes, on a trouvé en elles lœsophage ulcéré , et un épanchement de pus et d'alimens dans la cavité de la poitrine, par l'effet d'une ouverture de l'œsophage occasionnée par l'érosion de ses parois.

L'œsophage s'est aussi quelquefois crevé , rompu ^ déchiré y après avoir été distendu outre-mesure par les alimens. Boerhuave a rapporté une histoire remarquable de ce genre. Un homme éprouvoit depuis long-temps de la difficulté d'avaler les alimens soit liquides, soit solides ; la déglutition termina par être absolument impossible ; cependant ce malade éprouva une difficulté de respirer si violente , qu'il périt en peu de temps. On se convainquit , par l'ouverture du corps , que l'œsophage s'étoit rompu après s'être excessivement dilaté, et que les alimens s'étoient épanchés dans la poitrine (a). On a depuis reconnu par l'ouverture des corps d'autres exçmples de mort par une pareille cause.

La dilatation de l'œsophage, suivie de rupture ou non, a eu quelquefois pour cause un rétrécissement de la partie inférieure de ce conduit. Or alors, la partie supérieure de l'œsophage s'est dilatée, et d'une manière si considérable, que l'œsophage fornioit au-dessus du rétrécissement une grande poche, dont les parois étoient amincies ou très-épaissies , quelquefois comme cartilagineuses , et d'autres fois carnifiées. Au rapport de Blasius (3) , on a trouvé l'œsophage tellement dilaté dans un homme vorace, qu'il sembloit faire un second estomac. Une femme, dont llailer nous a transmis l'histoire, avoit depuis long-temps la

(1) Voyez mes observations sur la rage.

(2) Morbi non priàs descrinti hist. Liigd. Batavor. 1723. Cette dissertation a été réimprimée avec le Traité de chimie de ce grand médeciu.

(3) Voyez Lieutaud, Hist. anat. med. t. II, p. 3i3.

(4) Dispiit, ad morbor, histor, t. III, p. 55.

DE SPI-AirCIIIfOLOGIE. 53(}

déglutition ^ènée ; elle termina par ne pouvoir araler aucune espèce d'aliment. On lu soutint pendant quelque temps avec des bouillons de viande eu lavement : elle périt de coi.somption. On l'ouvrit, et on reconnut que l'œsophage n'étoit qu'un corps cartilagineux, dur et solide, dans lequel on put à peine insinuer nue soie de porc. Un liomme , dont Haller a encore parlé (i) y éprouvoit une difficuUé considérable d'avaler depuis un an et demi , ainsi qu'une douleur gravative sous le cartilage xyplioïde qui devint très-vive } le malade tomba dans le marasme, et périt. Si>n corps ayant été ouvert, on trouva l'orifice supérieur de l'estomac trè.i-réti éci. Son contour avoit la consistance d'un cartilage , et l'ouverture de l'extrémité inférieure de l'œsophage éloit si rétrécie , qu'à peine on pou voit l'apercevoir (2).

J'ai trouvé l'œsophage oblitéré par des tumeurs stéatomiteuses dans un homme qui avoit vécu plusieurs mois sans pouvoir avaler les alimens qu'avec une peine extrême, et (|ui av 'it terminé par ne pouvoir plus en avaler aucun : on le nourrit pendant près d'un mois avec des lavemens de bouillon. Uu religieux de Padoue ne pouvoit , depuis plus de six ou sept ans , avaler que quelques gouttes de liquide, et encore avec peine : on trouva dans l'œsophage une tunu ur squirreuse , dont on crut devoir attribuer l'origine à un os que te religieux avoit avalé autrefois.

Les glandes œsophagiennes , pleines d'une substance stéatomateuae, et très gonflées , souvent par vice scrophuleux , ont rétréci l'œsophage au point d'intercepter la voie aux alimens.

Des crachemcns de sang ont eu lieu quelquefois par cause de ^ 'varices dans le pharynx et dans l'œsophage.

(1) De oris ventriculi angustia. Disp. ad morbor. histor. t. III. (a) Ibid.

■MHiur-^^-T-ininimi,, 1,1, iri i iiiiimi

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