‹ Cours d'antiquités monumentalesChapitre 113 sur 126 · PALAIS · texte numérisé non relu

PALAIS

11 y avait dans plusieurs villes de la Gaule des palais destines au logement des empereurs , lorsqu'ils venaient résider dans ces villes ; pour les préfets ou intendants et les fonctionnaires publics d'un ordre supérieur. Ces palais devaient offrir une disposition à peu près pareille à celle des grandes maisons privées (V. pag. 79 et 80) , et en différaient seulement par leur étendue , l'importance de leurs péristyles , de leurs cours , de leurs diverses dépendances , et par la magnificence des décorations intérieures et extérieures. Ainsi , quoiqu'il nous reste bien peu de vestiges de ces monuments , nous pouvons nous figurer ce qu'ils devaient être.

J'ai reproduit ( pl. XXXIX bis , n°. 4) le plan du palais de Trajan à Lyon , tel qu'il a été reconstruit par M. Chcnavard, d'après les explorations de M. Artaud. Vous voyez qu'il offrait en A , au milieu des façades t un portique semi-circulaire garni de colonnes ; qu'une grande cour corinthienne B occupait l'entrée de l'édifice et le divisait en deux parties égales offrant

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Tune et l'autre des distributions symétriques. Aux deux extrémités latérales du palais, ou voyait de grandes pièces c c , terminées semici reniai rement à leurs extrémités , comme un sphœristertum. M. Artaud n'a point donné l'explication des édifices indiqués sur son plan de Lyon', et je me borne à vous faire conmître ces dispositions générales. Le palais avait en largeur environ 65o pieds d'étendue , et 36o de profondeur, non compris le péristyle semicirculaire (1).

Vous voyez sur la même planche (n° 5) , le plan du palais d'Àntonin , reconnu aussi par M. Artaud, dans la ville de Lyon. Placé dans une espèce de triangle, entre deux rues antiques qui se réunissaient de manière à former un Y , ce palais différait beaucoup du précédent ; il était beaucoup moins étendu : un parallélogramme fort allongé , entouré de portiques et de colonnes , vraisemblablement le vestibule du palais , s'avançait jusqu'au point de jonction des deux rues , ou il se terminait par une façade ornée d'un double rang de colonnes. Un grand péristyle corinthien placé au centre du palais, se terminait par trois grandes pièces , Tune circulaire et les deux autres carrées.

(I) V. U flg. 4, pl. XXXIX.

On bâtit un palais à Vienne pour les officiers chargés du gouvernement de la province dont cette ville était la capitale ; dans la suite les rois de Bourgogne en firent leur demeure ; aujourd'hui le tribunal occupe te même emplacement. ] l ne reste plus rien de l'édifice antique , mais les pierres de grand appareil sur lesquelles reposent, les constructions modernes, proviennent, selon toute apparence , du monument romain. En creusant une cave , en 1 779 , on découvrit une salle d'étuve avec ses. fourneaux. On tira aussi d'une maison voisine , des colonnes , des bases et des chapiteaux en marbre , qui avaient probablement fait partie de la décoration du palais (i).

31. Rey rapporte qu'il y avait à Vienne un autre palais pour les empereurs, et qu'on eu voyait encore les vestiges lorsqu'on reconstruisit le collège. 11 couvrait tout le terrain occupé par cet établissement, et le couvent des Capucins où l'on a trouvé de belles mosaïques.

D'après Dufour (2) , le palais de la Cour royale de Poitiers , qui était au moyen âge celui

(1) V. Guide de* étranger* a Vienne, par M. Rey. — Vienne , IKI9.

(2) De l'ancien Poitou et de sa capitale , un volume in*8°.

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des comtes du Poitou , a remplacé un édifice de construction romaine, qu'on croit avoir été destiné aux magistrats chargés d'administrer la cité : il est certain , que sous Louis le- Débonnaire le palais de Poitiers, était compté au nombre des palais royaux; il est ainsi qualifié dans une charte de cet empereur (i) qui y séjourna à plusieurs époques , notamment en 839. Du reste il ne serait pas impossible que le palais gallo-romain eût été joint aux thermes qui existèrent , dit-on , sur la place royale , et qui avaient été désignés par le vulgaire sous le nom de Palais G allie n.

Metz avait aussi un palais que les empereurs habitaient lorsqu'ils venaient commander les troupes chargées de défendre la Gaule contre les invasions des Germains , et qui plus tard servit de demeure aux rois d'Austrasie (2).

En parlant des thermes ( pag. 57 ) , j'ai in-

(1) Actum Pictaris Palatio Regio.— Mabtlton, de re diplomaties , p. 314, do. 114.

(2) V. Mabillon , de re diplomatie* , lib. iv , §. 92. — Schefflin, Alaacia illustrât* , t. 1 , page 621. — M. Bégin , histoire des science*, des arts et des lettres dans le pays Metzio , p. 51. — Grégoire de Tours parle de ce palais dans le passage suivant: étante intra patatium Mctensis urbis rege Chiideberto, Hist. Franc. , lib. vm, cap. 36.

dirnié ce qui nous reste du palais gallo romain de Paris , qui renfermait des bains publics.

Plusieurs autres villes conservent le souvenir de monuments semblables , qui durent être magnifiquement décorés et souvent accompagnés de portiques et de jardins.

Aucun palais de Tancicnne Gaule n'a laissé de restes aussi considérables que celui de Constantin dans la ville de Trêves; ces restes font partie d ^une caserne , ils seront conservés sans altération.

Les curieuses constructions, dont je parle et dont le n°. 1 , pl. XXXIX , bis offre une esquissé fidèle, ont 225 pieds de longueur, elles formaient la façade occidentale du palais.

L^apside ou tour semi-circulaire que vous distinguez sur le premier plan et qui occupait un des angles de l'édifice, est éclairée par deux étages de fenêtres semi-circulaires, au nombre de trois à chaque étage et espacées également (1).

La hauteur de cette tour est de 1 14 pieds.

Le grand mur que Ton voit ensuite est garni

(I) Cette partie leini- circulaire du palais de Trêrca , ressemble beaucoup aux apside» des églises anciennes , dont je m'occuperai dans la 4*. partie du Cours.

de contreforts enlre lesquels s'ouvrent des fenêtres semi-circulaires, comme celles de l'apside , et ayant aussi leurs archivoltes formées d'un double ran<ç de briques. Ce mur a dix pieds d'épaisseur ; il est eut i« rement construit en briques , aussi bien que les contreforts et tout le reste de l'édifice ; les briques sont séparées les unes des autres par une couche épaisse de ciment. Ce genre de constiuction , que l'on retrouve dans la partie ancienne de la cathédrale , bâtie, selon l'opinion commune, par l'impératrice Hélène , est à mes yeux une preuve que le palais de Constantin n'est point antérieur au temps de ce prince; c'est en effet au IVe. siècle que l'usage de la brique devint surtout fréquent (1).

Le mur dont il est question et ses contreforts n'ont plus que 89 pieds de hauteur; mais au XV1P. siècle ils s'élevaient à 1 14 pieds comme la tour semi-circulaire; et vous remarquez en A, dans mon dessin, un commencement de voussoir, d'où nous pouvons hardiment conclure que les

(1) La Pile St.-Mara en Tour» i ne , que le ne ernia point an- - térieure an iv*. siècle , est construite en briques , comme le palain de Trêves. ( V . ce que />» ai dtt dans la V. partie du Cours , p. 118 et 119).

travées conipviscs entre chaque contrefort étaient couronnées par des arcades (V. la ligne ponctuée ) dont les archivoltes portaient 6ur ces mêmes contreforts. Les fenêtres se trouvaient ainsi , comme celles de l'apside (c c), sous des espèces d'arcs ; seulement ces arcs avaient plus de profondeur, à cause de la saillie plus considérable des contreforts. Le point b indique la hauteur primitive du mur et le niveau de la corniche (ï).

Les restes précédents ne sont évidemment qu'une petite portion du palais; il s'étendait à une assez grande distance , et se liait à d'autres bâtiments figurés n°. 2 , même pl. , et que l'on croit avoir renfermé les bains du palais. Le mode de construction de ce bâtiment est différent de celui que nous venons d'examiner : les murs sont en moellon, parementés en petit appareil , et la brique y forme seulement des cordons ou zônes à différentes hauteurs , selon le système ordinaire. Des archivoltes doubles, triples et quelquefois quadruples sont, les unes entièrement en briques, les autres mi-parties de pierres

(1) Il eat bon de remarquer que dans plusieurs monuments cifilt des XIIe. et XIII*. siècles, j'ai trouvé la même disposition (ancien hôpital de Caen , Mont St. -Michel, etc. ) , beaucoup d't'gliies me l'ont offerte également.

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et de briques (V. la fenêtre D). Du reste, en supposant que cet édifice soit d'une autre époque que le précédent , ce qui me parait douteux, il ne doit pas non plus être du Haut- Empire comme on l'a cru à Trêves ; j'y ai remarqué des pierres qui avaient été sculptées et sans doute placées ailleurs avant d'être employées dans ces murailles.

Quoi qu'il en soit , cette extrémité du palais se terminait extérieurement par trois apsides entourées d'un crypto-portique ou allée couverte, au-dessus duquel s'élevaient deux rangs de belles fenêtres. Mon dessin présente deux de ces apsides ( AB -~ AC ) ; Tout porte à croire 'qu'au-dessus du crypto-portique il y avait une espèce de balcon ou de plate-forme (A A ) ; mais il est très-difficile de se rendre compte de la décoration extérieure.

L'examen des salles à l'intérieur soulève aussi des questions difficiles à résoudre : on y voit une vaste pièce en forme de carré long , trois salles semi-circulaires correspondant aux trois apsides , des galeries voûtées , des réservoirs , etc. , etc. Les salles semi-circulaires offrent de chaque côté un léger enfoncement , dans lequel des tuyaux de chaleur , carrés , en terre cuite , étaient incrustés. Ces tuyaux , encore

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en place dans la grande apside , s'élevaient jusqu'au sommet des murs , qui n'ont pas moins de 5p à 60 pieds de hauteur : c'étaient ainsi des espèces de cheminées , mais dont je n'ai pu voir le foyer.

11 y aurait une longue dissertation à faire sur la distribution de cet édifice et la destination des pièces , dont plusieurs peut-être étaient des espèces de salons près des salles de bains. Mais ce serait revenir sur notre leçon relative aux thermes, et conséquemment faire une digression dans notre leçon de ce jour. Ce n'est en effet

que j'ai du vous parler de ce curieux bâti meut ( 1 ) .

J'ai visité les restes beaucoup moins considérables d'un autre palais de la même époque, le palais de la Trouille à Arles. Ce monument que Constantin avait élevé pour son usage et celui de ses successeurs , avait une magnifique façade donnant sur le forum. Une cour spa-

(1) Le gouvernement Prussien a fait déblayer une bonne partie de ces ruines et les conserve : un gardien est logé dans l'enceinte même de l'édifice, dont il ouvre la porte aux curieux: on a enduit la partie supérieure des murs avec une espèce de mastic pour les garantir de la pluie, précaution fort utile et que Ton devrait employer partout.

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cieuse , entourée de portiques , ornée de fontaines jaillissantes, séparait les différents corpsde-logis ; une grande tour ronde en saillie terminait l'édifice du cAté du Rhône (i).

Cette tour, seule partie de l'édifice qui subsiste , m'a présenté le même mode de construction que l'extrémité du palais de Trêves que nous examinions tout-à-l'heure ; ce sont des murs en petit appareil avec des chaînes de briques, percés de fenêtres semi circulaires avec archivoltes en pierre et en brique. Là , comme a Trêves , les ornements ont disparu , et l'on ne trouve plus que des murailles nues. Mais Sidoine Apollinaire nous parle de la richesse de ce palais , de ses colonnes et de ses ornements , et l'on ne peut douter qu'il n'ait été d'une grande magnificence. Les débris de corniches en marbre , de colonnes de granité , les mosaïques, etc. , trouvés dans l'emplacement qu'on lui assigne, viennent d'ailleurs confirmer le témoignage de l'évêque de Clermont (a).

(I) Guide du Voyageur dans Arles , par M. Jaquemin.

(3) Tour- A-tour occupé par Constantin et ses fils , par les empereurs Valentlnien t Valens , Graticn, Honoriua , Constan tio-le-Tyran, Avitus et Majorien , le palaia de la Trouille pa«a aux rois Gotha , de ceux-ci ani rois de France et ensuite aux roia d'Arles et aux comtes de Provence.

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