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CHAPITRE VII

Petit nombre de pyramides et de colonnes monumentales existant en France. — Colonne de Cussy. — Pyramides de l'Aiguille à Vienne , de St.-Rémy en Provence , de la tour Magne a Kismes , d'Igcl , près de Trêves, de Drusus à Maycnce.— - Autres pyramides a Autun et h Fréjus. — Un mot sur l'obélisque d'Arles , tiré dt l'ancien cirque

de cette ville.

Je n'ai que bien peu de chose à vous dire des colonnes et des pyramides monumentales.

Les colonnes étaient , comme celles de Trajan et d'Antonin à Home (i), élevées sur un

(1) La colonne érigée à Trajan dans le milieu de son forum est composée de 34 blocs de marbre , ajustés arec tant d'art qu'ils paraissaient autrefois n'en former qu'un seul. Elle a? ait 128 pieds de hauteur, 12 pieds de diamètre à la base, et 10 au sommet. Pour y par?enlr on a pratiqué dana son intérieur un escalier de 195 marche» , «ni reçoit le four de 43 fenêtres. La superficie de cette colonne est entièrement incrustée de plaques de marbre sur lesquelles on a représenté les eiploits militaires de cet empereur et de son armée , particulièrement en Dacie. Au sommet on avait placé le colosse de Trajan portant vn sceptre de la main fauche , et de la droite un globe d'or dans lequel furent renfermées

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piédestal et isolées de tous côtés : telle est celle de Cussy en Bourgogne.

Les pyramides offraient beaucoup de variétés de forme et de disposition ; les plus remarquables de celles qui nous restent f sont regardées comme des tombeaux.

Enfin nous ne possédons qu'un seul obélisque, celui d'Arles , qui provient de l'ancien cirque de cette ville.

Colonne de Cussy — Plusieurs villes galloromaines avaient sans doute , sur leurs places et dans d'autres quartiers, des colonnes monumentales (i). Mais aujourd'hui nous n'en connaissons plus qu'une seule debout , et encore c'est au

ses cendres , quoiqu'Eutrope assure qu'on les dépota colonne.

Après ls mort d'Antonio , le sénat fit éle?er la colonne qui porte le nom de ce prince; elle est moins haute que la colonne TrajaaS; l'intérieur renferme un escalier de 106 marches 9 et elle est percée de 40 fenêtres; la sculpture et les autres ornements ont beaucoup de rapport avec ceux de la colonne Tra- Jane, mais le travail en est bien inférieur.

Ces deux colonnes subsistent encore aujourd'hui , et on les compte, avec raison , parmi les monuments les plus précieux de l'antiquité. Le pape Sixte V remplaça les statues des deux empereurs par celle de St.-Pierre sur la colonne Trajane , et celle de St. -Paul sur la colonne Antooine. — Y- Antiquités romaine* , par Alexandre Adam , /• //*.

(1) Il est certain qu'il existait des colonnes monumentale»

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milieu des campagnes , au Fond d'un vallon de la Bourgogne, qu'il faut aller chercher ce monument unique au jourd'hui pour la France.Commc je ne l'ai point visité, je vais vous lire la descrip tion qu'en a donnée Millin , et vous présenter une esquisse du dessin qu'il en a publié (pl. XL, fig. 5).

« La colonne de Cussy est située au milieu « des champs , dans un fond , et entourée de « montagnes de tous les côtés ; on ne Tapcrçoit « qu'à une très-petite distance , après être sorli « du village de Cussy. Le soubassement est corna posé de trois assises , dont chacune n'est que « d'un bloc dans toutel'épaisscurdu monument : <* la base forme une espèce de carré dont les « angles sont coupés , et qui a une rentrée sémite circulaire sur chacune des faces principales ; a la corniche dont elle est surmontée est d'un «c seul morceau. Au-dessus de cette base est « posé une espèce d'autel octogone , qui pré- « sente sur chacune de ses huit faces , la figure « d'une divinité : cet autel est composé de deux

à Besançon ; ls place qu'elles occupaient eat connue. (V. Hkst. des Sequanois, par Dunod , 3 vol. in-4#. arec planches.

A Périgueni, j'ai remarqué , près de l'amphithéâtre, autant qu'il m'en souvient , quelques débris de colonne d'un trèsgrand diamètre et qui peuvent avoir appartenu A un monument du gcute de ceux que nous «laminons.

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« pièces ; la plinthe qui le supporte, et la cor- « niche dont il est surmonté, sont formées cha- « cune d'une seule pierre. Au^lessus s'élève le « fût de la colonne : û est orné t à sa partie in- « férieHre , de rhombesdans lesquels il y a une

« rwettefconHneonenvoitàqwlque&p!afoiids; « sa partie supérieure est décorée d'une sculp- « ture enforined'écaiiles.Cefût, compris les « tores du pied, est de quatre morceaux. Le « haut de la colonne manque. Ainsi ce monu- « ment est , en tout , composé de douze pièces , « depuis le ni veau de la terre jusqu'à son sommet « actuel. »

La colonne avait aussi un chapiteau dont on a lait la mardelle dW puits* 11 est d'ordre composite r sa hauteur est de 2 1 pouces ; sa largeur , de 3 pieds ip à la partie supérieure , et de 2 pieds 10 pouces 0 ta partie inférieure. Chaque face est ornée d'une tète : on y veit celle d\in faune imberbe avec de longues oreilles , celle d'un vieux silène barbu , celle du soleil environné de rayons ; on découvre quelques vestiges d'une quatrième tète , mai» il est impossible de distinguer ce qu'elle représentait. Le reste de chaque face est orné de feuilles d'acanthe.

Cette colonne avait autrefois un couronnement en forme de disque , dont il existe encore

une partie, {je centre présente un petit exhaussement circulaire ; la surface est unie et grossièrement travaillée. Vers le centre du disque , l'épaisseur est plus considérable que sur les bords. Le diamètre de ce couronnement est de sept pieds. Il a été figuré dans l'ouvrage de MiUin.

Pyramide db Vienne. — Il nous reste un certain nombre de pyramides : celle que Ton connaît à Vienne sous le nom de Pyramide de t Aiguille ( pl. XL f fig. 6 ) , présente un piédestal percé d'une arcade sur chaque face , et surmonté d'une espèce d'obélisque. Le monument occupe un espace de 1 8 pieds en carré. Il a 48 pieds de hauteur ; la pyramide seule avec son socle est haute de 3o pieds : à chacun des angles est placée une colonne engagée. Les chapiteaux qui surmontent, ces colonnes ne sont pas terminés , ce qui laisse dans l'incertitude sur l'ordre auquel on doit les rattacher : la même imperfection se remarque dans les bases. Audessus des quatre arcades cintrées qui laissent apercevoir un plafond hardi 9 on distingue la frise et la corniche i une des pierres placées au milieu de la frise traverse le plafond d'une extrémité a l'autre. L'entablement n'a point de

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modillons, on y distingue seulement un petit larmier : à plomb du fût de chaque colonne étaient quatre petits socles , avec des trous qui semblent indiquer qu'ils ont porté quelque ornement (i).

Les pierres de grand appareil qui composent ce monument , se joignent si bien entre elles qu'il semble au premier abord qu'on n'y ait fait usage d'aucun mortier ; mais en examinant de plus près , on distingue entre les joints , presque imperceptibles , une très-légère couche de ciment rose extrêmement fin.

La visite que l'on a faite de l'espace vide audessus du plafond, espace qui finit au iG*. rang d'assises de la pyramide ; les fouilles qui ont été exécutées sous le monument et dans le terrain qui l'environne , n'ont amené la découverte d'aucun objet indiquant qu'il ait jamais renfermé des dépouilles mortelles ; toutefois il y a lieu de croire que c'était un cénotaphe.

Pyramide de Sàint-Rêmy. — Vous avez vu probablement des gravures représentant le monument pyramidal de SU-Rémy , l'ancien Glanum* C'est un édifice composé de trois

(l> V» Guide du V^ageur à Vicnfit^ptr M. Rey.

ordres ou étages superposés, ayant environ 5o pieds de hauteur, et placé à quelques pas seulement de Tare de triomphe dont je tous ai parlé (V. p. 239). Le iw. étage carré formant piédestal , est couvert de bas-reliefs sur ses quatre faces, et des pilastres sans piédestaux ornent les quatre angles.

Le second étage est aussi carré , et percé , comme la pyramide de Vienne , de quatre arcades portant sur des pilastres ; aux angles , on remarque quatre colonnes corinthiennes cannelées ; la frise est ornée d'arabesques dans lesquelles on distingue des chevaux marins ailés , des sirènes , etc. , etc.

Le troisième étage , de forme circulaire , offre un toit conique porté sur dix colonnes corinthiennes , et ressemble ainsi à une lanterne ou à un petit temple rond monoptère : sous cette espèce de coupole sont placées deux statues debout , Tune d'homme , Tautre de femme.

On ne peut douter que cette pyramide ne soit un monument funéraire ; car, sur la frise du a6, étage orientée, au N.E. , on voit cette inscription:

SEX L M IVLIEI C F PÀREÏITIBVS SVEIS

que Ton a lue ainsi : Sextus LuciusMarcus

d'antiquités monumentales. 3<k)

Julii curaverunt fiert parentibus suis (i). Les deux statues représenteraient ainsi le père et la mère des Julius qui ont élevé la pyramide.

Le travail médiocre des sculptures entourées de rainures creusées dans la pierre pour en mieux faire sortir les contours , porte à croire que Tédifice est déjà d'une époque assez avancée(a) de l'ère gallo-romaine , et rapprochée des bastemps.

Tour Magne a Nismes. — La Tour Magne, haute de 78 pieds , est composée de trois étages. L'étage inférieur formait un soubassement octogone sur lequel s'élevaient les étages supérieurs également à huit pans. Mfllin suppose qu'ils étaient couronnés d'une coupole portée sur des colonnes. L'édifice est construit en moellon à bain de mortier. Les parements qui subsistent encore offrent des pièces de petit

(I) On a proposé qudques autres msnlères de lire l'inscrlp* tioo , mais le sens reste toujours à peu près le môme.

Millio fait remarquer que cette manière d'écrire bi pour 1, J vliei — 8VB18, se rencontre dana beaucoup d'autres inscriptions.

(1) M. de La Borde pense , contre l'opinion de Millio , que l'arc de triomphe de St. -Rémy est plus ancien que la pyramide. Cette manièrede voir parait aujourd'hui partagée par plusieurs antiquaires , notamment par M. Mérimée.

appareil allongé parfaitement jointes ; on avait employé des pierres de grand appareil pour les corniches , les entablements et les pilastres ; ce qui en reste fait penser que l'édifice appartenait à Tordre dorique.

Au centre de la tour étaient des cavités ou chambres au nombre de huit , deux au centre et six disposées circulairement. La profondeur de ces dernières était de 39 pieds; les deux chambres centrales avaient Tune 3o pieds , l'autre ?5 pieds. 11 ne paraît pas que rétablissement de ces puits ait eu d'autre but que d'économiser les matériaux , en épargnant par là une maçonnerie pleine qui aurait inutilement chargé la base de l'édifice.

On n'est pas encore fixé sur la destination de la Tour Magne. On en a fait un phare , une tour d'observation, une tour de défense (1).

M. Pclet pense que cet édifice était plus probablement un mausolée , opinion conforme à celle de Millin et de MafFei.

Pour moi , Messieurs, j'ai vu la pyramide sans pouvoir me décider à embrasser une opinion définitive , et il me suffit de vous la signaler comme rentrant évidemment dans la classe des monuments qui nous occupent.

(I) La tour Magne eat placée dans lea mura d'eneeiate de la rilU dt Niante*.

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Pyramide d'Igbl près de Trêves.— La belle pyramide d'Igel , à deux lieues de Trêves , sur la route de cette ville à Luxembourg , a 70 pieds de hauteur. Ccst le tombeau des Secundini , riche famille de ce pays, vers le temps de Dioclctien , et à laquelle on attribue la fondation dMgel.

Ce monument , construit en grand appareil , avec le grès du pays (i), présente une tour quadrangulairede 1 4 pieds dediamètre, terminée sur chaque face par un fronton triangulaire , et couronnée d'une espèce d'obélisque ou d'aiguille quadrangulaire. La pyramide carrée qui supporte ce couronnement est divisée en trois parties, savoir: un soubassement ou piédestal, un. étage décoré de pilastres supportant un entablement complet (architrave, frise , corniche) , et un attique qui sert de base aux frontons et à la pyramide terminale. Le monument est couvert de bas-reliefs fort curieux , qui auraient besoin d'être soigneusement décrits. Parmi eux on remarque diverses figures représentant des transports ou charriages de marchandises. Peut-être ces figures sont-elles emblématiques et destinées a rappeler le commerce auquel s'était livrée avec fruit la famille des Secundini,

(I) V. l' indication de U nat«xede ce gré» , p. 240.

Le monument porte une inscription fruste qui parait avoir été constamment tronquée par les auteurs qui en ont parlé, et qui devrait être étudiée de nouveau et correctement reconstruite ( i ) .

Pyramide de Drusus a Mayehce. — On voit dans la citadelle de Mayencc , qui , comme on sait, a remplacé une forteresse romaine , une masse arrondie tronquée au sommet, ressemblant a une tour et provenant d'un monument élevé en l'honneur de Drusus.

Ce massif n'a plus que pieds de hauteur , mais ila été beaucoup plus élevé dans l'origi ne, et successivement réduit aux dimensions actuelles par reflet de diverses démolitions. Il a perdu toutes ses pierres de revêtement , et on ne dis-

moellon et de ciment ; quelques pierres de grand appareil se trouvent cependant incrustées dans •ce massif, et leur présence , dont je n'ai pu me rendre bien compte dans la courte inspection que j'en ai faite , semblerait annoncer que l'édifiée actuel aurait été reconstruit. On regarde cependant assez généralement cette pyramide

(I) J'apprends que MM- Mérimée et de Ssulcy ont récemment examiné celte inscription et Pont rétablie en rectifiant les erreurs précédemment commises.

comme le nojau du monument primitif élevé à Drasus. Il était surmonté d'un aigle , suivant la tradition. On peut monter sur le haut au moyen d'un escalier et la surface aplanie a été récemment garnie d'une rampe (i).

Pyramide d'Autan.— La pyramide de Cou ha rd près d' Autun , est un édifice fort dégradé , de /\o pieds de hauteur , mais qui en avait au moins Go dans Tongine. Cette pyramide était quadrangulaire et conique ; elle offre encore plus de 60 pieds de diamètre à la base. Le massif qui subsiste n'est plus que le noyau de l'édifice ; il se compose de pierres de granité irrégulières et solidement unies par un mortier très-dur ; il n'est pas douteux que le monument était revêtu en pierres de grand appareil ; la tradition même , dont on doit au reste 3e méfier, rapporte qu'il était jadis revêtu d'un glacis en marbre. La pyramide d'Autun a été plusieurs fois décrite et figurée ; il règne encore une grande incertitude sur sa destination, mais on s'accorde à la regarder comme un cénotaphe. Les fouilles que Ton a faites à plusieurs reprises au centre de la base, n'ont amené aucune découverte.

(1) Ce monument est connu sous le nom d'Eichelstein ; «tant le XVi*. siècle on rappelait , a ce qu'il parait, Adlcrstein , à cause de l'aigle dont il était décoré.

3l4 COUR!

Pyramide de Fréjus. — On cite à Fréjus une antre pyramide construite en petit appareil , et que l'o/nomme vulgairement le Phare ; mais comme elle n'est pas d'une élévation considérable , et qu'il n'est pas facile de monter au sommet pour y placer un fanal , cette destination n'est guère admissible , et il est difficile de lui en assigner aucune avec certitude. Quelques débris de constructions antiques, se trouvent tout près d'elle.

La plupart des pyramides qui viennent d'être citées , sont regardées comme des monuments funéraires ; il en est d'autres placées sur le bord des grands chemins . et qui peuvent avoir eu une autre destination. Vous vous rappelez ce que j'en ai dit clans la a*, partie du Cours , à Tarticle des voies romaines (i). Ces détails devront être rapprochés de ce qui précède , et compléteront les notions que j'avais à vous présenter sur les pyramides gallo-romaines.

Obélisque d' Arles. — J'ai dit en commençant que l'obélisque d'Arles est le seul obélisque proprement dit qui existe en France (a). Après avoir été renversé par les barbares , il demeura

(0 V. les pages 116 et suivantes.

(2) Depuis que cette partie de mon Cours a été* professée

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oublié jusqu'en 1389, qu'on le retrouva par hasard dans les terres de rapport ; mais ce ne fut que sous le règne de Charles IX et à l'occasion du passage de ce prince dans la ville d'Arles , qu'il fut dégagé des terres qui le recouvraient; et seulement en 1676, que les habitants d'Arles entreprirent de le relever , et de le faire servir à la décoration de la place du Marché où on le voit aujourd'hui.

Cette" aiguille ( pl. XL , fig. 7 ) a 47 pieds de hauteur , non compris le piédestal moderne haut de 14 pieds; le diamètre à sa base est de 5 pieds 3 pouces. Elle est de granité de la nature de celui d'Esterel. Dans l'origine , elle était d'un seul morceau; mais en tombant elle s'était brisée en deux parties ; le pyramidion manque tout entier (1).

Si l'obélisque d'Arles est le seul qui nous reste , il est probable néanmoins que d'autres aiguilles semblables ont existé. Il 7 en avait sans doute au milieu des cirques que nous examinerons dans une de nos prochaines conférences.

(mari I830),on a fait tenir a grands frais d'Egypte à Paria un obélisque, mais on ne peut le regarder comme un monument national.

(1) V. M. Jacquemin , Guide do voyageur dans Arles.

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