CHAPITRE X
Des théâtres ; leur forme. — Disposition de la scène , des ûèçe* et des autres parties de ces édifices. — Procédé recommandé par Vitruve pour fortifier, la voix des acteurs. < — Décoration. — Scène tragique , scène comique , scène satjrique. — Machines employées sur la scène, etc. , etc. — Eiamen de quelques théâtres existant en France ; théâtres d'Orange, d'Arles, de Mandeure , de Lisieux, de . LilJebonne , etc. — Forme et dispositions indiquant que certains théâtres ont indistinctement servi aux jeux scéniques et aux combats athlétiques. — Développements à ce sujet. — Conclusion.
Presque toutes les villes un peu importantes de la Gaule possédaient des théâtres qui avaient été élevés , à ce que Ton croit , sous les règnes S Adrien etd'Antonin-le-Pieux : ces monuments étaient adosses à des collines sur la pente desquelles des sièges ou gradins étaient rangés en demi-cercle ( V. le plan d'un théâtre , pl. . XLI ). Au pied de ces gradins était l'orchestre qui répondait a ce que nous appelons le parterre dans nos théâtres actuels , et qui était sur un terrain plat , aussi bien que la scène.
Cette dernière portion de théâtre se divisait
igS r cours
en trois parties , savoir , le proscenium ou pulpitum , avant-scène sur laquelle on jouait les drames ; la scena , DP, grande façade soutvnt ornée de plusieurs ordres d'architecture ( i ) , et le post-scenium où les acteurs se préparaient (V. la pl. XLT).
La scène était percée de trois portes. L'une au milieu , plus haute et plus ornée que les deux autres, s'appelait porte Koyale; c'était par là qu'entrait le personnage principal de la pièce, qui était censé le maître du palais : les personnages secondaires faisaient leurs entrées par 1rs deui autres portes que l'on appelait hospitalier, parce que ces personnages étaient supposés les hôtes ou les clients du maître du palais (a).
Le mur de scène faisait retour sur les côtés, et sur ces ailes versurœ s'ouvraient deux autres portes t l'une à droite , l'autre à gauche : elles
(1) La scène avait deux foîa en largeur le diamètre de l'orchestre. Vitruve indique (liv. v, ch. 7 ) le* proportions des ordres superposas et h décroissance qu'il fallait obaenrr dans leurs différents membres , soit qu'il y « ût un second ordre ou qu'il y en eût un troisième. Il a soin d'avertir que ces proportions ue pouvaient servir a toutes porte* de thi''âlr*\«, mais qu'elles devaient être , suivant les lieux , modifiées par les architectes.
(2) lp*te autem seente suas ka béant rat ion es expiicatas , ita ufi médiat vahxe orna tas habeant aulœ regiœ , dextra ac sinistra hospitalia Vitr., lih. v.
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étaient supposées conduire de la campagne à la place publique, etc. (i).
La scène du théâtre romain d'Orange, Hgurée pl. XLI , montre les portes dont parle Vitruve savoir : la porte royale A , les deux portes des étrangers B, C , et de côté la porte par laquelle on était censé venir de la campagne (2).
Le milieu de ce mur de scène, qui a près de 100 pieds de hauteur, décrit , comme vous le Yoyez , une ligne courbe et offre une sorte d'akove ou de renfoncement , disposition assez ordinaire dans les théâtres près de la porte royale , et qui , comme on le suppose , avait pour but de renvoyer la voix des acteurs vers la scène.
L'ensemble d'un théâtre présentait donc, d\m côté la forme semi-circulaire , de l'autre celle d'un carré. On accédait aux gradins au moyen de plusieurs escaliers venant du pourtour et se dirigeant de la circonférence vers le centre, de
(1) De chaque coté de la façade de la scène , dit Vitruve , 00 doit faire des retours en saillre, avant deui antres entrées; l'une par laquelle on vient sur la scène delà place publique, l'autre par laquelle on arrive de la campagne. Secundum ea loca versurœ sunt procurrentes quœ efficiunt , una àforo , altéra à peregre aditus in scenam. Vit. lib. v.
(2) Le dessin n'indique pas de porre du côté droit de la acèoe, mais il est probable qu'il y en avait une, soit qu'elle ait été bouchée , soit que le dessinateur ait oublié de la tracer.
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manière à établir plusieurs divisions qui, a raison de leur forme en coin, étaient désignées sous le nom decunei(\. la pl. XLI).
Il y avait en outre, dans Télévation de Tamphithé&trecatttaqui environne Torchestre, deux ou trois divisions principales , indiquées par des séparations nommées précinctions et parallèles aux rangs de sièges. Ces divisions étaient désignées sous le nom de cavea prima , cavea média , cavea maxima ou ultima , suivant qu'elles étaient plus ou moins rapprochées de Torchestre.
Les escaliers par lesquels on montait de Torchestre aux rangs de sièges, n'étaient pas en nombre égal dans tous les théâtres. On en comptait sept le plus ordinairement.
11 y avait en outre, dans beaucoup de théâtres, des ouvertures carrées , correspondant a des corridors voûtés pratiqués sous les gradins ( V. la coupe n°. 3, pl. XLI bis), et par où Ton pouvait se rendre aux sièges , sans être obligé de monter de Torchestre ou de descendre de la summa cavea. Ces ouvertures s'appelaient vomitoires, vomitoria, parce qu'elles semblaient vomir les spectateurs , lorsqu'ils entraient en foule pour prendre leurs places (i).
(1) Montfaucon. Antiq. expliquée , t. m , Ut. 1.
Si tous les gradins étaient occupés , on pouvait encore se tenir debout dans les escaliers. On appelait ces derniers vcnas excuneati f parce qu'ils étaient ainsi en-dehors des divisions cunéiforme» consacrées aux sièges.
La place d'honneur pour le préteur ou pour le prince était au centre de la courbure du cercle, à Tintériturde l'orchestre. Ily avait aussi dans cette enceinte des sièges, disposés en rond, pour les vestales r les sénateurs et le* autres personnes, de distinction»
A Rome r les sièges de la première précinction( i ) étaient réservés aux chevaliers; le peuple occupait les autres.
Dans son Ve. livre t Vitruve indique comment on s'y prenait pour établir les principales divisions des théâtres : vous allez le comprendre , si vous voulez me suivre sur le plan- figuré pl.
(1) Dans les grands théâtres de Rome , lès sièges étalent an nombre de 14 dans la première précinction. Les sièges avaient habituellement 1 pied 3 ou 4 pouces de hauteur , et de I pied 10 ponces à 2 pieds \ ponces en largeur. La pente on l'inclinaison des degrés était calculée de manière qu'une ligne étant conduite depuis te bas jusqu'en haut, elle pût toucher les angles de tons les degrés; à ce moyen la roix pouvait s'étendre, sans être arrêtée jusqu'aux régions supérieures des gradins. V, yitruvt , iià. v.
On traçait d'abord un cercle dont la moitié devait former l'orchestre , puis on inscrivait dans ce cercle quatre triangles équilatéranx dont les sommets correspondaient aux points BB, H H. Les angles produits parées quatre triangles divisaient la circonférence du cercle en douze parties égales. La base du triangle dont la pointe partageait l'hémicycle de l'orchestre en deux parties égales B , se trouvait parallèle au diamètre H H et déterminait remplacement de la scène D , D, comme la ligne H H indiquait les limites du pulpitum ouavant-scène, qui devait s'arrêter là où commençait l'orchestre et qui avait en profondeur le quart du diamètre du cercle.
Les sept angles divisant la circonférence de l'orchestre désignaient les points où devaient être placés les escaliers conduisant à la première précinction ; ceux qui conduisaient à la seconde précinction faisaient quelquefois suite aux premiers ; mais plus ordinairement ils faisaient face au centre des cunei de Vima cavea, comme dans le plan qui vous est soumis.
Les trois angles opposés aux escaliersdu centre de l'orchestre B, C, C, répondaient , dans le post-scenium , aux trois portes de la scène : la porte royale et les deux portes secondaires. Der-
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rière le posl-scenium étaient des portiques, avec des jardins ou des places publiques , comme nous l'avons dit précédemment (p. 269).
Pour fortifier la voix des acteurs on avait recqurs à un moyen assez ingénieux, que Vitruve explique en détail dans son cinquième livre, « On fait , dit-il , des vases d'airain selon la « grandeur du théâtre et on leur donne une « telle proportion que, quand on les frappe, ils « sonnent la quarte ou la quinte l'un de l'autre, « et ainsi toutes les autres consonnances jusqu'à « la double octave. »
Vitruveajoutc que ces vases doivent être placés suivant certaines combinaisons musicales entre les sièges du théâtre dans de petites chambres, de telle sorte qu'ils ne touchent point aux murailles, mais qu'ils aient tout autour un espace vide* et qu'ils soient couchés sur des supports, de manière a présenter l'orifice vers la scène. Les petites chambres devaient avoir , au niveau des degrés de la prima cavea , des ouvertures longues de 2 pieds et larges de ip pied. Si le théâtre n'était pas très-grand , on pratiquait 1 3 petites chambres qui laissaient entre elles 12 espaces égaux ; s'il était vaste, on y plaçait trois rangs de chambres et de vases.
« Celte disposition des vases d'airain , ajoute
« encore Vitruve , fera que la voix qui viendra « de la scène comme d^un centre , détendant « en rond , frappera dans les cavités des vases « et en sera rendue plus forte et pins claire , « suivant la consonnance et le rapport que son « ton aura avec quelqu'un des vases (i). »
1 1 paraît que da ns quelques théâtres on remplaçait les vases d'airain par des vases en terre cuite.
Il y avait chez les anciens trois espèces de scènes , la scène tragique , la scène comique et la scène satyrique.
Les décorations dn théâtre étaient différentes selon le genre des pièces jouées ; au fond du théâtre on représentait pour la scène tragique, un temple ou un palais ; pour la scène comique , une maison ou une rue ; pour la scène satyrique , une forêt , des cavernes , une montagne ou un paysage. Mais il ne faut pas croire que chacune de ces différentes décorations fut exclusivement propre à chacune des scènes dont nous venons de parler. Quelquefois , dans la
(I) Vitruve, archlt. , U v9 traduction de Pérault.— On peut voir dans Vitruve de quelle manière les vases devront être accordés et disposés. Je ne dois point entrer ici dans ces détails qui seraient mal compris sans un exposé préliminaire du .«)>tèiue musical des anciens.
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tragédie, la scène représentait un paysage, un lieu désert, un temple avec des bois sacrés, etc.