CHAPITRE IV
iHflnumente Critiqua.
Que faut-il entendre par monuments celtiques P — Ce sont des ouvrages grossiers qui remontent à une e'poquc ante'rieure a la conquête de la Gaule par les Romains. Ce principe de chronologie monumentale souffre néanmoins des exceptions. — Observations à ce sujet. — Description de quelques monuments celtiques ; indication des localités où on les rencontre , et de leur destination pre'sumc'e. — i*. Pierres le ve'es ou pculvans.
— %n. Pierres posées. — 3°. Pierres branlantes. — 4°. Trilithes ou Lichaveus. — 5°. Autels druidiques ou Dolmens. — 6°. Allées couvertes ou grottes aux fees ;
7*. Enceintes druidiques ; en pierres ; en terre. Description des monuments d'Aveburj et de Slonehenge , etc. — 8* . Alignements. Avenues de Carnac, d'Ardevcn ( Morbihan ) , etc. — 90. Pierres groupées.
— io'. Roches naturelles consacrées au culte. — Un mot des sculptures et autres ouvrages grossiers observes sur quelques pierres druidiques.
Il est nécessaire , Messieurs , de fixer d'abord nos idées sur la nature des monuments que Ton appelle celtiques, et sur la période à laquelle nous devons rapporter leur origine.
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Des pierres brutes différemment disposées ; des tertres* figurant de petites collines ; des levées de terre, etc. , etc. Tels furent les premiers ouvrages produits en Gaule par le besoin d'honorer l'être suprême , de perpétuer le souvenir d'un fait ou la mémoire d'un personnage illustre. Tels sont les monuments que Ton attribue généralement aux Celtes.
On convient en effet que des édifices aussi grossiers ne peuvent avoir appartenu qu'à un peuple chez lequel les arts étaient encore dans l'enfance , et qu'ils ne sont pas l'œuvre des Romains , ni des nations qui avaient participe à leur civilisation.
C'est d'ailleurs dans le Nord et dans le centre de l'Europe qu'on rencontre ordinairement ces espèces de constructions ; la Grèce et l'Italie en paraissent dépourvues ( i ).
Cette observation bien constatée nous conduit à conclure que les monuments de cette espèce qui se renconti-ent chez nous, remontent à une époque antérieure à la conquête de la Gaule par les Romains.
Cependant cette division chronologique, ad-
(1) Il faut excepter les tumulut qui se rencontrent aussi, dit -on , dans plusieurs contrées tiis. anciennement civilisées.
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mise en principe, ne devra pas toujours être regardée comme absolue.
La révolution qui s'opéra dans les mœurs et dans les arts , après la conquête ne fut ni subite ni entière. Des faits positifs prouvent qu'on a encore élevé en Gaule , sous la domination romaine, quelques monuments semblables à ceux des siècles antérieurs (ï).
D'un autre côté , comme il m'arrivera souvent de faire ressortir la similitude qui existe entre les monuments des peuples du Nord et ceux que nous attribuons à la période celtique, je dois vous avertir que cette identité de types ne suffit pas pour prouver qu'ils soient du même temps.
L'Ecosse, la Norwège , et plusieurs autres régions de l'Europe septentrionale , n'ont point été soumises à l'empire romain ; elles ont conservé leurs arts , leurs mœurs , leurs coutumes primitives jusqu'à une époque assez avancée du moyen âge. Une partie des monuments qui dans ces contrées ressemblent à ceux qui chez nous sont regardés comme antérieurs à 1ère chrétienne , peuvent être d'un âge comparativement beaucoup plus récent.
(0 Principalement dea tumutus, comme on le ferre par la •aire.
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Ceci posé , je vais essayer de vous donner des idées précises sur les monuments qui ont reçu la dénomination de celtiques.
Je ne vous présenterai dans ce tableau que des faits bien observés , et j'éviterai surtout d'adopter aucune opinion sur les questions obscures dont la solution est douteuse ; car en voulant pénétrer trop avant dans la connaissance des premiers temps historiques , on s'expose à substituer à la vérité, des fables ou des conjectures.
Les pierres levées que Ton connaît aussi sous les noms de Menhirs , Peulvans , Pierres fiches \ etc. (i) , sont des pierres brutes d'une forme allongée, implantées verticalement dans la terre comme des bornes ( voyez l'atlas, pl. III, fig. i . ). Leur hauteur varie depuis quatre pieds jusqu'à
(0 Quelque répogoance que j'éprouve a m 'occuper d'étymologier* je crois nécessaire de dire qeeces noms menhir et peulvan toat tirés de la langue celtique. D'après let personnes qui ont étudié cette langue» meahirec peulran ont à -peu- près la même signification , et se composent de man pierre , et hir long , ptul pilier , vetn ou matn pierre ; c'est-à-dire, pierre allongée , pierre en forint de pilier. Le mot piêrre-fieha ou pierrt-fiehec n'a pas besoin d'explication c'est le sjnonime de pierre levée.
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vingt et au-delà ; quelquefois elles sont plantées de manière que l'extrémité la moins grosse est on bas et la plus volumineuse en haut, et quelles sont portées comme sur un piveau ; quelquefois aussi c'est le contraire. Les pierres sont isolées , ou réunies par groupes plus ou moins considérables; dans ce dernier cas, elles offrent des dispositions tantôt confuses , tantôt symétriques , et constituent par leur assemblage des monuments de plusieurs espèces dont je vais vous entretenir dans un instant.
Localités. Les pierres levées sont en mémotemps les monuments les plus simples et les plus nombreux de l'époque celtique; quoiqu'on en ait détruit une quantité considérable depuis dix-huit siècles , il en reste encore dans presque tous nos départements du Nord et de l'Ouest ; M. de Gerville en a signalé dans le département de la Manche ( Carneville, Teurteville, Saint-Pierre-Eglise , Montaigu-la-Brisette, Rauville-la-Placo, Bouillon, etc.) (i).Dans TOrne on en connaît à Ecubley près l'Aigle, à Eehauffour , à Yilledieu , dans la foret de Gouffern près d'Argentan, dans l'arrondissement de Dom-
(i) Mémoire sur quelque! monument* druidiques du départe» ment de la Manche , inséré dans le premier volume des Archircs de la Normandie.
d'antiquités monumentales. 67 front, etc. ( 1 ) Cinq ou six ont été observées dans le Calvados ( Ussy , Culey-le-Patry, Colombiers, Mesnil-Ozouf , etc.) ; la plus intéressante de celles-ci est située à quatre lieues de Caen , dans la commune de Colombiers-sur-SeuIe. Cette pierre est de nature calcaire, comme toutes celles du pays où elle se trouve; sa hauteur est de sept pieds et demi ( v. pl. III , fig. 1 .) : elle est encore aujourd'hui l'objet de pratiques superstitieuses, et l'on a découvert dernièrement près d'elle plusieurs tombes renfermant des squelettes (a).
Les pierres levées ne sont pas rares non plus dans le Maine, l'Anjou, la Touraine,le Poitou et la Saintonge(3) j mais c'est surtout en Brétagne qu'elles sont très-nombreuses, ainsi que les autres monuments celtiques ; les ten-es en culture occupent dans ce pays moins d'espace que dans le nôtre, l'on y voit des bois et de vastes landes remplis de pierres druidiques. Pour se convaincre de la richesse que présente en ce genre
(.) Mémoire prt«.oM » taeiili ^ An,iqu,ire,de „ die ; p»r M. Galeron.
(>) Voir mon E.MI S„,j,,iqile nionu.enUle d« C«l«.
r ,', d'a,,T'1 h n"d' Coro'"e de ce,,e °*coo«tte.
(3) Vu,rl o,„r,gedcM. Bodio „r l'*ojou. Celoi de M>
b.rooCb«dracdeCr,».n. .», le, .oliaoi.é. da départemo, de h Cb.«„„.,oftritI1„. ,,,, bo|lt|iiu
«Hue de Poitien, e«e.
U département du Morbihan , il faut lire l'ouvrage de M. de Freminville , membre de la société royale des Antiquaires de France (i),et celui de M. l'abbé Mahé (2).
On a observé en Angleterre , comme en France, des pierres levées qui ont été décrites par plusieurs auteurs , notamment par Borlase et par Ring (3). L'Ecosse , les Iles Orcades et la Scandinavie en renferment aussi un grand nombre (4) ; mais il est possible que dans ces trois derniers pays les monuments dont nous parlons , ne soient pas tous d'une date aussi reculée que ceux que nous possédons en France. Je viens de vous exposer les raisons qui motivent cette supposition.
Destination présumée. Un grand nombre d'antiquaires pensent que les pierres levées, isolées ou réunies en petit nombre , ont été destinées à honorer les dépouilles mortelles des Celtes , parce qu on a souvent trouvé des osse-
(1) Essai sur les antiquités de la Brétagne, publié à Brest eo i8j8, quatre livraison! 8*. , avec planches.
(a) Essai sur les antiquités du Morbihan , un volume in-S*. Vannes i8a5.
(3) Munimenta antiqua , premier volume.
(4) Mémoires de la société des Antiquaires d'Edimbourg.— Martin'a description , of the Western isles. — Wollao'a account or theOrkney Islande. — Mémoires de la société Royale des Antiquaires du Nord de Copenhague , etc.
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ment s humains enterrés près d'elles. Plusieurs passages des poésies d'Ossian paraissent favoriser cette opinion *r mais on croit aussi que souvent c'étaient des espèces d'idoles regardées comme l'emblème de la divinité : quelques-unes pourraient encore avoir été élevées pour perpétuer la inémoke des événements historiques, tels que les batailles..
Vous voyez, Messieurs, combien les opinions sont incertaines au sujet des pierres levées. Il en est malheureusement de même quant à la destination de la plupart des autres monuments attribués aux Celtes. Et en effet , ces peuples ignorant les beaux - arts ne pouvaient , ni par l'architecture ni par la sculpture , différencier leurs monuments selon les intentions dans lesquelles ils les érigeaient; et comme on Ta dit avec raison (i), .il nest pas surprenant d'en rencontrer d'analogues , quant à la forme , et qui cependant n'ont pas été élevés dans le même but.
En terminant ce que j'avais à vous dire des pierres levées > je dois vous prévenir qu'il ne faut pas toujours regarder comme des monuments gaulois celles que vous verrez en
(t) Dejcriptioo die» mon urne ois du Morbihan , par M. de F remit! vii le , première partie , p. a5.
position verticale , car il y en a qui se trouvent naturellement placées de la sorte , principalement dans les régions granitiques et quartzeuses. Il faut aussi se garder de prendre pour des pierres celtiques les grandes bornes qui ont parfois été plantées en mémoire de contrats civils , et pour indiquer des limites territoriales. Au reste , les pierres celtiques sont en général plus volumineuses que celles dont je veux parler, et faciles à distinguer pour un œil exercé.