‹ Cours d'antiquités monumentalesChapitre 18 sur 126 · PIERRES NON MOBILES DE FORMES SINGULIERES · texte numérisé non relu

PIERRES NON MOBILES DE FORMES SINGULIERES

C'est ici le lieu de vous dire un mot de certaines pierres de formes bizarres y ordinairement isolées , et dont quefques-unes paraîtraient avoir été grossièrement façonnées. Elles sont pour la plupart orbicuîaires ou carrées , et reposent sur une base fort étroite , mais sans être mobiles comme les pierres branlantes.

Localités. Jusqu'ici je n'ai rien vu de semblable en Normandie ; mais en Angleterre on connaît des pierres de cette espèce qui ont été figurées et décrites dans plusieurs ouvrages (1) , quelques-unes ont la forme d'un cône renversé, et dans le comté d'Yorck r il y en avait une munie de renflements et portée sur une base étroite comme un vase sur son pédicule (a). La pierre dont je mets la figure sous vos yeux ( v. la pl. III, n°. 5 ) existait encore en Angleterre à la fin du siècle dernier } elle présentait, ainsi que pkir

(1) Dans te* premiers volumes de V jircheotogia ; dsn» les Mumi m en fa antiqua de King, etc. , etc.

(1) Voyez la pl. xv de l'ouvrage de King , et celle q,ui se trouve dans le deuxième volume de V Àrchtologia.

sieurs autres, une espèce de cavité ou de bassin à sa partie supérieure.

On appelle trilithe ou lichavcn{\) l'assemblage de trois pierres dont deux verticales en supportent une troisième placée horizontalement ; cette combinaison de pierres présente la forme d'une porte ( Voyez l'Atlas, pl. III, fig. a ), on croit que c'était une espèce d'autel d'oblation.

Localités. Je ne connais point de trilithes en Normandie; maison en rencontre en Brétagne et dans plusieurs autres parties de la France.

DOLMENS (a).

( Cromleckft des antiquaires Anglais. )

Les dolmens ou autels druidiques offrent un assemblage de pierres dont le nombre varie ,

(i) Ce n'est pas sans quelque répugnance que j'emploie ces nuroi barbares lires du celtique ; mais en cela je me conforme a l'usage et je suis la nomenclature établie. Les antiquaires anglais appellent triiithon la même combinaison de pierres ; cet te dénomiuation qui indique que le monument est composé de troi» blocs, me semble beaucoup meilleure que l'autre , et je l'emploie concurremment avec elle.

(*) Dolmen est composé de deux mots celtiques dot table , et men piene.

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mais qui sont toujours disposées de manière à présenter des formes à-peu-près semblables.

Les plus simples se composent d'une grande pierre brutte et applatie , ordinairement plus longue que large , élevée comme une table grossière sur trois ou quatre autres pierres posées verticalement.

Dans les dolmens plus compliqués, on trouve depuis six jusqu'à douze ou quinze pierres verticales , supportant une grande table d'un ou de plusieurs morceaux.

Lorsque les pierres du pourtour sont nombreuses , il arrive par fois qu'elles ne servent pas toutes à soutenir la table supérieure , que plusieurs ne sont pas même en contact avec elle , et paraissent seulement destinées à former une sorte de mur ou de clôture.

Les -dolmens affectent assez souvent la forme d'un carré long ; les plus compliqués offrent presque toujours une ouverture sur l'un des petits côtés, tandis que cette ouverture se trouve ordinairement sur l'un des grands côtés, dans les dolmens simples.

La plate-forme , ou table des dolmens , est assez souvent inclinée ; quelquefois cependant elle est posée horizontalement.

Sur quelques-unes de ces tables on a rc-

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marqué, tant en France qu'en Angleterre, des espèces de cavités et de rigoles peu profondes , grossièrement creusées , que plusieurs personnes ont crues avoir été destinées à recevoir le sang des victimes.

On ne peut rien spécifier relativement aux dimensions des dolmens y parce qu'elles sont extrêmement variables. J'en connais de presque toutes les grandeurs , depuis ceux dont la table ne s'élève qu'à un pied et demi ou deux pieds au-dessus du sol et n'en a que trois ou quatre de diamètre r jusqu'aux grands dolmens r longs de douze , dix -huit et quelquefois vingt-cinq pieds, dont la table est assez élevée pour que plusieurs personnes puissent entrer et se mettre à couvert dans la chambre à laquelle elle sert de torture.

L'intérieur de quelques dolmens est. divisé en deux compartiments par une ou plusieurs pierres posées sur le champ.

Il existe des dolmens imparfaits dont la table est appuyée d'un côté sur deux supports , tandis que de l'autre elle repose immédiatement sur la terre. Plusieurs personnes les désignent sous le nom de demi-dolmens.

Enfin quelques dolmens sont accompagnés d'un ou de plusieurs peulvans.

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Pour vous donner , Messieurs , une idée exacte des principales variétés de dolmens que je viens d'indiquer , je vous présente les dessins de quatre monuments de ce genre, de formes et de dimensions différentes ( v. la pl. II ).

Le n°. i est un dolmen imparfait ou demidolmen.

Le n°. a est un dolmen simple , composé d'une grande table inclinée reposant sur trois pierres posées de champ, et dont une est percée d'un trou circulaire. Ce monument existe dans les bois de Tries, près de Gisors, où je lai visité Tannée dernière.

Le n°. 3 est un dolmen plus compliqué, dont les pierres du pourtour sont au nombre de six.

1m n°, 4 est un dolmen encore plus vaste et plus compliqué.

Localités. Les dolmens se rencontrent ordinairement isolés , cependant on en connaît de réunis au nombre de deux, trois ou quatre; ils se trouvent le plus souvent dans les landes et dans les bois , sur des éminences naturelles ; mais il en existe aussi dans des lieux bas et marécageux ; quelques-uns sont placés sur des tertres artificiels.

Un des dolmens les plus remarquables que nous ayons en Normandie, est celui de Fresnay-

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le-Ruffard ( i ) , département de l'Orne : on le connaît sous le nom de pierre des bignes.

La table de ce dolmen est posée sur quatre supports , elle a dix pieds de longueur sur neuf pieds de largeur , sa plus grande épaisseur est de trois pieds. Ce monument est situé sur une cminence naturelle, et les pierres qui le composent sont d'un granit micacé que Ton ne rencontre qu'à deux ou trois lieues de Fresnay-le- Buffard.

On peut encore citer dans le département de l'Orne, lejdoimen de Saint-Laurent, entre Longny et Rémalars , dont la table , longue de treize pieds et large de huit, est percée de part en part, et présente plusieurs autres particularités remarqua bles ; ceux de Saint-Sulpice-sur-Rille , de la Ferté-Fresnel , de Fontaine, de la forêt d'Andaine, etc., etc. (2). Dans la Manche, il existe des monuments semblables à Martinvast , à Flamanville, à Jobourg (3) , et probablement dans quelques autres communes. Trois ou

(.) 0d houre dans les Arclmes Je la Normandie, tome i*». , p. 96a , une description de la pierre des Bigncs, par M. Louis Du Bois.

(*) M. Galcron a décrit ces différents dolmens dans un mémoire que la société des Antiquaires se propose de publier.

(3) Mémoire de M, du Gt-rville , sur les pierres druidiques du Cotentin. Archircs de la Normandie , t. i".

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quatre dolmens ont été observés dans la Haute- Normandie; celui de la foret d'Evreux a été figuré par M. Rêver (i). On en connaît plusieurs

tni

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saient autrefois partie de la Normandie.

L'arrondissement de Saumur renferme encore douzeou quinzedolmens qui ontété décrits par M. Bodin dans son ouvrage sur l'Anjou ; mais on croit que depuis un siècle on en a détruit près de quarante pour en employer les pierres à paver les rues de Saumur et le chemin qui longe la Loire. Les principaux dolmens qui existent aujourd'hui sont situés sur la rive gauche de cette rivière , depuis la commune de Montreuil- Bellay , jusqu'àcelle de Charcé ; ils sont pour la plus part d'une assez grande dimension ; l'un d'eux présente une longueur de dix-huit pieds sur neuf pieds de largeur et quatre pieds et demi de hauteur. 11 est divisé intérieurement en deux cellules , et l'ouverture qui est placée vers l'Orient est divisée elle-même en deux parties par une espèce de pillier ou de meneau qui supporte en même temps de ce coté l'une des grandes pierres du toit (i).

(i) Essai sur les Ruines du Vicl Evrcux.

(a) Bodin , Recherches sur Saumur et le Haut-À.ujou , t. 1".

corns

Dans le Maine, le Poitou, la Saintonge, on peut , comme en Normandie et en Anjou , observer des dolmens de plusieurs espèces. On eu voit encore une plus grande quantité en Bretagne.

Je vous présenterais l'énu inérat ion de ceux que renferme le département du Morbihan , si je ne craignais qu'une si longue nomenclature ne vous parût fastidieuse; d'ailleurs ils ont été parfaitement décrits par M. de Freminville dont vous pourrez consulter les ouvrages.

Des fouilles ont été pratiquées sous les dolmens en France et en Angleterre : souvent on n'y a rien découvert , quelquefois aussi on y a trouvé des ossements humains à une profondeur de trois ou quatre pieds , avec divers instruments de silex ou de bronze, et quelques autres objets de fabrique celtique.

Destination présumée. Quelques antiquaires ont pensé que les grands dolmens qui ressemblent assez souvent à des loges ou cellules , ont pu servir d'habitation ; mais cette opinion a trouvé peu de partisans.

Le docteur Borlase regardait les dolmens comme des tombeaux. MM. King et Rowland n'ont admis l'opinion de Borlase que dans cer-

(i) Norris Bremr, introduction to tbe beautiei of Englaud and Wâltt.

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tains cas ; par exemple , lorsque les dolmens sont placés près des tumulus ou sur le sommet de ces éminences funéraires dont je vous entretiendrai bientôt.

Alors les dolmens pourraient, disent-ils,étre considérés comme faisant partie des tombeaux, comme des autels funèbres sur lesquels on immolait peut-être des victimes dont le sang arrosait la terre qui recouvrait le défunt.

Les mêmes savants pensent que partout ailleurs les dolmens étaient des autels d'oblation, et supposent que l'inclinaison qui se voit assez ordinairement dans la grande pierre avait pour but de faciliter récoulement du sang des victimes.Leur opinion a prévalu d'autant plus facilement que parmi les monuments celtiques il n'y a guère que l'assemblage de pierres connu sous le nom de dolmen qui puisse être regardé comme un autel. D'un autre côté , on n'a pas découvert d'ossements sous tous les dolmens où l'on a pratiqué des fouilles , l'espace qui existe entre les supports de la table est quelquefois trop étroit pour qu'on ait pu y enterrer un mort ; et d'ailleurs la présence des débris humains que l'on a trouvés parfois sous les dolmens ne suffirait pas pour prouver qu'ils fussent des tombeaux,car on peut avoir inhumé sous ces autels

8a corns

les victimes elles-mêmes , ou bien des prêtres et des personnes de distinction, à peu près comme dans les siècles suivants on a pendant si longtemps enterré dans les églises.

Si nous ajoutons que les dolmens sont presque toujours placés dans des lieux élevés d où ils pouvaient être aperçus de la multitude assemblée pour assister aux sacrifices ; que dans les hautes terres de l'Ecosse ils sont encore à présent connus sous les noms de temples ou de chapelles (i) , nous serons persuadés de plus en plus que les prêtres gaulois immolaient leurs victimes , et déposaient leurs offrandes sur les tables grossières que nous venons d'examiner.

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