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ROUTES

On ne peut douter que les Gaulois qui transportaient leurs denrées et leurs marchandises sur des chevaux ou sur des chariots , n'eussent des routes pour communiquer d'une contrée à l'autre et pour accéder aux établissements de quelque importance ; mais il est bien difficile aujourd'hui de reconnaître ces anciennes voies faites sans ait , qui n'avaient pas de caractères tranchés comme les routes romaines, et dont les apparences actuelles sont peu différentes de celles que présentent un grand nombre d'autres chemins anciennement fréquentés.

U paraît cependant, d'après les observations faites en France et en Angleterre par des savants dont le témoignage mérite une grande confiance , que ces routes n'ont point été pavées ; qu'elles ne consistaient le plus souvent

(i) Noms Brcncr iotrodnction to tbe Bcantief of EogUod aud Walct , p. $6.

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que dans des travées percées dans les bois, sur le penchant des collines ou dans les campagnes ; qu'elles se divisaient fréquemment en plusieurs embranchements parallèles ; beaucoup de ces routes pouvaient même n'être que des sentiers , puisque Diodore de Sicile nous apprend qu'une grande partie des transports se faisaient à dos de cheval.

Enfin dans leur état actuel elles sont parfois creusées comme le lit d'une rivière, particularité qui peut souvent être le résultat d'un usage prolongé , et que présentent bien d'autres chemins moins anciens.

Les Gaulois n'ignoraient pas l'usage des ponts en bois , ils en avaient plusieurs sur la Loire , sur la Seine et sur d'autres rivières , mais ces ouvrages devaient être rares chez eux. On traversait ordinairement les ^ours d'eau au moyen de gués naturels ou artificiels. On peut donc tirer encore quelque parti , pour la reconnaissance des chemins gaulois, de leur direction vers des points guéables ; cependant cette seule circonstance ne pourrait fournir qu'un indice fort incertain j car sous la domination romaine et long - temps après on n'a pas eu d'autres moyens pour franchir les rivières dans beaucoup de localités. Les iu-

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ductions les plus certaines pour k détermination des routes gauloises sont celles que Ion peut tirer de leur direction vers les établissements dont la position est connue > tels que les oppida*

LocalUésMU. Le Prévost, Gaillard et Féret, ont observé dans la Haute - Normandie plusieurs routes qui paraissent d'origine gauloise ; Tune d'elles se dirige vers les camps de Sandouville et de Boudeville (i).

M. de Gecville a décrit (a) des chemins trèsanciens qui traversent la presqu île du Cotentin dans plusieurs directions. Quelques - unes de ces voies sont peut-être antérieures à la conquête romaine.

H est certain que les Romains ont adopté un grand nombre de routes gauloises, et qu'ils se sont contentés de les réparer. C'est ce qui a eu lieu pour un chemin qui r partant du pays des Unelles , traversait le territoire des Bajo* casses , venait passer la rivière d'Orne , à deux lieues au-dessous de Caen , entrait dans le pays des Lexoviens , et se divisait ensuite en deux

(i) Rotes commaniqoéet par M. Gaillard, (a) V. le cinquième roiume de la Société dw loUquairea da Normandie».

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branches dont une se rendait chez les Caletes, l'autre chez les Eburovices.

Tout porte à croire que plusieurs autres routes romaines , dont la direction est bien connue dans nos départements de, l'Ouest, n'ont fait que remplacer des chemins plus anciens. Je vous ferai connaiti-e les circonstances qui donnent lieu à ces présomptions , en traitant des voies romaines.

Ici se termine , Messieurs , la description que j'avais à vous présenter des monuments celtiques * proprement dits. Malgré leur imperfection radicale ces monuments ont encore leur éloquence et leur poésie : « Solitaires et silencieux , ils ne frappent pas tout-à-coup comme les ruines de la Grèce ou de Rome , a dit avec raison M. Bégin (i), parce qu'ils ont cessé d'être en rapport avec nos usages et avec les objets dont ils étaient entourés. Mais si l'imagination rétablit les choses dans leur véritable point de vue; si elle se représente ces monuments de pierre, ces buttes , ces cavernes , ces vastes remparts , placés dans des lieux sauvages , ou environnés

(0 Histoire des sciences , des lettres , des arts et de la cifilisa t ion dans le pays Messin , p. 18»

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de chênes qui s élevaient majestueusement dans les nues ; si elle se figure là un conseil de chefs belliqueux délibérant sur les intérêts de la patrie avec l'audacieuse fierté d'un peuple libre, ou bien des prêtres immolant des victimes humaines, lame ne pourra se défendre d'un saisissement involontaire et d'une émotion profonde. »

11 me reste encore à vous rappeler que les monuments celtiques ( principalement les pierres druidiques, les tumulus , etc. ) , sont presque tous l'objet de traditions fabuleuses ; ils sont, dit-on , l'œuvre d'un être colossal appelé Gargantua, Ils doivent recouvrir de grands trésors , des fées toutes puissantes , des esprits mutins et des revenants habitent près d'eux .Ce s contes , tout absurdes qu'ils sont , font encore tant d'impression sur les villageois dans quelques contrées , qu'ils n'oseraient aller la nuit près des monuments celtiques (ï) ; ils racontent même les aventures surprenantes de ceux qui se sont exposés aux dangers d'une pareille visite. M. Galeron a recueilli, dans l'arrondissement deDomfront, quelques traditions qui peuvent donner une idée de l'ignorance

(i) Je «lois faire ob*errer qne des tradition! fabuleuses se rattacheot aussi à quelques monuments romains.

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superstitieuse qui règne encore dans nos campagnes. Elles seront consignées dans le cinquième volume de la société des Antiquaires de Normandie.

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